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Monnaies et Détections

Catégorie : Vécu

Chasse au cercueil !

Vu le titre, on pourrait penser à une recherche macabre, mais non pas du tout ! Il existe en Bretagne et plus généralement dans le grand Ouest et probablement dans d’autres régions de France, une tradition qui consiste à enterrer une boite, nommée cercueil, lors d’un enterrement de jeune fille/garçon se préparant à sauter le pas du mariage.

Photo 1

Cette tradition se perd dans la nuit des temps, certainement une origine plus ou moins catholique qui a dévié en fiesta avec le temps…
Fiesta souvent bien arrosée, en Bretagne en tout cas, je vous le confirme ! Début 2005, j’étais invité à une de ces journées, je me souviens des jeux de pistes, de la partie de paintball et au final d’une belle journée avec la famille et les amis qui se termina autour d’un banquet dans le jardin des parents du futur marié. Assurancetourix le barde, n’était pas là, mais tout le reste y était ! Et vers deux ou trois heures du matin, celles et ceux qui avaient encore les yeux ouverts, participèrent à l’enterrement du fameux cercueil. Celui-ci avait été fait par un des oncles du marié, menuisier-ébéniste ça aide, on y met ce que l’on veut, souvent des bouteilles, des peluches pour les futurs bébés, des lettres et autres babioles…
Quelques semaines plus-tard, le 25 juin 2005, une belle Bretonne dans sa robe d’un blanc nacré, prenait pour mari un grand brun au regard ténébreux. Deux beaux bébés arrivèrent dans la foulée ou presque.
La tradition veut que, normalement, le cercueil soit « exhumé » à l’arrivée du premier bébé. Mais bien souvent pour x raison, déménagement et autres, il reste en terre et comme tout ce qui est caché on l’oublie plus ou moins.
Et le temps passa jusqu’à un beau jour de 2016 – donc 11 ans plus tard ! – où quelqu’un posa enfin la question : et le cercueil vous l’avez déterré ? Ah tiens non, mais il faudrait déjà le retrouver… Avec un détecteur de métaux peut-être, et dans ces cas-là, c’est à bibi qu’on pense… Voilà comment je me suis retrouvé à chercher un cercueil, une première pour moi ! (1)

Photo 2

On se souvenait tous à peu près de l’endroit, le long d’une grange. Une fois la zone nettoyée, j’ai passé quelques coups de poêle. Je comptais sur les capsules et têtes de bouteilles en alu pour repérer le magot et après quelques bouts de ferrailles et dessus de boites de conserves un son assez diffus, mais large s’est fait entendre. Quelques coups de pelles donnés par le marié, c’était pour remplir sa cave, fallait bien le faire creuser un peu… deux ou trois coups de barres à mines pour être sûr, et bingo on était pile dessus ! (2)

… La suite de l’article dans Monnaies & Détections n° 94

Cahiers de prospection 1995

Un fidèle lecteur de la revue Monnaies & Détections nous livre les cahiers de prospection qu’il tient depuis 1993, et sur lesquels il a noté toutes ses sorties. Alexandre

Lundi 27 mars 1995
Lors d’une rencontre avec Marc M… chez le coiffeur, je lui avais demandé si je pouvais revenir à C… voir s’il n’y avait pas d’autres silos à grains dans la vieille bâtisse. Il m’avait dit que je pouvais y aller quand je voulais, aussi en rentrant d’amener Axel à l’école je rentre me changer prendre un casse-croûte et tout le matériel et j’y vais. Je commence les sondages à la pioche et effectivement je retrouve un premier silo à côté des 2 autres dans la salle devant la cheminée, puis un autre dans la resserre à bois. Mais le premier est rempli de terre vierge, et part sous la cloison de briques foraines montées de champ. Le second a été rempli de « roulé-concassé » moderne sans le moindre débris. Je me fatigue à les vider à coups de pelle, en espérant que dessous la couche sera bonne, mais j’arrive presque au fond en fin d’après-midi et pas le moindre tesson. Par contre en passant la terre du premier au détecteur je sors quatre doubles tournois, il faudra les nettoyer, mais sur un je peux déjà lire la date de 1644. Vers 4 h j’ai trop mal aux reins, en plus il fait froid et humide et je rentre.

Samedi après-midi 8 avril 1995
Il fait très beau et à 2 h je repars chez Marc pour reboucher les deux silos et voir s’il n’y en aurait pas d’autres. Je finis vers 4 h et je fais des sondages. J’en découvre un autre dans le fond de la resserre mais quand je commence à le vider je vois que lui aussi est rempli de gravier et je rebouche tout. Cela fait le septième silo que je trouve dans cette ferme, il y en a peut-être d’autres, en fait c’est toute une batterie de silos qu’il y avait… à moins qu’ils ne soient pas contemporains et qu’ils les creusaient au fur et à mesure pour remplacer ceux qui étaient abandonnés et comblés. Avant de partir je passe un dernier coup de détecteur dans les autres pièces, il y en a dallées de foraines et d’autres cimentées. Entre les briques de l’ancienne étable je trouve deux Napoléon III (10 centimes 1852), une pièce trouée et 10 francs 1955.

