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Danemark, le refuge ultime

Par le passé, on est allé en Angleterre, prospecter dans le cadre de grands rallyes organisés, pour vous faire part de nos impressions et des plaisirs partagés outre-Manche. Depuis un certain temps l’idée trottait à la rédaction d’aller tester un pays libre ou le mot prospecteur n’est pas un synonyme de pilleur. L’occasion nous en a été donnée par le sieur Thomas, un Franco-Danois vivant dans les Pyrénées-Atlantiques. Celui-ci a fait passer à la revue une petite annonce à mettre sur notre page facebook pour une prospection de quinze jours au Danemark avec aller et retour en voiture et frais partagés. L’annonce mise sur la page n’a pas déclenché une avalanche de demandes, il faut dire qu’elle ne donnait pas vraiment le temps de se retourner : à peine trois semaines avant la date de départ. Mais votre serviteur, après avoir promis la publication de l’annonce, savait déjà qu’il en serait et il en fut ! Je vous passe les détails pour monter là-haut, la traversée de la Belgique, puis de la Hollande et d’une partie de l’Allemagne pour enfin attaquer le Danemark, rentrer sur le pays continental et redescendre sur l’île de Langeland. Notre futur terrain de prospection (carte). L’équipe de prospection est au nombre de trois, Thomas, sexagénaire en pleine forme, prospecteur expérimenté qui tourne au Deus II, Kélian, nouvelle génération, 25 ans débutant et casanier, c’est la première fois qu’il quitte les Pyrénées-Atlantiques, prospecte au Quest 40 et moi, de la génération de Thomas, pas besoin de faire l’article pour l’expérience, j’ai choisi de prendre mon Deus I plutôt que le II. Ma compagne nous suit et la suite me prouva que c’était un excellent choix… Les journées de détection se sont mises en place naturellement, selon les envies de chacun : en général, le matin de 9 h / 9 h 30 jusqu’à 12 h /12 h 30 ; l’après-midi, de 14 h à 18 h 30 ou 19 h. Pour ma part, après un déjeuner revigorant, je ne repars pas détecter directement : je prends une heure à une heure et demie de repos. La prospection est un plaisir ; cela ne doit pas devenir un sacerdoce. Du coup, Thomas et Kellian repartaient et revenaient me chercher quand je les appelais. On était donc entre 7 et 8 heures de détection par jour, et quasiment 9 h pour les plus vaillants. Le premier soir, on a mangé des patates bouillies et des saucisses à la poêle sous l’impulsion de notre hôte. Dès le lendemain et jusqu’à la fin du séjour, ma compagne s’est occupé de nous mitonner un bon petit plat et on a donc échappé au triangle patates, pâtes et pizzas qui se serait mis en place pour cause de facilité, par des hommes uniquement passionnés de prospections. La zone de prospection est une île que l’on rejoint par un pont au sud-sud-ouest de Copenhague. L’île est toute en longueur ; elle mesure trente kilomètres de long sur trois à quatre kilomètres de large. C’est essentiellement une île agricole, jalonnée de plusieurs petits villages dont les maisons sont espacées entre elles, comme s’il n’y avait pas de coeur de village. Les champs agricoles représentent la majeure partie du sol de l’île, et il n’est pas rare que les parcelles dépassent les vingt hectares, voire beaucoup plus. La terre est un vrai bonheur. Loin de nos terres agricoles du sud de la France qui peuvent être du vrai béton en fin d’été : l’île est sableuse et la terre très légère, n’adhère pas aux outils ; à la moindre pression du pied, la pelle-bêche s’enfonce jusqu’à la garde comme dans du beurre. Thomas, qui possède une maison familiale sur l’île, ne reçoit jamais de réponse négative de la part des propriétaires lorsqu’il demande une autorisation de prospection. C’est plutôt du genre : « Tu ne serais pas le fils d’Untel ? » Les Danois sont très ouverts et accueillants, mais cela ouvre encore plus grand les portes ! Nous n’avons essuyé qu’un seul refus, et