Carausius, commandant, pirate et empereur du Nord !

Marcus Aurélius Mausaeus Valérius Carausius, digne nom latin à rallonge, masque en réalité l’origine ménapienne de l’individu né dans la région des Flandres actuelle de la Belgique.

A ses débuts, Carausius est pirate sur le Rhin. Il s’engage ensuite dans l’armée romaine, gagne du galon et grimpe dans l’estime de ses chefs, et se distingue lors de la campagne du co-empereur Maximien Hercule contre les Bagaudes. Lors de ces opérations, il est confronté à Gennebaud, un chef franc lorgnant sur les possessions romaines sur la rive gauche du Rhin.
En 285, en reconnaissance de ses états de services et surtout de son expérience et loyauté, Carausius est nommé commandant de la « flotte britannique », la flotte romaine de la Manche stationnée à Gesoriacum (Boulogne). Il est chargé d’éliminer les pillards et autres pirates, mais, plutôt que de les combattre, Carausius laisse Gennebaud et ses pirates écumer les mers et les eaux intérieures, à condition de prélever un gros pourcentage du butin. Il amasse ainsi un immense pactole qui lui permet d’acheter la fidélité de ses hommes. Cependant à Rome, Maximien, excédé par les manigances de son protégé, envoie quelqu’un pour le tuer. L’attentat échoue et Carausius se rebelle ouvertement. Avec le soutien de sa puissante flotte et celle des pirates francs de Gennebaud, il réussit à soulever les légions britanniques et gauloises de la Gaule Belgique, et se déclare empereur du Nord !
Le nouvel empereur auto proclamé fait tout pour obtenir la reconnaissance de ses « co-empereurs » à Rome, c’est-à-dire Maximien et Diocletien. Carausius fait même battre une monnaie aux trois bustes des « co-empereurs » mais en vain. A Rome, ils savent que l’unique co-empereur de Carausius c’est Gennebaud, « le roi des pirates francs sur les rives de l’océan ».

Aurélianus aux trois bustes, Carausius, Maximien et Dioclétien, et légende « Carausius et ses frères » !

Entre Rome et Carausius commence un bras de fer. Fin stratège, Carausius ouvre les hostilités et invite Gennebaud à s’établir sur l’île de Bataves et le pays de l’Escaut que les Francs pillent à tout va ! L’empereur du Nord fait ainsi coup double, il donne du fil à retordre à Maximien et bloque aussi l’embouchure du Rhin par où une flotte romaine pourrait venir le menacer.
Carausius lance aussi une invitation aux Saxons et aux Hérules qui déstabilise encore un peu plus la région en 287.
Maximien, privé de flottes et harcelé par les Barbares est contraint de tempérer. Il bât les Saxons et Herules, obtient la soumission des Francs, comme peuple fédéré, soumission très théorique comme le montre la suite des évènements ! Enfin, il fait construire une flotte et forme des marins sur le Rhin. En 289, il appareille triomphalement dans l’idée de mater le félon. L’expédition échoue pour cause de mauvais temps. Selon les sources romaines, en réalité, la flotte de Maximien, composée de novices, a essuyé une cuisante défaite face à Carausius et ses galères, et aussi face aux pirates francs de Gennebaud !

Les galères, symbole de la puissance de Carausius.

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Trésors gothiques

Si les Ostrogoths concernent le sud-est de la France d’aujourd’hui, puisque ils ont régné quelques temps sur un territoire couvrant les Alpes-Maritimes, leurs cousins Wisigoths ont fait beaucoup plus long et vaste en Aquitaine. Cependant leur héritage est si oublié que l’écrivain J. Raspail ironisait sur une amérindienne visiblement blanche aussi éloignée d’après lui de ses ancêtres peaux-rouges que lui l’était de ses aïeux wisigoths…

Trémissis du roi wisigoth Léovigild au VIe siècle.

