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Aventure australienne, suite et fin !

Avant de reprendre le long ruban de bitume vers notre Eldorado, afin d’économiser quelques dollars, nous avons rempli à ras bord notre garde-manger, ainsi que le réservoir de notre véhicule. Croyez-le ou non, sur ce long trajet de 350 kilomètres, une seule chose nous dévorait l’esprit…

Allions-nous retrouver « notre » coin dans le même état que nous l’avions laissé, ou rongé jusqu’à la moelle par d’ignobles prospecteurs qui nous auraient espionnés du sommet de la colline ? Et oui, peur, stress, paranoïa, nervosité sont des sentiments et réactions étrangement malsains qui s’installent en nous dès que nous sommes confrontés à quelque chose qui à un rapport avec l’or…
Nous n’étions pourtant pas là pour nous en mettre plein les poches, mais la fièvre avait fait son petit bout de chemin pour nous rendre jaloux d’un hypothétique autre chanceux que son détecteur aurait amené sur « notre » petit tronçon de rivière… Alors lorsque nous avons quitté la route pour emprunter le chemin de terre, Laetitia s’est surprise à analyser les différentes traces de passages au sol. Si nos traces recouvraient toutes les autres, cela signifiait que personne d’autre n’était venu dans le coin depuis notre départ la veille au soir… C’est seulement une fois enfin arrivés sur les lieux inchangés que nous nous sommes apaisés… C’est dingue comme cet horrible métal jaune peut vous transformer non ?!

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Alors, a-t-elle bien fonctionné cette nouvelle tête ou pas ? Vous êtes pressé de savoir hein ?! Et bien moi aussi je l’étais, mais j’ai quand même attendu que le soleil se lève avant de partir à la chasse à la pépite ! Nous sommes repassés exactement sur ce que j’avais prospecté deux jours avant, ce fût chose facile car comme vous le savez, j’avais quadrillé le « déjà fait » en faisant des repères au sol. Tenez-vous bien, nous avons retrouvé pas moins de 8 pépites de plus !! D’un poids oscillant entre 0,5 et 1,5 grammes, nous avions déjà largement « amorti » le prix de notre heureux achat ! Oui, quelle bonne idée d’avoir acheté cette nouvelle tête ! Sans elle, je pense que notre total final aurait été 3 fois moindre… Alors oui, elle était plus performante en profondeur, mais elle était aussi plus stable et il a été beaucoup plus facile de discerner les pépites des autres faux signaux. Avec l’expérience, nous avons également remarqué que le son produit par le détecteur était très légèrement diffèrent lorsqu’il s’agissait d’or ou de ferraille. Alors nous nous amusions à deviner, juste avant de creuser, si ça allait être de l’or ou pas… Mais il était obligatoire de creuser sur chaque son. Hors de question de laisser une pépite ici toute seule !

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Le jour suivant, 10 de plus venaient rejoindre leurs copines dans notre petite boite qui commençait sérieusement à s’alourdir ! (photo 8 et 9) Puis 6, dont deux de plus de 7 grammes ! Puis 4, 1, 1, 1, 1, et 2 pour les jours d’après. Chaque morceau d’or trouvé suivait la rive droite de la rivière. Aucune au centre, et aucune sur l’autre rive. Érosion, mouvements de terrain, inondations, tous ces éléments naturels ont fait que l’ancien filon qui existait jadis, s’est désagrégé au fil des millénaires pour s’éparpiller précisément sur cette zone. Plus en amont, rien, plus en aval, rien…

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Je parle de pépites et encore de pépites mais cette expédition ne s’est pas résumée juste à ça. Laetitia occupait ses journées en préparant le petit déjeuner, en lisant, elle se chargeait également de faire chauffer des bouteilles d’eau derrière la lunette arrière du van. Elle préparait de succulents sandwichs et les repas du soir avec les moyens du bord, bref, une véritable petite perle rare j’en ai bien conscience. (photo 10) Une chose très agréable était que nous avions établi notre campement juste sur notre champ de pépites. De ce fait, nous étions toujours à portée de vue et de voix et Laetitia venait s’investir par moment dans la recherche en traçant au sol les repères qui ont été très utiles pour prospecter correctement.
Avant que le soleil se couche et qu’il ne fasse trop froid, en nous aidant mutuellement, nous prenions notre douche de fortune, nus comme des vers dans cet infini de Nature. Avoir une salle de bain grande comme un département n’est pas chose courante ! Avec seulement 2 bouteilles de 2,25 litres d’eau bien chaude, nous nous lavions intégralement de la tête au pied sans aucun problème! Après un diner en tête à tête sous un ciel s’assombrissant et laissant place à la voute étoilée, nous nous glissions sous nos deux épaisses couettes pour nous endormir dans un calme absolu.
Une nuit sur trois, nous faisions escale au camping de Leonora, un endroit très accueillant et envahi par ces chercheurs d’or de l’extrême. Au début, nous étions plutôt discrets au sujet de nos découvertes pour ne pas trop attiser de la jalousie ou autre chose de plus malsain. Mais petit à petit, sympathisant avec toutes ces personnes très charmantes, nos langues se sont vite déliées et nous sommes rapidement devenus l’attraction en montrant nos pépites bien jaunes ! Par moment nous avions droit à une petite question innocente : « vous avez trouvé ça vers où ? ». Alors nous leur répondions à peu près en restant très évasifs pour ne pas se faire envahir. Mais même avec ces petites précautions de base, au fil des jours nous avons vu de plus en plus de 4×4 tourner autour de notre campement… Une fois, un gars est passé juste à coté de la rivière et nous a dit qu’il y avait beaucoup de rumeurs qui tournaient autour de cet endroit.
Nous avons bien sympathisé avec un couple de retraités qui détectent toujours ensemble. Malheureusement ils étaient bredouilles depuis un bon moment et je leur ai proposé de nous prêter une de leurs têtes de détection outrageusement grande et hors de prix en échange de l’emplacement de notre petit coin de paradis… Notre expédition arrivait à sa fin alors à quoi bon garder le secret ?

