MONNAIES ET DETECTIONS

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Monnaies et Détections

Catégorie : Vécu

Danemark, le refuge ultime

Par le passé, on est allé en Angleterre, prospecter dans le cadre de grands rallyes organisés, pour vous faire part de nos impressions et des plaisirs partagés outre-Manche. Depuis un certain temps l’idée trottait à la rédaction d’aller tester un pays libre ou le mot prospecteur n’est pas un synonyme de pilleur. L’occasion nous en a été donnée par le sieur Thomas, un Franco-Danois vivant dans les Pyrénées-Atlantiques. Celui-ci a fait passer à la revue une petite annonce à mettre sur notre page facebook pour une prospection de quinze jours au Danemark avec aller et retour en voiture et frais partagés. L’annonce mise sur la page n’a pas déclenché une avalanche de demandes, il faut dire qu’elle ne donnait pas vraiment le temps de se retourner : à peine trois semaines avant la date de départ. Mais votre serviteur, après avoir promis la publication de l’annonce, savait déjà qu’il en serait et il en fut ! Je vous passe les détails pour monter là-haut, la traversée de la Belgique, puis de la Hollande et d’une partie de l’Allemagne pour enfin attaquer le Danemark, rentrer sur le pays continental et redescendre sur l’île de Langeland. Notre futur terrain de prospection (carte). L’équipe de prospection est au nombre de trois, Thomas, sexagénaire en pleine forme, prospecteur expérimenté qui tourne au Deus II, Kélian, nouvelle génération, 25 ans débutant et casanier, c’est la première fois qu’il quitte les Pyrénées-Atlantiques, prospecte au Quest 40 et moi, de la génération de Thomas, pas besoin de faire l’article pour l’expérience, j’ai choisi de prendre mon Deus I plutôt que le II. Ma compagne nous suit et la suite me prouva que c’était un excellent choix… Les journées de détection se sont mises en place naturellement, selon les envies de chacun : en général, le matin de 9 h / 9 h 30 jusqu’à 12 h /12 h 30 ; l’après-midi, de 14 h à 18 h 30 ou 19 h. Pour ma part, après un déjeuner revigorant, je ne repars pas détecter directement : je prends une heure à une heure et demie de repos. La prospection est un plaisir ; cela ne doit pas devenir un sacerdoce. Du coup, Thomas et Kellian repartaient et revenaient me chercher quand je les appelais. On était donc entre 7 et 8 heures de détection par jour, et quasiment 9 h pour les plus vaillants. Le premier soir, on a mangé des patates bouillies et des saucisses à la poêle sous l’impulsion de notre hôte. Dès le lendemain et jusqu’à la fin du séjour, ma compagne s’est occupé de nous mitonner un bon petit plat et on a donc échappé au triangle patates, pâtes et pizzas qui se serait mis en place pour cause de facilité, par des hommes uniquement passionnés de prospections. La zone de prospection est une île que l’on rejoint par un pont au sud-sud-ouest de Copenhague. L’île est toute en longueur ; elle mesure trente kilomètres de long sur trois à quatre kilomètres de large. C’est essentiellement une île agricole, jalonnée de plusieurs petits villages dont les maisons sont espacées entre elles, comme s’il n’y avait pas de coeur de village. Les champs agricoles représentent la majeure partie du sol de l’île, et il n’est pas rare que les parcelles dépassent les vingt hectares, voire beaucoup plus. La terre est un vrai bonheur. Loin de nos terres agricoles du sud de la France qui peuvent être du vrai béton en fin d’été : l’île est sableuse et la terre très légère, n’adhère pas aux outils ; à la moindre pression du pied, la pelle-bêche s’enfonce jusqu’à la garde comme dans du beurre. Thomas, qui possède une maison familiale sur l’île, ne reçoit jamais de réponse négative de la part des propriétaires lorsqu’il demande une autorisation de prospection. C’est plutôt du genre : « Tu ne serais pas le fils d’Untel ? » Les Danois sont très ouverts et accueillants, mais cela ouvre encore plus grand les portes ! Nous n’avons