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Uniformes et drapeau du régiment ci-devant Agénois. Source : André Jouineau www.imagesdesoldats.fr

Le régiment ci-devant Agénois(1) est créé en mars 1776, à partir des 2e et 4e bataillons du régiment de Béarn. Depuis 1779, il porte le bouton jaune (en laiton) timbré du numéro 16, jusqu’au règlement de 1791 qui lui a ensuite attribué un bouton identique mais blanc (en étain)(2) .

Boutons du 16e régiment d’infanterie de ligne ci-devant Agénois trouvés ensemble dans le Nord. Ils furent perdus lors des campagnes du régiment en 1793 ou 1794. A gauche un grand module blanc incomplet (l’étain se désagrège) à double trait, décrit par l’ordonnance de 1791. A droite un petit module jaune antérieur à 1791 qui porte une belle patine sombre.

Il ne semble pas véritablement étonnant qu’un bouton jaune puisse être trouvé à côté d’un bouton blanc car les uniformes ont souvent été portés jusqu’à usure complète. La période révolutionnaire est bien connue pour les pénuries d’armement, d’équipements et d’uniformes dont les armées ont souffert.

1. Le 1er janvier 1791, tous les régiments prennent un nom composé du nom de leur arme, ici l’infanterie, avec un numéro d’ordre donné selon son ancienneté. Le régiment d’Agénois devient le 16e régiment d’infanterie de ligne ci-devant Agénois.
2. Louis Fallou, le bouton uniforme français, éditions du canonnier, pages 78 à 80.

… La suite de l’article dans Monnaies & Détections n° 104

Journal d’un CDD n° 86

Dieu fit les prospecteurs égaux.
C’est le Déus qui plus tard a fait les différences.

