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Journal d’un CDD n° 86

Dieu fit les prospecteurs égaux.
C’est le Déus qui plus tard a fait les différences.

Le chemin suivait la ligne de crête, il avait été tracé sur le substrat rocheux et la rosée du matin faisait briller les pierres. Axel remarqua tout à coup des traces de sang qui traversaient le sentier en diagonale, et en regardant sur sa droite, sous les saponaires en fleurs, il vit un gros lièvre couché sur le flanc. Il lui manquait la tête. Elle avait été soigneusement découpée. Le sang n’était même pas sec, un renard venait de le trainer là et avait été dérangé par l’arrivée d’Axel. Il devait être tapi à quelques mètres sous les prunelliers et surveiller son casse-croute. C’était un beau lièvre adulte, bien gros, il allait faire le régal de quelque portée de renardeaux car c’était la saison des naissances.
Axel profita de la halte pour sortir le détecteur et le piochon du sac à dos, et commença à prospecter le chemin. C’était la première fois qu’il venait là. Il savait par des amis qui venaient souvent randonner dans le coin, qu’il y avait sur ces collines quelques orris et des murets d’épierrements qui délimitaient sous les ronces des parcelles anciennement cultivées. Il eut tout de suite un son très franc : une grosse cartouche de carabine, un peu bosselée, marquée w w super 300 Win Mag. C’était là un bien gros calibre, plus pour le cerf que le chevreuil ou le sanglier. L’amorce était en acier blanc, elle tranchait sur le laiton de la douille : le chasseur l’avait lui-même rechargée avec une amorce qui n’était pas celle d’origine. Il reprit la marche tout en continuant à balayer, ramassant deux fers à bœufs, une belle clochette de chèvre ou de mouton, quelques culots de cartouches de douze, en cuivre, une curieuse tige, pliée, en bronze, portant un décor rectiligne de points ronds, puis un dé à coudre… Il arriva ainsi sur le sommet de la colline. Il y avait un bouquet de frênes sur la gauche, devant un amoncellement de pierres blanches, restes de quelque construction ou tas d’épierrement, et une haie de buis le long du chemin. Des deux côtés, des prairies clôturées par un triple fil de barbelés sur d’énormes piquets d’acacia. Un troupeau d’une vingtaine de vaches grises, des gasconnes, certaines avec leur veau, étaient groupées dans le champ du fond, autour d’une citerne-abreuvoir métallique. La vue sur le moutonnement des collines environnantes était splendide. De loin en loin, un petit village, des toits rouges, un clocher-mur crépi de gris. Axel reprit son balayage du chemin. Il vit tout de suite qu’il était inutile d’aller sur les prairies : l’herbe y était encore beaucoup trop haute pour pouvoir prospecter. Il ne tarda pas à recreuser : un petit bouton militaire marqué 102, des éléments de boucles, des clous de chaussure ou de fer à bœuf, un anneau de cuivre, un plomb de sac, une médaille religieuse, un gros bouton de cuivre au décor de bossettes. Et bien sûr, toujours des douilles de chasse, deux ou trois fers à bœuf, des anneaux de lacets en cuivre et des papiers d’alu (merci les randonneurs !) et … un petit robinet en aluminium ou en maillechort, probablement d’une sulfateuse : il devait donc y avoir eu des vignes sur ce plateau. Un son de ferreux ne lui parut pas très « franc » (réglage GMP, discri 5, volume fer 3) : il s’attendait à un fer à bœuf, mais déterra un morceau d’éperon en fer, couvert de rouille, et en repassant le disque sur le trou, nouveau son : c’était la molette en étoile à six pointes, elle aussi bien sûr toute rouillée, et qui avait dû se détacher de la tige depuis bien longtemps car il n’y avait plus aucune trace d’attache. Puis il trouva un double tournois, presque lisse, comme la grande majorité de ceux trouvés dans les champs : on voyait juste deux fleurs de lys et la date, encore bien lisible : 1635.
Il était arrivé ainsi presque au bout du plateau. Le chemin commençait à remonter vers d’autres collines, plus hautes, mais plus raides et sur lesquelles la friche s’installait : buis, églantiers, ronces, quelques chênes commençaient à couvrir les pentes. Axel décida de revenir à l’entrée du plateau, autour du bouquet de frênes et des tas de pierres. S’il y avait eu habitat, ce devait être par là. Il éteignit sa machine, reprit le chemin, passa devant les bêtes qui ne lui accordèrent aucune attention, constata qu’il avait correctement rebouché ses trous sur le chemin et arriva devant la rangée de buis et les frênes. Il se débarrassa du sac à dos en l’accrochant à une branche, en sortit un casse-croute et une bouteille d’eau, alla s’asseoir sur une grosse pierre plate et prit son repas tout en observant