Chassés par les Francs de Clovis, les Wisigoths continuèrent de régner dans la Péninsule Ibérique, nous y reviendrons.
Comme de nombreuses peuplades barbares, les Goths (futurs Wisi- et Ostro-) ont été des auxiliaires militaires de l’Empire Romain décadent. Ils ont joué un rôle dans l’importante bataille contre les Huns qui accompagne le départ du Fléau de Dieu, Attila.
Souvent appelée “bataille des Champs Catalauniques” elle a eu lieu en 451. De l’année nous sommes sûrs mais les historiens ont rejeté le lieu et il conviendrait désormais de l’appeler “Bataille des Champs Mauriaques”.
Il subsiste dix-sept textes contemporains, ou quasiment, de cet affrontement dont neuf la situent. Ils ont trois auteurs gothiques, quatre francs ou burgondes et deux romains : Jordanès et le Continuateur de Prosper d’Aquitaine. Si Jordanès est le seul à citer les deux noms, Catalauniques et Mauriaques, c’est pour indiquer qu’ils désignent le même champ de bataille. Le Continuateur, lui, indique la direction par rapport à Troyes (Civitas Tricassium) et la distance en milles romains. Bingo ! Car à 7,5 km de Troyes dans la direction d’Orléans et près de l’ancienne voie romaine il existe une «contrée d’une étendue mal définie».
Elle s’appelle “Les Maures ”… Sur la carte d’état-major compulsée par M. Girard avant de rédiger son Campus Mauriacus en 1885, les Maures ont un lieu-dit, au centre, nommé le Château. L’auteur a enquêté et appris qu’une quarantaine d’années plus tôt, c’est-à-dire au milieu du XIXe siècle, on y avait trouvé des restes de murailles. Tout proche se trouve le village de Montgueux soit le Mont des Goths.La boucle est bouclée. Une fortification, des fédérés barbares, une toponymie révélatrice, un texte contemporain, tout converge vers les Maures comme lieu d’une bataille qui prolongea l’Empire Romain en Occident. Il ne manque que les pointes de flèches typiques des Huns, malheureusement il semblerait que les Champs Mauriaques n’aient jamais été investigués par les archéologues officiels…
Pas plus qu’ils n’ont découvert, ce qui est évident puisque l’archéologie institutionnelle n’avait pas été créée encore, le trésor de Pouan.
En 1842, un ouvrier agricole nommé Buttat trouve, à 80 cm de profondeur, des ossements et des objets en or. Il creuse derechef et, une fois ramassé ce qui lui semble avoir quelque valeur il le revend à un bijoutier de Troyes. Le commerçant est patient et il a raison car le nouvel empereur, féru d’archéologie, Napoléon III va tout racheter et il ne négocie pas les prix, lui. Nous sommes en 1858 quand Napoléon III fait don de la totalité de son récent achat au musée local qui s’était manifesté pour lui en racheter une fraction. La classe ! C’est pourquoi nous pouvons admirer un torque d’or de 84 g, un bracelet de 141 g, deux épées, un grenat cerclé d’or et une bague en or (40 g) portant le nom “Heva”. C’est un nom goth. Cette riche sépulture est donc gothe car nous ne pouvons pas suivre Mr Kazanski qui, dans son texte de 1982 (“Deux riches tombes de l’époque des grandes invasions dans le Nord de la Gaule”), estime que l’on doit conserver un doute : peut-être le défunt aurait porté une bague récupérée… Ceci heurte l’élémentaire bon sens, quel seigneur guerrier fréquentant des lettrés aurait emmené dans la tombe le nom d’un inconnu ?
A ce propos, Heva aurait été plus qu’un seigneur car dans “Sur le trésor barbare de Pouan” les auteurs, Mrs Solin et France-Lanord, assènent que l’« on peut affirmer qu’il s’agit d’un ensemble porté par un roi barbare, très vraisemblablement un Goth inhumé vers l’an 450. Il s’agit bien d’un roi car, à cette époque, une pareille richesse exige la qualité royale. »
Il est à signaler que sur le même site, en 1843, un autre terrassier a sorti un vase long et deux vases culinaires (sortes de marmites collectives en usage dans l’armée romaine).

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Bade trip

Dans le n° 119 de Monnaies et Détection, j’ai essayé de rapporter fidèlement la découverte d’un tunnel dans lequel étaient ensevelis plusieurs dizaines de soldats badois. Fruit du labeur persévérant de Mrs Malinowski et fils, elle rappelait combien l’empreinte de la Grande Guerre marquait encore le sol picard. Accessoirement, elle rappelait que le grand-duché de Bade avait beaucoup d’interactions avec la France puisque limitrophe de l’Alsace-Moselle récupérée par les Français en 1918.

Bernard de Bade, margrave et saint patron de l’armée badoise.