encore, il était indirect. Le voisin agriculteur de Thomas, qui possède une très grosse exploitation, lui a proposé de demander à un propriétaire – qui lui loue des terres – l’autorisation de prospecter pour nous.Il s’agissait de la plus ancienne propriété noble de l’île ; je crois avoir compris qu’il existe des liens de parenté avec la couronne du Danemark. Le propriétaire a répondu qu’il avait un droit de regard sur ce qui se trouve sur ses terres, car elles sont dans la famille depuis des lustres, et que l’État n’avait pas à s’en mêler. On sent comme une vieille rancune entre les vestiges de la royauté et les gouvernements successifs. Tant pis, ç’eût été la cerise sur le gâteau. Mais Thomas compte bien le décider, car ce n’était pas un « nej » définitif (en danois dans le texte). En tant que prospecteur français, j’ai tout de suite remarqué deux ou trois différences dans les trouvailles par rapport à chez nous. Il y a, bien sûr, le sempiternel alu déchiré par les labours successifs, les bouts de tôle de bronze informes, les morceaux habituels de pièces mécaniques cassées. Mais, parmi les différences notables, on observe la présence de boutons en tombac en énormes quantités, tous décorés et de formes quasi similaires, ainsi que de capsules de bière en aluminium en plein champ, témoignant d’une forte consommation pendant le travail. Quand on trouve des capsules régulièrement à plus de deux cents mètres du bord d’une route, cela provient soit du lisier épandu, soit de la pause-boisson des journaliers. J’ai fait une recherche : ces capsules en aluminium ont été utilisées durant les années 1950 à 1970. Elles sont redoutables : un son pétant, aigu comme l’argent, avec un affichage de 80 à 84 sur le Deus ; tu es obligé de creuser. Autre particularité du terrain : on rencontre souvent d’anciens brasiers, dont il ne reste que des traces de métal fondu. Certains ont donné de véritables nodules d’aluminium compact, vestiges de feux de déchets ou de brûlages de rebuts agricoles aussi redoutables que les capsules en aluminium. À cela s’ajoute la quasi-absence de douilles ou de cartouches, chose étonnante pour qui a l’habitude de détecter en France, où elles pullulent. Enfin, détail pittoresque, il n’est pas rare de retrouver des pieds de marmites en fonte ou en bronze, indices que les femmes devaient cuisiner directement sur place, dans les champs, entre deux journées de travail. Avant de parler trouvailles, on va entrer dans le côté pratique du système danois. Il s’agit de télécharger une application qui s’appelle DIME (https://www.metaldetektorfund.dk). C’est l’application dédiée aux prospecteurs. Chaque personne qui détecte et trouve un objet intéressant doit le photographier à l’endroit où il a été découvert. Voici ce que donnent en général les premières photos publiées sur le site (voir photos ci-dessus) : l’objet vient d’être exhumé du sol, et l’on voit souvent le gant du prospecteur, son genou, ou la pelle, avec une échelle en centimètres. L’objet entre immédiatement dans la base avec son numéro de trouvaille et ses coordonnées géographiques. Ces dernières sont enregistrées dans un système interne qui ne permet pas aux autres prospecteurs de connaître l’emplacement exact. J’imagine que si ce n’était pas le cas, tu publies une belle monnaie en or et, le temps que tu te remettes à détecter, tu aurais déjà des collègues qui débarquent… Le numéro de la trouvaille est intéressant, car il te permet de savoir, en déclarant la suivante, combien de trouvailles ont été enregistrées au Danemark entre les deux tiennes. Pour ma part, j’ai fait 17 déclarations : ma première, le 19 septembre, portait le numéro 353 675, et ma dernière, le 28 septembre, le numéro 356 654 — soit 2 979 déclarations en dix jours pour l’ensemble du Danemark, soit une moyenne de 300 déclarations par jour, avec un pic notable le week-end, largement supérieur à la moyenne des 300 calculées.