essuyé qu’un seul refus, et encore, il était indirect. Le voisin agriculteur de Thomas, qui possède une très grosse exploitation, lui a proposé de demander à un propriétaire – qui lui loue des terres – l’autorisation de prospecter pour nous.Il s’agissait de la plus ancienne propriété noble de l’île ; je crois avoir compris qu’il existe des liens de parenté avec la couronne du Danemark. Le propriétaire a répondu qu’il avait un droit de regard sur ce qui se trouve sur ses terres, car elles sont dans la famille depuis des lustres, et que l’État n’avait pas à s’en mêler. On sent comme une vieille rancune entre les vestiges de la royauté et les gouvernements successifs. Tant pis, ç’eût été la cerise sur le gâteau. Mais Thomas compte bien le décider, car ce n’était pas un « nej » définitif (en danois dans le texte). En tant que prospecteur français, j’ai tout de suite remarqué deux ou trois différences dans les trouvailles par rapport à chez nous. Il y a, bien sûr, le sempiternel alu déchiré par les labours successifs, les bouts de tôle de bronze informes, les morceaux habituels de pièces mécaniques cassées. Mais, parmi les différences notables, on observe la présence de boutons en tombac en énormes quantités, tous décorés et de formes quasi similaires, ainsi que de capsules de bière en aluminium en plein champ, témoignant d’une forte consommation pendant le travail. Quand on trouve des capsules régulièrement à plus de deux cents mètres du bord d’une route, cela provient soit du lisier épandu, soit de la pause-boisson des journaliers. J’ai fait une recherche : ces capsules en aluminium ont été utilisées durant les années 1950 à 1970. Elles sont redoutables : un son pétant, aigu comme l’argent, avec un affichage de 80 à 84 sur le Deus ; tu es obligé de creuser. Autre particularité du terrain : on rencontre souvent d’anciens brasiers, dont il ne reste que des traces de métal fondu. Certains ont donné de véritables nodules d’aluminium compact, vestiges de feux de déchets ou de brûlages de rebuts agricoles aussi redoutables que les capsules en aluminium. À cela s’ajoute la quasi-absence de douilles ou de cartouches, chose étonnante pour qui a l’habitude de détecter en France, où elles pullulent. Enfin, détail pittoresque, il n’est pas rare de retrouver des pieds de marmites en fonte ou en bronze, indices que les femmes devaient cuisiner directement sur place, dans les champs, entre deux journées de travail. Avant de parler trouvailles, on va entrer dans le côté pratique du système danois. Il s’agit de télécharger une application qui s’appelle DIME (https://www.metaldetektorfund.dk). C’est l’application dédiée aux prospecteurs. Chaque personne qui détecte et trouve un objet intéressant doit le photographier à l’endroit où il a été découvert. Voici ce que donnent en général les premières photos publiées sur le site (voir photos ci-dessus) : l’objet vient d’être exhumé du sol, et l’on voit souvent le gant du prospecteur, son genou, ou la pelle, avec une échelle en centimètres. L’objet entre immédiatement dans la base avec son numéro de trouvaille et ses coordonnées géographiques. Ces dernières sont enregistrées dans un système interne qui ne permet pas aux autres prospecteurs de connaître l’emplacement exact. J’imagine que si ce n’était pas le cas, tu publies une belle monnaie en or et, le temps que tu te remettes à détecter, tu aurais déjà des collègues qui débarquent… Le numéro de la trouvaille est intéressant, car il te permet de savoir, en déclarant la suivante, combien de trouvailles ont été enregistrées au Danemark entre les deux tiennes. Pour ma part, j’ai fait 17 déclarations : ma première, le 19 septembre, portait le numéro 353 675, et ma dernière, le 28 septembre, le numéro 356 654 — soit 2 979 déclarations en dix jours pour l’ensemble du Danemark, soit une moyenne de 300 déclarations par jour, avec un pic notable le week-end, largement supérieur à la moyenne des 300 calculées.