Samedi 3 juin 1995
A 9 h je vais chercher Mr L… car il m’avait demandé dans la semaine de venir l’aider à fouiller un silo trouvé à Saint-Paul. Ce silo a été découvert par Mr L… ambulancier et pompier, dans une cour, rue Henri Barbusse. Il l’a trouvé par hasard car son épouse s’est enfoncée avec sa chaise dans le goulot. C’est le silo classique : il est comblé avec de la terre mêlée de débris de tuiles canal, des éclats de briques, des galets, mais essentiellement de la brique crue. Il y a quelques tessons de poterie commune. Nous trouvons seulement des débris d’ossements et une boucle de ceinture en bronze, mais rien qui permet de dater le comblement. Je pense qu’il y a aussi d’autres silos dans la grange attenante et la maison abandonnée que doit acheter Mr L… Ce dernier nous dit qu’il collectionne les vieilles pièces de monnaie. Il nous raconte que sa grand-mère en Espagne a trouvé dans une cache une carabine Winchester 1882, des fusils de guerre et des révolvers. Mr L… nous apprend que les briques foraines font 42 sur 28 (2/3 – 1/3) et que le mot forain vient de fora, dehors : la brique foraine est celle qui vient de l’extérieur, qui a été achetée dans une briqueterie, par opposition à celle qui a été construite sur place, en brique crue.
En me promenant à 2 h en attendant que Mr L… revienne du repas, le long des potagers dans l’ancien fossé au pied des remparts, je trouve une croix de cuivre puis une petite statuette de Sainte Germaine. Il faudra que je revienne avec le détecteur mais c’est très pollué car la pente sous le rempart est pleine de déchets, ils devaient vider les poubelles depuis le haut.

Lundi de Pentecôte 5 juin 1995
J’ai pris rendez-vous à 7h30 avec Mr C… qui veut m’amener à M… voir un silo qu’il a trouvé en faisant des travaux de terrassement. Il est là à l’heure dite et me conduit au village de M… dans une vieille maison démolie et reconstruite en garage. Les murs neufs ont été bâtis des deux côtés au-dessus des murs en brique crue. Le mur du fond, lui, est entièrement neuf et repose sur une fondation en béton. La porte n’est pas encore posée. Le sol est en terre.
C… retrouve dans l’angle avec sa montre-pendule (!!!) l’endroit du silo supposé. Effectivement après quelques coups de pioche apparait une poutrelle de béton (qu’il a lui-même posée avec sa pelle mécanique) sur un vide à demi comblé, dans lequel s’enfonce la barre-mine. C’est ce vide qui lui a fait penser qu’il doit y avoir un silo à grains.
Nous repartons aussitôt car je dois amener Axel à un tournoi de foot et nous prenons rendez-vous pour le fouiller samedi prochain.

Samedi 10 juin 1995
L’après-midi je file à M… où m’attend déjà Mr C… et je commence effectivement à creuser le silo. C… reste un moment puis doit partir pour son travail et je continue seul, mais au bout d’un moment la sœur du propriétaire arrive et me vide les seaux de terre que je lui passe depuis l’intérieur du trou jusqu’à 6 h. C’est bien un joli petit silo très bien creusé, mais il a été rebouché avec de la terre, des briques crues, des tuiles de toit. On ne trouve pratiquement aucun tesson de poterie, à part trois ou quatre éclats d’oule. Il y a aussi beaucoup de cendres et de briques noircies comme si on avait démoli une cheminée et jeté les briques dedans. La terre est collante, très humide, c’est épuisant et peu encourageant vu la stérilité du contenu. A 6 h complètement crotté, je dois arrêter pour aller chercher Axel, je pense être arrivé à la moitié du silo. Je téléphone dans la semaine : le propriétaire va le reboucher car la maison est louée.

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Cahiers de prospection 1994

Un fidèle lecteur de la revue Monnaies & Détections a accepté de nous livrer les cahiers de prospection qu’il tient depuis 1993, et sur lesquels il notait toutes ses sorties. Ces pages pleines de nostalgie nous rappellent une époque de liberté : nous pouvions prospecter sans contraintes, participer aux fouilles archéologiques du coin avec les érudits locaux, leur transmettre toute information ou toute trouvaille en rapport avec l’archéologie pour qu’ils fassent suivre aux officiels avec lesquels les rapports étaient confiants et cordiaux… Vingt ans après, comme les choses ont bien changé : l’archéologie est confisquée par les professionnels, comme le sol et le sous-sol le sont par l’Etat, et les prospecteurs sont voués aux gémonies par quelques psycho-rigides de la truelle, alors qu’ils pourraient – comme en Angleterre – être d’efficaces auxiliaires de l’Archéologie.