A cette occasion j’avais également rappelé que quelques communes françaises d’aujourd’hui étaient d’anciennes paroisses badoises ayant changé de maîtres après le grand chambardement de la Révolution Française et de ses conquêtes à l’étranger.
La lecture du roman à clés de feu J-F Deniau,” Un héros très discret”, révèle que quelques commandos “Choc” qui occupèrent (avant les Américains) la capitale, Karlsruhe, en 1945, ne se sont pas gênés pour piller le musée d’Art des anciens grands-ducs. Ainsi, il est probable que de belles antiquités grecques meublent encore les salons des descendants d’officiers de ce prestigieux régiment français.

Casque d’officier supérieur badois.

Il convient de rapporter que la visite du château de Karlsruhe est à conseiller pour les amateurs d’architecture et de jardins. Bon, il manque peut-être quelques pièces de collection, m’enfin, “vae victis” comme l’aurait dit Brennus…
Car les Badois ont été des ennemis fidèles et dans les numéros 24 et 26 de Monnaies et Détection, Y. Mouchet nous avait livré un très intéressant mode opératoire de détection des “souvenirs en métal noble” des divisions badoises de 14-18. Après nous avoir conseillé de prendre une carte IGN des villages concernés par les cantonnements des 28 et 29e divisions d’infanterie (badoises) il avait écrit cette phrase propre à enthousiasmer chaque détectoriste : “Ne désespérez pas, il reste encore du matos (sic!) bien caché.” Je ne déflorerai pas, ici, le reste de ces articles qui m’ont, en leur temps, passionné.

En bas au centre, les armoiries de Rodemack.

Si le grand-duché de Bade a fourni environ 40 000 fantassins à la mobilisation de l’Empire Allemand en 1914, 10 000 à la Confédération Germanique avant 1870, il en avait donné 5 000 au sein du 9e corps de la Grande Armée qui s’illustre à la bataille de la Bérézina en 1812.
Trois régiments d’infanterie légère et des Hussards de Bade (dont l’uniforme vert et rouge était plutôt laid) décimés dans la Retraite de Russie.

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La monnaie ça rapporte !

Quels avantages matériels peut-on tirer, si l’on est un pouvoir local avant l’époque contemporaine (celle-ci débutant après 1789) de fabriquer sa propre monnaie ?

Monnaie royale.

Les voici, et nous les développerons dans l’ordre :
La redevance, il s’agit d’une taxe perçue par atelier sur chaque frappe de monnaie.
La confiance : ainsi, même aux époques où le pouvoir libératoire de la monnaie, son pouvoir d’achat en tant qu’objet, reposait en grande partie sur le métal dont elle était constituée, il y a toujours eu un bénéfice, pour l’émetteur, par rapport au poids de métal fin. Le seigneur n’était pas fou, il donnait à chaque type une valeur supérieure à son poids précieux. Ceci avec une marge suffisante pour être sûr de faire un bénéfice malgré les fluctuations du cours du fin. Cette sécurité pouvait se transformer en une arnaque lorsque, par exemple, le titre d’argent s’écroulait au point de passer du beau denier de départ à une monnaie “noire”, censée avoir le même pouvoir libératoire mais non garantie par sa matière première. Jouer sur le titre de “fin”, autre bénéfice pour le seigneur, méthode qu’il partage avec son suzerain car les rois de France ont abusé du procédé au cours des siècles.

Monnaie princière des Dombes, inspirée de la précédente.

