{"id":9125,"date":"2017-05-10T09:00:53","date_gmt":"2017-05-10T07:00:53","guid":{"rendered":"https:\/\/www.monnaiesdetections.com\/?p=9125"},"modified":"2017-05-03T15:11:55","modified_gmt":"2017-05-03T13:11:55","slug":"drachme-denier-ou-schekel","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.monnaiesdetections.com\/?p=9125","title":{"rendered":"Drachme, denier ou schekel\u00a0?"},"content":{"rendered":"<p><span style=\"color: #808000;\"><strong>Les monnaies gauloises \u00ab \u00e0 la croix \u00bb languedociennes<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">La datation des monnaies gauloises \u00e0 la croix s\u2019est jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent fond\u00e9e sur des \u00e9l\u00e9ments principalement d\u2019ordre m\u00e9trologique. Il fallait donc rapprocher le poids moyen de chaque s\u00e9rie de monnaies \u00e0 la croix d\u2019un quelconque \u00e9talon. Ainsi, selon l\u2019\u00e9talon adopt\u00e9, on pouvait \u00eatre partisan de la datation haute (Soutou, 1965) ou basse (Colbert de Beaulieu,\u00a01973). En r\u00e9alit\u00e9, si l\u2019on a suscit\u00e9 autant de discussions aboutissant \u00e0 des d\u00e9saccords, c\u2019est parce les arguments m\u00e9trologiques ne sont pas convaincants. Apr\u00e8s des d\u00e9cennies de discussions, nous le savons maintenant, le monnayage \u00e0 la croix du sud de la Gaule existe d\u00e9j\u00e0 au IIIe\u00a0s. avant notre \u00e8re comme l\u2019attestent les monnaies d\u00e9couvertes en contexte stratigraphique dat\u00e9 de 200-175 av. J.-C. sur le site de Lattara (Py, 2006). M\u00eame si la question de la datation des premi\u00e8res \u00e9missions semble converger, la question de l\u2019influence sous laquelle elles furent fabriqu\u00e9es ne l\u2019est pas.<br \/>\nDans cet article, nous revenons sur la question de l\u2019\u00e9talon adopt\u00e9 pour la frappe des premi\u00e8res monnaies \u00e0 la croix (desquelles nous excluons prudemment les imitations de Rhoda, puisqu\u2019\u00e0 ce jour, mis \u00e0 part l\u2019hypoth\u00e8se d\u2019une reprise de la croix, aucun lien formel n\u2019a pu \u00eatre \u00e9tabli entre ces deux ensembles). Nous consid\u00e9rons des \u00e9l\u00e9ments numismatiques \u00e0 la fois m\u00e9trologique, iconographique, et arch\u00e9ologique, qui, comme nous allons le voir, permettent d\u2019\u00e9tayer les propos de G. Depeyrot (2002) : \u00ab\u00a0L\u2019arriv\u00e9e en Gaule des premi\u00e8res monnaies d\u2019Ampurias et de Rhoda peut avoir \u00e9t\u00e9 davantage li\u00e9e \u00e0 la participation des Gaulois aux combats r\u00e9guliers livr\u00e9s par les cit\u00e9s de la M\u00e9diterran\u00e9e Occidentale [\u2026]. Ces mercenaires revenaient avec des esp\u00e8ces [\u2026]. Ainsi, Carthage louait des Celtes lors des op\u00e9rations contre les Grecs de Sicile. On retrouve ainsi souvent des mercenaires gaulois dans diverses arm\u00e9es. Dans les ann\u00e9es 240-230 av. J-C., l\u2019emploi r\u00e9gulier de troupes de mercenaires gaulois dans les arm\u00e9es de Carthage a facilit\u00e9 l\u2019introduction en Gaule de nouvelles monnaies, dont l\u2019imitation a donn\u00e9 naissance aux frappes locales de monnaies d\u2019argent.\u00a0\u00bb<br \/>\nEn 2013, nous avons r\u00e9unis des donn\u00e9es relatives au tr\u00e9sor de monnaies \u00e0 la croix de B\u00e9ziers (Lopez et al., 2013). Nous avons pr\u00e9sent\u00e9 des exemplaires jusqu\u2019alors non publi\u00e9s, dont certains conserv\u00e9s depuis plus de 30\u00a0ans dans des collections priv\u00e9es. L\u2019\u00e9tude de cet ensemble a permis de dresser quelques premi\u00e8res liaisons typologiques au sein du groupe des monnaies \u00e0 la croix de la s\u00e9rie traditionnellement nomm\u00e9e \u00ab\u00a0languedocienne \u00bb. Nous avions remarqu\u00e9 que la t\u00eate masculine au droit du type languedocien de la figure 1 pr\u00e9sente une caract\u00e9ristique typique de ce type mon\u00e9taire : le visage est nettement s\u00e9par\u00e9 de la chevelure par une ligne courbe creuse. D\u2019apr\u00e8s nos recherches, cette caract\u00e9ristique n\u2019appara\u00eet sur aucun autre type de monnaies gauloises \u00e0 la croix connues \u00e0 ce jour. En recherchant une hypoth\u00e9tique similitude avec d\u2019autres monnayages, nous avons remarqu\u00e9 qu\u2019il existe un lien fort entre ce droit (cf. Fig. 1) et le droit de certaines imitations ib\u00e9riques de la drachme d\u2019Emporia (cf. Fig.