Une fois les photos envoyées, il suffit de renseigner les détails (type, métal, époque, état, etc.) avant validation par l’archéologue. Une seule de mes déclarations en ligne a été validée, mais il faut préciser que tout est en danois et que Thomas l’a faite pour moi. Pour les autres, je me suis contenté d’insérer les photos : c’est l’archéologue local qui complétera les informations sur le site après étude des trouvailles que nous lui avons remises. Il faut bien se rendre compte que faire la déclaration peut vite devenir fastidieux : cela prend quand même un peu de temps. Je suppose que les Danois font les photos sur le terrain, puis, en fin de journée, devant une bière, rentrent les informations manquantes. En théorie, les archéologues veulent une déclaration pour tout ce qui sort du sol, à l’exception de l’aluminium. Mais en pratique, la plupart des prospecteurs ne déclarent pas les objets informes en plomb, en tôle de bronze ou les nodules de fonte. Sinon, tu passerais la journée sur ton téléphone ! Apparemment, il en est de même pour les monnaies du XIXe et du XXe siècle : elles devraient être déclarées, mais ne le sont quasiment jamais. J’ai fait une exception pour cinq monnaies en bas billon datant de la guerre civile du XVIe siècle, suivant les conseils de Thomas. Il paraît que l’État danois les rachète 20 à 30 couronnes pièce pour une étude exhaustive (budget annuel du Danemark pour le rachat aux prospecteurs : 2 millions d’euros). Suivant les dires de Thomas qui le tient des propos de l’archéologue responsable de l’île, tu ne dois pas nettoyer de sa gangue de terre un objet que tu déclares, pour deux raisons : ne pas l’abîmer et parce qu’il pourrait y avoir du pollen collé et prisonnier de l’objet depuis sa perte. Je vous avoue que c’est frustrant de ne pas voir les détails de ce que tu viens de trouver, et je n’ai pas respecté cette règle, car ma priorité était de faire un article et de vous montrer les photos de mes trouvailles déclarées. Le système de rétribution des trouvailles prend en compte le respect des consignes officielles. Le montant initial de l’objet peut être réduit si les consignes ne sont pas respectées à la lettre : pas de nettoyage, déclaration dans les règles, rapport complet de ta journée de détection sur papier libre, et, si tu as utilisé un GPS qui enregistre tes allers-retours sur le terrain, ils demandent à le joindre au rapport. Et s’ils décident de déclarer « Danefae » certaines de mes trouvailles, la récompense risque d’être revue à la baisse. Bien évidemment cela m’importe peu, je serais plus heureux de voir une de mes trouvailles au musée local ou national qu’enrichir ma personne de quelques couronnes danoises et mon but était de vous raconter cette expérience. Alors venons-en aux trouvailles :Voici un aperçu des boutons que l’on retrouve en très grande quantité : la plupart sont composés de deux parties. La première, fonctionnelle, comprend l’attache et un disque plein, souvent bombé ; la seconde, décorative, se présente sous la forme d’une plaque ronde en tombac, généralement gravée d’un motif floral à quatre pétales décliné à l’infini. Le disque en tombac était collé sur la partie principale, ce qui explique la variété des trouvailles : certains boutons sont complets, d’autres ne conservent que l’attache avec des traces de colle, ou encore le disque décoratif seul, détaché de son support. C’est sans doute cette diversité de combinaisons qui donne l’impression d’une abondance exceptionnelle de boutons par rapport à ce que l’on rencontre habituellement en France. Suivant un commun accord, nous n’avons pas déclaré ces boutons, nous en avons fait au moins deux cents à deux cent cinquante à nous trois. Cependant, si vous consultez la base DIME, vous en trouverez de nombreux exemplaires enregistrés par des prospecteurs danois.