Une fois les photos envoyées, il suffit de renseigner les détails (type, métal, époque, état, etc.) avant validation par l’archéologue. Une seule de mes déclarations en ligne a été validée, mais il faut préciser que tout est en danois et que Thomas l’a faite pour moi. Pour les autres, je me suis contenté d’insérer les photos : c’est l’archéologue local qui complétera les informations sur le site après étude des trouvailles que nous lui avons remises. Il faut bien se rendre compte que faire la déclaration peut vite devenir fastidieux : cela prend quand même un peu de temps. Je suppose que les Danois font les photos sur le terrain, puis, en fin de journée, devant une bière, rentrent les informations manquantes. En théorie, les archéologues veulent une déclaration pour tout ce qui sort du sol, à l’exception de l’aluminium. Mais en pratique, la plupart des prospecteurs ne déclarent pas les objets informes en plomb, en tôle de bronze ou les nodules de fonte. Sinon, tu passerais la journée sur ton téléphone ! Apparemment, il en est de même pour les monnaies du XIXe et du XXe siècle : elles devraient être déclarées, mais ne le sont quasiment jamais. J’ai fait une exception pour cinq monnaies en bas billon datant de la guerre civile du XVIe siècle, suivant les conseils de Thomas. Il paraît que l’État danois les rachète 20 à 30 couronnes pièce pour une étude exhaustive (budget annuel du Danemark pour le rachat aux prospecteurs : 2 millions d’euros). Suivant les dires de Thomas qui le tient des propos de l’archéologue responsable de l’île, tu ne dois pas nettoyer de sa gangue de terre un objet que tu déclares, pour deux raisons : ne pas l’abîmer et parce qu’il pourrait y avoir du pollen collé et prisonnier de l’objet depuis sa perte. Je vous avoue que c’est frustrant de ne pas voir les détails de ce que tu viens de trouver, et je n’ai pas respecté cette règle, car ma priorité était de faire un article et de vous montrer les photos de mes trouvailles déclarées. Le système de rétribution des trouvailles prend en compte le respect des consignes officielles. Le montant initial de l’objet peut être réduit si les consignes ne sont pas respectées à la lettre : pas de nettoyage, déclaration dans les règles, rapport complet de ta journée de détection sur papier libre, et, si tu as utilisé un GPS qui enregistre tes allers-retours sur le terrain, ils demandent à le joindre au rapport. Et s’ils décident de déclarer « Danefae » certaines de mes trouvailles, la récompense risque d’être revue à la baisse. Bien évidemment cela m’importe peu, je serais plus heureux de voir une de mes trouvailles au musée local ou national qu’enrichir ma personne de quelques couronnes danoises et mon but était de vous raconter cette expérience. Alors venons-en aux trouvailles :Voici un aperçu des boutons que l’on retrouve en très grande quantité : la plupart sont composés de deux parties. La première, fonctionnelle, comprend l’attache et un disque plein, souvent bombé ; la seconde, décorative, se présente sous la forme d’une plaque ronde en tombac, généralement gravée d’un motif floral à quatre pétales décliné à l’infini. Le disque en tombac était collé sur la partie principale, ce qui explique la variété des trouvailles : certains boutons sont complets, d’autres ne conservent que l’attache avec des traces de colle, ou encore le disque décoratif seul, détaché de son support. C’est sans doute cette diversité de combinaisons qui donne l’impression d’une abondance exceptionnelle de boutons par rapport à ce que l’on rencontre habituellement en France. Suivant un commun accord, nous n’avons pas déclaré ces boutons, nous en avons fait au moins deux cents à deux cent cinquante à nous trois. Cependant, si vous consultez la base DIME, vous en trouverez de nombreux exemplaires enregistrés par des prospecteurs danois.

