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Île de la Réunion ou les ravines aux trésors

Beauté géographique

L’île de la Réunion est un territoire vaste à la géographie torturée typique des îles volcaniques. Elle étend ses plus de deux mille cinq cents kms2 dans des décors de rêves, cascades vertigineuses, chaos rocheux, ravines, cavernes et forêts à la végétation exubérante. Le Piton de la Fournaise, un de ses volcans aujourd’hui toujours actif, culmine à plus de trois mille soixante dix mètres d’altitude.
L’île de la Réunion au climat tropical tempéré, est implantée dans l’Océan Indien, sur la côte sud-ouest de l’Afrique et à quelques sept cents kilomètres à l’est de Madagascar. Une île comprise dans l’archipel des Mascareignes, sur l’ancienne route des Indes. Et très généralement, une île bordant les voies de communications maritimes, servait de base pour la piraterie et plus encore pour l’enfouissement de trésors dérobés sur les flottes marchandes.

Une île déserte jusqu’au XVIIe siècle

Route des Indes donc, où croisent au large des bateaux chargés d’or, de pierres et d’épices à destination de la vieille Europe. C’est le Capitaine portugais, Pero de Mascarenha qui reconnaît pour la première fois cette île déserte dès 1500 ; elle portera désormais le nom de Santa Appolonia puis de Mascarenha sur les portulans.
L’île devient un lieu d’escale de choix pour les navigateurs anglais, hollandais et portugais qui y trouvent de l’eau fraîche, des fruits et de la viande, (porcs et chèvres laissés par les Portugais lors de leurs escales).
L’île se voit réellement colonisée en 1642 et devient en 1663 terre française. Cette terre hostile se peuple d’artisans, de cultivateurs et d’éleveurs venus de France. La vie est rude, les cases éparses deviennent des hameaux de maisons en pierres sèches, les colons se marient avec des femmes malgaches. Plus tard, ce sont des femmes du royaume de France qui sont embarquées pour devenir les épouses des colons. L’île Bourbon et son peuple rapporté se développe avec l’implantation de la Compagnie française des Indes, la culture et l’exportation du café, essor malheureusement lié à l’esclavage. L’île de la Réunion ne trouvera son nom définitif qu’en 1793.

Les pirates de l’île Bourbon

Il faut savoir que les premiers colons de l’île Bourbon entretenaient des rapports commerciaux et amicaux avec les flibustiers qui se ravitaillaient en produits frais, eau potable, bois, en échange des prises des forbans. C’est tout naturellement que la Réunion devint une des plaques tournantes des flibustiers de l’Océan Indien.
L’île est effectivement accueillante et quoi de plus logique pour les pirates que de cacher sur ses côtes le fruit de leurs pillages. Certaines zones au XVIIe et XVIIIe siècle sont d’un accès très difficile et ravines ou cavités peuvent se révéler d’excellentes caches.
Parmi les nombreux trésors enfouis dans l’île de la Réunion, on peut citer celui de Olivier Levasseur, surnommé « la Buse » pour son aptitude à fondre sur ses prises tel l’oiseau de proie. Mais la folie qui va entraîner des générations de chercheurs à la poursuite de son fabuleux butin débute paradoxalement lors de son exécution publique le 7 juillet 1730. Levasseur aurait jeté à la foule, juste avant sa pendaison, un parchemin aux caractères illisibles pour le commun des mortels. Un cryptogramme qu’il lance en criant à la foule : « Mon trésor à qui saura comprendre ! »
Ce calaisien d’origine embrasse très tôt la carrière de pirate. A bord de son navire, la « Reine des Indes », il écume tout d’abord les bateaux chargés de pèlerins se rendant à la Mecque. Puis, il croise régulièrement dans les eaux de l’Océan Indien. Il s’établit sur l’île Sainte-Marie qui touche Madagascar et rayonne à partir de ce refuge. En 1721, associé avec le pirate anglais John Taylor, sur son navire « Le Victorieux », il met la main sur un navire portugais de soixante-douze canons à la cargaison fabuleuse, la « Nostra Senhora do Cabo » ou la « Vierge du Cap ». Le trésor est énorme, il est estimé par les Historiens à plus de quatre millions et demi d’Euros. Barres d’or, pierres précieuses, diamants, perles et bijoux, soieries précieuses et une crosse d’or, sertie de rubis, le tout appartenant au vice-roi de Goa, son Excellence le Comte d’Ericeira…
Le pirate se retire sur l’île Sainte-Marie où il abandonne progressivement le métier à risque de pirate. Il faut dire que la répression des écumeurs des mers est sans pitié. Notre homme devient alors pilote dans la baie d’Antongil et tente de se racheter une conduite. Le Roi de France accorde la grâce aux anciens pirates qui acceptent une Charte de clémence ; en échange, ils se doivent de restituer le fruit de leur rapine. Levasseur hésite longuement puis restitue seulement une partie du trésor de la « Vierge du Cap ».
Il aurait pu continuer ainsi longtemps s’il n’avait pas été reconnu en 1729 par un Capitaine de La Compagnie des Indes, compagnie qu’il pillait allègrement dans un très proche passé. Levasseur est arrêté et conduit sur l’île Bourbon où il est jugé et condamné sans appel pour crime de piraterie.
On raconte que lors d’un passage sous bonne garde, à proximité de la Ravine à Malheur il aurait dit : « Avec ce que j’ai caché ici, je pourrais acheter toute l’île ».
Le pirate est pendu, le cryptogramme est sommairement déchiffré mais n’en reste pas moins obscur :
« Prenez une paire de pijon, virez les deux cœurs… tête de cheval… une kort fil winshient écu prenez une cuillère de mielle… outre vous en faites une ongat mettez sur le passage de la… Prenez deux liv cassé sur le chemin Il faut… toit à moitié couvé pour empêcher une femme… vous n’avez qu’à vous serrer la… pour veni… épingle… juillet… faire piter un chien turc un…qu’une femme qui veut se faire d’un… dans… dormir un homme… faut en rendre… qu’un diffur… »