Les plombs de sac et balles de mousquets Rien ne diffère des plombs de sacs que l’on trouve en France, il en est de même des balles de mousquets, qui sortent régulièrement et de tous les diamètres.

Les monnaies La plupart des monnaies datent du XIXe et du début du XXe siècle. On est ici en terrain connu : on se croirait presque en France, si ce n’est que chaque monnaie sortie est une inconnue. On retrouve les mêmes caractéristiques : pièces trouées en aluminium pour l’entredeux- guerres, et bronze pour le XIXe siècle, mais avec des armoiries royales. Anecdote remarquable : depuis le XVe siècle, les rois danois alternent presque toujours entre les prénoms Christian et Frederik, une tradition instaurée par la dynastie d’Oldenbourg. Il y a eu dix Christian et neuf Frederik. Parmi mes trouvailles : un probable Christian III du milieu du XVIe siècle (en haut à gauche), au moins un Christian VII, et plusieurs Christian IX et X parmi les monnaies lisibles, ainsi qu’un seul Frederik, le septième. Je n’ai pas effectué de nettoyage en profondeur sur les autres monnaies ; il se peut qu’il y ait au moins un ou deux autres monarques, mais l’état des pièces est semblable à celui des champs français : bien attaqué.

Parmi les monnaies en argent, au nombre de onze, j’ai eu la surprise de découvrir un gros module, un demi Rigsdaler, que j’ai malheureusement touché avec mon piochon. Dans ce champ, les capsules en aluminium pullulaient et sonnaient aussi bien que l’argent… Au bout du trentième trou de capsule, on devient forcément un peu moins prudent ! et c’est tombé sur la plus belle monnaie ! J’ai également trouvé plusieurs petites 10 øre.

Autres trouvailles habituelles

Un joli dé à coudre en argent monogrammé (trouvaille de Kelian), et quatre autres dés en bronze. Pas de bague, si ce n’est une en or 14 carats de deux grammes, sortie – comme d’habitude – au moment où l’on s’y attend le moins : une alliance pour homme portant l’inscription Merethée 30-06-1970. Une recherche dans le village et sur Internet n’a rien donné sur ce prénom. Pour le reste, les menus objets classiques sont bien là : jetons, médailles sportives, montres (trois exemplaires trouvés), clés de montres, grelots, appliques… À noter que Kélian et moi avons trouvé, à deux jours d’intervalle, les deux morceaux d’un même objet ; nous n’avons pas réussi à trancher sur son identification. (diamètre de 9 cm et diamètre du fil : 5 mm) Aucune des trouvailles que nous venons d’énumérer ne méritait une déclaration.

Mon premier enregistrement sur l’application nationale concernait une fibule viking aviforme (n° 353 675), validée par un archéologue. Les informations accessibles à tous incluent l’identification, la datation (Âge du Fer allemand, 375-749), le style (non spécifié), le matériau (bronze), l’état, le poids, les dimensions, ainsi qu’une photo satellite indiquant l’emplacement exact de la trouvaille L’échelle de la carte peut être agrandie ou réduite pour visualiser les autres découvertes effectuées sur le même terrain par le prospecteur. Chaque trouvaille apparaît sous la forme d’un point coloré correspondant à un code distinct. En réduisant encore l’échelle, on obtient une vue d’ensemble de l’ensemble de ses découvertes sur toute l’île.

Dans l’ordre de déclaration, la pièce suivante est un grand crucifix (n° 354 001). Puis viennent les n° 354 003, 354 009, 354 185, 354 375, 355 233, 355 250 et 355 278. Les six dernières sont des monnaies de la guerre civile évoquées plus haut – sans grand intérêt photographique – je n’en présente donc qu’une : la n° 356 293, sans doute la plus jolie du lot, c’est dire le reste !

J’ai achevé mes déclarations au Danemark par une seconde fusaïole tronconique viking (n° 356 654), laissée non nettoyée conformément au règlement bouclant ainsi ce périple danois avec ma première trouvaille digne d’intérêt la n°354 375, première fusaïole viking trouvée mais déclarée deux jours après en revenant sur le terrain. J’en ai, en réalité, trouvé une troisième, que j’ai complètement oublié de déclarer. Il suffit d’un moment d’inattention, et l’on s’en rend compte plus tard, en nettoyant ses objets à la maison. Impossible alors de la poster : l’archéologue verrait aussitôt qu’elle a été découverte… dans la cuisine !