Samedi 30 avril 1994

Il fait enfin très très beau une vraie journée d’été. Le soir à 5 h je vais chez Albert D…car je l’ai vu au bureau et il m’a dit qu’il avait fini le gros œuvre de la villa et qu’il avait sorti toute la terre des fondations et du terrassement, je peux y monter détecter autour et dans le champ avant qu’il engazonne et qu’il laboure l’endroit où il va faire le jardin et le verger. Il me fait visiter la villa, il reste tout l’intérieur à faire, elle me parait très grande. Je commence par prospecter le grand tas de terre qu’il a poussé en limite du terrain, contre le champ de blé dans lequel il l’épandra quand il aura moissonné. Je n’ai pas de son, à part des ferreux, mais il y a quelques éclats de briques, qui m’ont l’air plus de foraines que de tegulae, et bien sûr des coulées de ciment et des morceaux de briques et de tuiles neuves. Puis je reviens vers la maison et je commence à prospecter assez loin des murs à cause du fouillis de matériels et matériaux posés partout. Le sol est bien propre car la lame du bull a décapé sur une dizaine de centimètres en poussant les tas de terre. Il y a quelques galets, de minuscules morceaux de briques, un isolateur de porcelaine blanche de clôture électrique, des tessons de poterie grise, des sons de ferreux. Albert me suit un moment avec une truelle à la main car il a commencé à travailler, puis quand il voit que je ne trouve rien, il repart à l’intérieur. Un long moment après, premier son franc : un DTL a demi-plié, presque en surface. Puis plus loin, je trouve une petite statuette blanche, il manque la tête, les mains, les jambes sont coupées aussi à hauteur des genoux… elle est en faïence, difficile de dire si elle est antique ou moderne, on dirait un personnage féminin en attitude d’orante, les mains à hauteur des hanches devaient être ouvertes vers l’avant… Un autre son : une petite médaille de cuivre, avec un personnage debout et une grande croix de l’autre côté. Puis des ferreux, une zone de gros galets, et autre son, très fort : je creuse un peu et je sors un drôle de crochet avec un petit anneau, on dirait qu’il y a des stries ou des dessins. Je finis le côté sans rien trouver d’autre et je fais le tour pour aller devant la villa, côté route. Il y a là aussi des galets, j’ai tout de suite des sons de ferreux, puis quatre petits bronzes très abimés, on devine un portrait à droite avec une couronne radiée sur un, les autres sont grumeleux. Et un autre DTL, puis une grosse pièce de 2 francs 1942. J’arrête vers 9 h car Albert remonte à la ferme pour souper, je lui montre les trouvailles et je m’en vais. Je nettoie le crochet en arrivant, c’est en fait un serpent, on voit très bien la tête, les écailles, et la queue, mais il n’a pas l’air très vieux.

Dimanche 24 juillet 1994

De 4 h à 8 h je vais au gué de G… sans détecteur pour faire les marmites. Je trouve plein de clous, certains de fers à cheval, une dizaine de balles de pêche et une cuillère avec un bout de crin, une balle brenecke mais pas de pièce.

Mardi 26 juillet 1994

(la canicule dure depuis 1 mois) Après avoir amené Axel et Flavien à la piscine je vais en bas des abattoirs et en descendant vers la grange je prospecte dans le lit de la rivière en essayant de repérer des gués. L’eau est basse, il y a plein de plaques rocheuses à découvert. Je trouve une cartouche complète de 9 mm, il y a quatre marquages, c’est une balle allemande de 1943, des balles de pêche, deux plombs de filet, et une longue épingle en bronze, peut-être de l’âge du bronze. C’est très pollué : bouchons métalliques, cannettes, papiers d’alu, fonds de batteries en plomb, ferrailles diverses.

Samedi 6 août 1994

A 5 h je vais aux B… derrière chez N., au niveau de la station de pompage. Je passe le détecteur sur la berge en amont de la station jusqu’à 7h30. Il fait très beau, très chaud, je ne trouve rien sinon des briques très abimées difficiles à dater. Tout le lit de l’Ariège est recouvert de galets écroulés de la falaise de l’autre côté, lors de la glissade de terrain. Je fais partir un long serpent gris dans l’eau, puis je vois descendre Roger B… et un autre gars en plein courant dans une barque verte. Ils ne m’ont pas vu. En revenant à la voiture, je trouve dans le chaume du bord du champ une pièce trouée et un gros 10 centimes Napoléon III.

Lundi 15 août 1994

Je pars à la foire à la brocante à Villenouvelle, puis je me change et je vais au gué de G… jusqu’à 8 h du soir sans le détecteur. Je trouve enfin l’endroit où il faut chercher. Il ne faut pas faire les marmites mais aller juste à la limite du profond, en bordure du gué, à l’endroit où il y a beaucoup d’eau et de courant, et chercher là. Je me repère sur le grand bidon de fer à demi enterré sur l’autre rive. Je trouve quatorze DTLs, deux pièces en cuivre jaune, épaisses, mais lisses, quantité de clous, une belle double agrafe à crochets, une hampe de flèche en bronze, cinq fers à bœufs, un débris d’éperon en fer, trois petites boucles de cuivre, un long poids de filet de pêche. J’arrête à 8 h car je commence à avoir froid dans l’eau.

Jeudi 18 août 1994

Je me change vite en sortant du bureau et je reviens au gué à 6h30. Mais l’eau a beaucoup monté, orages en Ariège ou lâcher de barrages pour l’irrigation. Je ne reconnais plus rien mais je tombe rapidement en face du vieux bidon de fer échoué sur l’autre bord, sur un endroit plein de clous. Lydie me rejoint vers 7 h et en une heure nous avons un plein fond de tamis de clous forgés. Je trouve un joli ardillon décoré de boucle mérovingienne. L’eau est froide et à 8 h nous sommes gelés, de toute façon il fallait partir car je suis invité à souper (fin des vacances, départ de Michel et des enfants).

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Avant le détecteur était la charrue

Le trésor d’Aïn Tinn (Algérie)

Aïn Tinn, anciennement Belfort

Bien avant l’installation par l’armée française d’un centre de colonisation en 1874 le site d’Aïn Tinn était déjà un lieu d’habitation ancien dont certains hameaux et lieux-dits ont gardé les noms évocateurs de ce passé. Dominée par une chaîne montagneuse qui culmine à 1266 mètres, la ville d’Aïn Tinn, dont le nom précédent était Belfort, commune officiellement créée le 23 novembre 1880, est située à une altitude moyenne de 680 mètres. Elle se trouve à 25 kilomètres à l’ouest de Constantine, troisième ville d’Algérie, et elle fait partie de la Wilaya (le département) de Mila. C’est une ville essentiellement tournée vers l’agriculture où les champs sont nombreux mais petits et dispersés. Dans le village, où sont présentes quelques administrations, sont établis quelques commerces, notamment : alimentation générale, bureaux de tabac et journaux, boucheries, boulangeries, fruits et légumes, etc. Une petite zone industrielle existe également.

