L ’or a explosé les compteurs en 2025. Au début des années 2000 et jusqu’à la fin de l’année 2005, le prix moyen du Napoléon était compris entre 55 et 60 €. Au premier trimestre de 2006, il atteint pour la première fois les 100 € le 10 mai 2006. Il stagne ensuite entre 85 et 90 € pendant une année, puis repasse le cap des 100 € le 9 novembre 2007. À partir de là, c’est une montée régulière jusqu’au 19 août 2011, où un pic est atteint à 285 €. Les marchés s’affolent, puis la conjoncture internationale se calme, et le cours redescend plus lentement qu’il n’est monté, atteignant un point bas le 30 décembre 2013 à 174 €. Le 29 août 2018, il est à 192 €. Durant ces cinq années, il n’a fait que monter et descendre dans de faibles proportions. Ce jour-là, il entame une hausse continue jusqu’en juin 2025, atteignant 550 €. Oui, vous avez bien lu : en 25 ans, le Napoléon a été multiplié par 11. Aujourd’hui, le moindre gramme d’or pur atteint 94 €. Alors, quand j’ai trouvé dans ma boîte aux lettres un prospectus me proposant de racheter mon or, mon argent et tout un tas de choses, la curiosité m’a pris, et je me suis dit que je pouvais vous faire profiter de l’occasion.


Tout d’abord, le prospectus (dont j’ai caché le nom de la société) a été déposé dans les communes avoisinantes. Ensuite, la société loue un emplacement dans un village alentour et y envoie un employé chargé de recevoir les gens toute la journée, avec repas, hôtel et autres frais pris en charge. Je ne parle même pas de l’organisation en amont : repérage des bons emplacements par un secrétariat, réservations de salle, etc. Bref, le jour venu, je me rends dans le village, une bastide historique avec une place carrée bordée de restaurants n’accueillant des touristes qu’en été. Le lieu choisi est une gargote sous les arcades. De loin, je vois une file impressionnante. Je n’en reviens pas du succès du prospectus. En m’approchant, je me rends compte qu’il s’agit en réalité d’un groupe de personnes âgées écoutant un guide touristique. Heureusement, sinon la semaine suivante je changeais de métier…Je repère le restaurant, entre sur la place, et là, changement d’ambiance : un homme seul attend à une table encombrée de prospectus, de pierres de touche et de divers produits. Je suis censé ignorer la valeur de ce que j’apporte. J’ai choisi un échantillon varié : deux pièces d’or (50 F 1867 et 20 F Coq 1907), deux pièces d’argent (50 F Hercule et 5 F Semeuse), deux pièces de cuivre (5 centimes Napoléon et 2 kreuzers), et pour la collection, un “Barber Quarter” US (coté 40 €), une pièce allemande de Hambourg (2 Mark 1877, cotée à 30 € environ) et une monnaie féodale de Morlaàs, un denier de Centulle. J’ai aussi ajouté deux bagues en or et deux en argent. L’homme commence par les pièces d’argent françaises, les met de côté, puis passe aux étrangères. D’emblée, il les photographie pour chercher leur valeur sur Google… Manque de chance : en pleine campagne, le réseau est faible et le chargement très lent. Il abandonne après la Centulle. Il me rend toutes les pièces d’argent, en commençant par celle de Morlaàs, affirmant qu’elle est trop usée pour être vendable (c’est pourtant une TTB-SUP, mais clairement ce n’est pas un numismate, c’est un acheteur de métal). Il est honnête en me rendant la 50 F, il me dit sa valeur (30 €), idem pour la Semeuse (8 €), et il me rend les autres : l’allemande annoncée à 15 €, le quarter à 5 €. Les monnaies en argent et cuivre ne l’intéressent pas. C’est aussi une façon de rassurer le client en donnant un gage de transparence avant l’achat du métal or. Il passe aux bagues en argent : test à la pierre de touche, puis pesée. La balance affiche 19,9 g. Idem pour les bagues en or : 18 carats, 5,19 g. Cela confirme mes propres tests, car je suis équipé pour les bijoux. Enfin, le meilleur pour la fin : il pèse les deux pièces d’or pour en vérifier le poids. Tout est correct. J’attends sa proposition. Il fait ses calculs sur son calepin. Je regarde les mouches voler tout en gardant un œil sur mon stock. Il m’annonce le prix pour les deux bagues en argent, en y mettant les formes : 1 €. Oui, 1 € pour 19 g d’argent. Je m’attendais à mieux. (1. cours du kilo d’argent au 4 juin 2025 : 1 100 €.) Pour les deux pièces d’or et les 5 g de bagues, il m’annonce 1 200 €, net d’impôt, net de taxe (11,5 % à sa charge), frais de vente inclus. Je décline poliment la proposition et rentre chez moi. Passons au calcul ! Valeur du Napoléon ce jour : 555 €. Valeur de la 50 F or : 1 387 € (poids de l’or en collection ; mais en collection, elle se vend entre 1650 et 1 850 €). Valeur des bagues : 360 € (avec décote 18 K). Total : 2 277 €. Retrait des 11,5 % de taxe : – 261 € = 2 016 €. En enlevant une marge commerciale raisonnable de 30 % (soit environ 600 €), on obtient une offre attendue de 1 416 €. Le différentiel avec la proposition faite est donc de 216 €, soit une marge de plus de 40 %. C’est ce qu’il faut pour payer l’État vorace et survivre, mais cela reste au détriment du vendeur. Quelles alternatives si vous souhaitez transformer un peu d’or pour changer la tondeuse à gazon ? En premier lieu : les numismates professionnels, qui prennent une commission de 10 à 15 % sur vente. Inconvénient : ventes à long terme, donc l’herbe continuera de pousser. En second lieu : les sites spécialisés comme Catawiki. Sécurisés en principe, mais les escrocs ont souvent un coup d’avance. Marge du site : 8 %. Il reste des sites comme Le Bon Coin ou eBay, sans frais, mais avec un risque : toujours se renseigner sur l’acheteur. Beaucoup d’avis favorables ? C’est bon. Créé la veille ? Refusez. Enfin, certains spécialistes européens achètent l’or français dans leur pays, sans nécessiter de déplacement. Envois possibles. Les prospecteurs de plage connaissent bien cette option et profitent d’une fiscalité plus avantageuse qu’en France pour convertir leurs bijoux. Nos voisins belges, allemands ou anglais ont flairé la bonne affaire et ont mis au point des processus rassurants pour acheter votre or à distance. Et là, la différence entre la somme proposée par le professionnel rencontré et celle de ces autres options n’est plus anodine. Si j’avais accepté sa proposition, adieu la tondeuse… bonjour la débroussailleuse !
Prosper Ecroit

Dans :
Nov.23,2025
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