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Donc le lendemain, ils nous ont suivis jusqu’à notre campement. D’ailleurs, heureusement qu’ils étaient là car le chemin était par endroit complètement inondé à cause des averses de la nuit précédente. Sans eux derrière nous, nous n’aurions jamais osé traverser de grosses flaques de boue avec notre pauvre deux roues motrices. Richard et Nolène étaient notre police d’assurance en quelque-sorte. Mais non, nous n’avons pas eu besoin d’eux, on ne s’est pas embourbé et nos poursuivants ont bien rigolé de nous voir faire de gros travers dans les virages inondés ! Hors de question de ralentir en plein milieu des flaques !! Nos amis sont partis détecter aux alentours sans empiéter sur nos traces par respect. J’ai donc utilisé la monstrueuse tête de compétition mais ce jour là, je n’ai rien trouvé…

… La suite de l’article dans Monnaies & Détections n° 94

Aventure australienne

Au cours des années 2009 et 2010 ma femme Laetitia et moi avons voyagé un an et demi en Australie grâce au visa Working Holiday. Valable jusqu’à deux ans, ce visa vous donne la possibilité de pouvoir travailler afin, dans notre cas, de financer le voyage. Et c’est ce que nous avons fait ! Nous avons très rapidement acheté un van que nous avons transformé en petit camping-car afin d’être plus autonomes questions logement et recherche d’emploi.
Nous alternions des périodes de boulots intensifs avec des périodes de découverte du pays. Pendant ces phases de tourisme, nous avons eu la chance de pouvoir réaliser de nombreux rêves. Etant utilisateur de détecteur de métaux en France, le désir de partir à la chasse à la pépite en plein désert ne tarda pas à me titiller… Et au mois de juin 2010, après avoir convaincu ma femme de tenter l’expérience, le rêve est devenu réalité.

photo 1

Lorsque l’on prépare une expédition de 3 semaines de détection intensive avec sa femme dans le désert, on prévoit tout ! Du moins on essaye… Car à seulement 25 kilomètres de la ville de Kalgoorlie, le plus prévisible vous frappe de plein fouet : nous sommes samedi ! Rien de dramatique pensez-vous ? Sauf que pour détecter en toute légalité sur le sol australien, une autorisation est nécessaire : « les droits du mineur » (Miner’s Right). Où s’en procurer une ? A l’Administration du Mineur et des Mines bien sûr. Et comme toutes les administrations du monde, le samedi comme le dimanche, c’est fermé… Zut !
Déjà deux jours de perdus alors que le détecteur n’était même pas encore sorti de sa boite d’emballage. Nous avons donc profité au mieux de notre week-end forcé à Kalgoorlie en nous baladant dans des rues infestées de bijouteries arborant fièrement de magnifiques pépites d’or. Rues également infestées de nombreux édifices « westernageux », bars, pubs, tavernes, oui, essentiellement des établissements servant de l’alcool… (photo 1) Là où il y a de l’or, il n’y a généralement pas très loin bon nombre de vices : boissons, jeux d’argent, sexe… Tenez par exemple puisque l’on parle de sexe : saviez-vous qu’ici, selon les établissements, votre bière vous est servie seins nus ?! Et ça peut aller certainement plus loin si affinité avec vos bourses ! (Je fais ici allusion au porte-monnaie bien entendu…)

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Pour ceux et celles qui n’ont jamais entendu parler de la ville de Kalgoorlie, sachez simplement qu’avec sa monstrueuse mine d’or à ciel ouvert, elle est devenue au fil des années la capitale australienne de ce précieux métal jaune… Fondée en 1893 à la suite de la découverte d’or à son emplacement actuel, elle a gardé à peu de choses près son apparence architecturale d’autrefois.

photo 2

Le dimanche nous nous sommes rendus à l’un des différents points de vue de cette fameuse mine à ciel ouvert : le « Super Pit » comme ils l’appellent… (photo 2) C’est l’une des choses les plus incroyables que nous ayons vu de notre vie en matière de « ce que l’homme est capable de faire » ! Une immense excavation de 3,8 kilomètres de long par 2 de large, une profondeur de plus de 400 mètres et des pelleteuses qui creusent sans relâche toujours plus profond à grand renfort d’explosifs. Ensuite, de gigantesques camions-bennes brulant 360 litres de diesel par heure, charrient à chaque voyage 225 tonnes de gravats vers l’usine qui séparera l’or des vulgaires cailloux ! 360 litres par heure pour une mine qui dispose d’une flotte ahurissante de « dévoreurs de pétrole » et qui fonctionne 24 h/24, 364 jours par an !
Là, au bord de ce précipice géant d’où s’échappent continuellement de longs et plaintifs grondements, nous nous sommes posé cette question : est-ce le vrombissement incessant des machines que l’on entend ? Ou la terre qui gémit de douleur de cette horrible gangrène qui se propage au plus profond de ses entrailles ? En tous cas, nous pouvons le certifier, il existe en ce lieu insensé de quoi vous donner le vertige !

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Le lundi 21 juin 2010, nous nous sommes levés au plus tôt pour nous rendre le plus vite possible à ce bureau des mines pour s’acheter « l’autorisation de prospecter ». Cela nous a coûté 30 dollars seulement et c’est un droit valable à vie. Il permet également d’être exonéré d’impôts jusqu’à hauteur de 12 000 dollars d’or trouvés et vendus par an. Au delà de cette somme, vous êtes tenus de la déclarer au fisc et de tout plaquer pour vous consacrer exclusivement à cette nouvelle fièvre jaune qui s’installe en vous !
Nous étions maintenant en règle, mais il nous fallait faire des courses car dans les petites villes reculées du désert c’est très onéreux. Ce n’est donc qu’en début d’après-midi, juste après avoir fait un maximum d’emplettes, que nous avons enfin pris la « Goldfield Highway » en direction de Laverton.
Laverton est une de ces modestes villes où, de mai à septembre, bon nombre de chercheurs d’or se retrouvent chaque année dans l’espoir de déterrer « the big one ». Hors période, le climat désertique y est bien trop hostile et rend toute prospection impossible !
Tout au long de cette après-midi et de ces 350 kilomètres de route, ne pas succomber aux délicieux charmes de certains paysages ne fut pas chose aisée : collines rocailleuses traversées de part en part par d’énormes veines de quartz en décomposition… Ou, dit plus simplement, des zones propices au développement de l’or quelques millions d’années auparavant !
Sur les coups de 16h, nous arrivions à notre premier lieu de bivouac sur une aire de repos en bord de route à une trentaine de kilomètres de Laverton… Ce n’est pas très original certes, mais à seulement une heure de la tombée de la nuit, hors de question de s’aventurer sur un terrain totalement inconnu pour chercher un endroit pour camper. Il nous restait donc encore près d’une heure de soleil alors que faire ? Tester la machine ?!! Cric crac boum, le détecteur enfin monté n’attendait plus que mon index pousse le petit interrupteur chromé sur la position « Marche ». Wouaouh ! Je ne savais pas encore si ce fameux GPX4500 valait son pesant d’or, mais en tous cas, il en avait l’air !
La seconde d’après, pendant que ma femme s’affairait à installer le campement, je prenais déjà d’assaut les premiers mètres carrés de terre à l’attaque de la pépite d’or qui oserait se mettre en travers de mon chemin.
« …uuuuuUUIIIIIUUuuuuu… »
La toute première fois que j’ai entendu ce son, je n’ai pas ressenti cette poussée d’adrénaline caractéristique que tout prospecteur ressent lorsque son détecteur de métaux se met à émettre un « bon son ». Par contre, habitué au « ding-dong » de mon ancien ACE250, je me suis dit au fond de moi : « c’est quoi ce son ? »
La grande majorité des détecteurs de métaux du monde sont plutôt d’humeur silencieuse, mais dès le passage de la tête de détection au dessus de quelque chose de métallique, ils se mettent à sonner… Seulement là, avec la machine la plus coûteuse du marché dans sa catégorie, essayez d’imaginer le bruit perpétuel de l’horrible voisine qui passe son foutu aspirateur tous les dimanches matins : « uuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuu ». C’est bien simple, même si ce léger chuintement est nécessaire à la bonne détection de très petites cibles aurifères, après ma première journée de détection, j’ai passé la nuit avec cet agaçant bruit qui résonnait encore dans mes oreilles. Vous savez, un peu comme ce désagréable sifflet qui perdure longtemps après que vous soyez sortis de boite de nuit… Donc voilà, lorsque la machine détecte une pépite, ou une capsule de bière, ce bruit s’amplifie en tirant vers le : « UUIIIIIUU ».
Revenons maintenant à mon tout premier signal : « …uuuuuUUIIIIIUUuuuuu… ». Dégainant mon piochon, je me suis mis au travail : un passage de la tête du détecteur au dessus de mon trou : « uuuuuuu ». Un autre passage sur le petit monticule de terre à côté : « …uuuuuUUIIIIIUUuuuuu… »! Je savais alors que l’objet, ou la pépite, était dehors !
J’ai donc appliqué à la lettre la recette ancestrale qui me permettrait d’exhumer ma première cible avec ce détecteur de compétition. Roulement de tambours : un clou !
Certes je vous l’accorde, c’est très décevant comme trouvaille mais c’est le quotidien du prospecteur. Il faut s’armer de patience, de persévérance et garder un esprit toujours positif en s’imaginant qu’à chaque instant, vous pouvez croiser le chemin d’une magnifique pépite qui attend là depuis des millions d’années…
Que ça soit pour la quête d’or, d’anciens artefacts, ou de petites monnaies sur une plage, la passion première de ce loisir n’est pas de trouver, mais de chercher… Et sachez qu’en trouvant ce vulgaire clou rouillé je fus très satisfait car cela signifiait une chose importante : mon détecteur fonctionnait et était donc prêt pour le lendemain !

