MONNAIES ET DETECTIONS Le Blog

Monnaies et Détection, le blog

Bienvenue sur le Blog Officiel
Monnaies et Détections

Catégorie : Numismatique

Or de papier, les emprunts russes

Si l’histoire des emprunts russes peut-être considérée comme « La plus grande spoliation du (XXe) siècle », elle peut être vue sous un autre angle puisque ayant atteint le jackpot chez des collectionneurs. En effet, les amateurs d’actions et d’obligations (les scriptophiles) ont toujours constitué un monde aux lisières de la numismatique. Aux puces de Saint Ouen, il y a cinquante ans, certains d’entre eux ont raflé, au poids, des lots d’emprunts russes récupérés par les chiffonniers lors de successions.

Il y a vingt ans le ministère des finances français pondait un document intéressant : la liste officielle des emprunts russes remboursables. Plusieurs centaines de milliers d’exemplaires furent imprimés. Quoique “officielle” la liste était susceptible d’être “complétée” ou réduite… Autant dire que c’était un écran de fumée permettant d’évaluer la nature et le nombre des titres qui seraient présentés aux guichets du Trésor Public et d’en tirer une liste économe. La ficelle était d’autant plus grosse que le principal titre (Nathan-Rotschild, émis à trois millions d’exemplaires) était oublié. Ce second fait, après l’élasticité de la liste “officielle”, indiquait que le ministère des finances escomptait ne pas indemniser en complément de la maigre enveloppe obtenue des Russes.

Soixante et onze ans après la révolution d’Octobre, le successeur de Lénine, Staline, Kroutchev (etc…) acceptait de rembourser une infime portion de l’argent emprunté avant 1917 par le gouvernement des tsars.

 

Les Soviétiques ont gardé la parité pour cette dix roubles émise de 1975 à 1982 puisqu’elle contient 7,8 g d’or fin.

Les hommes qui voulurent rester rois

Cas exceptionnel dans les annales de la fin de la Grande Guerre en Allemagne, le roi de Wurtemberg résiste 20 jours à la trouille qui a saisi certains autres monarques allemands.
Cet autre Guillaume II porte barbe et, malgré les évènements révolutionnaires qui commencent en sa capitale de Stuttgart le 9 novembre 1918, il refuse, seul contre tous les conseillers apeurés, d’abdiquer son titre royal.
Il y avait peut-être un attachement hors du commun puisqu’il faut dire que celui-ci n’était pas glissé dans les langes de son berceau. En effet, il est le cousin au 4e degré de son prédécesseur. Qui parmi nous pense hériter un jour d’un cousin aussi éloigné ? Qui parmi nous fréquente des cousins au 4e degré voire, simplement, connaît leur prénom ?
Il est vrai que, dans le cas des familles royales, le travail de recherches généalogiques est fait par des experts qui se renouvellent au fil des générations. Autant dire que nous ne sommes pas dans le cas de la personne lambda à qui l’on annonce soudainement une parenté royale. Puis, il y a le niveau social : Guillaume avant d’être roi de Wurtemberg est déjà duc et possède des biens considérables.
Lorsque le trône lui échoit en 1891 c’est tout de même grâce aux draconiennes lois dynastiques du Wurtemberg. Entre loi salique et mariages morganatiques, l’écrémage des dynastes allemands est une constante.
Cette dynastie concerne les Franc-Comtois car l’une de ses branches possédait le comté de Montbéliard jusqu’en 1793. Elle aurait pu concerner également les habitants du Rocher puisque les Urach étaient les héritiers de Monaco avant la légitimation de la grand-mère d’Albert II. Cela juste avant la Grande Guerre qui sera fatale au gouvernement des Wurtemberg à Stuttgart.
Cette dynastie avait un lointain passé puisqu’on la remonte avec certitude jusqu’au XIe siècle. Dans la mouvance des empereurs germaniques, elle a toujours montré de l’hostilité envers les Capétiens et leurs successeurs. Dès 1268, elle finance le raid de Conradin en Italie du Sud contre les Anjou, en échange du duché souverain de Souabe. Duché dont elle conserve la couronne, tel un titre annexe, jusqu’en 1918. Le titre royal, lui, est venu de Napoléon Ier mais ils furent dans les premiers à se retourner contre lui en 1813.
A l’automne 1918, le dernier roi va résister à la vindicte des conseils de soldats, aux émeutes et à tous les prémices de la révolution spartakiste. Beau sang-froid de la part d’un vieil homme qui sait que nombre de ses pairs sont déjà partis en exil.