\u00a02). Des \u00e9l\u00e9ments stylistiques viennent appuyer cette constatation, tels que le traitement de la chevelure, le traitement de l\u2019\u0153il en un point dans un creux triangulaire, le traitement des l\u00e8vres en deux points, ou celui du menton, qui sont autant d\u2019indices rapprochant ces deux droits (voir notamment le droit de Fig. 1 et le droit de Fig. 2, a et b). Ces constatations permettent de consid\u00e9rer la pr\u00e9sence de la ligne courbe creuse s\u00e9parant le visage de la chevelure comme le t\u00e9moin d\u2019une technique de gravure sp\u00e9cifique \u00e0 quelques graveurs locaux. Cela nous permet de conclure que les monnaies \u00e0 la croix pr\u00e9sentant cette caract\u00e9ristique sont contemporaines aux imitations gauloises de la drachme d\u2019Emporion au bouclier, lesquelles d\u00e9buteraient vers 240 avant J.-C. d\u2019apr\u00e8s D. Nash.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.monnaiesdetections.com\/wp-content\/uploads\/2017\/05\/drachmedenierousheckel.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter  wp-image-9126\" title=\"drachmedenierousheckel\" src=\"https:\/\/www.monnaiesdetections.com\/wp-content\/uploads\/2017\/05\/drachmedenierousheckel.jpg\" alt=\"\" width=\"414\" height=\"391\" \/><\/a><\/p>\n<p>Ainsi, nous pensons que le type pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 la figure 1 est le premier type de monnaies \u00e0 la croix contemporaines aux \u00e9missions gauloises locales d\u2019Emporion au bouclier dont le droit peut se d\u00e9crire sommairement ainsi\u00a0: t\u00eate masculine \u00e0 droite. Dans la suite de l\u2019article, nous nommerons donc ce type \u00ab\u00a0\u00e0 la t\u00eate masculine\u00a0\u00bb.<br \/>\nRichard et Villaronga (Richard et Villaronga, 1973) indiquent que le groupe languedocien (auquel appartient le type \u00ab\u00a0\u00e0 la t\u00eate masculine\u00a0\u00bb) s\u2019organise sur un \u00e9chelon privil\u00e9gi\u00e9 \u00e9tablit \u00e0 partir de 2000 exemplaires : 3,30\u00a0g (plus largement 3,21-3,40 g). Afin de d\u00e9terminer plus pr\u00e9cis\u00e9ment le poids moyen pour une s\u00e9rie mon\u00e9taire donn\u00e9e, dans (Lopez, 2015), nous avons \u00e9tablit pour la premi\u00e8re fois une cha\u00eene de liaisons de coins permettant d\u2019identifier un ensemble de 16 coins mon\u00e9taires ayant servis au sein d\u2019un m\u00eame atelier. Nous avons identifi\u00e9 174 monnaies provenant de cet atelier, ce qui nous a permis de proposer un poids moyen fiable de 3,53 g pour cet ensemble. Or, cet ensemble est datable de la fin du IIIe si\u00e8cle d\u2019apr\u00e8s la pr\u00e9sence de certaines d\u2019entre elles dans les tr\u00e9sors espagnols de Valeria et de Villares (Villaronga, 2000). Nous sommes donc convaincus qu\u2019il faut dor\u00e9navant ajouter aux \u00e9chelons de J-C. Richard celui de 3,53 g (G. Depeyrot a d\u2019ailleurs justement propos\u00e9 un poids moyen \u00e0 3,50 g).<br \/>\nRevenons au type \u00ab\u00a0\u00e0 la t\u00eate masculine\u00a0\u00bb. Nous constatons un poids moyen de 3,50 g, alors qu\u2019un poids entre 4,32 g et 4,48 g est constat\u00e9 pour les imitations de la drachme d\u2019Emporion au cavalier, conduisant ainsi (Villaronga et Benages, 2011) \u00e0 associer ces derni\u00e8res \u00e0 l\u2019\u00e9talon de la drachme attique (4,30 g). Aucune correspondance m\u00e9trologique ne peut ainsi \u00eatre mise en \u00e9vidence entre les deux types. Il faut donc chercher ailleurs.<br \/>\nLes discussions concernant cette m\u00e9trologie ont \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s diverses. Parmi les hypoth\u00e8ses il faut en retenir deux principales\u00a0: J.-C. Richard envisage un lien avec la m\u00e9trologie romaine (Crawford, 1974) dont le victoriat du denier lourd de l\u2019\u00e9poque pesait trois scrupules soit autour de 3,37\u00a0grammes\u00a0! Lorsque le nouveau denier \u2013 autour de 3,80\/3,90 g \u2013 est frapp\u00e9 la m\u00e9trologie des monnaies \u00e0 la croix n\u2019avait plus de correspondance, sauf celle d\u2019un poids d\u2019argent, et les s\u00e9ries suivantes s\u2019organiseront sur des \u00e9chelons r\u00e9duits (avec trois ou quatre paliers successifs jusqu\u2019au Ier si\u00e8cle avant J.-C.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.monnaiesdetections.com\/wp-content\/uploads\/2017\/05\/drachmedenierousheckel2.