Journal d’un CDD (Le Coin du Disque du Déus)

Axel avait vainement passé la matinée à chercher une grotte sur une ligne de collines couvertes de forêts. Elle était pourtant bien mentionnée sur la carte d’Etat-major, à quelques encablures au-dessus du chemin de randonnée, avant d’arriver au col qui offrait un point de vue superbe sur la vallée. Il avait traversé des ronciers, des bandes de fougères presqu’aussi hautes que lui, quelques plantations de résineux, mais surtout des taillis dominés par des chênes et des frênes. Il avait aperçu sous le lierre et la mousse des murets d’épierrements clôturant d’anciennes parcelles cultivées, retournées à la forêt. Il avait longé des éboulis de roches, des pitons calcaires, d’impressionnantes dalles de pierres verticales. Mais de grotte, point. Il y avait tellement de végétation qu’il avait dû passer devant sans la voir. Il était onze heures passées, une chaleur étouffante commençait à monter, même sous les arbres. Il décida de revenir à la voiture et repartir vers un autre endroit pour l’après midi. Il commença à descendre le versant en se guidant sur les clarines du troupeau de gasconnes qu’il avait vues dans le pré longeant le chemin de randonnée. Quand il sortit enfin des fougères et des ronces et qu’il sauta sur le sentier retrouvé, il fit détaler deux chevreuils qui disparurent sans un bruit sous le couvert. Puis il vit arriver un basset trainant une laisse rouge d’une longueur invraisemblable.
Il vint lui sentir les chaussures brièvement, puis repartit très vite en flairant sur la piste des chevreuils. Arriva alors un vieux monsieur, pantalon et gilet de treillis camouflé, avec un gros sac plastique de grand magasin, bien gonflé.
Il s’arrêta à hauteur d’Axel en posant le sac contre sa jambe : il débordait de girolles ! « Hé bé, lui dit Axel, vous avez chargé ! Félicitations ! » « Oh c’est rien, dit l’homme, d’habitude il y en a beaucoup plus ! Mais la chaleur et le sec sont arrivés d’un coup, faudrait un bon orage, et puis la lune n’est pas bonne… »
Axel lui demanda s’il savait où se trouvait la grotte qu’il n’avait pas trouvée.
« Ah oui, la grotte, mais bien sûr que je la connais…ça fait plus de quarante ans que je chasse ici, j’ai mes coins à champignons partout dans le coin… vous l’avez là-haut, à huit ou neuf cents mètres, mais il n’y a plus de chemin maintenant pour y aller, la végétation a tout gagné, on coupe plus le bois. D’ailleurs, c’est même pas une grotte, c’est juste un trou… » (Et Axel se rappela alors les paroles de Daniel l’Ariégeois* à propos de cet endroit : « mais je l’ai faite et refaite cette grotte, il n’y a rien, c’est juste un trou, même pas un son, rien. »)
« Bon, dit Axel, je ne vais pas remonter et refaire tout ce chemin pour un trou. » « Il y a trop de végétation, dit l’homme, revenez cet hiver, mais après la chasse, vous la trouverez plus facilement. » Il reprit son sac de girolles et commença à marcher, le chien s’était arrêté plus loin et attendait. « Pourquoi vous lui laissez cette longue laisse » demanda Axel en le suivant. « C’est une zone de chasse, ici, c’est interdit de laisser les chiens libres, il faut les tenir, à cause du gibier, il y a les gardes, et puis aussi les agents de l’ONF, il faut les tenir… moi je le tiens comme ça, tè, avec cette corde, que s’il sort du chemin il s’accroche de suite, comme ça, il embête pas le gibier… »
Ils continuèrent à marcher en parlant gibier, champignons, disparition des fermes et des champs et avancée de la forêt. Quand ils arrivèrent au bout du chemin de randonnée, sur la petite route qui menait à la grosse ferme, en contrebas, vers laquelle s’étaient regroupées les gasconnes, le chien était déjà couché à l’ombre d’un petit 4×4 noir garé sur la berme. L’homme ouvrit le hayon arrière, posa son sac de girolles, sortit une écuelle métallique et une bouteille d’eau, et fit boire le chien. Axel continua pour remonter le bout de route vers son propre véhicule garé plus loin. En marchant, il fut, comme le matin, émerveillé par la vue magnifique sur les ruines d’un vieux château cathare perché sur un piton, une vue inhabituelle sur le site qu’on ne pouvait avoir que de cet endroit. Il se débarrassa du sac à dos dans la voiture, prit son casse-croûte à l’ombre, le dos calé contre le socle d’une croix en pierre grise portant un visage gravé. Puis il reprit sa voiture pour redescendre dans la vallée par une méchante route étroite en lacets, avec des bandes entières de goudron arraché par les gelées et les orages.
Il traversa plusieurs villages, puis une petite ville où il savait qu’un pan entier de sapins avait été coupé. Mais quand il arriva en vue du parking de la fontaine où il pensait se garer, il vit qu’il était fermé par une banderole rouge et blanche de chantier. Il y avait une pelle mécanique, un camion benne, et quatre ou cinq hommes avec des pelles. Axel ralentit pour chercher où stationner, put faire demi-tour une centaine de mètres plus loin, et revint se garer au bord de la route bien avant la fontaine. Il prit son sac à dos et marcha vers le chemin qui montait dans la forêt vers la coupe de sapins. Quand il fut à la hauteur du chantier, l’un des hommes qui paraissait être le chef car il n’avait aucun outil, s’approcha de lui : « Bonne balade, dit-il, mais il faudrait emballer le Déus mieux que ça ! » « C’est pas vrai, dit Axel en s’arrêtant net, un prospecteur ! » (En effet, le bout de canne du Déus, avec le méplat aimanté pour la télécommande, dépassait un peu du sac à dos). « Tè, un peu oui, que je prospecte, ça fait plus de quinze ans ! » Et ils commencèrent à discuter ! Axel appris qu’il habitait la petite ville, qu’il travaillait pour le Conseil Général, et qu’il s’occupait justement de l’aménagement et l’entretien des sites touristiques et des chemins de randonnée. Ils parlèrent bien sûr de trouvailles (il avait à son actif des monnaies, des bijoux, des boucles, des pointes de flèches, des armes blanches, des sceaux, mais aussi beaucoup de pierres taillées), d’endroits (il connaissait la grotte qu’Axel avait cherché le matin mais lui non plus n’y avait rien trouvé), de machines (il possédait trois Déus : l’un pour lui, un pour son épouse et un pour sa fille car ils prospectaient tous les trois, il avait gardé toute la gamme des XP successifs : Aventis, Gmax, Goldmax…). Axel lui dit qu’il voulait aller faire la zone sur laquelle les sapins avaient été coupés car il pensait que le sol devait être décapé par les engins tirant les grumes. « Ouais, vous pouvez y aller, j’y suis passé plusieurs fois, c’est encore assez propre, mais l’herbe commence à être haute, j’ai pas trouvé grand-chose, quelques pièces, rien de bien vieux… »

