Sorties en terrain inconnu

Ma voiture est stoppée depuis quelques secondes devant l’imposante grille en fer forgé, lorsque celle-ci s’ouvre mécaniquement presque aussitôt. J’avance lentement sur ce long chemin rocailleux qui se dessine devant moi, me laissant le temps de contempler la vaste étendue de la propriété et sa magnifique bâtisse du XVIIe siècle…
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Le Déus d’une main, la Draper de l’autre, je termine un rang d’une prairie d’environ un hectare. Prairie qui m’a rapportée pas mal de trouvailles jusqu’à maintenant et que je compte bien prospecter entièrement. Il n’est que onze heures, mais déjà le soleil m’oblige à me désaltérer à l’orée de cette parcelle à l’ombre de mûriers et autres arbustes sauvages. Heureusement, j’ai apporté ma bouteille d’eau qui est bien appréciable sous ce soleil de plomb. Je profite de cette pause imprévue pour grignoter quelques baies cueillies directement sur le buisson. Ma gourmandise me pousse à les attraper toujours plus haut, toujours plus loin, jusqu’au moment où j’écarte les ronces qui me libèrent un paysage surprenant : une magnifique demeure, impressionnante par sa multitude de fenêtres aux jambages sculptés et ces hautes cheminées briquetées rouges. Je ne pense pas qu’elle soit abandonnée car la toiture me semble récente, mais aucune âme à l’extérieur et de nombreux volets occultent les vitrages. Bien sûr, j’avais bien repéré en me garant à l’entrée du champ l’énorme mur de pierres qui longeait la route sur plusieurs centaines de mètres, mais j’ignorais complètement ce qui se cachait derrière… Je suis resté comme cela plusieurs minutes, les mains écartant les branches de ronces, à contempler cette habitation envoutante et le parc arboré environnant.
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Tout à commencé par un simple appel téléphonique au propriétaire de cette habitation. Avec les outils actuels, cela ne m’a pris que quelques minutes pour aboutir à ma requête. Les présentations effectuées, j’en arrive rapidement au sujet qui fâche… Je lui explique brièvement mon hobby préféré et à mon grand étonnement, mon interlocuteur semble très renseigné sur la réglementation et les différentes lois encadrant la pratique de ce loisir ! Encore plus étonnant, il est possesseur d’un Garret Euro Ace ! Je reste abasourdi par la tournure de notre échange ! Il me précise qu’il a acquis cette machine pour retrouver ses flèches égarées lors de ses sorties de chasse à l’arc sur sa propriété et les bois attenants ! Il me propose que nous nous rencontrions pour échanger de vive voix et par la même occasion en profiter pour détecter une petite heure ensemble. Je ne peux évidemment pas refuser une telle invitation ! Avant de raccrocher, nous fixons la date du dimanche suivant à dix heures devant l’entrée de la propriété.
Le châtelain est là, sous le porche, me faisant signe d’avancer en m’indiquant un lieu où garer la voiture. Comme convenu, je me présente à lui à dix heures tapantes. L’homme d’une quarantaine d’années me reçoit chaleureusement. Je le remercie de m’accueillir sur ses terres et de m’ouvrir les portes de son domaine. Nos échanges tournent principalement sur la détection, mes découvertes, l’histoire de la région, l’origine de sa propriété… Je réponds également à ses interrogations sur l’utilisation de son Garrett. Il m’avoue ne pas s’en servir souvent, bien moins en tout cas que ses enfants qui l’utilisent pour « fouiller » la cour… Il me propose de prospecter dans un champ de blés coupés, à une centaine de mètres de là. Je sors mon Déus du coffre de la voiture et lui montre (il le connaissait déjà de nom !). De son côté, il prend son Garrett et un odomètre, car il m’explique qu’il souhaite mesurer son champ de long en large pour y installer une clôture à moutons. Et tout en discutant, nous nous dirigeons vers le lieu de notre terrain de jeu…
Après avoir longé un chemin, traversé un fossé asséché et enjambé une clôture, nous arrivons devant un champ de blé fraichement coupé mais pas encore déchaumé. Celui-ci mesure environ un hectare. Un haut mur de granit le longe sur une largeur et la rivière située un peu en contrebas cloisonne longitudinalement cette parcelle. D’ici, la vue est imprenable sur le domaine et les bois adjacents. J’explique à « mon élève » les réglages de son appareil en fonction du type de terrain et nous commençons la prospection. Très rapidement, il s’aperçoit qu’il a oublié sa pelle à la propriété… Il stoppe ses recherches et entame son travail initial de quadrillage de la parcelle. Pour ma part, je choisis le programme 2 sur le casque de mon appareil et commence mon balayage. Je détecte donc seul tandis que le propriétaire des lieux fait rouler son appareil de mesure tout en m’observant du coin de l’œil. Les pieds de blé étant assez hauts, je suis donc obligé de détecter avec le disque surélevé de plusieurs centimètres, faisant perdre inévitablement en profondeur les capacités de mon appareil. J’extrais tout de même assez rapidement un reste de monnaie médiocrement conservé. Comme le propriétaire est proche de moi à ce moment là, je lui montre la pièce. On peut encore y voir un H majuscule surmonté d’une couronne d’un côté et une croix médiévale de l’autre (Liard Henri III). Apres un bref échange, chacun repart vaquer à ses occupations. Le champ est parsemé de divers objets en aluminium qui remplissent considérablement mes poches. Parmi tous ces déchets, un d’entre eux m’interpellera après avoir été détordu et légèrement nettoyé. Il s’agit d’un objet publicitaire pour une banque lyonnaise qui promulguait son taux intéressant de six pour cent en mille neuf cent vingt !! Soudain et contre toute attente, un double tournois fait son apparition. Il est plutôt bien conservé et l’année 1656 est encore bien visible. Je me hâte vers le propriétaire des lieux pour le lui montrer. Il semble étonné de ma découverte et par l’état de conservation de la monnaie. Voilà maintenant un peu plus d’une heure que nous détectons (moi un peu plus que lui) et j’ai parcouru grossièrement le champ. Il est temps de faire un point. Deux monnaies pour le Déus, zéro pour le Garrett. Nous reprenons le chemin du retour en discutant de mes trouvailles et de l’étendue de sa propriété. Arrivé devant les portes de la bâtisse, il me demande si une visite guidée m’intéresserait. Bien sûr, que ça m’intéresse ! En plus, circonstance intéressante, aujourd’hui débute le week-end des journées du patrimoine ! … La suite dans Monnaies & Détections n° 85

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