De la redevance et de la fiduciarité naissent le “seigneuriage”, soit le bénéfice que l’on retire sur chaque émission. Par exemple : une monnaie de 2 € en coûte 0,17. Le seigneuriage sera de 1,83 €, CQFD. Mais un seigneur ou un potentat local a d’autres moyens de rentabiliser son droit (réel ou autoproclamé) à battre monnaie. Les voici :
La “contrefaçon”. Le terme est un peu outré car il s’agit plutôt, pour le pouvoir local, de se rattacher à une monnaie forte, c’est-à-dire connue, reconnue et acceptée partout en cherchant la ressemblance avec icelle.
Le “change”. Jouer sur les taux de change est un exercice très pratiqué encore dans les pays dont l’économie souffre de la guerre, de la dictature ou d’autres calamités. Son actualité n’empêche pas son ancienneté car pour les principautés frontalières, il était extrêmement tentant d’introduire une parité avec l’espèce forte du pays voisin.
Commençons par la redevance. Le seigneur désireux de faire de la monnaie concédait à un atelier, contre redevance, sa fabrication. La possession des coins pouvait être considérée comme un fief, pour lequel le maître de monnaie rendait un hommage. Ce lien féodal, plutôt rare, était concrétisé par un tribut annuel, en général faible (un saumon/an par exemple). Le profit du seigneur se faisait plus couramment sur la redevance par pièce produite. Là-encore les seigneurs étaient raisonnables, ainsi les papes règnant en Avignon ne prélevaient rien sur le bronze ou le billon, garantissant ainsi le nécessaire approvisionnement en petites espèces. Ils n’hésitaient pas à faire condamner certains de leurs cardinaux-légats qui prélevaient des pots de vin sur ces métaux exemptés.

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La pièce de huit, un monument numismatique

La pièce de huit réaux, plus connue sous l’appellation « pièce de huit » représente à elle seule le symbole de puissance de l’Espagne et de ces colonies d’Amériques. Cette pièce de monnaie fut convoitée par tous !, et en particulier par les pirates, corsaires, flibustiers et autres boucaniers et par la suite des chercheurs d’épaves et autres chercheurs des plages. Bref, cette monnaie est un monument de l’histoire monétaire mondiale.

L’histoire commence ainsi : en 1525, Charles-Quint accorde un privilège permettant aux comtes de continuer à battre une monnaie lourde en argent, le très fameux Joachimtaler d’un poids de 28,5 g à 0,900. Cette monnaie aura une énorme aire d’influence, à tel point que c’est à celle-ci que revient la palme du « dollar » d’argent car il ne faut pas oublier non plus que par le truchement de la « dolera » espagnole, le vrai dollar dérive du thaler. Cette décision capitale de Charles-Quint va avoir des conséquences énormes sur le plan monétaire international.
En 1452, Colomb découvre « l’Amérique », des colons hollandais, belges, anglais, espagnols et portugais vont s’établir sur la côte est américaine. Ils seront à la base de la création de 13 colonies américaines. La plupart a quitté son pays sans emploi et sans argent ! Elle a très peu de numéraire en poche. Charles-Quint semble avoir prévu cette difficulté, il envoie, dès 1523, quantité de réaux outre-Atlantique, de quoi largement faire démarrer les colonies !
En 1535, il autorise le gouverneur Mendosa à créer un atelier monétaire à Mexico. Les premières pièces d’un réal seront ainsi frappées en 1536 sur le continent américain. Plus tard, sous Philippe II (1555-98), les toutes premières pièces de 8 réaux seront frappées à Mexico dès 1570 (27,42 g-0,9305). Par la suite, sous Philippe III (1598-1621), le poids diminue à 26,78 g-0,9305, au XVIIe siècle, Philippe V (1621-1665) augmente de nouveau le poids qui passe à 27, 52 g-0,9305 et va même faire circuler cette monnaie dans les Pays-Bas méridionaux, contremarquée de la toison d’or et aura une équivalence au patagon (28,10 g-0,875) en circulation.

Au XVIIIe, la situation évolue. La pièce de huit réaux circule largement sur tout le continent américain. Dès 1774, des billets sont émis, libellés à la fois en dollar et en shilling et pence, notamment dans le Maryland. Les Etats-Unis proclament leur indépendance en 1776.
La pièce de 8 réaux circule déjà dans le monde entier et soutient entre autre le commerce avec la Chine. Ceci va avoir une conséquence en Europe, une forme d’alignements de certaines pièces des pays motivés par le commerce international. A la pièce de huit réaux frappée à Mexico par Charles III (27,07 g-0,9166) on trouvera comme « concurrentes » entre autres :
– En Angleterre, sous George III, la couronne (28,2759 g-0925)
– Au Danemark, sous Chrétien VII, le riesdaler (28,89 g-0,875)
– En Russie, sous Pierre-le-Grand, le rouble (28,4 g-0,729)
– En France, sous Louis XV, l’écu (29,40 g-0,917)
– En Autriche, sous Marie-Thérèse, le thaler (28,05 g-0,833)
– Aux Pays-Bas, sous Charles III, le patagon (28,10 g-0,875)
– Etc., etc.