… La suite de l’article dans Monnaies & Détections n° 91

Journal d’un CDD

Axel était parti tôt le matin pour aller « faire » un terrain à la limite de l’Aude et de l’Ariège. Il s’était dit que ce champ, situé à quelques mètres en contrebas d’une église médiévale, toujours en service mais éloignée du hameau de plusieurs centaines de mètres, avait du servir de jardin pour le prêtre desservant. Le presbytère devait être le bâtiment délabré attenant à l’église. On voyait par une fenêtre sans carreau un amoncellement de bancs et de vieilles chaises dépaillées ainsi qu’un étroit chariot en bois noir sur quatre roues qui devait être le corbillard pour les messes des morts et pour aller jusqu’au cimetière derrière l’église.
Il traversa la haie de broussailles qui couvrait la pente sur une dizaine de mètres entre l’église et le champ, mais quand il fut au bord du terrain il eut une mauvaise surprise : c’était semé, il voyait la terre fraichement travaillée et les petits grains blanc d’engrais… Il réfléchit où il pourrait aller, passant en revue les terrains qu’il connaissait dans le coin. Il ne voulait pas avoir fait presque une centaine de kilomètres pour rien, d’autant plus que la journée s’annonçait belle après tous ces jours de pluie. Il pensa à un château en ruine dans la montagne, sur lequel il n’était pas revenu depuis au moins cinq ans. Il n’était qu’à une vingtaine de kilomètres, et n’imposait pas un trop long détour par rapport au chemin de retour. Il retraversa donc la haie d’épines pour remonter à la voiture en notant qu’il devrait revenir sur ce terrain en hiver. Pendant qu’il mettait le Déus dans le sac à dos, il entendit soudain un bruit de tracteur et vit arriver un premier tracteur bleu attelé d’une énorme presse verte à balles rondes, suivi d’un second tracteur qui avait dû être orange et qui tirait une interminable remorque à plateau chargée de grosses balles de foin. Il courut vite vers la route et fit signe au premier tracteur de s’arrêter. Le conducteur ouvrit la porte de la cabine de son côté, c’était un tout jeune garçon, Axel lui demanda si c’était eux qui travaillaient le champ en bas de l’église et s’il était semé. « Oui, il est à nous, mais pourquoi vous me demandez ça », répondit le garçon en souriant. Mais Axel le sentait méfiant et pressé.  « Ben je fais de la détection, avec un détecteur de métaux, et comme ce champ est près de l’église, je me disais qu’il y avait peut-être des trucs anciens à trouver… mais il me semble qu’il est semé… » « Ah oui, ça, semé, il l’a été oui, mais les palombes et les pigeons ont tout mangé, 40 hectares de tournesol à refaire, on a pour 4 500 euros de semences en tout, on devait le refaire en début de semaine mais avec ce temps on n’a pas pu, et comme le foin a séché on l’a emballé et on finit de le rentrer… On va venir resemer après… mais pour ce qui est d’aller dans le champ, allez demander à mon père, c’est lui qui est derrière. »
Axel le remercia et se dirigea vers le second tracteur qui hoquetait bruyamment avec des jets de fumée noire. C’était une cabine ouverte, sans portes latérales. Il se haussa sur le marchepied, salua et demanda s’il pouvait aller prospecter dans le champ en attendant qu’ils viennent semer. « C’est quoi, ça, prospecter ? Qu’est-ce que vous voulez faire dans ce champ ? » dit l’homme. Axel lui expliqua mais dû répéter car le premier tracteur était reparti dans un bruit de moteur assourdissant. « Allez-y, allez-y, de toutes façons on va décharger et on revient semer, attendez-nous, on verra bien ce que vous faites ». Axel ne fut pas sûr qu’il ait compris ou entendu ses explications sur la détection, mais la réponse lui convenait tout-à-fait. Il le laissa donc repartir, revint à la voiture, reprit le Déus et le piochon et retraversa la haie pour descendre dans le champ. Il commença à prospecter aussitôt. Il eut rapidement des sons de ferreux, des douilles de chasse, de bosquettes et de 22 long rifle, plusieurs anneaux de chaines rongés de rouille, un morceau de rasette de charrue, une boucle, deux médailles religieuses, trois plombs de sacs, un morceau de bracelet de cuivre, plusieurs piécettes : neuf doubles tournois, deux oboles des rois d’Aragon, un denier royal très usé, un petit bouton militaire du 26e, un tiers d’une pièce de la Révolution, très épaisse : on pouvait lire : « LA NAT(ion) », un plomb de scellé portant un écu et au revers « 38 c », divers artefacts de cuivre ou de laiton, une petite boucle médiévale, un chaton de bague-sceau portant un « B » entouré de deux oves, une minuscule plaque-boucle méro très érodée, deux petites plaques décoratives en cuivre, et une agrafe à double crochet dont l’un était cassé… Comme il y avait aussi des bouts d’alu, des anneaux de cuivre, des morceaux d’outils agricoles, un bout de catadioptre rouge dans son cercle d’alu, des valves de vélos, des vis, des écrous cassés, des bouts de verre, de la poterie grise ou noire, des chutes de zinc, Axel pensa qu’il était peut-être bien sur le jardin du presbytère mais que beaucoup d’objets venaient sûrement du travail du champ et des épandages de fumier.

