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Le secret d’Augier Delpech

Nuit du 3 novembre 1617

A Paris, le roi Louis Xlll dit “le juste” âgé de 16 ans règne depuis 5 mois sans partage après avoir évincé la régente Marie de Médicis et fait assassiner son favori, le Maréchal de France et Marquis d’Ancre, Concino Concini.
Au même moment dans un petit village du Tarn, Augier Delpech enfile son lourd manteau noir par dessus sa chemise de grosse toile et met sur sa tête un méchant bonnet en laine. Dehors, la nuit est froide et seul un croissant de lune dans un halo apporte une infime lueur dans les impénétrables ténèbres. Des milliards d’étoiles tremblotent faiblement dans un ciel profond et noir d’encre. Cécile sa femme et ses enfants se sont couchés sans tarder après complie.
Augier mouche les deux chandelles qui éclairent d’une lueur vacillante la vaste cuisine de la demeure. Il est l’heure, il est grand temps et il ouvre, plus brusquement qu’il ne l’aurait voulu, la lourde porte en bois qui dans un grincement sinistre le fait sursauter ! Il se fige, il écoute. Dans la maison silencieuse, personne ne bouge. D’un pas décidé, il longe comme une ombre la vieille grange imposante. Contre le mur une pelle est posée qu’il saisit dans ses rudes mains transies.
Dans sa gibecière, le pot en terre vernissé est bien à l’abri et bien dissimulé. Dans la nuit glaciale et profonde, il emprunte la petite sente qui le mène à quelques toises jusqu’à la route qui rejoint le village. Il la traverse, inquiet et à l’écoute du moindre bruit, du moindre mouvement et se presse un peu plus. Le puits en pierre est là tout près en bordure du champ. Cela fera un excellent et immuable repère. Il compte vingt pas depuis la source en se dirigeant plein sud. Il s’arrête, aux aguets. Seuls les bruits des animaux nocturnes troublent un peu le silence angoissant et pesant de cette nuit glacée. Augier creuse dans la terre un trou d’une cinquantaine de centimètres de profondeur et du double dans sa largeur. Ensuite il s’empare religieusement du pot en grès et le pose consciencieusement et avec d’infinies précautions au fond de la cavité.
Augier Delpech, marchand de son état, vient de recouvrir de terre le fruit de ses économies qu’il a accumulées au fil des ans. Son trésor : testons, huitièmes d’écus, quarts d’écu toutes en argent de bon aloi à l’effigie pour la plus ancienne de François 1er jusqu’à celle de Louis 13 pour la plus récente, en passant par Charles 9, Henri 3, et Henri 4. Pour compléter le dépôt, Augier a rajouté 10 monnaies en or : escudos et doublons de Philippe 2 d’Espagne, une monnaie italienne de deux doppies au portrait de Ranuccio Farnese, un écu d’or au soleil de Louis 13. En tout 300 monnaies vont attendre des jours meilleurs bien à l’abri des regards indiscrets, des envieux et des brigands.
Six mois plus tard, le sieur et bon chrétien Augier Delpech repose en terre consacrée… Sa femme et ses enfants le pleurent. C’était un bon père et un bon mari… Son seul grand défaut légendaire était son avarice maladive qui faisait tant jaser et sourire les modestes feux du bourg. Augier est mort en emportant tous ses secrets et avec lui l’endroit près du puits où dort une petite fortune…

… La suite de l’article dans Monnaies & Détections n° 100

Retour dans la famille…

Tout à commencé le week-end de l’Assomption, le 13 août exactement. Nouvelle commune, nouvelle autorisation et nouveau terrain de jeu.

L’autorisation avec le propriétaire s’est faite dans le champ pendant qu’il ramassait ses roumbaleurs. Et comme à l’accoutumée, selon le propriétaire : « il n’y a rien dans ce champ, mais vous pouvez y aller quand même si ca vous amuse ! ».
Après avoir extrait péniblement, sous un soleil de plomb, quelques monnaies et autres trouvailles plus ou moins intéressantes, une plaque militaire a fait surface, facilement reconnaissable de par sa forme ovale et son trou d’attache à l’extrémité. L’aluminium est en bon état et ne semble pas avoir été attaqué par la nature du sol. En balayant cet objet chargé d’histoire avec mes doigts, un nom et un prénom apparaissent : CAILLOT JULES 1891… Au dos, le chiffre 46 et la ville de LAVAL apparaissent. De nouvelles recherches de descendances en perspective…

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Habitué à ce genre de trouvailles, je sais désormais que ce poilu est né en 1871, que son bureau de recrutement est LAVAL (Mayenne) et son numéro de matricule est le 46 (Voir M&D N° 78). La plaque a donc été « perdue » à seulement quelques dizaines de kilomètres du lieu où le soldat a fait sa classe !
La première idée qui me vient en tête est d’aller au cimetière du village pour consulter le monument aux morts. Après tout, rien d’étonnant à ce que le nom de ce soldat y soit inscrit. Effectivement, sur la troisième ligne de l’imposante plaque de marbre, le nom J. CAILLOT est gravé en lettres dorées.