La suite dans Monnaies & Détections n° 95

Six ans d’enquête dans les ravines de l’île de la Réunion

La piraterie a sévi entre le 17e et le milieu du 18e siècle dans l’océan Indien. Les îles Mascareignes qui sont constituées de l’île Maurice, l’île Rodrigues et l’île de la Réunion furent dès le début de leur colonisation des points de ravitaillements des navires marchands européens sur la route des Indes.
Certains pirates qui exerçaient la « Course* » dans l’océan Atlantique comme Tew, Taylor, Hornigold, Avery, Olivier Levasseur, La Raison, Kid, Congdom, Misson et quelques autres furent attirés par ce nouvel Eldorado de l’océan Indien où l’or, l’argent, les pierres précieuses, les épices, la soie et d’autres marchandises précieuses devinrent la convoitise des Etats européens et des forbans.
Vers 1730 la piraterie déclina mais les Etats comme la France, l’Espagne, le Portugal et l’Angleterre armèrent des corsaires pour contrer la concurrence et imposer leur politique de colonisation dans ce secteur du monde.
Un de ces corsaires* français : Bernardin Nageon de l’Estang sembla être héritier, par un concours de circonstance, d’une grande partie des documents répertoriant les dépôts* que les pirates avaient laissés sur ces différentes îles au cours des années précédentes.
Il semblerait qu’il eut été chargé de collecter un certain nombre de ces dépôts, où s’entassaient quelques richesses oubliées, afin de les ramener au roi de France pour continuer à financer la « Course » des corsaires français dans l’océan Indien.
Il fut ainsi désigné comme étant « Butin Nageon » le dernier possesseur des trésors de l’océan Indien.
J’entrepris en 2006 de suivre les traces de ce corsaire méconnu et d’essayer de connaître son parcours dans les îles Mascareignes.

Mais ce personnage a-t-il réellement existé ?

Il apparaît dans plusieurs ouvrages qui traitent d’un des plus célèbres pirates de l’océan Indien, Olivier Levasseur, dit « La Buse* » et qui fut à l’origine, avec son associé Taylor, d’un exploit retentissant en avril 1721 celui de la prise de « La Vierge du Cap » le navire du vice-roi du Portugal, au mouillage pour réparation et où se trouvaient d’immenses richesses, dans la baie de St Denis de la Réunion, autrefois île Bourbon.

La suite de l’article dans Monnaies & Détections n° 87

Une des cinq peintures pariétales dessinées par les pirates sur une paroi rocheuse que j’ai découverte sur un site anthropique à l’île de la Réunion. Un des prélèvements de cette peinture a servi à l’analyse physico-chimique des pigments la composant.