Les plombs de sac et balles de mousquets Rien ne diffère des plombs de sacs que l’on trouve en France, il en est de même des balles de mousquets, qui sortent régulièrement et de tous les diamètres.

Les monnaies La plupart des monnaies datent du XIXe et du début du XXe siècle. On est ici en terrain connu : on se croirait presque en France, si ce n’est que chaque monnaie sortie est une inconnue. On retrouve les mêmes caractéristiques : pièces trouées en aluminium pour l’entredeux- guerres, et bronze pour le XIXe siècle, mais avec des armoiries royales. Anecdote remarquable : depuis le XVe siècle, les rois danois alternent presque toujours entre les prénoms Christian et Frederik, une tradition instaurée par la dynastie d’Oldenbourg. Il y a eu dix Christian et neuf Frederik. Parmi mes trouvailles : un probable Christian III du milieu du XVIe siècle (en haut à gauche), au moins un Christian VII, et plusieurs Christian IX et X parmi les monnaies lisibles, ainsi qu’un seul Frederik, le septième. Je n’ai pas effectué de nettoyage en profondeur sur les autres monnaies ; il se peut qu’il y ait au moins un ou deux autres monarques, mais l’état des pièces est semblable à celui des champs français : bien attaqué.

Parmi les monnaies en argent, au nombre de onze, j’ai eu la surprise de découvrir un gros module, un demi Rigsdaler, que j’ai malheureusement touché avec mon piochon. Dans ce champ, les capsules en aluminium pullulaient et sonnaient aussi bien que l’argent… Au bout du trentième trou de capsule, on devient forcément un peu moins prudent ! et c’est tombé sur la plus belle monnaie ! J’ai également trouvé plusieurs petites 10 øre.

Autres trouvailles habituelles

Un joli dé à coudre en argent monogrammé (trouvaille de Kelian), et quatre autres dés en bronze. Pas de bague, si ce n’est une en or 14 carats de deux grammes, sortie – comme d’habitude – au moment où l’on s’y attend le moins : une alliance pour homme portant l’inscription Merethée 30-06-1970. Une recherche dans le village et sur Internet n’a rien donné sur ce prénom. Pour le reste, les menus objets classiques sont bien là : jetons, médailles sportives, montres (trois exemplaires trouvés), clés de montres, grelots, appliques… À noter que Kélian et moi avons trouvé, à deux jours d’intervalle, les deux morceaux d’un même objet ; nous n’avons pas réussi à trancher sur son identification. (diamètre de 9 cm et diamètre du fil : 5 mm) Aucune des trouvailles que nous venons d’énumérer ne méritait une déclaration.

Mon premier enregistrement sur l’application nationale concernait une fibule viking aviforme (n° 353 675), validée par un archéologue. Les informations accessibles à tous incluent l’identification, la datation (Âge du Fer allemand, 375-749), le style (non spécifié), le matériau (bronze), l’état, le poids, les dimensions, ainsi qu’une photo satellite indiquant l’emplacement exact de la trouvaille L’échelle de la carte peut être agrandie ou réduite pour visualiser les autres découvertes effectuées sur le même terrain par le prospecteur. Chaque trouvaille apparaît sous la forme d’un point coloré correspondant à un code distinct. En réduisant encore l’échelle, on obtient une vue d’ensemble de l’ensemble de ses découvertes sur toute l’île.

Dans l’ordre de déclaration, la pièce suivante est un grand crucifix (n° 354 001). Puis viennent les n° 354 003, 354 009, 354 185, 354 375, 355 233, 355 250 et 355 278. Les six dernières sont des monnaies de la guerre civile évoquées plus haut – sans grand intérêt photographique – je n’en présente donc qu’une : la n° 356 293, sans doute la plus jolie du lot, c’est dire le reste !

J’ai achevé mes déclarations au Danemark par une seconde fusaïole tronconique viking (n° 356 654), laissée non nettoyée conformément au règlement bouclant ainsi ce périple danois avec ma première trouvaille digne d’intérêt la n°354 375, première fusaïole viking trouvée mais déclarée deux jours après en revenant sur le terrain. J’en ai, en réalité, trouvé une troisième, que j’ai complètement oublié de déclarer. Il suffit d’un moment d’inattention, et l’on s’en rend compte plus tard, en nettoyant ses objets à la maison. Impossible alors de la poster : l’archéologue verrait aussitôt qu’elle a été découverte… dans la cuisine !