… La suite de l’article dans Monnaies & Détections n° 90

Boursée en OR

Bonjour ! Je viens vous faire partager une petite sortie comme on en fait très rarement.

Avec mon collègue de détection Geoffrey, que je salue au passage, on avait décidé de sortir un samedi après-midi malgré le temps moyen. On se trouve donc un champ et on part avec nos poêles sur l’épaule, déterminés à trouver et à sauver quelques objets !
Ça faisait un petit bout de temps qu’on n’avait pas sorti le détecteur alors on était assez excité. Comme tous bons détectoristes nous sommes allés trouver le propriétaire qui se trouvait dans les champs d’à côté.
L’autorisation obtenue il était temps d’allumer le détecteur. On a remarqué que la terre était très sableuse et j’adore ce genre de terrain, les trouvailles y sont en général mieux conservées. Au bout de 30 minutes de détection et de quadrillage intensif, on avait fait très peu de monnaies. Geoffrey avait sorti une 2 sols à la balance et quelques DT qui traînaient… Pour ma part je n’avais encore rien sorti, je me suis dit que je devais aller faire l’autre côté du champ qui était encore vierge de nos pas.
Arrivé au bout du champ je capte un son assez médium mais très net, la télécommande du Déus indiquait entre 67 et 75. Geoffrey était à quelques mètres derrière moi, il continuait de sortir des petites royales en mauvais état. J’ai donc dégainé ma pelle et me suis mis à creuser sans effort à l’endroit que le détecteur avait indiqué. J’ai sorti un tas de terre et j’ai repassé mon disque dessus : l’objet était bien déterré, je n’avais plus qu’à m’accroupir et à localiser le son avec mon pointer. Mêlée à la terre brune, je distingue une tranche de monnaie jaune brillant, ça y est, j’avais trouvé une monnaie en or !
Surexcité, j’appelle Geoffrey qui se précipite vers moi, on était super heureux, en frottant on voyait bien la tête laurée de Napoléon III, une 20 francs or. Je marque l’endroit avec des pierres et on décide de quadriller la zone. A peine 5 minutes après la première, le détecteur sonne à nouveau, indice 72-74, à 5 mètres de la première j’ai refait une autre 20 francs or. On était fou ! Et on a continué à quadriller hardiment la zone, c’était sûrement une boursée perdue en chemin.
Geoffrey a commencé à creuser sur un son, il a levé la tête et s’est exclamé « J’en ai une !! », c’était sa toute première monnaie en or, une 20 francs Napo III non laurée. Décidément ce champ nous avait fait un beau cadeau.

… La suite de l’article dans Monnaies & Détections n° 89

Journal d’un CDD 89

Les ruines de la ferme étaient sur le sommet de la colline. Il restait des pans de murs en briques, galets et terre crue, avec un bout de toiture écroulée sur un escalier de bois, et des poutres dressées au milieu des arbustes et des ronciers qui avaient commencé à tout envahir. Dans la pente qui descendait jusqu’au ruisseau, il y avait une grande mare avec les côtés bâtis en briques foraines, à une dizaine de mètres de la ferme. Tout autour, un fouillis d’aubépines et de prunelliers, avec un chêne immense dont les racines devaient profiter de l’eau. Malgré la végétation, on apercevait de la ferraille : la mare avait du servir de poubelle quand l’élevage avait été abandonné, comme dans beaucoup de fermes.
L’autre versant de la colline descendait jusqu’à l’autoroute, à trois cents mètres environ des ruines, et on entendait le grondement sourd des voitures. La ferme avait été abandonnée justement en raison de la construction de l’autoroute qui avait pris une bonne partie des terres.
L’agriculteur qui travaillait le reste de la propriété avait montré à Axel où garer son véhicule puis comment rejoindre les ruines en suivant la clôture de l’autoroute. Il lui avait dit aussi qu’il n’était pas le premier à venir prospecter l’endroit : deux prospecteurs du village voisin étaient venus à plusieurs reprises, mais n’avaient pas reparu depuis quatre ou cinq ans.
Axel accrocha son sac à dos à un piton de fer qui dépassait d’un bout de mur, sortit le Déus, les gants, le piochon, la télécommande et le casque, et commença à prospecter.
Le terrain avait été labouré et hersé au plus près des ruines, et toute une bordure d’une dizaine de mètres laissait apparaitre des bouts de briques, de tuiles, des restes de plâtre, de béton, de vaisselle, de casseroles ou de seaux écrasés, des tiges de fer, des outils de jardin cassés…
Axel s’éloigna vite de cette zone trop polluée. Il commença par la pente côté autoroute, sillon après sillon, en allant jusqu’au grillage de l’autoroute et en remontant en se décalant vers la droite. Sur le haut de la colline, il y avait bien sûr beaucoup de ferreux, même assez loin des ruines, mais Axel eut quand même la surprise de trouver rapidement une ampoule de pèlerin en plomb : oh certes éclatée et déformée par un outil, mais on voyait très bien un écu couvrant un côté avec trois belles fleurs de lys… Puis il trouva un mystérieux plomb de scellé, très ancien vu la couleur prise par le plomb : il distingua deux épis de blé, les lettres « oches » dans un médaillon central… l’autre face était trop usée et rayée pour en tirer quelque chose. Puis il tomba sur plusieurs douilles de pistolets, assez groupées : une dizaine de douilles de 11,43 marquées « 45 auto », et une bonne trentaine de douilles de 9 mm, certaines marquées « SF82 », d’autres avec les quatre codes en croix habituels des marquages allemands.
Des maquisards devaient avoir habité la ferme et avaient tiré quelques rafales de Sten ou de Schmeisser de prise et plusieurs cartouches avec un Colt 45 de parachutage pour s’entrainer… Toutes les armes n’avaient pas été rendues à la Libération : peut-être que celles qui avaient tiré ces cartouches étaient encore enterrées ici dans quelque cache… Axel trouva aussi un petit bouton de maillechort marqué : « équipement militaire ».
Puis ce fut une petite croix de chapelet, un anneau de cuivre, et une première pièce de monnaie, en mauvais argent, malheureusement fendue et trop usée pour l’identifier : on distinguait seulement une petite couronne, et une croix avec quelques lettres, dont un « do » (peut-être de la formule habituelle sit nomen Domini benedictus ?).
Toujours une multitude de ferreux, et divers objets de cuivre : deux boucles médiévales, un ardillon, un tout petit anneau, un pelte, des pendants de décor, et une bague dont le chaton portait en creux ce qui semblait être un visage tourné à droite : peut-être une bague-sceau ?
A quelques mètres de la clôture de l’autoroute, il trouva un double tournois, puis un autre presqu’à côté. Il savait que les double tournois* sont aux prospecteurs ce que les poissons-chats sont aux pêcheurs : c’est laid, c’est bon à rien, il y en a partout, on peut même pas les rejeter, personne n’en veut, ça fait perdre du temps… leur seul intérêt, c’est leur rôle de marqueur : s’il y a du poisson-chat, c’est que l’eau n’est pas (encore) trop polluée, et il peut y avoir d’autres poissons… Pour le double tournois, c’est pareil : c’est un marqueur, juste bon à signaler l’ancienneté de fréquentation du coin et laisser espérer la trouvaille de monnaies plus raisonnables.
Axel remonta un nouveau sillon jusqu’aux ruines sans rien trouver, redescendit (deux cartouches de chasse) et trouva de nouveau un double tournois au niveau des premiers, ainsi qu’un morceau de fer à cheval. Il remonta, redescendit, et toujours dans la même zone, il sortit un beau denier de Melgueil et une pièce ou un jeton de plomb… Il pensa alors qu’un chemin devait passer justement au bas de la pente pour desservir cette ferme et peut-être d’autres sur les collines voisines. Il continua à suivre les sillons en montant et redescendant, mais en passant en Déus Fast le long de la clôture sur le tracé possible du chemin. On devait le voir depuis les voitures qui passaient sur l’autoroute car il entendit plusieurs fois des coups de klaxon : il eut même le temps alors qu’il creusait, tourné vers la clôture, de voir le chauffeur d’un gros camion-benne qui lui faisait un signe de la main en klaxonnant et en faisant un appel de phares : sûrement un prospecteur…