 La découverte du trésor

Un jour du printemps 2003, dans un hameau d’Aïn Tinn, dénommé douar Benzekri, deux frères agriculteurs firent de manière inopinée une fabuleuse découverte dans le champ qu’ils labouraient : une jarre contenant un trésor composé de monnaies anciennes probablement enterrées lors de turbulences politiques à la fin du XVIIIe siècle ou au début du XIXe siècle par la famille Ben Zekri, famille dont plusieurs documents rappellent qu’elle était liée à plusieurs Beys (gouverneurs) de Constantine. Les deux frères auraient peut-être pu devenir riches en conservant puis en revendant ce trésor. Malheureusement pour eux, ils parlèrent de leur fabuleuse trouvaille. La police locale, alertée de la découverte de ce trésor, intervint très rapidement et procéda à son dépôt provisoire à la Direction des domaines de Mila, préfecture départementale distante d’une quinzaine de kilomètres. Ainsi les deux laboureurs ne profitèrent pas personnellement du trésor d’Aïn Tinn mais la dispersion d’un bien inestimable pour la connaissance de la circulation monétaire dans cette région constantinoise était évitée.

L’étude du trésor d’Aïn Tinn

L’étude de cet ensemble monétaire fut rapidement confiée aux spécialistes de numismatique du musée national Cirta de Constantine qui établirent qu’il était composé d’une pièce d’or de la République de Venise frappée au XVIIIe siècle et de 195 pièces d’or de l’époque ottomane frappées entre 1707 et 1788. La première de ces monnaies est un sequin au nom du doge Alvise dont l’avers a pour légende « S M VENETI. ALOY. MOCENI.DUX ». Sur cet avers Saint-Marc remet au doge agenouillé une oriflamme. Sur le revers où, dans une ellipse étoilée, le Christ est présenté debout de face, la légende est « REGIS. ISTE.DVCA. SIT. T.XPE. DAT. Q. TV ». Toutes les autres monnaies sont des pièces d’or, pesant environ 2,6 grammes chacune, frappées aux noms de cinq sultans de la Porte Suprême à Istanbul (Turquie) où trônaient les califes ottomans : Ahmet III (1703/1730), Mahmoud 1er (1730/1754), Osmane III (1754/1757), Mustapha III (1757/1774) et Abdülhamid 1er (1774/1789). Si la plus grande partie de ces monnaies, à qui l’on donne parfois le nom de soltanis, est en très bon état, certaines sont percées d’un ou deux trous de suspension car elles ont servi à former de somptueux colliers dont les sultans et les membres de leur entourage aimaient se parer ou encore étaient fixées sur des coiffes, les chachias soltani, que les Constantinoises portaient lors des fêtes. Ces pièces ont été frappées en Turquie, en Egypte, en Tunisie ou en Libye. Elles portent dans des grènetis les légendes notées en arabe : « A la gloire de … sultan des deux terres et souverain des deux mers », « Victorieux, glorieux sur terre et en mer »  ou encore « … Sultan fils de Sultan ». Sur chacune d’elles est aussi indiqué le nom du sultan et la date de frappe de la monnaie selon le calendrier de l’Hégire. Aujourd’hui toutes les pièces du trésor d’Aïn Tinn sont exposées dans la salle de numismatique du Musée National Cirta de Constantine et plusieurs sont représentées sur l’un des catalogues du musée.

Une partie des monnaies du trésor d’Aïn Tinn présentées
au musée Cirta à Constantine :

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Le trésor du Dakota PI-C12

Janvier 1947, un avion Dakota, (1) de la Airlines Philippine immatriculé PI-C12, vole en direction de Hong-Kong, atterrissage prévu sur l’aérodrome, réputé dangereux, de Kai-Tak.
Ce 25 janvier 1947, le plafond nuageux est assez bas et pour ne rien arranger un brouillard épais rend les conditions de vol périlleuses, ce qui oblige le pilote, le capitaine Theodore Weymouth né à Kansas City, à voler très bas. Et c’est le drame à quelques milles de Kai-Tak, le Dakota percute de plein fouet le sommet d’une colline sur le Mont Parker ! Les quatre hommes qui se trouvaient à bord, le capitaine Weymouth 28 ans, le copilote Narzal Lim, l’opérateur radio Benedicto Merza et l’agent de bord Lourdes Chuidian sont tués sur le coup. L’impact, comme le montre une photo de l’époque, a été frontale, faisant exploser l’avion. Il n’y a plus que la queue de l’avion qui soit à peu près intacte, le reste a été pulvérisé ! (2)
La montre du pilote sera retrouvée les aiguilles bloquées à 15h02, ce qui correspondait à la dernière liaison radio avec la tour de Kai-Tak. Dès le lendemain, une équipe de secours gagne le Mont-Parker, la presse révèle dans le même temps que l’avion transportait une fortune en or ! Une cargaison de lingots d’or et de pièces d’or, des monnaies mexicaines de 50 pesos très prisées en Asie, une cargaison d’importance qui était destinée à approvisionner sept banques de Hong-Kong et estimée par la presse de 1947 à 15 millions de dollars ! (3)