Par ailleurs, il faut signaler un autre évènement majeur. Le 6 juillet 1785, le mot dollar est adopté officiellement comme standard unitaire pour les Etats-Unis. Cette dénomination couvre ce que l’on a appelé jusqu’alors « Spanish Milled Dollar », « Piece of Eight », ou encore « Pillar Dollar ». L’Angleterre qui manque de numéraire à la fin de XVIIIe siècle, fait circuler sur son territoire la pièce de 8 réaux contremarquée de la tête de George III. Il en est de même des premières pièces d’un dollar émises en1794 et 1795 !

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Les cinq familles

Lorsque le Luxembourg est devenu grand (duché) il a, en fait, considérablement réduit. Des deux tiers… C’est pourquoi il existe après ce découpage frontalier né de la défaite de Napoléon I, un Luxembourg belge,un Luxembourg prussien et un Luxembourg français. Ce dernier est annexé un peu plus tôt que le belge puisque Louis XIV, ce grand amateur des terres voisines, avait raflé les paroisses luxembourgeoises, comme la cité de Thionville et leurs 60 000 habitants dont les descendants forment aujourd’hui le Luxembourg français. En 1815, l’est est laissé aux Prussiens tandis qu’en 1839 le royaume des Belges annexe formellement tout l’ouest.
Désormais largement amputé, ce territoire avait été donné au roi des Pays-Bas pour compenser la perte de quatre principautés allemandes (Siegen, Dillenbourg, Nassau-Dietz et Hadamar), de ses ancêtres, données à la Prusse dans la grande redistribution. Le titre de “grand-duc” lui permet d’être au-dessus de la plupart des autres membres de la Confédération Germanique, à laquelle le Luxembourg appartient désormais.

Le roi devient grand-duc du Luxembourg à titre personnel. C’est pourquoi la règle familiale s’applique et que son cousin à la énième génération devient grand-duc en 1890, tandis que le royaume se transmettra par les femmes.
Donc en 1815, le Luxembourg est confié à une nouvelle dynastie. C’était déjà arrivé lorsque la famille éponyme avait revendu ses droits à un Bourgogne. D’ailleurs ces “Luxembourg” du XVe siècle étaient en fait des “Limbourg” (un duché plus au nord, à l’histoire fascinante également).
Il y aurait donc cinq dynasties différentes régnant au Luxembourg depuis la fondation de cet Etat, au Xe siècle, par Sigefroid : Luxembourg, Limbourg, Bourgogne, Habsbourg, Nassau.

En réalité toutes descendent de ce chevalier-comte mort en 998 (ou 987, les historiens divergent).
La jeune héritière Luxembourg épouse un Limbourg et leur fils devient comte de Luxembourg en ce XIIIe siècle. La veuve “Limbourg-Luxembourg” rembourse une dette à son cousin Bourgogne qui devient duc (eh, oui le statut a augmenté en 1353) de Luxembourg en ce XVe siècle. La fille de Charles le Téméraire, quelques décennies plus tard, épouse un Habsbourg. Leurs descendants règnent jusqu’à l’occupation française en 1795.

Des prétendants français au titre.

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Numismatique capétienne

La longévité des Capétiens est traduite en éléments numismatiques nombreux. Il existe des ouvrages qui traitent spécifiquement de l’héraldique capétienne (Cf. « L’héraldique capétienne » d’H. Pinoteau, 1976). Certains côtés pile sont à la conjonction de ces deux disciplines.

Engageons les hostilités avec un célèbre soldat, César, duc de Vendôme. Fils illégitime de Henri IV, il est pistonné par sa royale ascendance. En tant que général des galères, ces bras de forçats comme force de propulsion de la marine royale en Méditerranée, ses jetons sont recherchés par les passionnés de cette marine pénitentiaire. Précisons que les galères, dans d’autres pays, avaient des rameurs « volontaires ». Nous mettons entre guillemets car il fallait des raisons impérieuses pour ramer, dormir et combattre sur un banc exposé à la brûlure du soleil et aux paquets de mer. L’engagement volontaire n’était guère la tendance dans la France du Grand Siècle…