Le chemin suivait la ligne de crête, il avait été tracé sur le substrat rocheux et la rosée du matin faisait briller les pierres. Axel remarqua tout à coup des traces de sang qui traversaient le sentier en diagonale, et en regardant sur sa droite, sous les saponaires en fleurs, il vit un gros lièvre couché sur le flanc. Il lui manquait la tête. Elle avait été soigneusement découpée. Le sang n’était même pas sec, un renard venait de le trainer là et avait été dérangé par l’arrivée d’Axel. Il devait être tapi à quelques mètres sous les prunelliers et surveiller son casse-croute. C’était un beau lièvre adulte, bien gros, il allait faire le régal de quelque portée de renardeaux car c’était la saison des naissances.
Axel profita de la halte pour sortir le détecteur et le piochon du sac à dos, et commença à prospecter le chemin. C’était la première fois qu’il venait là. Il savait par des amis qui venaient souvent randonner dans le coin, qu’il y avait sur ces collines quelques orris et des murets d’épierrements qui délimitaient sous les ronces des parcelles anciennement cultivées. Il eut tout de suite un son très franc : une grosse cartouche de carabine, un peu bosselée, marquée w w super 300 Win Mag. C’était là un bien gros calibre, plus pour le cerf que le chevreuil ou le sanglier. L’amorce était en acier blanc, elle tranchait sur le laiton de la douille : le chasseur l’avait lui-même rechargée avec une amorce qui n’était pas celle d’origine. Il reprit la marche tout en continuant à balayer, ramassant deux fers à bœufs, une belle clochette de chèvre ou de mouton, quelques culots de cartouches de douze, en cuivre, une curieuse tige, pliée, en bronze, portant un décor rectiligne de points ronds, puis un dé à coudre… Il arriva ainsi sur le sommet de la colline. Il y avait un bouquet de frênes sur la gauche, devant un amoncellement de pierres blanches, restes de quelque construction ou tas d’épierrement, et une haie de buis le long du chemin. Des deux côtés, des prairies clôturées par un triple fil de barbelés sur d’énormes piquets d’acacia. Un troupeau d’une vingtaine de vaches grises, des gasconnes, certaines avec leur veau, étaient groupées dans le champ du fond, autour d’une citerne-abreuvoir métallique. La vue sur le moutonnement des collines environnantes était splendide. De loin en loin, un petit village, des toits rouges, un clocher-mur crépi de gris. Axel reprit son balayage du chemin. Il vit tout de suite qu’il était inutile d’aller sur les prairies : l’herbe y était encore beaucoup trop haute pour pouvoir prospecter. Il ne tarda pas à recreuser : un petit bouton militaire marqué 102, des éléments de boucles, des clous de chaussure ou de fer à bœuf, un anneau de cuivre, un plomb de sac, une médaille religieuse, un gros bouton de cuivre au décor de bossettes. Et bien sûr, toujours des douilles de chasse, deux ou trois fers à bœuf, des anneaux de lacets en cuivre et des papiers d’alu (merci les randonneurs !) et … un petit robinet en aluminium ou en maillechort, probablement d’une sulfateuse : il devait donc y avoir eu des vignes sur ce plateau. Un son de ferreux ne lui parut pas très « franc » (réglage GMP, discri 5, volume fer 3) : il s’attendait à un fer à bœuf, mais déterra un morceau d’éperon en fer, couvert de rouille, et en repassant le disque sur le trou, nouveau son : c’était la molette en étoile à six pointes, elle aussi bien sûr toute rouillée, et qui avait dû se détacher de la tige depuis bien longtemps car il n’y avait plus aucune trace d’attache. Puis il trouva un double tournois, presque lisse, comme la grande majorité de ceux trouvés dans les champs : on voyait juste deux fleurs de lys et la date, encore bien lisible : 1635.
Il était arrivé ainsi presque au bout du plateau. Le chemin commençait à remonter vers d’autres collines, plus hautes, mais plus raides et sur lesquelles la friche s’installait : buis, églantiers, ronces, quelques chênes commençaient à couvrir les pentes. Axel décida de revenir à l’entrée du plateau, autour du bouquet de frênes et des tas de pierres. S’il y avait eu habitat, ce devait être par là. Il éteignit sa machine, reprit le chemin, passa devant les bêtes qui ne lui accordèrent aucune attention, constata qu’il avait correctement rebouché ses trous sur le chemin et arriva devant la rangée de buis et les frênes. Il se débarrassa du sac à dos en l’accrochant à une branche, en sortit un casse-croute et une bouteille d’eau, alla s’asseoir sur une grosse pierre plate et prit son repas tout en observant le paysage et en imaginant les lieux quelques siècles en arrière… Il termina par