le paysage et en imaginant les lieux quelques siècles en arrière… Il termina par une barre de chocolat, remit la bouteille dans le sac, prit le détecteur et le piochon et se glissa sous le dernier rang de barbelés pour entrer dans le champ. Il s’attendait à trouver autant d’herbes hautes que dans les autres champs mais fut vite rassuré : non seulement l’herbe était rase sous l’ombre des frênes, mais en plus les bêtes avaient du pacager récemment car tout était brouté ras… à part les touffes de chardon-marie protégées par leurs piquants (Axel se rappelait que quand il était gamin et que les jeudis se passaient à jouer dans les prés avec les enfants du village, ils les appelaient des « clouques »…) l’inconvénient était l’extrême abondance des déjections avec mouches et odeurs !
Il alluma le Déus et commença par le coin à l’ombre des arbres car le soleil était très chaud. Le tas de pierres devait être là depuis très longtemps car beaucoup avaient roulé dans le champ et étaient prises sous les racines des frênes. Il eut quelques sons de ferreux, déterra deux isolateurs de clôture en plastique noir avec l’attache faite d’un morceau de fil électrique gainé de bleu, puis une pièce trouée des années 20 très abimée et un bouton de cuivre d’uniforme, sûrement d’un garde chasse car il n’avait aucun marquage, juste une étoile à cinq branches (à moins que l’Armée Rouge soit venue en manœuvre dans le secteur !). Il fit soigneusement les abords du tas de pierres grises et blanches et commença à balayer en s’approchant des frênes qui bordaient le champ, mais renonça très vite : les randonneurs devaient pique-niquer à l’ombre en s’appuyant aux troncs car il y avait des papiers d’alu et des tirettes de cannettes partout. Il s’éloigna de la haie en revenant vers l’intérieur du champ et commença à chercher en évitant les pieds de cardères et de gaillets jaunes, et quelques touffes d’orties qui commençaient à s’installer. Il prospecta ainsi un long moment, sans aucun son. Il finit par arriver au bout du pré, clôturé par trois fils barbelés cloués aux troncs des chênes et des frênes qui le fermaient de ce côté. Il suivit la clôture vers la gauche pour prendre l’autre bord, et revenir vers le tas de pierres. De nouveau, aucun son pendant un long moment, pratiquement jusqu’à l’autre bout.
Quand il arriva à la hauteur du tas d’épierrement, il lui sembla distinguer dans l’herbe les traces d’un ancien chemin qui coupait le champ en travers et se dirigeait vers la forêt. Deux ornières parallèles avaient été empierrées et la terre avait fini par les recouvrir, mais l’herbe y était rase et on pouvait en suivre le tracé. Axel les suivit en balayant jusqu’à l’endroit où elles passaient sous la clôture.
Il aperçut sous les arbres de la forêt, un nouveau tas de pierres, envahi de ronces et de houx fragons.Il éteignit sa machine et le casque, franchit la clôture en montant sur chaque rang de barbelés et en se tenant aux branches, et se retrouva sous les arbres. C’était de vieux chênes, énormes, avec de grosses branches noires et moussues, presque verticales. Axel s’étonna de voir que le sol, dessous, était propre : une herbe rare et courte, des brindilles, un tapis de glands qui craquaient sous les pieds. Il comprit très vite : toute une épaisseur de pierres apparaissait sous les feuilles mortes. Il y en avait même de grands tas vaguement ronds, hauts de plus d’un mètre, couverts de lierre.
L’adrénaline commença à lui monter. « Ce n’est pas possible, se dit-il, ils n’ont quand même pas entassé ici les cailloux de tous les champs des environs… il devait bien y avoir des habitats ou des granges, pour qu’il y en ait tant… » Il continua à découvrir l’endroit, compta cinq gros tas de pierres alignés, séparés d’une dizaine de mètres, et plusieurs petits tas irréguliers… et toujours un tapis d’éclats de roches blanches sous les feuilles ou le lierre. Au bout, après le dernier gros tas, le plateau finissait avec un dernier chêne, et un sentier de sauvagine descendait la pente abrupte entre les buis et les ronces qui reprenaient possession du terrain. La vue était magnifique. Axel pensa que c’était un observatoire idéal. Il revint jusqu’à la clôture, posa son sac, remplaça la tête de 28 par celle de 22, plus facile à passer entre les pierres dépassant du sol, régla le Déus et commença à prospecter. Il eut tout de suite des sons de ferreux : il creusa pour identifier quel genre de ferraille pouvait pousser en cet endroit, et fut rassuré : des clous tordus, des bouts de tiges ou de crochets, un anneau de fer, un piton, un fer à bœuf… Il se dit qu’il en savait assez, et en termina avec les ferreux. … La suite dans Monnaies & Détections n° 86