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République dominicaine 2e raid

Un an plus tard, je suis de nouveau en vol pour la République dominicaine, l’ile la plus ancienne des Caraïbes conquise par les Espagnols. Je ne suis pas seul, Éric et Daniel m’accompagnent, deux prospecteurs passionnés, qui n’ont pas froid aux yeux et qui m’aideront à mieux cerner et chercher sur les sites que j’ai sélectionné avec l’aide de Philippe, un Français vivant sur place et qui va nous servir de guide.


L’année dernière, il m’était resté un goût d’inachevé à mon retour. L’impression que je ne faisais qu’effleurer et passer à côté des bons spots de prospections. C’est la raison pour laquelle je m’étais dit qu’il fallait être plusieurs pour multiplier les chances de trouver quelque chose (la terre est grande !) et de décider d’y prospecter plus longtemps ou de changer de camp…
Dimanche 1 mai, cela fait 36 heures que nous sommes arrivés à la capitale Santo Domingo. Il faut bien cela pour se remettre du décalage horaire et de la fatigue engendrée par le voyage.
Ce matin, direction Las salinas, un site sur lequel je n’ai pas eu le temps de m’attarder l’année dernière et où j’avais trouvé, en moins d’un quart d’heure, une monnaie espagnole de 4 maravédis frappée pour Santo Domingo de 1515 à 1556, soit quelques dizaines d’années après la découverte par Christophe Colomb ! A trois, nous serons à même de voir rapidement si le champ promet de belles trouvailles. Les sacs de détections chargés, on prend la route avec le 4×4 de Philippe qui va rouler environ deux heures pour nous amener à destination, côté mer Caraïbes et ouest de Santo Domingo.
A peine une heure trente que nous roulons et nous voyons Philippe s’inquiéter en disant : « j’ai un bruit » ; quelque chose ne va pas dans le moteur et cinq minutes après celui-ci se coupe définitivement. Je sens le plan galère, on est là pour 15 jours et la voiture nous lâche au premier jour ? Mes deux compagnons sont plus détendus et observent avec le recul nécessaire la situation, ils en rigolent avec humour. Philippe est un homme plein de ressources, son seul défaut : une voiture capricieuse et un sens de la mécanique à peine au-dessus de celui d’une jeune fille nubile passionnée de broderie… Nous sommes néanmoins en République dominicaine et tout est possible.
Alors que je vois ma journée de prospection fondre comme neige au soleil, un local s’approche de nous et après conciliabule va chercher un mécano, bien que l’on soit dimanche. Ici tout est prétexte à faire un peu d’argent. Le mécano revenu, le verdict tombe : fuite dans une durite de la boite de transmission. Mettre une durite ne pose pas de problème, mais trouver les bidons d’huile pour faire le niveau un dimanche parait surréaliste… Et bien non ! Le mécano va trouver le propriétaire du magasin de pièces détachées, lui fait ouvrir la boutique et achète l’huile correspondante…
On repart après une perte minime d’une heure trente. Le soleil est déjà bien haut dans le ciel quand on arrive sur zone, il fait une chaleur épouvantable. On s’équipe de nos appareils, d’un petit sac à dos avec de l’eau et c’est parti pour une prospection dans le champ du maravédis.
Ce champ doit faire une trentaine d’hectares et il est bordé d’une bananeraie sur sa gauche et d’un coteau pierreux sur le fond, assez raide, qui m’avait attiré l’an dernier mais le temps m’avait manqué pour m’en rapprocher. Je compte bien y aller aujourd’hui ! Et en effet je ne m’attarde pas autour de la ruine et avance en prospectant tranquillement vers le fond. Nous ne nous sommes pas concertés et chacun prospecte où il le décide, Daniel restera plus ou moins autour des murs encore debout et Éric me rejoindra après une heure de prospection vers la bananeraie.