Rencontre avec l’archéologue Au fur et à mesure des prospections journalières, et des conversations à l’apéro chaque soir avec Thomas, j’ai eu l’impression que l’intérêt porté par les Danois à certaines trouvailles était largement supérieur à celui que moi-même je leur accordais, et j’ai ressenti l’effet inverse pour d’autres types d’objets. Thomas était ravi à chaque fusaïole viking sortie ; j’avoue que, pour ma part, ce petit bout de plomb percé et tronconique me laissait plutôt froid. Mon impression s’est confirmée lorsque nous avons rencontré l’archéologue pour déposer nos déclarations. J’étais content d’avoir trouvé mon applique représentant le visage du Christ, que j’avais datée du XIIe au XIVe siècle. Thomas, lui, y voyait une tête de Viking ! L’archéologue, jusque-là silencieux, n’a pas bronché lorsqu’il a pris les monnaies, les fusaïoles, les deux fibules, la boucle et le crucifix. Mais pour ce morceau d’applique (354 009), il a immédiatement déclaré que je ne le reverrais pas. Sous-entendu, traduit par Thomas : « c’est un bel objet qui sera déclaré Danefæ » J’avais préparé ma question : — « Pensez-vous qu’il s’agisse d’une représentation du Christ ? » Il a émis la possibilité que ce soit bien cela. Quand j’ai trouvé la matrice de sceau (355 233), je me suis demandé si la fréquence de ce type d’objet au Danemark était comparable à celle observée en France. Mon analyse penchait pour une rareté plus grande. Il faut dire qu’à cette époque, le royaume danois ne rayonnait pas comme la France, ce qui impliquait un certain retard dans l’usage des matrices de sceaux. Mon impression s’est révélée juste : l’archéologue a montré un intérêt évident pour cet objet, et je doute fort qu’il me le rende. Il devrait, à mon avis, être classé Danefæ, c’est-à-dire trésor national. En revanche, lorsque j’ai découvert la statuette en bronze représentant un ours polaire (7 centimètres n° 355 250), ma première réaction fut d’y voir une statuette gallo-romaine – hypothèse qui aurait eu du sens en France, mais pas là-bas ! Les Romains ne sont jamais montés jusque-là, et les ours polaires ne chassaient pas dans l’Empire… Je suis donc redescendu de mon nuage, et je me demande encore sous quelle étoile cet ours a vu le jour. Cette trouvaille a d’ailleurs clôturé ma plus belle journée : plusieurs monnaies, la matrice, la bague en or et la statuette en bronze. Il y a des jours comme ça… J’ai présenté l’ours en dernier à l’archéologue. Il est resté sans voix, visiblement perplexe. J’ai fait traduire ma question par Thomas : — « Selon vous, de quand cela date-t-il ? » Il a botté en touche, précisant que les Vikings ne réalisaient pas de représentations en trois dimensions, et que l’objet devait donc être postérieur à l’ère Viking. Peu importe : ils disposent de tout le matériel nécessaire pour dater cet objet et décider de le déclarer Danefæ ou de me le restituer. Une fois l’étude des dix-sept objets achevée et leur sort tranché, je recevrai de leur part, pour chacun, des photos de qualité des objets restaurés, ainsi qu’une étude archéologique détaillée. Ce sera donc l’objet d’un autre article – mais cela peut prendre plus d’un an. Rassurezvous, vous saurez tout ! Thomas a déclaré plus de trouvailles que moi mais beaucoup plus communes il a en revanche, sorti une très belle fibule viking représentant un dragon ou un griffon à droite.