Sur un jeton où apparaît une galère au revers, les armoiries du duc de Vendôme sont à l’avers.
Trois fleurs de lys, c’est, comme chacun sait, l’emblème du roi de France. Ces armes sont dites « brisées » lorsque l’on modifie quelque peu celles du chef de famille pour montrer son rang secondaire. Pour un bâtard, il est d’usage de briser d’une barre, c’est à dire un trait qui part d’en haut à droite vers le bas à gauche. Comme les brisures gênent parfois l’orgueil de ces puissants, la barre rapetisse pour se transformer en « bâton ». En traduisant les armoiries de César, l’on sait qu’il est l’aîné d’une branche bâtarde des rois de France. Pourquoi « aîné » ? Parce qu’il ne « surbrise » pas : il n’a pas de brisure de cadet, en sus de celle d’enfant illégitime. Les cadets brisent de diverses manières. Il y a le lambel, très pratiqué de nos jours par la famille royale d’Angleterre et nous pouvons constater sur ce double tournois montré en illustration que le deuxième fils légitime du même Henri IV brise d’un lambel ses trois fleurs de lys. Gaston d’Orléans battait monnaie en tant qu’usufruitier de la souveraineté de Dombes. Une grosse principauté indépendante à quelques lieues de Lyon, cela méritait bien une production numismatique de la part de Gaston de Bourbon duc d’Orléans. Ce demi-frère de César de Bourbon-Vendôme, nous le rappelons mais chacun aura suivi, a fondé la première branche capétienne d’Orléans, laquelle est tombée en quenouille puisqu’il n’a pas eu de fils. Or, les Capétiens pratiquent la loi salique. Une autre branche coupée net sera la première branche des Bourbon-Conti. François de Bourbon-Conti, prince du sang, épouse une héritière de la principauté de Château-Regnault, ils battent monnaie et le prince de Conti considère peut-être que son ascendance royale prédomine sur sa petite principauté ardennaise. En effet, Château-Regnault ne figure nullement sur le double tournois présenté en illustration. Il est possible de suggérer une autre hypothèse que celle du dédain français pour les petites entités périphériques car le rappel de la parenté royale permettait sans doute (Conti + fleurs de lys) d’écouler avec facilité les monnaies locales sur tout le marché français. Les Conti, comme les Condé brisent leurs armes avec une bande. Là encore, la bande partait d’un coin vers l’autre mais elle a été raccourcie devenant un bâton. La bande part du coin opposé à celui d’où part la barre.

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Ponthieu, mais c’est bien sûr !

Ce titre est un pastiche de la célèbre phrase dans la série policière française « Les cinq dernières minutes », fameuse chez les téléphiles d’un certain âge.

Mais le Ponthieu, qu’est-ce ?
Il semblerait que les Carolingiens aient créé cette entité afin de se prémunir des invasions vikings dans la Baie de Somme. Déjà implantés dans l’estuaire de la Seine, mais aussi dans celui de la Loire, les vigoureux commerçants scandinaves ne réussiront pas à faire de même à l’ouest d’Abbeville…
C’est donc une réussite géopolitique que ce comté de Ponthieu. D’autant qu’il est durable puisque Charles X, le dernier Capétien légitime, s’en servira, en exil, pour se déplacer incognito : quasiment mille ans d’existence !
Forcément, il y aura des conséquences monétaires de cette réussite politique. Les détectoristes qui trouvent puis identifient les oboles et deniers d’argent des comtes de Ponthieu savent qu’ils ont déterré un objet dont la cote pourra voler au-delà de la centaine d’euros.
Les alliances matrimoniales vont donner cette couronne médiévale à une dynastie maltraitée par les ducs de Normandie et leurs historiographes : les Bellême-Montgomery. Réputés pour leur caractère batailleur et leur talents de séditieux, ces puissants seigneurs règnent sur des forteresses dominant les immenses forêts couvrant la frontière du Maine et de la Normandie. Ces mêmes territoires, sombres sous la ramée de l’époque, où des universitaires actuels décèlent des restes de légions romaines ayant refusé l’invasion barbare et la chute de l’Empire Romain d’Occident bien après Romulus Augustule voire Syagrius. Il y a trace d’un accord, en 497, entre les débris militaires romains et le pouvoir franc, dans cette zone.
Pour faire un raccourci audacieux, le territoire des Bellême-Montgomery c’est un peu la Courlande en 1945 ou les “zones tribales” du Pakistan depuis 1947.
Le Ponthieu va leur donner une bouffée d’air, loin de la férule des ducs normands qui ont gardé la même “pêche” que leurs ancêtres vikings, dans une position stratégique hors de la portée des vindicatifs descendants de Rollon.