une barre de chocolat, remit la bouteille dans le sac, prit le détecteur et le piochon et se glissa sous le dernier rang de barbelés pour entrer dans le champ. Il s’attendait à trouver autant d’herbes hautes que dans les autres champs mais fut vite rassuré : non seulement l’herbe était rase sous l’ombre des frênes, mais en plus les bêtes avaient du pacager récemment car tout était brouté ras… à part les touffes de chardon-marie protégées par leurs piquants (Axel se rappelait que quand il était gamin et que les jeudis se passaient à jouer dans les prés avec les enfants du village, ils les appelaient des « clouques »…) l’inconvénient était l’extrême abondance des déjections avec mouches et odeurs !
Il alluma le Déus et commença par le coin à l’ombre des arbres car le soleil était très chaud. Le tas de pierres devait être là depuis très longtemps car beaucoup avaient roulé dans le champ et étaient prises sous les racines des frênes. Il eut quelques sons de ferreux, déterra deux isolateurs de clôture en plastique noir avec l’attache faite d’un morceau de fil électrique gainé de bleu, puis une pièce trouée des années 20 très abimée et un bouton de cuivre d’uniforme, sûrement d’un garde chasse car il n’avait aucun marquage, juste une étoile à cinq branches (à moins que l’Armée Rouge soit venue en manœuvre dans le secteur !). Il fit soigneusement les abords du tas de pierres grises et blanches et commença à balayer en s’approchant des frênes qui bordaient le champ, mais renonça très vite : les randonneurs devaient pique-niquer à l’ombre en s’appuyant aux troncs car il y avait des papiers d’alu et des tirettes de cannettes partout. Il s’éloigna de la haie en revenant vers l’intérieur du champ et commença à chercher en évitant les pieds de cardères et de gaillets jaunes, et quelques touffes d’orties qui commençaient à s’installer. Il prospecta ainsi un long moment, sans aucun son. Il finit par arriver au bout du pré, clôturé par trois fils barbelés cloués aux troncs des chênes et des frênes qui le fermaient de ce côté. Il suivit la clôture vers la gauche pour prendre l’autre bord, et revenir vers le tas de pierres. De nouveau, aucun son pendant un long moment, pratiquement jusqu’à l’autre bout.
Quand il arriva à la hauteur du tas d’épierrement, il lui sembla distinguer dans l’herbe les traces d’un ancien chemin qui coupait le champ en travers et se dirigeait vers la forêt. Deux ornières parallèles avaient été empierrées et la terre avait fini par les recouvrir, mais l’herbe y était rase et on pouvait en suivre le tracé. Axel les suivit en balayant jusqu’à l’endroit où elles passaient sous la clôture.
Il aperçut sous les arbres de la forêt, un nouveau tas de pierres, envahi de ronces et de houx fragons.Il éteignit sa machine et le casque, franchit la clôture en montant sur chaque rang de barbelés et en se tenant aux branches, et se retrouva sous les arbres. C’était de vieux chênes, énormes, avec de grosses branches noires et moussues, presque verticales. Axel s’étonna de voir que le sol, dessous, était propre : une herbe rare et courte, des brindilles, un tapis de glands qui craquaient sous les pieds. Il comprit très vite : toute une épaisseur de pierres apparaissait sous les feuilles mortes. Il y en avait même de grands tas vaguement ronds, hauts de plus d’un mètre, couverts de lierre.
L’adrénaline commença à lui monter. « Ce n’est pas possible, se dit-il, ils n’ont quand même pas entassé ici les cailloux de tous les champs des environs… il devait bien y avoir des habitats ou des granges, pour qu’il y en ait tant… » Il continua à découvrir l’endroit, compta cinq gros tas de pierres alignés, séparés d’une dizaine de mètres, et plusieurs petits tas irréguliers… et toujours un tapis d’éclats de roches blanches sous les feuilles ou le lierre. Au bout, après le dernier gros tas, le plateau finissait avec un dernier chêne, et un sentier de sauvagine descendait la pente abrupte entre les buis et les ronces qui reprenaient possession du terrain. La vue était magnifique. Axel pensa que c’était un observatoire idéal. Il revint jusqu’à la clôture, posa son sac, remplaça la tête de 28 par celle de 22, plus facile à passer entre les pierres dépassant du sol, régla le Déus et commença à prospecter. Il eut tout de suite des sons de ferreux : il creusa pour identifier quel genre de ferraille pouvait pousser en cet endroit, et fut rassuré : des clous tordus, des bouts de tiges ou de crochets, un anneau de fer, un piton, un fer à bœuf… Il se dit qu’il en savait assez, et en termina avec les ferreux. … La suite dans Monnaies & Détections n° 86

