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Monnaies et Détections

Journal d’un CDD (le Coin du Disque du Déus)

A la manière de F. G. Lorca :

Romance des Prospecteurs
Ils portent de noirs cerceaux
Dont les attaches sont noires
Des traces d’herbe et de terre
Luisent le long de leurs bottes
S’ils ne trouvent c’est qu’ils ont
Des jouets au lieu de machines
Et une chance un peu ternie
Par les chemins ils s’en viennent
Groupe diffus et tenace
Sur leur passage ils font naitre
De grands moments de rêves
Et des visions d’écus d’or fin
Ils vont par où bon leur semble
Cachant au creux de leur tête
Une vague astronomie
De détecteurs irréels.

« Je suis déjà venu ici des dizaines de fois, dit Domi. C’est ici que je venais essayer mon nouveau détecteur chaque fois que j’en changeais. A une époque, au début, je changeais tous les six mois. Je voulais les tester tous. »
Ils venaient d’arriver tous les trois sur le sommet du mamelon. Ils dominaient toute la succession de collines qui finissaient quelques kilomètres plus loin au bord du fleuve. Le vert des champs de blé en couvrait une bonne partie, mais ils voyaient aussi d’immenses carrés de terre jaune sur lesquels des tracteurs semaient ou hersaient dans un nuage de poussière.
Du petit lac devant la maison de Jean-Pierre, en bas, un concert de cris d’oies, de canards, de chiens, s’éleva soudain et parvint jusqu’à eux, porté par le vent d’autan.
« Avant, dit Jean-Pierre, il y avait tout un hameau, là, à gauche. Il ne reste plus que cette ferme d’habitée. Il reste encore le porche et un morceau de mur de la petite église, de l’autre côté de la route, au milieu des aubépines. Le petit carré en friche sur le côté n’est pas travaillé car c’est l’ancien cimetière. Il est minuscule car les gens avaient l’habitude de ne mourir qu’une fois ! Il y avait même une école jusqu’au début des années 1900… Je connais bien le gars qui travaille les terres, je lui ai dit que nous allions venir aujourd’hui, il a préparé les terres et ne sèmera le tournesol qu’à la fin de la semaine. Il a dit qu’il ferait peut-être un saut car il avait prévu de préparer un champ à côté. »
Il attendit que Ron finisse de monter et arrive à leur hauteur pour tout lui répéter en anglais.
Ronald et Jean-Pierre s’étaient rencontrés plusieurs années auparavant, en prospectant tous les deux sur une plage du littoral atlantique. Ron et son épouse vivaient en Angleterre, ils prospectaient tous les deux et avaient à leur actif plusieurs trouvailles d’objets et de monnaies. Ils « faisaient » les plages quand ils venaient en vacances en France. Ils sympathisèrent avec Jean-Pierre, devinrent de grands amis, et s’invitèrent tout à tour en France ou en Angleterre.
Ron venait de prendre la retraite et avait acheté une maison près de Bordeaux. Il voulait changer de détecteur et avait entendu parler du Déus. Il avait demandé à Jean-Pierre s’il pouvait venir essayer le sien. Ce dernier avait alors pensé organiser une journée « détection » et avait demandé à Domi et Axel de venir aussi avec leurs Déus.
Ron n’était arrivé que vers midi. Ils avaient diné en parlant trouvailles, Jean-Pierre traduisait, Ron avait fait admirer à la ronde une splendide monnaie d’or d’un roi anglais du Moyen-âge, trouvée bien sûr au détecteur. Puis ils étaient partis en lisière d’un champ fraichement hersé pour faire tester les Déus à Ron avec les trois têtes différentes. Axel avait apporté plusieurs monnaies : double tournois, obole d’argent de Toulouse, de Marseille, monnaie à la croix, gros Napoléon III, pièce de 10 et de 20 francs des années 1960, petite bague en or.
Ron était équipé de sa machine habituelle : un détecteur extrêmement lourd, avec disque et casque filaires, et un gros écran sur le dessus indiquant le métal ciblé… Il fut si surpris de la légèreté du Déus qu’il crut qu’il était incomplet et qu’il fallait y ajouter les accessoires !
Ils passèrent plus d’une heure à enterrer les cibles à des profondeurs différentes pour lui faire tester les Déus et comparer à chaque fois avec son propre appareil. Puis Axel avait récupéré bague et monnaies et ils avaient traversé le champ en montant vers la crête qui dominait l’endroit qu’avait choisi Jean-Pierre.
Ils se mirent en ligne à une dizaine de mètres les uns des autres, chacun alluma sa machine et ils commencèrent à prospecter en descendant vers l’emplacement du hameau disparu. … La suite dans Monnaies & Détections n° 85

 

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