La police dresse un cordon de sécurité autour du lieu du crash, pour éviter tout pillage de l’épave. Sous la violence de l’impact et de l’incendie qui a suivi, des pièces d’or ont fondu, quelques-unes seront retrouvées mêlées à aluminium de l’avion. Des monnaies et lingots d’or ont été projetés à plusieurs dizaines de mètres de l’impact avec des bouts de la carlingue. Pendant plusieurs semaines, la zone du crash va être fouillée par des ouvriers réquisitionnés pour l’opération, sur plusieurs d’entre eux, lors de fouilles de contrôles, la police trouvera des monnaies de 50 pesos or…

L’enquête va conclure à un accident dû à de mauvaises conditions de vol. L’avion était en bon état et le chargement d’or ne dépassait apparemment pas la charge maxi de l’appareil, mais l’or a certainement rendu l’avion moins maniable et il n’est pas impossible que l’or ait été mal réparti sur l’ensemble de la soute. Ça peut paraitre incroyable, mais ce type d’accident « dû à la densité de l’or » est déjà arrivé, voir M&D n° 42 « Un trésor tombe du ciel » où 100 kilos d’or furent perdus en plein vol !
Un révérend et 20 boy-scouts participeront aux recherches, à eux seuls ils trouveront 2 lingots et de nombreuses pièces d’or, pour environ 90 livres, ce qui correspondrait à 40 kilos ! Aucun des rapports, pas plus que les articles sur cette histoire ne précisent le poids des lingots ? Probablement des barres de banques dont le poids standard est de 400 onces soit 12,5 kilos, mais suivant les pays, ils existent des barres de 10 ou 8 kilos…
Des histoires assez folles vont courir sur l’or du Dakota ; un comptable chinois chargé de contrôler l’or retrouvé aurait disparu corps et bien ! Des responsables de la police ayant participé aux recherches, auraient pris leurs retraites avec un peu d’or de côté… etc.

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Il était une fois dans le Sud

Bon alors, c’est une histoire qui m’a été contée par un ami au-dessus de tout soupçon, lequel la tenait de ses propres yeux de lui-même. Donc de source sûre, sous réserve de légers aménagements et petits détails que seuls les protagonistes connaissent. Vous dire si certains déconnent grave serait en dessous de la réalité, et je pense que cette anecdote va le prouver sévère.

C’est parti :
L’aventure se passe sur un chantier des environs de par en bas, au soleil, et pas loin de Mare Nostrum, au cours de travaux classiques dans un quelconque patelin de cambrousse de notre chouette Occitanie/Sud. En ces coins superbes, nos ancêtres les Romains vécurent quelques quatre siècles de paix (la seule période peinarde si longue de l’Histoire de France, il est bon de le noter) accumulant richesses et prospérité.
Il va de soi que dans un pays comme l’Angleterre, ils n’auraient pas manqué de laisser d’innombrables artefacts, monnaies et trésors. Mais en France, attendu que nos législateurs préfèrent que rien ne soit découvert, ben y’a rien qui y est découvert. N’est-il pas ?
Ainsi donc, trois compères terrassiers manœuvraient le tractopelle et la pioche afin de bricoler le réseau d’assainissement.
Au milieu des gravats en fond de la tranchée, ils repèrent une sorte de boite vaguement métallique.
L’ayant prélevée manuellement et constatant que l’intérieur produit quelque bruit au secouage, les voili qui s’affairent à l’ouvrir avec les précautions d’usage chez les brodeurs de napperons, c’est-à-dire à la pioche, la massette, le burin et autres outils présents dans la caisse du Caterpilar en question.
Le contenu s’éparpille… en scintillant…
Je vois déjà s’écarquiller ton œil ;)
Tu l’as deviné, yes !
Sa mèr’ de sa rac’ qui déchir’ la mort qui tue ! ! ! ! de l’or, du jaune, mais oui mais oui !
Cette dégringolade de rondelles sème la surprise, puis l’avidité, suivie très rapidement de la convoitise, et, par voie de conséquence, ça part à la bouffe dans une solide partie de torgnoles afin d’élire l’inventeur, et donc le possesseur des dites piécettes.
Après moult pains dans la poire et autres câlins de phalanges, le calme revint et il fut décidé en cautérisant les plaies et glaçonnant les tuméfactions oculaires, de ramasser tout ça et de le distribuer équitablement. Ainsi fut fait, mais à ceci près que ce seraient les euros de la vente qui se verraient partagés.
La boite, elle, passablement cabossée rejoignit les gravats du fond de tranchée. L’histoire dit qu’elle y est encore. Elle était en tôle de bronze, visiblement, mais n’offrait aucun intérêt aux yeux des inventeurs.
Serre les dents, et attends la suite.
Nos trois compères se dirigent donc vers le plus proche racheteur d’or, de chez Promo Gold Machin ou Cash Truc dans le genre. La quarantaine de pièces est donc échangée au poids du métal précieux et au cours du jour, contre des euros sonnants et trébuchants. Enfin, de leurs coupures papier.
Pécule récupéré, et désireux de fêter la somme rondelette récoltée, les trois mousticaires (oui, je sais, mais là bas la gente cuicidaesque sévit pas mal, tout campeur non enduit de citronnelle te le confirmera) se mettent en quête de quelques fioles au titrage copieux, et du premier dealer venu. Nantis des litrons et des chichons idoines, voilà nos zouaves qui se ramassent la poire de belle façon, et se font une java mémorable… au point de se faire gaufrer par les bleus.
Bon.
Ceci serait assez banal, voire même un tantinet ridicule, si les rondelles en question, au nombre d’une quarantaine avaient été des Napoléons, ou des Francs… Encore que certains d’entre eux valent probablement bien plus que leur poids en or. Mais il s’avère que les monnaies en questions n’étaient autres que de jolis aurei…
T’as bien entendu ?
Respire.
Plus de quarante aurei vendus au poids du métal précieux.
Plus de quarante aurei dont le tarif peut aller de 2000 à 200 000 €/pièce…
Arrêtons-nous un instant afin de reprendre encore une fois la respirance, d’éponger nos fronts en sueur, et desserrer les ratiches qui commencent à crisser sévère…