Journal d’un CDD

(le Coin du Disque du Déus)

Pour accéder au terrain, il fallait passer un vieux pont de briques, étroit et surélevé en son milieu, suivre la rue principale du village en longeant les façades tristes des commerces disparus, et tourner à la sortie en direction de la rivière. Il y avait un groupe scolaire, plusieurs villas, un lotissement récent, puis les terrains de foot, et cet immense champ labouré qui allait jusqu’aux peupliers du bord de l’eau. Axel gara son vieux fourgon, chaussa les bottes, prit le Deus, sauta le fossé et s’engagea dans le champ. En se retournant, il voyait sur la colline le clocher de briques roses et l’ancien moulin qui dominait le village.

Le terrain venait d’être hersé. De plus en plus d’agriculteurs ne labouraient plus, mais passaient un coup de griffes ou de disques et semaient là-dessus, et traitaient ensuite le semis avec un désherbant sélectif. Pour Axel, le côté positif de cette nouvelle façon culturale était l’absence de grosses mottes : le sol était bien plat, facile à prospecter au plus ras, même si de longs paquets d’herbes et de restes de tournesols avaient été alignés par l’outil sur les bords des passages. Mais le côté négatif était bien sûr que cela n’arrangeait pas la détection : le terrain n’était plus retourné en profondeur et rien ne remontait… Comme ce champ n’était pas farouche et accueillait tous les prospecteurs du village et des alentours, il était tous les ans débarrassé de tout artefact métallique flottant à la surface. Axel adressa une courte supplique au Dieu de la Détection pour être le premier à venir après le passage de l’agriculteur, mais sa demande fut rejetée : il vit tout de suite des traces de pas que son optimisme considéra comme des traces de chasseurs. Mais quand il remarqua les premiers trous, plus ou moins bien rebouchés, il fut bien obligé de comprendre qu’il n’était pas le premier… Il se fit une raison : ce champ attirait les prospecteurs comme le miel attire les ours. Il était en effet idéalement situé entre le village et la rivière, et justement à l’endroit où cette dernière, bon enfant, s’était arrangée pour permettre l’établissement d’un gué, et continuait à tout faire pour en laisser l’emplacement bien visible. Et en plus, l’agriculteur qui le travaillait  accordait sa bénédiction à tous les candidats prospecteurs…

Tant pis, il était là, il fallait continuer, en souhaitant que ces traces n’étaient pas celles d’un porteur de Deus, ce qui lui laisserait quelques chances… Et puis ce champ était tellement grand… Il commença donc à chercher, en se décalant par rapport aux traces de pas, de façon à bien balayer au-dessus. Il eut des sons assez rapidement, des ferreux, des plombs (tiens, le gars ne creusait pas sur le plomb ?…) des papiers d’alu, puis une première bonne cible : un petit poids monétaire, qu’il frotta sur le gant : on voyait une fleur de lys dans le coin gauche, avec à côté un I ou un 1 couché, et dessous P ou R I…

C’était encourageant, après le passage d’un collègue, et au bout de vingt minutes à peine.

Il eut droit ensuite à un bouton militaire, d’un modèle qu’il n’avait jamais trouvé : République Française, avec au centre le faisceau de licteur accoté de ce qui semblait être deux bonnets phrygiens, au-dessus de deux oves qui faisaient comme un bateau… un bouton qui devait dater de ces paisibles années 1790… Puis il creusa profond pour sortir un fort anneau de cuivre, de quelque courroie de traction animale, pas très vieux… et un trou encore plus profond sur un curieux objet : une boule ronde, en plomb, plutôt plate, avec un morceau de tige de suspension en fer : soit un poids de balance romaine, soit le  balancier d’un cartel de cheminée…

Il eut ensuite plusieurs passages sans rien de notable, à part quatre squelettes de doubles tournois de tailles différentes, un gros Napoléon III de 1856 en assez bon état, une pièce trouée de 20 centimes 1930 et une autre de 1 franc 1977. Là, il commença à avoir des doutes sérieux sur les qualités professionnelles du prospecteur qui l’avait précédé. Puis il se dit qu’il ne fallait pas l’incriminer : peut-être n’avait-il pas une bonne machine.

Il trouva sur un autre rang une croix de chapelet en cuivre, mince et fine, un peu tordue et abimée… une perle de bronze, qu’il baptisa de gauloise pour avoir souvent trouvé les mêmes sur des coins de forêt ne livrant (fort parcimonieusement) que du gaulois… puis une boucle, plutôt de soulier que de ceinture, vu la taille… et un curieux passant de courroie ou de bretelle, en cuivre. Des morceaux de plomb, des capsules de bouteilles, des balles de mousquets, des restes de douilles en cuivre et de boites de conserves, des tubes de cachets, des bouts d’alu écrasés, deux ou trois grosses pointes forgées rongées par la rouille… la zone devenait de plus en plus polluée par du moderne… sûrement un endroit où les charrettes de fumier étaient déchargées pour être ensuite épandues dans le champ. Il décida de continuer le rang jusqu’au bout puis d’en sauter plusieurs et d’aller vers la droite en espérant que ce serait moins sale… La suite dans Monnaies & Détections n° 82