Armoiries simplifiées des Waldeck-Pyrmont, 3 pfennigs de Georges-Victor prince de Waldeck-Pyrmont.

La suite de l’article dans Monnaies & Détections n°114 …

Man, un royaume discret

La numismatique de l’île de Man est moderne, diverse et originale.
Moderne puisqu’elle se développe encore, depuis la Mint Tower de Londres en 2020.
Diverse par la multiplication des émissions commémoratives propices à faire entrer des devises, de même que l’imposante philatélie mannoise.
Originale parce qu’elle tente de mettre en valeur la culture, le particularisme de l’île de 572 km2 qui gît en mer d’Irlande.
Lorsque des monnaies de 20 d. s’ornent du portrait d’Elisabeth II et d’un bateau viking côté pile, cela indique un choc de civilisations qui aurait eu lieu au Moyen-Age.
Lorsqu’une langue celtique fait son apparition, toujours de l’autre côté, le champ des possibles se restreint. Elisabeth II + langue celtique ? Ecosse, Pays de Galles voire Ulster. Eh… bien, non !
Man a été sous domination norvégienne jusqu’au XIIIe siècle. Ce long règne scandinave sur un substrat celte (l’occupation romaine ayant été anecdotique) va donner une coutume et un parlement qui reflètent, en ce XXIe siècle, cette civilisation des “Gaels Galls”, qui a imprimé sa marque aussi sur le Galloway écossais. Ce mélange de Vikings et des autochtones a donc duré jusqu’en 1266.
Même devenu vassal du roi d’Angleterre, le royaume de Man a perduré officiellement jusqu’en 1504. La dynastie Stanley, préféra ensuite user du titre de Seigneur de Man, une tendance générale pour tous les anciens royaumes d’Irlande et de mer d’Irlande, il s’agissait de ne pas faire d’ombre à la monarchie anglaise, tellement coupeuse de têtes.

A gauche, Les Stanley, leur blason, leur devise en français.
A droite, Les Murray, leur couronne ducale.

La suite de l’article dans Monnaies & Détections n°113 …

 

Le ducat

Voilà une valeur qui fleure bon la Renaissance puis le Grand Siècle.

Le ducat d’Ernest I.

Le dernier Etat qui en émit (Pays-Bas) avait gagné une course contre le temps et ses derniers concurrents furent quelques principautés allemandes. Prenons l’exemple du ducat d’or de Ernest I, duc de Saxe-Cobourg et Gotha. Deux années d’émission pour un peu moins d’un millier d’exemplaires justifient certainement une cote qui dépasse allègrement les 3 000 euros.
938 millièmes d’or pour une monnaie de 3,5 grammes : le ducat du duc Ernest est la copie du vieux ducat hollandais. Par contre, lorsque les monnaies des Etats de l’Empire Allemand seront entrées dans le système normalisé du mark, le ducat de Ernest I fera pâle figure par rapport à la monnaie de 20 marks de son fils et successeur Ernest II.
Les 20 marks émises avec une face différente pour chacun des 25 Etats qui formèrent l’Empire Allemand de 1870 à 1918 (mais avec une pile commune) pèsent presque 8 grammes d’or. Mais il s’agit d’or à 900 millièmes, l’or plus fin qui a servi en 1836 et 1842 pour les ducats ducaux faisait, quant à lui, 938 millièmes.
Ce titre est appelé, d’ailleurs, « or de ducat ».
La monnaie est intéressante à plus d’un titre, si l’on ose dire, car son côté pile présente l’un de ces blasons qui enchantent les amateurs d’héraldique. Pour les lecteurs qui auront lu le n° 102 de M&D ils repèreront parmi les 24 quartiers qui occupent l’écu, les chevrons de Hanau.
Ernest I meurt en 1844. Une monnaie d’une valeur de deux groschen est frappée cette année-là et jaillit de terre, des décennies plus tard. Lavée, elle révèle des reflets cuivrés. Le 1/15e de thaler qu’elle constitue est fait de billon.
L’argent de cette monnaie titre 229 millièmes et nous frôlons la limite à laquelle l’argent va perdre la main sur le cuivre rouge.