… La suite de l’article dans Monnaies & Détections n° 92

Le bombardier mysterieux

Un avion particulier

Le 10 novembre 1943, le Heinkel He 111 portant l’immatriculation GL+ET décolle de Cazaux.
Cet appareil n’est pas un He 111 standard, c’est un appareil d’essai. Il appartient à l’unité spéciale « Erprobungsstelle Süd » qui essaie les nouveaux matériels et cet avion est utilisé pour tester les derniers modèles de viseurs.
Pendant l’été et l’automne 1943, l’Erprobungsstelle a déjà fait plusieurs vols avec cet appareil dans les environs de Cazaux et de Millau, en lâchant des bombes afin de valider la précision de ce nouveau type de viseur.
Ce 10 novembre 1943, parmi l’équipage de 5 personnes : Willy Dennert est le pilote (2) et Herbert Waschk est le commandant de bord (3).
Herbert Waschk a déjà été décoré à plusieurs reprises : le 5 novembre 1942, en particulier, il a reçu la « Croix allemande » en or (4).

Un vol d’essai qui s’achève de manière dramatique

L’appareil décolle sans problème et part vers l’est. Mais peu après Albi, à 5 000 mètres d’altitude, le moteur gauche prend feu. Cet incendie dérègle les commandes de vol.
L’avion devient incontrôlable (5). Le pilote réussit à sauter en parachute alors que les quatre autres membres d’équipage, piégés dans le Heinkel 111 en détresse, s’écrasent avec l’avion.
Il est vraisemblable que les quatre passagers ont été plaqués à la paroi du fuselage par la force centrifuge, énorme dans un avion en vrille.
A l’impact, l’appareil est pulvérisé et le pilote est le seul rescapé. L’armée allemande vient récupérer les quatre corps, puis, quelques jours plus tard, évacuera les restes de l’avion en réquisitionnant les chars à bœufs des environs. Seuls quelques débris minuscules subsistent, enfoncés dans la terre.

Découverte de l’avion

Par un pur clin d’œil de l’histoire, nous arrivons sur le site de crash (6) jour pour jour 70 ans après l’accident. Toutes les autorisations administratives ont été obtenues en amont auprès des services compétents, de la DRAC, et aussi auprès des propriétaires du terrain (7). Ceux-ci nous ouvrent grand leur porte. Le grand-père de la famille qui a été témoin du crash nous relate ses souvenirs de l’évacuation de l’épave.
Sur le terrain, le travail de recherche commence et les pièces apparaissent.
Les fragments retrouvés sont en mauvais état car le champ a longtemps été labouré et la charrue est destructrice pour les fins morceaux d’aluminium, déjà malmenés par le crash.
Un grand nombre de scories (8) nous confirme qu’un incendie a eu lieu et les fragments de peau tordue de l’avion laissent imaginer la violence du choc.
Des composants de l’appareil revoient le jour : de la tuyauterie, des composants d’équipements, de la tôle froissée (9).

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Les 53 aureus du motard

En 1971, en Haute-Loire, un jeune agriculteur laboura un de ses champs comme chaque année. En ce beau jour de septembre il fit une rencontre étrange. Il conduisait son tracteur avec sa charrue retournant la terre végétale, quand au bout d’une heure passée de travail à surveiller les lignes de ses passages, il lui prend soudain l’envie d’uriner. Il arrêta et descendit de son tracteur et se plaça devant les socs de la charrue pour se soulager. Pendant sa vidange son regard se porta naturellement sur un des socs dépourvu de terre fraîche. Il vit à quelques centimètres de son visage une sorte de point de couleur jaune brillant. Il saisit le petit objet collé à la motte de terre, et croyant que c’était un bouton, il le mit dans sa poche et remonta sur son tracteur pour terminer de labourer son champ. Arrivé chez lui, il donna ce qu’il croyait être un bouton à sa femme passionnée de couture, mais cette dernière déduisit que c’était probablement une pièce de monnaie ancienne en voyant une tête barbue d’un côté et un personnage sur l’autre face. Elle n’y prêta guère d’attention et plaça la monnaie dans sa boîte à couture. Sur le point d’avoir un bébé le mois suivant, le jeune couple était plus axé sur la naissance prochaine qu’à une monnaie ancienne, même si elle semblait être en or.

