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massacre scientifique Le trésor armoricain de Piolaine

L’absurdité d’une politique mise en œuvre par certains idéologues de l’Archéologie administrative vient de franchir un sommet jusqu’ici inviolé. Il s’agit d’une atteinte délibérée à la bonne conservation et à l’étude du trésor de monnaies gauloises de Piolaine (Commune de Saint-André-du-Pavail, Ille-et-Vilaine) dont la petite histoire doit être rapportée.

En bref, deux particuliers trouvèrent sur une propriété privée (1) 603 statères en billon qui furent légalement déclarés et déposés le 5 novembre 2012 au Service Régional de l’Archéologie (SRA) de la DRAC de Bretagne. Pressentant qu’il s’agissait d’un trésor éclaté et bien localisé dans un labour, le SRA élabora sans tarder un projet de sondage qui fut réalisé dès le mois de mai 2013 par une équipe de l’Institut National de Recherches Archéologiques Préventives (INRAP) dont faisaient partie, à titre bénévole, les deux inventeurs initiaux (2). C’est ainsi que 484 monnaies supplémentaires furent mises au jour.
Dès le mois de juin 2013, à l’initiative du SRA, mission fut donnée à Mme Nieto-Pelletier (3) d’expertiser l’ensemble du dépôt, soit 1087 monnaies réparties en trois lots l’un regroupant les pièces de l’INRAP soit 484 ex., et les deux autres, soit respectivement 378 et 225 ex. constituant les trouvailles des deux inventeurs. L’expertise avait pour objet essentiel de proposer une estimation financière pour chacun des trois lots précités. Mme Nieto classa les monnaies selon les critères conventionnels bien qu’obsolètes dont elle disposait, prévoyant dans un proche avenir l’étude typo-chronologique approfondie de l’ensemble du trésor éclaté.
Elle s’efforça de conclure avec précision sur l’état des monnaies – lisibilité et degré de conservation –, sur la valeur vénale de chaque exemplaire, et enfin, à titre indicatif, sur l’estimation globale de chacun des trois lots considérés. Le SRA avait sans nul doute pour objectif de préparer l’acquisition par le Musée d’Archéologie Nationale (MAN) du trésor complet en vue d’une bonne conservation définitive et d’une publication scientifique élaborée.
Il est bon de préciser ici la situation juridique des trois lots :
1) Le lot de l’INRAP – établissement public – pouvait être sans problème attribué au MAN, autre établissement public.
2) Les deux lots privés devaient d’abord être partagés chacun par moitié entre les inventeurs et le propriétaire du sol selon les dispositions de l’art. 716 du Code Civil qui était applicable vu la date des faits.
3) Il était dès lors loisible de négocier avec les trois possesseurs des lots privés le rachat des 603 monnaies par le MAN, sur la base des estimations de Mme Nieto.
De source bien informée, il est avéré que le MAN avait provisionné le montant supposé de ce rachat, en vue de pouvoir au final disposer du trésor en sa totalité. Les pourparlers devaient toucher à leur terme, lorsqu’un « oukase » émanant d’un fonctionnaire encore anonyme sabota le processus décrit en interdisant soudain toute acquisition par les musées nationaux – dont le MAN en première ligne – des 603 monnaies dont la découverte pouvait ne pas être considérée par lui comme « politiquement correcte »… Une telle foucade était d’autant plus malvenue que les inventeurs initiaux participèrent activement, au sein de l’équipe de l’INRAP, à la mise au jour des 484 statères complémentaires à présent conservés dans les médailliers du MAN.
Ainsi, certaines « autorités » administratives ou politiques ont privilégié à l’évidence leur vision dogmatique au détriment de l’étude scientifique d’un trésor gaulois en place, aussi complet que possible et dont l’intérêt était de ce fait considérable (5).

(5) Un mauvais sort s’acharne sur les trésors gaulois d’Armorique, dispersés jadis et mal connus, ou connus et non publiés, ou encore négligés par les « autorités » comme ce fut le cas pour le trésor dit d’Hennebont (Morbihan) dont la publication n’est due qu’à l’heureuse initiative d’un chercheur indépendant.

La suite de l’article dans Monnaies & Détections n°110 …

 

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