La suite de l’article dans Monnaies & Détections n°113 …

L’or des Bulgares

Une exposition en France en 2012 a évoqué les magnifiques orfèvres de l’or qu’étaient les Thraces, prédécesseurs des Bulgares sur les rives de la Mer Noire. De métal précieux il n’a pas été question lors de notre seule confrontation avec les Bulgares.
Souvenirs ramenés de l’Armée d’Orient, les monnaies de zinc bulgares ou même les douilles de 77 mm en laiton avec le culot gravé d’une inscription en cyrillique nous rappellent que les relations entre les “Buls” et les “Poilus” sont celles d’ennemis de la Grande Guerre. Ces modestes prises de guerre, même si parfois les douilles de 77 sont artistement modelées, témoignent d’un passé un peu oublié.
Un aparté au sujet des douilles : si elles sont travaillées et quel qu’en soit le calibre, elles ne peuvent être saisies en cas de problème car considérées comme des œuvres d’art. Ceci n’est pas seulement anecdotique, certaines associations alertent régulièrement les collectionneurs de souvenirs militaires sur le durcissement de la réglementation, y compris sur les étuis vides… En cas de saisie d’une collection d’épaves oxydées le détectoriste ne doit pas se voir confisquer ces objets d’artisanat de tranchées, qu’ils soient français, allemands, anglais ou… bulgares.
Sinon, les coques de casques modèles 16 ayant appartenu à des soldats bulgares ornent encore les poulaillers des montagnes macédoniennes et certains touristes en ont ramenées.
Il paraît plus aisé de s’intéresser à la numismatique des trois derniers tsars des Bulgares.
Un diptyque : cyrillique et lion rampant. Ces deux indices suffisent pour reconnaître une monnaie bulgare. Rappelons que le lion rampant est paradoxalement celui qui est dressé. Les armoiries princières, puis royales, à l’époque contemporaine sont «de gueules au lion d’or».

Pièce de 10 stotinkis.

La suite de l’article dans Monnaies & Détections n°112 …

Les monnaies des Etats-Unis d’Amérique sont très collectionnées aussi bien en Amérique du Nord que dans beaucoup d’autres pays du monde. Les différentes pièces courantes rencontrées portent la mention « United-States of America » (Etats-Unis d’Amérique) et ont pour valeurs faciales un demi cent, un cent, deux cents, trois cents, cinq cents, une demi dime, une dime, vingt cents, un quart de dollar, un demi dollar et un dollar. Il existe aussi des pièces en or de diverses valeurs nominales. Depuis la fin du XVIIIe siècle leurs caractéristiques ont rarement changé, et pour chaque valeur il existe peu de types différents. Dans cet article nous vous présentons les seules pièces frappées il y a exactement 100 ans, en 1920, et pour lesquelles il existe uniquement sept valeurs nominales : 1 cent, 5 cents, 1 dime, un quart de dollar, un demi dollar, 10 dollars et 20 dollars.

Les Etats-Unis d’Amérique dans le monde de 1920

Sur le plan international :
Depuis un peu plus d’un an la guerre a pris fin en Europe de l’ouest contre l’Allemagne et ses alliés, mais, menée par une coalition de 14 pays (les Etats-Unis d’Amérique, la France, La Tchécoslovaquie, le Japon, le Royaume-Uni, la Grèce, la Pologne, etc.), se poursuit en 1920, en Crimée et dans d’autres régions de Russie, contre la République Socialiste Fédérative Soviétique de Russie.
De nombreux pays comptent des millions de morts et se retrouvent avec des régions entières terriblement dévastées et des économies exsangues. En Europe, tout est à reconstruire et il faudra du temps, beaucoup de temps. Ainsi, en France, alors qu’en un an 3 présidents de la République, Raymond Pointcarré, Paul Deschanel et Alexandre Millerand se succèdent, une inflation de + 39,5 % et une forte hausse des impôts marquent cette année 1920.

Thomas Woodrow Wilson, président des Etats-Unis d’Amérique de 1913 à 1921.