De retour à la maison, je consulte la base des matricules militaires mise à disposition sur le site des archives départementales de la Mayenne. Rapidement un certain Caillot Jules Auguste, né le 11 juillet 1871 à Saint Sauveur de Flée (49), classe 1891, matricule 46 est trouvé. La lecture de ce document se fait toujours avec une certaine émotion. J’apprends qu’il mesurait 1,66 m, qu’il avait les yeux gris, les cheveux et sourcils châtains et un menton à fossette. Voilà pour la description physique. Pour le parcours militaire, je peux lire qu’il « participe au 102e régiment d’infanterie le 15 novembre 1892 » et « envoyé en congé le 24 septembre 1895 en attendant son passage dans la réserve. Certificat de bonne conduite accordée. Passé dans la réserve de l’armée active le 1er novembre 1895. » Il a accompli sa 1ère période d’exercice du 27 septembre au 24 octobre 1897, et sa 2e période du 3 au 30 juin 1901. « Passé dans l’armée territoriale le 1er novembre 1905. »
Jules est rappelé à l’activité par décret de mobilisation générale du 1er aout 1914. Il passera par le 30e et le 40e régiment territorial d’infanterie en mars et décembre 1915, ainsi qu’au dépôt des 27e et 32e régiments de dragons en 1917. Campagne contre l’Allemagne du 9 novembre 1914 au 20 avril 1916. Enfin, à la dernière ligne : « Libéré du service militaire le 20 décembre 1918 ». Jules Caillot a donc survécu au conflit. Le J. CAILLOT gravé sur le monument aux morts de la commune n’est donc pas le propriétaire de cette plaque. Une information datée du 4 septembre 1917, m’apprend que Jules a été détaché aux travaux agricoles dans la commune de ma trouvaille. Il est tout à fait possible d’imaginer qu’il ait perdu sa plaque à ce moment là…
Pour confirmer ses informations, je consulte le site « mémoire des hommes ». Effectivement un « CAILLOT JULES » apparait mais le deuxième prénom ainsi que le matricule ne correspondent pas. Il s’agit probablement de ce « J. CAILLOT » qui est répertorié sur le monument aux morts du village.
Maintenant une seule question me hante : si le propriétaire de la plaque a survécu à la grande guerre, a-t-il laissé une descendance ?
Pour le savoir, je dois me plonger dans son passé. Désormais je dispose de la date et du lieu de naissance de Jules Caillot. Je consulte les archives départementales du Maine-et-Loire pour retrouver éventuellement d’autres infos sur sa vie personnelle. Les registres paroissiaux et d’état civil de la commune de Saint Sauveur de Flée (son lieu de naissance) sont consultables en ligne. Au numéro « 29 » de l’année 1871 (registre 1863-1872) est mentionné la naissance de CAILLOT Jules Auguste ainsi qu’un tampon en marge indiquant son mariage le 2 décembre 1905 avec Plassay Mélanie à la mairie de Bazouges (53). Aucune date de décès n’est notifiée.
En fouillant dans les archives en ligne de la Mayenne et plus particulièrement dans celle de la commune de Bazouges, je retrouve une trace de Jules et Mélanie Caillot dans le recensement de 1911. Trois enfants y sont répertoriés également : Juliette née en 1907, Marie en 1908 et Marthe en 1911. Toutes les trois nées à Bazouges.
Les archives datant de moins de 120 ans ne sont pas consultables sur le net. Seule solution : me rendre directement en mairie de Château-Gontier (53) pour les consulter. Les archives de Bazouges y sont rattachées.

… La suite de l’article dans Monnaies & Détections n° 92

Les créatures dans la numismatique

Chimère et créature sur un frontispice d’église.