Qui peut se targuer chez les prospecteurs français de prospecter dans des paysages aussi peu conventionnels en Europe ? D’ailleurs Éric promène sa poêle en disant constamment : « que c’est beau ! c’est super ici. » avec un sourire béat figé sur son visage ! On se dirige vers le fond et je trouverai une pièce de dix cents américaine moderne. C’est vrai qu’ici le dollar a la part belle. Le coteau qui m’avait attiré l’année derrière est quasiment improspectable. Il est inutile de s’y risquer, autant élargir la zone en faisant une incursion dans la bananeraie voisine. Éric et moi immortalisons la scène sur pellicule car c’est la première fois que nous prospectons dans une culture pareille. Il est déjà deux heures de l’après-midi, nous serons restés une heure trente à prospecter dans des conditions de chaleur épouvantable.
On préfère s’arrêter et profiter un peu de ce pays, la plage et un poisson grillé nous attendent à dix minutes d’ici et les trouvailles ne sont pas fameuses. Attablés, une bière fraiche devant nous, on fait le décompte de nos trouvailles. Daniel a sorti deux pièces de 4 maravédis et une de 2 maravédis, quelques monnaies modernes et les incontournables déchets habituels. Éric n’a pas fait grand-chose, tout ébloui de sa première prospection dans les Caraïbes et moi j’ai fait une autre monnaie de 4 maravédis et deux ou trois modernes correspondant au pays. Tous les maravédis sont sortis aux alentours immédiats de la bâtisse ancienne… la journée n’est pas finie mais le repas se termine vers les 16 h, la flemme nous gagne. La prospection a trois nous donne un capital de 4h30 de recherche, ce n’est plus la peine de s’attarder sur ce spot, ce qui en sort ne nous fait pas rêver.
Le retour sera encore une péripétie de plus : la voiture retombe en panne presque au même endroit qu’à l’aller… Philippe se fait donc amener par un local, qui vient proposer son service, chez le mécano du matin et il le trouve dans un bar en train de se détendre… La scène suivante nous est racontée par le guide car nous sommes restés dans la voiture sous des trombes d’eau :
« Quand il m’a vu arriver il a fait la gueule et j’ai tout de suite senti qu’il n’avait pas l’intention de bouger. Alors je lui ai raconté un bobard : que vous étiez trois flics français qui enquêtaient sur une affaire dont je ne pouvais parler. Qu’il était responsable de sa réparation et que cela pouvait aller loin dans les problèmes à venir. Il m’a finalement suivi… » Et la vue du mécano allongé sous la voiture dans des rigoles d’eau, car il pleut à torrent, est un moment mémorable ! Il s’agissait encore de la durite dont le collier était mal serré… On aura passé une heure trente de plus à attendre… Le soir le lit nous tendait les bras avec insistance !

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Journal d’un CDD (le Coin du Disque du Déus)

 

La place du village donnait sur un ruisseau, et en se garant sous les platanes Axel vit sur la droite, derrière une buvette en plaques de ciment, un petit pont de pierre qui le franchissait en tournant. Il descendit de voiture, marcha jusqu’au ruisseau encaissé entre le bord de la place et le pied de la colline sur lequel il voyait les ruines du château à travers les arbres. Le pont était pavé de gros galets luisants de rosée, et il y avait au bout un panneau de chemin de randonnée. Une chaîne de collines bien plus hautes que celle du vieux château dominait le village sur la droite, et Axel eut la surprise d’apercevoir trois chevreuils qui couraient et sautaient dans une friche entre les bois du sommet de la plus grande.

Il revint vers sa voiture car il avait pris rendez-vous par téléphone avec le propriétaire des ruines. Il avait eu ses coordonnées par la mairie. Pendant qu’il chaussait les bottes, il entendit claquer une portière de voiture, et en se retournant il vit venir vers lui un vieux monsieur qui lui demanda s’il était la personne qui avait téléphoné pour le château. Quand Axel le lui confirma, il se présenta en lui tendant la main, puis il se tourna vers son véhicule et fit un signe à son épouse restée au volant. Elle les rejoignit après avoir pris dans le coffre deux bâtons de marche. Axel vit qu’ils avaient tous les deux des chaussures de randonnée. Ils parlèrent du château tout en franchissant le petit pont et en s’engageant sur le chemin qui montait vers les ruines.

Axel apprit qu’il était du XIIIe siècle, que c’était plutôt une maison forte qu’un vrai château, qu’il n’y avait jamais eu de fouilles ni de tentative de restauration, mais que le fermier à qui il avait loué les terres avait utilisé la muraille encore debout pour y monter de bric et de broc une stabulation et un hangar ; toute la colline était clôturée jusqu’au ruisseau, qui en fait le tour, et les bêtes en pacageant tenaient l’endroit propre. Mais le fermier avait pris sa retraite depuis une trentaine d’années, tout était à l’abandon car les prés et les terres étaient toujours travaillées, mais il n’y avait plus de bêtes et la colline était maintenant un vrai roncier. Seuls les chasseurs et les gamins du village y montaient par les sentiers tracés par la sauvagine.

Tout en parlant, ils arrivèrent sur le plateau. Axel constata qu’une toiture de tôles métalliques rouillées, encore appuyée à la muraille, était à demi écroulée sur d’énormes sureaux, et entièrement recouverte de ronces et de lianes. Il y avait empilés au bord du chemin, de vieux pylônes EDF en béton qui avaient dû servir de poutres. Toutes les pentes étaient couvertes de ronces, d’orties, de houx fragons, de nerpruns et de sureaux à moitié desséchés, entrelacés de clématites. Quelques gros chênes et des acacias émergeaient du fouillis. Axel se dit que jamais il ne pourrait pénétrer là-dedans. Ils s’arrêtèrent tous les trois au niveau du tas de pylônes. Impossible d’aller plus loin, de s’approcher des bouts de ruine. « Vous voyez, dit le vieux monsieur, vous êtes le premier à m’avoir demandé de pouvoir prospecter l’endroit, et je ne crois pas que quelqu’un d’autre soit venu sans me le dire, il y a beaucoup trop de végétation… je ne sais pas ce que vous allez pouvoir faire… à vous de voir… on vous laisse là, nous allons en profiter pour aller voir quelques-uns de nos champs, puis nous repartons sur Toulouse… Bon courage et bonne chance… » Axel les regarda reprendre le chemin puis continuer vers la gauche, il vit à travers les arbres qu’il y avait au-delà du ruisseau, dans la plaine, des prés et des labours, ils devaient aller vers là.
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Prospection dans l’Indre

La voix au téléphone est sympathique, les photos de la propriété donnent une furieuse envie de prospecter et de chasser le trésor, mais il n’y a pas d’histoire de trésor, pas la moindre… La maison appartient à la même famille depuis 1830, la partie la plus ancienne date du XVe siècle. Allez je fais une exception ! En principe sans histoire de caches familiales, je ne me déplace pas, mais je dois monter sur Paris alors pourquoi ne pas faire d’une pierre deux coups ?

Et c’est ainsi que je me retrouve dans l’Indre, un village d’à peine 1000 habitants au dernier recensement. Accueilli par les parents d’Emmanuel (mon interlocuteur au téléphone) il fait ce jour-là un froid très vif et je vois tomber la première neige de l’année. Après les courtoisies d’usage, je visite les lieux avec le maître de céans, des caves aux greniers cela nous prend bien vingt minutes. J’admire l’escalier de pierre en colimaçon dont les premières marches sont recouvertes de bois du fait de l’usure très prononcées de celles-ci et d’autres vestiges comme la porte d’entrée d’origine. Je n’ai que deux jours de prospection devant moi, il ne faut pas que je traîne car le jardin bien entretenu est immense, j’y distingue même un petit labyrinthe de buis, des massifs agencés autour de statues, de belles trouvailles à faire en perspectives. J’attaque directement par les caves car il s’y passe tellement de choses à l’abri des regards. Le sol y est de terre battue, le plafond est en voûte de pierre et contre certaines parties des murs, on retrouve les sempiternels rayons d’aciers pour entreposer les bouteilles… Je ne trouverai qu’un liard de louis XVI rincé et deux robinets en bronze d’assez jolie facture.