Réflexion finale

Il a fallu cette remarque de l’archéologue sur la représentation en deux dimensions à l’époque viking pour que je comprenne que le Danemark n’a, en réalité, que deux grandes périodes historiques bien représentées sur son territoire : L’ère néolithique, avec la taille du silex, omniprésente. Il y en a littéralement partout dans les champs ; on marche dessus à chaque pas. Certains éclats sont coupants comme des rasoirs, et mieux vaut ne pas se promener pieds nus sous peine d’y laisser un orteil. Le voisin de Thomas, agriculteur, nous a montré les sept haches en pierre taillée qu’il a trouvées à l’oeil nu dans ses champs. Pendant nos dix jours sur place, une promeneuse du village voisin en a même trouvé une autre, et sur DIME, les prospecteurs déclarent les éclats de silex taillés qu’ils repèrent simplement en marchant. La seconde c’est l’ère viking, bien sûr. L’archéologue a immédiatement confronté la statuette à cette période, et à aucune autre. On peut dire que ce fut une expérience très enrichissante. S’il ne me fallait retenir qu’un seul souvenir, ce serait celui de cette impression de liberté, de totale zénitude, à prospecter partout sans se poser de questions, avec le sourire aimable des passants ou du paysan qui te salue depuis son tracteur. Les archéologues français devraient en prendre de la graine. Faire de la prospection en France est devenu synonyme de stress pour les prospecteurs – et de pertes historiques considérables pour notre patrimoine. Ils en sont les seuls responsables. Ah non, c’est vrai… il n’y a plus de responsabilité dans la fonction publique : on reste à son poste, même au détriment des bijoux de la couronne !

Gilles cavaillé

Prospection poétique dans le silence d’un bois.

Je suis parti tôt ce matin, le détecteur en bandoulière, le sac chargé d’espoir plus que d’outils. Le ciel était bas, la lumière tamisée, et le petit bois que j’avais repéré la veille semblait m’appeler. Il s’étendait sur une pente un peu raide et traîtresse, couverte de feuilles mortes et de ronces discrètes. Un lieu oublié, loin des sentiers battus, où je m’imaginais déjà exhumer quelques vestiges enfouis depuis des siècles. La première heure a été très calme, juste deux cartouches à broches et quelques sons de petits ferreux que j’ai ignorés. Le mouvement répétitif du disque sur le sol, ce frottement sur le sol humide, le bruissement de mes pas dans la végétation était quasiment le seul bruit que mes oreilles captaient. Je balayais méthodiquement, ligne après ligne, comme un scribe cherchant des mots dans la terre. Rien. Pas même un double tournois ou un Napoléon 5 centimes… Le détecteur restait muet, indifférent à mes efforts. Je m’arrêtais parfois, essuyant mon front, écoutant le vent qui venait de se lever dans les branches. Il y avait une beauté étrange dans cette absence de résultat. Une forme de méditation. Le monde moderne semblait loin, et moi, là, seul avec mon détecteur, je devenais une sorte de pèlerin, cherchant non pas un trésor, mais une réponse. Et la réponse est venue, non pas, amis prospecteurs comme une belle trouvaille à vous faire devenir vert de jalousie mais comme une scène figée dans le passé que j’ai pu reconstituer. M’étant arrêté pour satisfaire un besoin naturel que ma prostate fatiguée me fait renouveler régulièrement. J’avisais, sur l’arbre sur lequel j’urinais, un goulot de bouteille attaché au bout d’une ficelle à mi-hauteur d’homme. Elle était quasiment invisible, de la même couleur que toute la végétation et la corde fine et noire. Pourquoi est-elle attachée ? Et je remonte ainsi les fils de ma pensée et de la bouteille et je découvre que le fil est attaché au tronc et que l’autre extrémité pendouille vers le sol, je tire dessus et j’extrais des feuilles mortes un autre goulot attaché. Je crois avoir compris assez rapidement quand j’ai également trouvé la même ficelle nouée à un autre tronc éloigné de quelques mètres avec un autre goulot de bouteille accroché. Je suis tombé sur un stand de tir, occasionnel avec des bouteilles attachées à une ficelle entre deux troncs. Vu que le petit bois était avare de trouvailles sympathiques, je me suis focalisé sur ma découverte, et pensé qu’il ou ils avaient dû se mettre en contrebas pour que les balles se perdent en terre et je me suis dit que j’allais trouver les douilles et repérer ainsi d’où ils avaient tiré. Ça n’a pas traîné, j’ai trouvé des douilles de 7.65 mm1. Je suis allé plus loin dans mon délire, j’ai visualisé la ligne de tir et ou devaient se perdre les balles en terre et j’y ai passé mon disque qui n’a pas tardé à me livrer les balles enfouies. Ce petit intermède m’a bien pris une demi-heure. Et pourtant, je n’ai pas regretté. Ce bois, ce silence, cette obstination… c’était une rencontre dans le temps ou simplement un moment à moi, hors du temps. Je suis reparti bredouille, mais pas vide. Le bois m’avait parlé.