Aureus de Marc Aurèle

L’incroyable histoire arriva une vingtaine d’années plus tard, quand Rémi le fils de l’agriculteur, revenu de son service militaire, se passionna pour le moto-cross. Ses parents d’ailleurs, lui avaient offert une 125 cm3 pour ses vingt ans. Fils unique, Rémi avait en projet de reprendre la ferme d’exploitation de son père qui était déjà un héritage de ses grands parents.
Rémi et quelques copains se retrouvaient souvent pour se défouler dans les bois et les terrains vallonnés de la campagne avec leurs motos. Une fois, ils avaient été arrêtés par les gendarmes à cause du bruit occasionné dans le bois proche d’un bourg voisin. Par manque d’espace, Rémi décida d’établir un nouveau parcours cross dans un bosquet attenant à l’un de ses champs en jachère. Et tous les samedis, au lieu d’aller dans le bois communal proche des habitations, ils prenaient les chemins à travers champs pour rejoindre leur nouveau parcours improvisé afin d’y effectuer quelques sauts sur les talus, là où le bruit ne dérangeait personne. Les virages en épingles étaient leurs obstacles préférés et très vite les ornières se creusaient de plus en plus. Sans le savoir Rémi et ses copains motards s’entraînaient dans le champ où le père de Rémi avait trouvé vingt ans auparavant la « monnaie jaune ».

Aureus de Commode

Un samedi du mois de juin 1991, Rémi et un de ses copains parcouraient les talus entourant le champ sur leur moto à fond la caisse. Le camarade de Rémi se trouvait devant à une vingtaine de mètres, il négocia un des virages et Rémi le poursuivant de près, arriva sur le virage, et là il aperçut plusieurs rondelles jaunes dans le fond l’ornière. Il y prêta attention et s’arrêta pour les regarder de plus près. Trouvant ces pièces jaunes très jolies, il les ramassa et les mit dans une poche.

Aureus de Faustine mère

 

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Cahiers de prospection 1993

Un fidèle lecteur de la revue Monnaies & Détections a accepté de nous livrer les cahiers de prospection qu’il tient depuis 1993, et sur lesquels il notait toutes ses sorties. Ces pages pleines de nostalgie nous rappellent une époque de liberté : nous pouvions prospecter sans contraintes, participer aux fouilles archéologiques du coin avec les érudits locaux, leur transmettre toute information ou toute trouvaille en rapport avec l’archéologie pour qu’ils fassent suivre aux officiels avec lesquels les rapports étaient confiants et cordiaux… Vingt ans après, comme les choses ont bien changé : l’archéologie est confisquée par les professionnels, comme le sol et le sous-sol le sont par l’Etat, et les prospecteurs sont voués aux gémonies par quelques psycho-rigides de la truelle, alors qu’ils pourraient – comme en Angleterre – être d’efficaces auxiliaires de l’Archéologie.

Alexandre

Lundi 19 septembre

Grand soleil et vent d’autan. Le matin nous allons au gué de G… L’eau est haute et froide, les fonds sont très clairs, toutes les marmites et les fissures dans la roche du fond sont propres, à croire qu’elles ont déjà été fouillées, ou bien que les travaux en cours pour le creusement du lit de l’Ariège en amont du pont ont dégagé des masses de terre qui ont tout balayé et nettoyé.
Nous ne trouvons que deux ou trois clous de fer à cheval, très peu de déchets ferreux. Aussi à 13 h nous partons au gué de Q… mais là nous nous apercevons en arrivant que la coulée de terre suite à l’affaissement de la falaise au cours de l’hiver dernier a complètement perturbé le cours d’eau. Il s’est formé une ile sur l’emplacement du gué, complètement recouvert d’un amas de galets et de roches, on ne voit plus de trous ni de marmites, le courant est devenu beaucoup plus violent, l’eau est beaucoup plus haute, impossible de s’y avancer, surtout que dès le bord le fond est tapissé de gros galets ronds et glissants. C’est trop dangereux.

Lundi 4 octobre

Nous partons à 9h30 chez M… à C… Je lui ai demandé samedi par téléphone si nous pouvions revenir à sa ferme en ruine voir s’il n’y avait pas d’autres silos à grains. Le bâtiment se délabre de plus en plus, il ne va pas tarder à s’écrouler. L’escalier et les plafonds à la française sont toujours aussi beaux ainsi que la porte d’entrée avec la pierre à la salamandre sculptée mais le toit à commencé à s’affaisser dessus et il y a des tuiles partout et des flaques d’eau dans tout le bas. Nous attaquons à côté du dernier silo fouillé qu’avait commencé Gérard.

Nous tombons sur de la terre rapportée, environ 30 cm, puis un gros radier de galets énormes soigneusement rangés et tassés sur 6 rangs, cela parait un drain plutôt qu’une fondation, ou un remplissage, mais très soigneux. Puis sous ces galets une couche de terre noire avec des quantités incroyables de morceaux de verre : verre de grosses bouteilles, mais aussi verre plat de vitres, très mince, de gobelets, et surtout des goulots de fioles d’une minceur et d’une finesse incroyables, et à travers, quantité de morceaux de plats en faïence blanche, certains avec des décors de fleurs qui font penser aux décors de Martres-Tolosane, des tessons de poteries brunes ou vertes vernissées, également.
Tout cela n’a pas l’air très vieux sans être moderne. M. …, le propriétaire, vient nous voir vers 14 heures. Il nous dit que ses parents ont acheté la ferme en 1950 et n’y ont jamais fait aucuns travaux, le remplissage est donc assez ancien.
Passé cette couche de terre, le sol devient dur, compact, avec de rares éclats de briques, on dirait que la terre est vierge dessous. Mais on est pas du tout dans un silo à grains, peut-être une fosse, un couloir semi enterré ou une ancienne cave comblée. Bizarre tout de même qu’on soit au même niveau que le silo à grain voisin…
Passer la terre sortie au détecteur n’a pas donné grand-chose : des clous, deux chevilles, un petit gond de volet, gonflés de rouille, quatre épingles en cuivre, les restes ferreux d’un petit couteau, et une dizaine de DTLs verts d’humidité.
Nous repartons vers 18h car il commence à faire sombre à l’intérieur.