Au Moyen-Age les croyances populaires, l’imagination des esprits et la superstition font apparaître quelques créatures étranges sous forme de monstres ou d’animaux étranges dans le monde de tous les jours qui sont en réalité des transformations du diable, faisant partie intégrante de chaque individu, du simple vilain gueux farouche, au bigot roi de France. Le monde médiéval craint le démon à un point qu’il rend fou certains individus. Plus tard l’Inquisition en fut un exemple.

Humain étrange sculpté sur un mur d’église.

Double tête diable et pape sur une médaille protestante du XVIe siècle.

A l’origine les anges déchus deviennent des démons, leur chute est mentionnée dans le livre d’Enoch que l’on date du IIe siècle avant Jésus-Christ. C’est à partir du XIe siècle dans la religion chrétienne, que le diable devient petit à petit une composante de la vie religieuse. Le personnage satanique est créé à partir des textes bibliques par des théologiens. Progressivement, les multiples personnages que le diable représente ont des prénoms attribués dont les plus connus sont : Lucifer, Belzébuth, Asmodée ou encore Sémiasas, Cocatrix, Mastéma, Astaroth, Gavial, Azazel, et bien d’autres. Le personnage maléfique est alors considéré en théologie comme le chef des esprits célestes précipités en enfer à cause de son orgueil. L’ange déchu connu sous le nom de Lucifer, croyait, grâce à sa beauté, pouvoir rivaliser avec Dieu, puis il devint donc le prince des ténèbres et son apparition en tant que personnage infernal se situe vers le début du XIe siècle. Suivi de Satan au XIIe siècle étant lui aussi un ange déchu dont le nom désigne « l’adversaire de Dieu ».

Diable ailé semant des billes dans un escalier pour faire chuter un religieux.

Au XIe siècle, on reconnait d’après des textes six variétés de démons : les terrestres, les aquatiques, les souterrains, les aériens, les infernaux et les ignés (feu). Ils sont rencontrés sous diverses formes humaines ou animales souvent déformées et terrifiantes comme le serpent, le dragon, le crocodile, la chat noir qui en sont les incarnations les plus représentatives. Sur de nombreuses cathédrales les têtes grimaçantes sont le témoignage de l’imaginatif de la vision du mâlin que les sculpteurs ont admirablement représenté par des faces cornues et grimaçantes aux longues oreilles ou encore par des reptiles sortant des bouches ou des têtes de chats.
L’époque post-médiévale représente le diable par un bouc ou parfois par un tronc d’arbre au visage d’homme affreux sans membre, ou encore vêtu de noir au visage rouge feu avec une voix cassée.
Dans toute la France, ayant perduré jusqu’à nos jours, on retrouve des légendes qu’incarnent les représentations de créatures étranges, dont certaines font encore frissonner les touristes ou les habitants des villages.
Le dragon reste l’image la plus significative du diable dont l’origine de cet animal fabuleux a suscité de la part de l’imagination des poètes une puissance physique qui représente à elle seule les facultés des autres animaux : les griffes du lion signe de royauté, les ailes de l’aigle pouvant voler très haut, la queue du serpent permettant de ramper en silence. Le jet de flamme du dragon sortant de sa gueule lui permet de brûler ce qu’il veut, et la fascination de son regard rassemble tous les éléments de la séduction.

Dragon tenant la toison d’or sur un jeton des Pays-Bas daté de 1683.

Dans l’Antiquité le dragon est consacré à la déesse Minerve pour indiquer que la véritable sagesse ne dort jamais. Puis à Bacchus pour lui exprimer les fureurs de l’ivresse. Le dragon était aussi l’objet d’un culte en Orient ; l’Antiquité grecque en fit le gardien du jardin des Hespérides afin qu’il garde, grâce à ses multiples têtes, toutes les pommes d’or, mais celui-ci fut tué par Hercule.
Les Grecs, les Romains et les Chinois l’adoptèrent pour enseigne de guerre. Le christianisme personnifia en lui les puissances du démon et le plaça ainsi dans ses légendes. Le Moyen-Age le mit dans ses féeries et la chevalerie le prit comme type symbolique du vrai courage et on le retrouve dans les blasons du temps. On connait la légende de saint Georges terrassant le dragon ; l’histoire du chevalier Gozon de l’ordre de Malte luttant contre un dragon formidable ; l’Archange saint Michel écrasant le dragon infernal étant l’ennemi du genre humain ; et quelques fois c’est la Vierge-mère aplatissant sous son pied suivant les prophéties, la tête du dragon, qui n’est autre que le serpent de la Genèse.

Dragon d’un frontispice d’église.

… La suite de l’article dans Monnaies & Détections n° 88