Le magot du gangster des années folles, enterré dans les montagnes des Catskills.
Dans le nord de l’État de New York, aux États- Unis, à deux heures et demie de Manhattan, s’étendent les Catskill Mountains : une région de forêts profondes et de rivières, traversée par de vieilles voies de chemin de fer, comme le disaient déjà les Indiens. Le secteur est d’ailleurs parsemé de noms d’origine amérindienne : Phoenicia, Shandaken, Esopus Creek… C’est ici que se cacherait l’un des plus célèbres trésors américains : le coffre perdu de Dutch Schultz, parrain new-yorkais de la Prohibition, surnommé le Baron de la bière du Bronx. Selon la légende, en 1935, juste avant d’être abattu, il aurait enterré une fortune estimée à 7 millions de dollars de l’époque, soit près de 150 millions aujourd’hui. Un butin fait de diamants, d’or, de billets de 1 000 $ et d’obligations, soigneusement scellé dans un coffre en acier étanche (1). À sa mort, Schultz, dans un dernier souffle, aurait dit : « Lulu, ramène-moi à Phoenicia… Nous devrions aller sortir ces obligations de la liberté et les encaisser. » Une phrase devenue mythique, enregistrée par un sténographe alors qu’il agonisait à l’hôpital de Newark (État du New Jersey). Pour beaucoup, c’est le dernier indice laissé par le gangster à propos de son fabuleux trésor ! Né Arthur Simon Flegenheimer le 6 août 1902 dans le Bronx, fils d’immigrants juifs allemands, il voit son père abandonner la famille alors qu’il n’a que quatorze ans. Arthur quitte l’école et traîne dans les rues, fréquentant bars et tripots. À 17 ans, il est arrêté pour cambriolage et condamné à dix-sept mois de prison sur Blackwell’s Island. Il en ressort endurci : sa route est tracée. C’est à cette époque qu’il prend le surnom de Dutch Schultz, en hommage à un ancien voyou allemand récemment décédé — un nom qu’il conservera pour asseoir sa réputation de brutalité. Ses ennemis disaient de lui qu’il tuait comme il respirait… (2)

Il travaille d’abord pour Arnold Rothstein, cerveau du milieu new-yorkais, puis pour Legs Diamond, avant de faire affaire avec les futurs pontes de la mafia new-yorkaise : Lucky Luciano, Meyer Lansky et Bugsy Siegel. Quand la Prohibition entre en vigueur (1920), Schultz se lance dans le trafic d’alcool. Il contrôle les brasseries clandestines du Bronx et de Manhattan, écoulant sa bière infecte sous la menace. Un rival, Joe Rock, refusa d’acheter sa marchandise : il fut pendu par les pouces et aveuglé au vitriol — un épisode qui scella la réputation de terreur du Baron de la bière. Vers 1930, Schultz étend son empire à Harlem, investissant dans les jeux clandestins. Grâce à son comptable Otto « Abbadabba » Berman, il empoche des millions. Mais ses excès, sa paranoïa et ses querelles avec d’autres gangs — notamment avec le tueur « Mad Dog » Coll et le chef noir Bumpy Johnson — lui attirent la haine de tous. À la fin de la Prohibition, son influence s’étend sur tout New York : bière, jeux, paris, extorsions, syndicats… Il a beau arroser flics et juges ripoux, il est désormais dans le collimateur de la justice.
Paranoïa et coffre au trésor !
À partir de 1933, Schultz devient la cible du procureur Thomas E. Dewey, celui-là même qui fera tomber Lucky Luciano. Il est dans un premier temps inculpé pour fraude fiscale — la même charge qui envoya Al Capone en prison. Deux procès auront lieu : l’un suspendu, l’autre déplacé à Malone, petite ville du nord de l’État. Schultz s’y présente comme un citoyen modèle, distribue repas et dons, et finit par être acquitté ! (Sûrement avec l’aide de quelques liasses de billets glissées sous la table.) Mais Dewey ne lâche rien, et Schultz comprend qu’il n’a plus beaucoup de temps.
Craignant son arrestation, il prépare alors une cache de secours. Selon plusieurs témoignages, il rassemble plusieurs millions en liquide, en obligations, en diamants et en or. Il enferme le tout dans une boîte en acier de 60 × 90 cm, qu’il aurait fait souder pour garantir l’étanchéité, puis prend la route vers les Catskills. Avec son âme damnée, son fidèle garde du corps Bernard « Lulu » Rosenkrantz, ils enterrent le coffre quelque part près de l’Esopus Creek, dans les environs de Phoenicia. La légende ajoute : sous un pin marqué d’un X… (3)

la suite dans le N° 146 de Monnaies&Détections
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Mai.25,2026
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