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Retour dans la famille…

Tout à commencé le week-end de l’Assomption, le 13 août exactement. Nouvelle commune, nouvelle autorisation et nouveau terrain de jeu.

L’autorisation avec le propriétaire s’est faite dans le champ pendant qu’il ramassait ses roumbaleurs. Et comme à l’accoutumée, selon le propriétaire : « il n’y a rien dans ce champ, mais vous pouvez y aller quand même si ca vous amuse ! ».
Après avoir extrait péniblement, sous un soleil de plomb, quelques monnaies et autres trouvailles plus ou moins intéressantes, une plaque militaire a fait surface, facilement reconnaissable de par sa forme ovale et son trou d’attache à l’extrémité. L’aluminium est en bon état et ne semble pas avoir été attaqué par la nature du sol. En balayant cet objet chargé d’histoire avec mes doigts, un nom et un prénom apparaissent : CAILLOT JULES 1891… Au dos, le chiffre 46 et la ville de LAVAL apparaissent. De nouvelles recherches de descendances en perspective…

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Habitué à ce genre de trouvailles, je sais désormais que ce poilu est né en 1871, que son bureau de recrutement est LAVAL (Mayenne) et son numéro de matricule est le 46 (Voir M&D N° 78). La plaque a donc été « perdue » à seulement quelques dizaines de kilomètres du lieu où le soldat a fait sa classe !
La première idée qui me vient en tête est d’aller au cimetière du village pour consulter le monument aux morts. Après tout, rien d’étonnant à ce que le nom de ce soldat y soit inscrit. Effectivement, sur la troisième ligne de l’imposante plaque de marbre, le nom J. CAILLOT est gravé en lettres dorées.

De retour à la maison, je consulte la base des matricules militaires mise à disposition sur le site des archives départementales de la Mayenne. Rapidement un certain Caillot Jules Auguste, né le 11 juillet 1871 à Saint Sauveur de Flée (49), classe 1891, matricule 46 est trouvé. La lecture de ce document se fait toujours avec une certaine émotion. J’apprends qu’il mesurait 1,66 m, qu’il avait les yeux gris, les cheveux et sourcils châtains et un menton à fossette. Voilà pour la description physique. Pour le parcours militaire, je peux lire qu’il « participe au 102e régiment d’infanterie le 15 novembre 1892 » et « envoyé en congé le 24 septembre 1895 en attendant son passage dans la réserve. Certificat de bonne conduite accordée. Passé dans la réserve de l’armée active le 1er novembre 1895. » Il a accompli sa 1ère période d’exercice du 27 septembre au 24 octobre 1897, et sa 2e période du 3 au 30 juin 1901. « Passé dans l’armée territoriale le 1er novembre 1905. »
Jules est rappelé à l’activité par décret de mobilisation générale du 1er aout 1914. Il passera par le 30e et le 40e régiment territorial d’infanterie en mars et décembre 1915, ainsi qu’au dépôt des 27e et 32e régiments de dragons en 1917. Campagne contre l’Allemagne du 9 novembre 1914 au 20 avril 1916. Enfin, à la dernière ligne : « Libéré du service militaire le 20 décembre 1918 ». Jules Caillot a donc survécu au conflit. Le J. CAILLOT gravé sur le monument aux morts de la commune n’est donc pas le propriétaire de cette plaque. Une information datée du 4 septembre 1917, m’apprend que Jules a été détaché aux travaux agricoles dans la commune de ma trouvaille. Il est tout à fait possible d’imaginer qu’il ait perdu sa plaque à ce moment là…
Pour confirmer ses informations, je consulte le site « mémoire des hommes ». Effectivement un « CAILLOT JULES » apparait mais le deuxième prénom ainsi que le matricule ne correspondent pas. Il s’agit probablement de ce « J. CAILLOT » qui est répertorié sur le monument aux morts du village.
Maintenant une seule question me hante : si le propriétaire de la plaque a survécu à la grande guerre, a-t-il laissé une descendance ?
Pour le savoir, je dois me plonger dans son passé. Désormais je dispose de la date et du lieu de naissance de Jules Caillot. Je consulte les archives départementales du Maine-et-Loire pour retrouver éventuellement d’autres infos sur sa vie personnelle. Les registres paroissiaux et d’état civil de la commune de Saint Sauveur de Flée (son lieu de naissance) sont consultables en ligne. Au numéro « 29 » de l’année 1871 (registre 1863-1872) est mentionné la naissance de CAILLOT Jules Auguste ainsi qu’un tampon en marge indiquant son mariage le 2 décembre 1905 avec Plassay Mélanie à la mairie de Bazouges (53). Aucune date de décès n’est notifiée.
En fouillant dans les archives en ligne de la Mayenne et plus particulièrement dans celle de la commune de Bazouges, je retrouve une trace de Jules et Mélanie Caillot dans le recensement de 1911. Trois enfants y sont répertoriés également : Juliette née en 1907, Marie en 1908 et Marthe en 1911. Toutes les trois nées à Bazouges.
Les archives datant de moins de 120 ans ne sont pas consultables sur le net. Seule solution : me rendre directement en mairie de Château-Gontier (53) pour les consulter. Les archives de Bazouges y sont rattachées.

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