Sur le plan national :
Aux Etats-Unis d’Amérique, en 1920 le Démocrate Thomas Woodrow Wilson est président depuis
1913 et le reste jusqu’en 1921. Bien que pacifiste, il a rompu avec la tradition isolationniste américaine en
intervenant en 1917 aux côtés des Alliés contre l’Allemagne et les nations qui la soutiennent. Il reçoit le Prix Nobel de la paix en novembre 1919 en tant qu’instigateur de la Société des Nations (SDN). Il échoue cependant à faire adopter par son propre congrès l’adhésion des Etats-Unis d’Amérique à la SDN. Si son action intérieure avant la guerre est principalement économique (création du Federal Reserve Système et loi anti trust), ses décisions intérieures en 1919-1920 sont d’une part sociétales : le droit de vote donné aux femmes et la prohibition de la fabrication, la détention, le transport et la consommation de l’alcool, d’autre part politiques par des lois anti anarchistes et l’interdiction du Parti Communiste. Ces lois sont motivées par le contexte économique et social de 1920 qui provoque de graves et violents conflits avec les ouvriers et entraine la multiplication des attentats anarchistes.

Armoiries des Etats-Unis d’Amérique.

La suite de l’article dans Monnaies & Détections n°111 …

 

Les pièces d’un penny et d’un demi-penny en bronze du Royaume-Uni actuel existent depuis des siècles. Le système monétaire de l’Angleterre date en effet de la fin du onzième siècle. La livre sterling était alors divisée en 20 shillings et un shilling valait 12 pence (pence est le pluriel de penny). Une pièce d’une livre s’échangeait donc contre 240 pièces d’un penny. Ce système s’est étendu géographiquement au cours des siècles suivants. D’abord au Pays de Galles, par l’intégration de celui-ci à l’Angleterre en 1536, puis à l’Ecosse par l’Acte d’Union de l’Angleterre et de l’Ecosse formant le Royaume de Grande Bretagne en 1707 et enfin à l’Irlande en 1800 par l’Acte d’Union de l’Irlande et du Royaume de Grande Bretagne qui donne naissance au Royaume-Uni. Ces pièces d’un penny et d’un demi-penny sont démonétisées à partir de 1971 lorsque le Royaume-Uni adopte le système décimal pour la subdivision de ces monnaies. C’est alors que la pièce d’un penny grand diamètre est remplacée par une pièce de petit diamètre et que les pièces d’un demi-penny cessent d’être frappées.

Il n’est pas rare qu’un détectoriste déterre l’une de ces anciennes monnaies du Royaume-Uni ou qu’un chineur en rencontre une sur la table d’un exposant dans un vide-grenier. Les types monétaires que l’on trouve le plus souvent ressemblent à nos pièces de bronze de 5 centimes (un sou) et de 10 centimes (deux sous) du XIXe siècle. Elles ont été frappées depuis le règne de Victoria jusqu’au milieu de celui d’Elisabeth II et sur chacune d’elles l’avers montre le portrait d’un souverain anglais. D’autres types, plus anciens, qui sont de poids et diamètres variables, se trouvent aussi de temps à autre.

Les pièces d’un penny et d’un demi-penny frappées de 1672 à 1837

Les premières pièces d’un demi-penny et d’un penny sont en argent ou en billon (alliage de cuivre et d’argent), elles sont antérieures à la création du Royaume-Uni en 1707. A partir du quatrième quart du XVIIe siècle elles sont en cuivre. Nous vous présentons ici celles frappées à partir de 1672, sous les rois et reines Charles II, Jacques II, Marie II, Guillaume III, Anne, Georges Ier, Georges II, Georges III, Georges IV et Guillaume IV. Elles portent très souvent sur le revers Britannia assise près d’un écu aux armes du Royaume-Uni et tenant d’une main un rameau de laurier et de l’autre un trident. Parfois sur ce revers, à la place de l’allégorie de la Grande Bretagne, on trouve un Chardon, emblème de l’Ecosse ou une Harpe symbolisant l’Irlande.