Un passage voûté assez bas sépare les deux caves et il faut bien se baisser pour ne pas se cogner. Celles-ci sont débarrassées de la plupart des fatras que l’on y trouve habituellement et c’est un plaisir d’y balader son appareil. Il y a plusieurs niches en pierre de taille dans le mur que j’inspecte soigneusement avec le pro pointeur. L’une des caves a une grille qui donne sur « le fruitier » comme le nomme le propriétaire qui a une autre sortie, c’est une pièce plus aérée et un peu plus haute où ils stockaient les fruits et légumes dans les meilleures conditions. Les deux casiers à bouteilles m’empêchent de vérifier la zone située en dessous : le premier est vide, je le déplace sans problème et le propriétaire se propose de transvaser les bouteilles vides de l’autre casier sur le premier de manière à ce qu’on puisse vérifier sous le second. C’est en faisant cette manipulation qu’il découvre des bouteilles à moitié pleines d’eau sur le bas et en déduit que la cave a du être inondée il y a quelques mois…

Je termine par la pièce la plus encombrée et change de tactique concernant les casiers. J’utilise uniquement le pro pointeur AT pour vérifier la zone dessous, déplacer les bouteilles prendrait trop de temps et il pourrait y avoir une cache peu profonde dessous que le pro pointeur prendrait aisément.

Midi sonne, je suis invité à leur table et nous passons un moment agréable. Ils me racontent quelques anecdotes de leurs aïeuls qui ont acheté cette propriété en 1830 notamment que son grand-père roulait en De Dion Bouton, l’une des quatre voitures de cette marque dans le département… L’un des frères a d’ailleurs récupéré pour son propre compte les phares lanternes de la voiture qui étaient les derniers éléments encore disponibles récemment.

La suite de l’article dans Monnaies & Détections n° 87

Journal d’un CDD (le Coin du Disque du Déus)

Le mois d’octobre de cette année 2014 fut une succession de belles journées lumineuses sur toute la frange lauragaise qui longe la rive droite de l’Ariège. En ouvrant ses volets, Axel voyait le soleil se lever derrière les peupliers du bord du fleuve, après les champs de tournesol. La boule rouge montait en incendiant le ciel déjà bien bleu et en le striant de longues trainées roses. En milieu de matinée, le vent d’autan arrivait. Il détachait les premières feuilles jaunies, faisait tomber les noix que les voitures éclataient sur le chemin, plaquait sur les clôtures de longues bandes de fanes de maïs, et sifflait dans les casques des prospecteurs qui marchaient dans la chaleur des collines.

Il finissait surtout de dessécher la terre, car il ne tomba pas une goutte d’eau de fin septembre à début novembre. Les tracteurs qui semaient ou préparaient les terres avançaient en soulevant une épaisse trainée de poussière jaune. On voyait des champs entamés par un ou deux tours de labour, puis laissés en attente car la terre était trop dure pour un travail correct.

Axel avait prévu d’aller prospecter un champ en bord de Garonne, dont il connaissait bien le propriétaire. Celui-ci l’avait appelé un jour après avoir perdu les deux rasettes d’une charrue en labourant. Axel avait passé tout un après-midi à les chercher avec son Deus, sur les indications de l’agriculteur qui était sûr qu’il les avait perdues « là », et il avait fini par les retrouver bien loin de « là », sous d’énormes mottes dures comme du béton et hérissées de bouts de cannes de tournesol.

En arpentant le champ, il avait aperçu quelques gros galets de rivière, et de petits éclats de poterie jaune vernissée. Le propriétaire n’avait jamais entendu parler de quoi que ce soit d’anciennement bâti sur cette parcelle, et l’avait invité à venir prospecter « pour voir » avant même qu’Axel ne le lui demande. Mais quand il arriva en vue du champ, il ne descendit même pas de voiture : le labour n’avait pas été travaillé, il y avait toujours les grosses mottes qui lui avaient cassé les chevilles quand il cherchait les deux rasettes. Il continua quelques kilomètres pour un autre endroit appartenant au même agriculteur : il finissait justement de semer du colza, dans un nuage de poussière. Ils parlèrent un moment dans le vacarme du tracteur, puis Axel repartit vers un troisième champ qu’il avait déjà prospecté en août sur le chaume de blé, peinant sur les tiges dures et l’herbe haute pour quelques malheureux doubles tournois… Mais ce champ aussi n’avait pas été travaillé, les herbes avaient poussé plus haut que le chaume, même pas la peine d’allumer le Deus… Il décida de rentrer en faisant un petit détour pour un champ sur lequel il n’était pas revenu depuis deux ou trois ans. Un champ en bordure d’une petite départementale, à l’angle d’un chemin qui menait à une ferme, quelques dizaines de mètres plus haut. Il était très pollué par des ferreux modernes (Axel avait remarqué qu’autour des fermes, la terre a tendance à sécréter généreusement une multitude de ferreux.

Ceux-ci se groupent le plus près possible des bâtiments, et deviennent bizarrement plus rares quand on s’en éloigne…) mais il avait trouvé aussi quelques morceaux de boucles médiévales. Quand il fut en vue de la parcelle, il vit avec plaisir qu’elle avait été travaillée, il n’y avait pas une herbe.

Il sauta le petit fossé et s’arrêta sur le bord pour allumer sa machine. Mais dès qu’il posa le Deus pour ajuster le casque, il eut un doute : ce champ était trop propre, ce n’était pas possible, il venait sûrement d’être semé… et effectivement, au-delà de la « contournière » un peu brouillonne, il distingua les petites sillons du semoir. Et en se penchant, il vit quelques petits grains de blé de semence, bien rouges, qui n’avaient pas été enfouis… Décidément, se dit-il, c’est le quatrième champ qui ne me veut pas aujourd’hui, c’est plutôt mal parti ! Il reprit le chemin du retour, résigné à battre les mottes des champs en bas de chez lui, pour la centième fois, en espérant toujours le miracle…

Il roula un long moment sur la quatre voies, la quitta pour franchir la Garonne sur un vieux pont de briques, traversa un petit village posé en long entre le fleuve et les collines. Il eut soudain une idée : cela faisait des centaines de fois qu’il passait par là, il y avait la Garonne, ces collines qui arrivaient presque au bord, certaines très hautes et très pentues… Et s’il faisait la ligne de crête, juste au-dessus du village ? …

La suite dans Monnaies & Détections n° 81