Journal d’un CDD (le Coin du Disque du Déus)

A la manière de F. G. Lorca :

Romance des Prospecteurs
Ils portent de noirs cerceaux
Dont les attaches sont noires
Des traces d’herbe et de terre
Luisent le long de leurs bottes
S’ils ne trouvent c’est qu’ils ont
Des jouets au lieu de machines
Et une chance un peu ternie
Par les chemins ils s’en viennent
Groupe diffus et tenace
Sur leur passage ils font naitre
De grands moments de rêves
Et des visions d’écus d’or fin
Ils vont par où bon leur semble
Cachant au creux de leur tête
Une vague astronomie
De détecteurs irréels.

« Je suis déjà venu ici des dizaines de fois, dit Domi. C’est ici que je venais essayer mon nouveau détecteur chaque fois que j’en changeais. A une époque, au début, je changeais tous les six mois. Je voulais les tester tous. »
Ils venaient d’arriver tous les trois sur le sommet du mamelon. Ils dominaient toute la succession de collines qui finissaient quelques kilomètres plus loin au bord du fleuve. Le vert des champs de blé en couvrait une bonne partie, mais ils voyaient aussi d’immenses carrés de terre jaune sur lesquels des tracteurs semaient ou hersaient dans un nuage de poussière.
Du petit lac devant la maison de Jean-Pierre, en bas, un concert de cris d’oies, de canards, de chiens, s’éleva soudain et parvint jusqu’à eux, porté par le vent d’autan.
« Avant, dit Jean-Pierre, il y avait tout un hameau, là, à gauche. Il ne reste plus que cette ferme d’habitée. Il reste encore le porche et un morceau de mur de la petite église, de l’autre côté de la route, au milieu des aubépines. Le petit carré en friche sur le côté n’est pas travaillé car c’est l’ancien cimetière. Il est minuscule car les gens avaient l’habitude de ne mourir qu’une fois ! Il y avait même une école jusqu’au début des années 1900… Je connais bien le gars qui travaille les terres, je lui ai dit que nous allions venir aujourd’hui, il a préparé les terres et ne sèmera le tournesol qu’à la fin de la semaine. Il a dit qu’il ferait peut-être un saut car il avait prévu de préparer un champ à côté. »
Il attendit que Ron finisse de monter et arrive à leur hauteur pour tout lui répéter en anglais.
Ronald et Jean-Pierre s’étaient rencontrés plusieurs années auparavant, en prospectant tous les deux sur une plage du littoral atlantique. Ron et son épouse vivaient en Angleterre, ils prospectaient tous les deux et avaient à leur actif plusieurs trouvailles d’objets et de monnaies. Ils « faisaient » les plages quand ils venaient en vacances en France. Ils sympathisèrent avec Jean-Pierre, devinrent de grands amis, et s’invitèrent tout à tour en France ou en Angleterre.
Ron venait de prendre la retraite et avait acheté une maison près de Bordeaux. Il voulait changer de détecteur et avait entendu parler du Déus. Il avait demandé à Jean-Pierre s’il pouvait venir essayer le sien. Ce dernier avait alors pensé organiser une journée « détection » et avait demandé à Domi et Axel de venir aussi avec leurs Déus.
Ron n’était arrivé que vers midi. Ils avaient diné en parlant trouvailles, Jean-Pierre traduisait, Ron avait fait admirer à la ronde une splendide monnaie d’or d’un roi anglais du Moyen-âge, trouvée bien sûr au détecteur. Puis ils étaient partis en lisière d’un champ fraichement hersé pour faire tester les Déus à Ron avec les trois têtes différentes. Axel avait apporté plusieurs monnaies : double tournois, obole d’argent de Toulouse, de Marseille, monnaie à la croix, gros Napoléon III, pièce de 10 et de 20 francs des années 1960, petite bague en or.
Ron était équipé de sa machine habituelle : un détecteur extrêmement lourd, avec disque et casque filaires, et un gros écran sur le dessus indiquant le métal ciblé… Il fut si surpris de la légèreté du Déus qu’il crut qu’il était incomplet et qu’il fallait y ajouter les accessoires !
Ils passèrent plus d’une heure à enterrer les cibles à des profondeurs différentes pour lui faire tester les Déus et comparer à chaque fois avec son propre appareil. Puis Axel avait récupéré bague et monnaies et ils avaient traversé le champ en montant vers la crête qui dominait l’endroit qu’avait choisi Jean-Pierre.
Ils se mirent en ligne à une dizaine de mètres les uns des autres, chacun alluma sa machine et ils commencèrent à prospecter en descendant vers l’emplacement du hameau disparu. … La suite dans Monnaies & Détections n° 85