Rencontre avec l’archéologue Au fur et à mesure des prospections journalières, et des conversations à l’apéro chaque soir avec Thomas, j’ai eu l’impression que l’intérêt porté par les Danois à certaines trouvailles était largement supérieur à celui que moi-même je leur accordais, et j’ai ressenti l’effet inverse pour d’autres types d’objets. Thomas était ravi à chaque fusaïole viking sortie ; j’avoue que, pour ma part, ce petit bout de plomb percé et tronconique me laissait plutôt froid. Mon impression s’est confirmée lorsque nous avons rencontré l’archéologue pour déposer nos déclarations. J’étais content d’avoir trouvé mon applique représentant le visage du Christ, que j’avais datée du XIIe au XIVe siècle. Thomas, lui, y voyait une tête de Viking ! L’archéologue, jusque-là silencieux, n’a pas bronché lorsqu’il a pris les monnaies, les fusaïoles, les deux fibules, la boucle et le crucifix. Mais pour ce morceau d’applique (354 009), il a immédiatement déclaré que je ne le reverrais pas. Sous-entendu, traduit par Thomas : « c’est un bel objet qui sera déclaré Danefæ » J’avais préparé ma question : — « Pensez-vous qu’il s’agisse d’une représentation du Christ ? » Il a émis la possibilité que ce soit bien cela. Quand j’ai trouvé la matrice de sceau (355 233), je me suis demandé si la fréquence de ce type d’objet au Danemark était comparable à celle observée en France. Mon analyse penchait pour une rareté plus grande. Il faut dire qu’à cette époque, le royaume danois ne rayonnait pas comme la France, ce qui impliquait un certain retard dans l’usage des matrices de sceaux. Mon impression s’est révélée juste : l’archéologue a montré un intérêt évident pour cet objet, et je doute fort qu’il me le rende. Il devrait, à mon avis, être classé Danefæ, c’est-à-dire trésor national. En revanche, lorsque j’ai découvert la statuette en bronze représentant un ours polaire (7 centimètres n° 355 250), ma première réaction fut d’y voir une statuette gallo-romaine – hypothèse qui aurait eu du sens en France, mais pas là-bas ! Les Romains ne sont jamais montés jusque-là, et les ours polaires ne chassaient pas dans l’Empire… Je suis donc redescendu de mon nuage, et je me demande encore sous quelle étoile cet ours a vu le jour. Cette trouvaille a d’ailleurs clôturé ma plus belle journée : plusieurs monnaies, la matrice, la bague en or et la statuette en bronze. Il y a des jours comme ça… J’ai présenté l’ours en dernier à l’archéologue. Il est resté sans voix, visiblement perplexe. J’ai fait traduire ma question par Thomas : — « Selon vous, de quand cela date-t-il ? » Il a botté en touche, précisant que les Vikings ne réalisaient pas de représentations en trois dimensions, et que l’objet devait donc être postérieur à l’ère Viking. Peu importe : ils disposent de tout le matériel nécessaire pour dater cet objet et décider de le déclarer Danefæ ou de me le restituer. Une fois l’étude des dix-sept objets achevée et leur sort tranché, je recevrai de leur part, pour chacun, des photos de qualité des objets restaurés, ainsi qu’une étude archéologique détaillée. Ce sera donc l’objet d’un autre article – mais cela peut prendre plus d’un an. Rassurezvous, vous saurez tout ! Thomas a déclaré plus de trouvailles que moi mais beaucoup plus communes il a en revanche, sorti une très belle fibule viking représentant un dragon ou un griffon à droite.

Réflexion finale

Il a fallu cette remarque de l’archéologue sur la représentation en deux dimensions à l’époque viking pour que je comprenne que le Danemark n’a, en réalité, que deux grandes périodes historiques bien représentées sur son territoire : L’ère néolithique, avec la taille du silex, omniprésente. Il y en a littéralement partout dans les champs ; on marche dessus à chaque pas. Certains éclats sont coupants comme des rasoirs, et mieux vaut ne pas se promener pieds nus sous peine d’y laisser un orteil. Le voisin de Thomas, agriculteur, nous a montré les sept haches en pierre taillée qu’il a trouvées à l’oeil nu dans ses champs. Pendant nos dix jours sur place, une promeneuse du village voisin en a même trouvé une autre, et sur DIME, les prospecteurs déclarent les éclats de silex taillés qu’ils repèrent simplement en marchant. La seconde c’est l’ère viking, bien sûr. L’archéologue a immédiatement confronté la statuette à cette période, et à aucune autre. On peut dire que ce fut une expérience très enrichissante. S’il ne me fallait retenir qu’un seul souvenir, ce serait celui de cette impression de liberté, de totale zénitude, à prospecter partout sans se poser de questions, avec le sourire aimable des passants ou du paysan qui te salue depuis son tracteur. Les archéologues français devraient en prendre de la graine. Faire de la prospection en France est devenu synonyme de stress pour les prospecteurs – et de pertes historiques considérables pour notre patrimoine. Ils en sont les seuls responsables. Ah non, c’est vrai… il n’y a plus de responsabilité dans la fonction publique : on reste à son poste, même au détriment des bijoux de la couronne !

Gilles cavaillé