La suite de l’article dans Monnaies & Détections n°111 …

Les baquettes d’Henri II de Béarn et Navarre 1572-1589

Ces petites monnaies n’ont été répertoriées ni par F. Poey d’Avant, ni par E. Caron et G. Schlumberger.
Le nom « vaquette » ou « baquette », baque, signifie « vache » en béarnais. Dans les registres rédigés en Gascon, on trouve également « bacqvetes », « baquetes ». Comme en font foi les délivrances des Archives Départementales des Basses Pyrénées, ces monnaies nous étaient connues pour des frappes de 1572 et 1586 (baquettes non retrouvées).
Elles furent révélées grâce au trésor de Lescun (64) découvert en 1959 dans le mur d’une ancienne maison. Il rassemblait 4686 monnaies de billon, principalement frappées en Béarn sous le règne d’Henri d’Albret (1516-1555), d’Antoine de Bourbon et Jeanne d’Albret (1555-1562), d’Henri II (1572-1589), d’Henri IV (1589-1610) et une grosse majorité émise sous Louis XIII (1610-1643). Cette trouvaille a été examinée par Françoise Dumas. Son rapport mentionne qu’une quarantaine de monnaies seulement proviendrait de l’époque d’Henri II. La proportion démontre bien la rareté de ces baquettes du seigneur de Béarn.
En 1988 un agriculteur me sachant numismate me fit don d’un petit lot de pièces retrouvé dans le tiroir d’un meuble appartenant à la famille depuis plusieurs générations. Quelle belle surprise que cet ensemble de monnaies béarnaises, 140 baquettes et liards en cuivre et billon !
Comme dans le trésor de Lescun, celui-ci contenait beaucoup de Louis XIII, peu d’Henri IV, et seulement deux d’Henri II. Ce fut un bonheur d’intégrer ces premières baquettes dans ma collection de féodales béarnaises.

La suite de l’article dans Monnaies & Détections n°110 …

Fouquet

Un « fouquet » est un écureuil dans le dialecte angevin. Le surintendant Nicolas Fouquet portait donc des armes parlantes « d’argent à l’écureuil de gueules rampant ». Ce blason est plus ancien qu’il n’est souvent écrit, les Fouquet – ou Foucquet – sont de cette petite noblesse qui subit les vents de l’Histoire de plein fouet et qui déroge parfois, retombant dans la bourgeoisie.
Nicolas Fouquet est un homme qui est parvenu au sommet de l’Etat, juste en-dessous de Mazarin, puis a été arrêté, jugé, condamné au bannissement, peine aggravée par Louis XIV en détention perpétuelle. Il meurt à Pignerol en 1680, à 65 ans, après 19 années de geôle. Il y a côtoyé Lauzun et le Masque de Fer. On lui reproche d’avoir détourné l’argent de l’Etat, d’avoir comploté… Rien pourtant que de très banal : Richelieu s’est rempli les poches, Mazarin a passé la vitesse supérieure et même le laborieux Colbert ne crachait pas sur une commission.
Le complot, c’est plus compliqué, si l’on ose dire. Non pas que la création d’une « place de sûreté » soit rare au Grand Siècle. Ainsi le comte d’Harcourt s’enferme dans Brisach, en Alsace, et réclame de fortes sommes pour la rendre au roi. Il est vrai qu’il est appuyé par la puissance espagnole. Le marquis de Manicamp fait de même à La Fère, il faut lui en racheter le gouvernement. Car ils sont gouverneurs militaires, nous ne sommes plus au haut moyen-âge où des seigneurs brigands défiaient, du haut du donjon, les premiers Capétiens en Ile-de-France même… Non, le XVIIe est moderne et il s’agit désormais de généraux qui se rencognent dans leur caserne.
Ainsi lorsque Nicolas Fouquet, surintendant des Finances et ministre d’Etat, achète le marquisat de Belle-Ile pour 1 370 000 livres, puis fortifie et recrute, l’on doit mesurer que c’est exagéré mais pas inédit. De 1658 à 1661, il dépense des sommes folles pour en faire une place de sûreté. Une forteresse où il pourrait se réfugier en cas de disgrâce. En effet, les monarques capétiens n’ont guère de reconnaissance pour leurs financiers, plus d’un a terminé sur l’échafaud et Fouquet le sait.

Un jeton de Nicolas Fouquet avant qu’il ne soit marquis de Belle-Isle.