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter  wp-image-9128\" title=\"drachmedenierousheckel2\" src=\"https:\/\/www.monnaiesdetections.com\/wp-content\/uploads\/2017\/05\/drachmedenierousheckel2.jpg\" alt=\"\" width=\"435\" height=\"669\" \/><\/a><\/p>\n<p>D\u2019autre part, on a voulu la rattacher \u00e0 la drachme lourde de Marseille (\u00e9chelon privil\u00e9gi\u00e9 de 3,80\u00a0g qui aurait \u00e9t\u00e9 \u00ab all\u00e9g\u00e9 \u00bb) d\u2019o\u00f9 le nom de \u00ab drachme \u00e0 la croix \u00bb qui lui est souvent attribu\u00e9. G. Depeyrot associe le syst\u00e8me mon\u00e9taire des monnaies \u00e0 la croix au syst\u00e8me de Marseille, en proposant un rapport pentobole-t\u00e9trobole. Dans le m\u00eame sens, Michel Py \u00e9crit que le poids moyen de 3,5-3,6 g n\u2019est pas sans rappeler celui de la drachme lourde massali\u00e8te apparue quelques d\u00e9cennies auparavant (cependant la relation avec celle-ci, qui ne circula gu\u00e8re en dehors de la ch\u00f4ra massali\u00e8te, ne pr\u00e9sente ni \u00e9vidence ni n\u00e9cessit\u00e9). Compte tenu de la fragilit\u00e9 de ces hypoth\u00e8ses uniquement fond\u00e9es sur des aspects m\u00e9trologiques, nous proposons ici une nouvelle hypoth\u00e8se, tenant compte \u00e0 la fois d\u2019\u00e9l\u00e9ments m\u00e9trologiques, arch\u00e9ologiques et historiques.<br \/>\nNous avons montr\u00e9 dans la premi\u00e8re partie de l\u2019article que les premi\u00e8res monnaies \u00e0 la croix (hors imitations de Rhoda) dateraient au plus t\u00f4t de la deuxi\u00e8me moiti\u00e9 du IIIe si\u00e8cle. Les \u00e9v\u00e8nements historiques de cette \u00e9poque nous poussent \u00e0 chercher un lien vers le monde punique. En fait, nous n\u2019avons aucune difficult\u00e9 \u00e0 int\u00e9grer les premi\u00e8res monnaies \u00e0 la croix dans la m\u00e9trologie traditionnelle du shekel l\u00e9ger hispano-punique de 7,20 g avec une correspondance pertinente avec les demi-shekels d\u2019un poids th\u00e9orique de 3,60 g et ayant un poids r\u00e9el moyen oscillant autour de 3,50 g.<br \/>\nLa proposition d\u2019une influence hispano-punique est de plus confort\u00e9e par les trouvailles des tr\u00e9sors espagnols m\u00ealant des monnaies \u00e0 la croix taill\u00e9es \u00e0 3,53 g et des monnaies hispano-puniques (Villaronga, 2000\u00a0; Ripoll\u00e9s, 1980), montrant ainsi une utilisation conjointe de ces deux \u00e9missions.<\/p>\n<p><span style=\"color: #993366;\"><strong><em>\u2026 La suite de l\u2019article dans Monnaies &amp; D\u00e9tections n\u00b0 93<\/em><\/strong><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les monnaies gauloises \u00ab \u00e0 la croix \u00bb languedociennes La datation des monnaies gauloises \u00e0 la croix s\u2019est jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent fond\u00e9e sur des \u00e9l\u00e9ments principalement d\u2019ordre m\u00e9trologique. Il fallait donc rapprocher le poids moyen de chaque s\u00e9rie de monnaies \u00e0 la croix d\u2019un quelconque \u00e9talon. Ainsi, selon l\u2019\u00e9talon adopt\u00e9, on pouvait \u00eatre partisan de la [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[10],"tags":[1983,1982],"class_list":["post-9125","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-numismatique","tag-datation","tag-monnaies-gauloises-a-la-croix"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.monnaiesdetections.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/9125","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.monnaiesdetections.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.monnaiesdetections.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.monnaiesdetections.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.monnaiesdetections.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=9125"}],"version-history":[{"count":7,"href":"https:\/\/www.monnaiesdetections.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/9125\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":9134,"href":"https:\/\/www.monnaiesdetections.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/9125\/revisions\/9134"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.monnaiesdetections.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=9125"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.monnaiesdetections.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=9125"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.monnaiesdetections.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=9125"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}