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Un personnage médiéval de France et d’Espagne

Le 26 mars 1366, Bertrand du Guesclin est couronné roi de Grenade dans un monastère près de Burgos. C’est son allié et son commanditaire, qui vient d’être couronné roi de Castille juste avant et au même endroit, qui a ordonné à sa cour d’organiser ce second sacre.

Bertrand du Guesclin est un militaire réputé et expérimenté, couvert d’honneurs, d’or et de titres, il passe un cap avec cette couronne royale… qui reste à conquérir. La bataille de Montiel où ses 20 000 hommes vaincront les 50 000 soldats de Pierre le Cruel et de ses alliés anglais (chiffres à minorer probablement), trois ans plus tard, va ouvrir le sud-est de la Castille au mercenaire français et, par-là, la route des montagnes qui enserrent le dernier Etat musulman de la Péninsule Ibérique : “son” royaume de Grenade.
La famille du Guesclin, petite noblesse des confins britto-normands, a une tradition familiale qui prétend qu’elle descend d’un ancêtre sarrasin, un roi de Bougie sur la rive sud de la Méditerranée. Légende, sans doute, mais qui a imprimé l’esprit des rejetons du Guesclin à chaque génération. Le chroniqueur Froissart indique que Bertrand du Guesclin se voyait bien franchir la mer pour reconquérir le royaume de son ancêtre. Une véritable croisade qui va commencer avec les raids contre les musulmans de Grenade qui possèdent un royaume plus concret que celui d’Aquin, un royaume constitué que le roi de Castille vient de lui reconnaître.
Sa croisade, Bertrand du Guesclin ne la finira pas, il est rappelé en France et y meurt en 1380. Le royaume de Grenade restera donc musulman jusqu’en 1492. Cette année-là, entre autres évènements majeurs, Ferdinand d’Aragon et Isabelle de Castille ajouteront à leurs armoiries un quartier parlant : une fleur de grenade sur fond blanc. On peut la voir, en pointe sur le blason du quadruple d’or émis par le couple.

Quadruple d’or avec la grenade au bas des armoiries.

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La monnaie dans tous ses états Deuxième volet, l’Antiquité

La Grèce

On sait qu’avant l’apparition du monnayage proprement dit, les Grecs du Péloponèse, et plus spécialement de l’Argolide, ont utilisé comme monnaie des broches à rôtir en fer, semblables à nos fers à brochettes actuels, les « obeloi ». Six obeloi pouvaient tenir dans la main formant ainsi une poignée ou « drachme ». C’est en effet l’étymologie probable du mot qui désigna, jusqu’à l’euro d’aujourd’hui, l’unité monétaire grecque.
Le monnayage véritable conserva ces dénominations, à cela près que le doublet « obole » fut généralisé (obèle gardant presque toujours son sens de broche) et maintint la division de la drachme en six oboles… montrant bien que ces fameuses « drachmes d’obeloi » étaient bien, à l’origine, d’authentiques proto-monnaies.
Les premières pièces de monnaies (en argent et en or) sous la forme actuelle sont, selon Hérodote, l’œuvre des Lydiens vers 650 av. J.C, plus tard, l’usage et la fabrication se répandront dans la Grèce entière.
Durant la période archaïque les pièces fabriquées par les Lydiens sont en électrum, un alliage naturel d’or et d’argent !

Sur l’île d’Égine on frappa les premières monnaies grecques, les fameuses tortues éginétiques qui perdurèrent en différents endroits de la Grèce pour le commerce.
Dès le début, on tenta de tricher en rognant des morceaux des pièces encore pas vraiment rondes… alors pour contrer ces premiers « escrocs » les monnayeurs se mirent à ajouter sur les pièces, des motifs, des décors et à imprimer un cercle autour, on n’était qu’au début de la monnaie « protégée » et plus tard les cités grecques émirent l’emblème de leur ville ou l’image des divinités la protégeant.

Durant la période classique, les pièces frappées au Ve siècle av. J.-C. Sont parmi les plus belles monnaies jamais réalisées. Plus tard, les Romains puis les Anglais et aussi les Français s’inspirèrent des modèles grecs.

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