La suite de l’article dans Monnaies & Détections n°110 …

L’affaire afare

Si les Britanniques ont gardé quelques-uns de leurs cheikhs et émirs en place assez longtemps pour que ces derniers parviennent jusqu’au XXIe siècle, il n’en est pas de même des colonisateurs français. En effet les Abu Dhabi, Dubaï, Sharjah, Ajman, Umm al-Qaiwain, Ras al-Khaimah, Fujeirah, Oman, le Qatar, Bahrein, l’Arabie Saoudite, la Jordanie et le Koweït se portent très bien grâce surtout à la diplomatie britannique au moment des indépendances.
Par contre, seul le royaume du Maroc a survécu au protectorat français. Appuyé sur des racines profondes, l’unique sultanat anciennement compris dans l’empire colonial français à être parvenu jusqu’à notre époque constitue une exception qui confirme la règle. L’ancienneté de l’Empire Chérifien n’est pas la seule cause de cette survie, on peut y ajouter la brièveté de l’épisode français (45 ans) et le fait que le proconsulat de Lyautey a posé les bases de relations saines entre la tentaculaire administration française et les sultans.
La décolonisation est une mécanique sans fin lorsque l’on sait que Paris gouvernait plus de 12 millions de kilomètres carrés à travers le monde il y a 80 ans encore.
Jean Martin, dans sa monumentale “aventure coloniale de la France”, nous étonne en datant le premier acte de décolonisation de 1936, lorsque le Quai d’Orsay ne frémit même pas pour empêcher l’imam du Yémen de réoccuper la presqu’île de Cheikh Saïd. Stratégiquement placé sur les plages nord de la Mer Rouge, cet établissement disputé aux Ottomans faisait le pendant de la Côte des Somalis, au Sud.

La pièce de cinq francs arbore une symbolique exotique.

Bien la peine d’avoir envoyé Henry de Monfreid y faire l’espion en 1914 : “le gouverneur de Djibouti m’y a engagé… Il reste, des fondations de l’ancien établissement français, un poste télégraphique en ruine et la ligne abandonnée dont le fer lutte contre la rouille en s’accrochant comme il peut aux quelques poteaux branlants qui restent. Sur la hauteur, une caserne turque en ruine…”
Exeunt, donc, les Français au Nord. Au Sud, ils conservent la Côte des Somalis qu’ils rebaptisent, plus justement, Territoire des Afars et des Issas en 1967. C’est plus correct, car les Afars ne sont pas des Somalis contrairement aux Issas. Mais, patatras, l’indépendance, dix ans après, sera sous contrôle somali. Aptidon devient président et, en 1999, son neveu Guelleh lui succède. Deux Issas qui mèneront une guerre féroce aux Afars. Le “triangle afar” s’étend sur environ 150 000 km2, bien au-delà de la “République de Djibouti” et donne des sanctuaires aux guérillas afares en Ethiopie. 19 chefferies structurent ce peuple dont quatre sultanats.
Depuis Napoléon III, les Français signaient des accords avec l’un d’eux plus particulièrement : celui de Tadjourah. Aussi, on peut s’étonner que la France giscardienne ait laissé choir cet allié fidèle, au mépris de la spécificité afare de surcroît.
C’est pourquoi, alors que c’est l’inoxydable Lucien Bazor qui grave les essais des monnaies destinées à la Côte des Somalis, il y aura une renaissance symbolique de la nation afare lorsque la légende est modifiée afin d’évoquer l’autre composante ethnique du territoire. Donc de 67 à 77, les Afars existent numismatiquement, mais aussi phaléristiquement puisque le sultan de Tadjourah a créé de longue date un ordre colonial dont seront friands les fonctionnaires français mutés sur les côtes de la Mer Rouge : le Nichan el-Anouar. Divisé en cinq classes… Dans sa version la plus courante, chevalier avec ruban à dominante bleu, il était coté pour l’équivalent de 120 euros en 1998. Le Nichan el-Anouar a été décerné jusqu’en 1963.

Sur les deux faces de la 20 francs de Bazor l’accent est mis sur l’essor économique du port de Djibouti avec sa grue et ses cargos, seule concession à la couleur locale : le boutre de la Mer Rouge qui domine l’avers.

Avec le sultan de Tadjourah, la République Française a oublié d’être reconnaissante comme savent le faire les Britanniques avec “leurs” émirs.
S’il n’existe pas, à notre connaissance, de monnaies de Tadjourah, puisque circulaient le thaler d’argent de Marie-Thérèse, voire les amolés de sel, la chambre de commerce de Djibouti a émis des monnaies de nécessité en 1920-21 qu’elle réutilisa en 1942. Ils restèrent en circulation jusqu’en 1950. Les monnaies récupérées, des 25 et 5 centimes en aluminium, gravées en leur temps par Thévenon, furent immergées au large. Avis aux plongeurs…