Journal d’un CDD

(le Coin du Disque du Déus)

La colline était couverte de buis, de chênes et de châtaigniers. Les arbres avaient réussi à pousser dans le substrat rocheux qu’on devinait sous la couche d’humus. On voyait les racines sortir de la moindre fente entre les blocs de pierre. Le sous bois paraissait propre, à part quelques églantiers et des groupes de houx fragon. Mais pour y pénétrer Axel dut traverser une haie d’aubépines, de prunelliers et de ronces, qui poussaient sur toute la bordure, entre la forêt et le chemin. Sa vieille veste militaire et son sac à dos furent très vite pleins d’épines. Et il dut décrocher plusieurs fois son bonnet resté pris dans les branches. Quand il rentra enfin sous les grands arbres, il passa un long moment à se débarrasser des feuilles mortes, des épines et des débris de bois secs dont il était couvert. Il en avait même dans ses chaussures. Mais beaucoup étaient rentrés dans le dos par l’ouverture du col dans la nuque, et frottaient sur la peau. Il fut obligé de se déshabiller malgré le froid pour les faire tomber. Il nettoya aussi le sac à dos, sortit le piochon puis le Déus et le monta.

Avant d’allumer la télécommande et le casque, il marcha un bon moment entre les arbres, tout en restant à proximité de l’orée d’aubépines parallèle au chemin. Il voulait découvrir un peu l’endroit. C’était la première fois qu’il y venait. Le terrain était moyennement pentu, la terre était noire, avec de larges plaques de mousse épaisse et du lierre qui courrait partout. Encore une colline qui avait été cultivée pendant des siècles : il restait les replats étroits des longues terrasses, entre les murs de soutènements faits de roches sans liant mais soigneusement agencés. Par endroits, les racines des arbres, les intempéries et surtout l’abandon, avaient fait verser des pans de murs dans la pente, et les ronces, les églantiers et le lierre recouvraient les tas de pierres écroulées. Axel se félicita d’être venu ce jeudi 19 mars, malgré le froid et le mauvais temps annoncé, car aucune feuille n’était encore sortie, et l’herbe n’avait pas encore poussé : la moindre parcelle de terrain pouvait être prospectée facilement. On voyait très bien partout, même sous les pieds de ronces. Il y avait seulement des touffes de perce-neige dont la fleur était déjà fanée, et de magnifiques pieds d’anémones hépatiques, bleues ou blanches, en pleine floraison. Et de timides violettes naines entre deux roches. Satisfait de sa prise de contact, Axel alluma sa machine et commença à prospecter. Il resta sur la terrasse du haut, par laquelle il était arrivé. Elle était très large, car elle épousait le plateau sommital de la colline. Il fit un premier passage en se tenant au bord de la haie. Il eut quelques sons de ferreux, puis rapidement, des douilles de chasse, et coup sur coup, deux cartouches de carabine, marquées W-W SUPER 300 WIN MAG… Il se dit qu’il avait bien fait de venir un jeudi, jour de fermeture de la chasse, car ce calibre ne plaisantait pas !

Il trouva également quatre pièces modernes : 25 centimes troués à la date illisible, 20 francs 1950, 2 francs 1943 et 10 francs 1964, beaucoup de papiers d’alu, et quelques boites de conserves rouillées. Au bout de plusieurs centaines de mètres, il arriva au bout de la terrasse : à cet endroit, la pente de la colline devenait un vrai ravin, côté nord, et l’espace qui avait été cultivé s’arrêtait là. Tout un fouillis de ronces, d’épineux, de genêts, de sureaux, couvraient ce côté. Axel repartit dans l’autre sens. Il décida de se placer cette fois vers le milieu de la terrasse. Il y avait encore moins de végétation que sur le bord, les arbres étaient plus hauts, plus grands, surtout les buis. Quelques ferreux (dans le doute, Axel creusa sur deux clous de chaussures) mais plus de cartouches. Un fer à bœuf, puis une fourche à fumier à laquelle il ne restait qu’une dent… La suite dans Monnaies & Détections n° 84