Larry Yégeois

1. Sur le culot après un nettoyage poussé et sous loupe j’ai lu : 7.65 B et plus loin 12 S & B.

Une trouvaille inoubliable dans la Montagne Noire

Il y a quelques années, alors que je revenais d’une session de pêche en ruisseau dans la Montagne Noire, sur les hauteurs de Mazamet, j’ai pris un raccourci pour regagner ma voiture, garée à bonne distance. Sur un versant escarpé, à l’ombre de majestueux hêtres, j’ai remarqué les traces de vie ancienne : de vieilles murettes de pierre, un petit abri de berger effondré… L’endroit dégageait une atmosphère particulière. C’était la saison des champignons, et au fil de la descente, je ramasse plusieurs kilos de cèpes. La journée était déjà belle ; elle s’annonçait désormais inoubliable. Plus récemment, comme tout bon passionné de détection, je me demandais où passer un après-midi à la fois utile et plaisant. Le souvenir de ce lieu me revient soudainement : ces ruines discrètes, cette pente oubliée…Ni une, ni deux, j’y retourne. Rapidement, je mets la main sur quelques objets : monnaies Savo (dommage), fers à ânes, clous forgés. Et puis, après environ une heure et demie de prospection, le signal tant espéré retentit. Je creuse. Et là, l’incroyable : une pièce de vingt francs en or surgit du sol ! Mon coeur s’emballe, l’émotion me gagne. Je rentre chez moi, comblé. Un mois plus tard, je décide d’explorer la partie la plus pentue, que j’avais laissée de côté. Les premières trouvailles sont encourageantes : quelques Napoléon en cuivre, une petite 50 centimes argent Napoléon. Puis, au pied d’un gros rocher, un signal aigu à 70 sur mon « DETECH CHASER », à environ 30 cm de profondeur. Je dégage trois premières monnaies. Pris par l’intensité du moment, je prends quelques photos, allume une cigarette pour souffler un peu. Je repasse le détecteur… Nouveau son. Puis un autre. Et encore un. Abandonnant la pelle, je poursuis au couteau (un Opinel) pendant deux bonnes heures. Résultat : 60 monnaies extraites du même trou ! Il est 18 h, la lumière décline, je décide de rentrer, la tête pleine d’images. Quatre jours plus tard, je retourne sur le site. Je retrouve encore trois monnaies… et une superbe Henri IV, datée de 1632. Des instants rares, intenses. De ceux qui vous rappellent pourquoi on aime tant la détection. Et qui, au fil des années, restent gravés dans la mémoire comme de véritables trésors. B81

1 € pour 20 grammes d’argent: merci, au revoir !

L ’or a explosé les compteurs en 2025. Au début des années 2000 et jusqu’à la fin de l’année 2005, le prix moyen du Napoléon était compris entre 55 et 60 €. Au premier trimestre de 2006, il atteint pour la première fois les 100 € le 10 mai 2006. Il stagne ensuite entre 85 et 90 € pendant une année, puis repasse le cap des 100 € le 9 novembre 2007. À partir de là, c’est une montée régulière jusqu’au 19 août 2011, où un pic est atteint à 285 €. Les marchés s’affolent, puis la conjoncture internationale se calme, et le cours redescend plus lentement qu’il n’est monté, atteignant un point bas le 30 décembre 2013 à 174 €. Le 29 août 2018, il est à 192 €. Durant ces cinq années, il n’a fait que monter et descendre dans de faibles proportions. Ce jour-là, il entame une hausse continue jusqu’en juin 2025, atteignant 550 €. Oui, vous avez bien lu : en 25 ans, le Napoléon a été multiplié par 11. Aujourd’hui, le moindre gramme d’or pur atteint 94 €. Alors, quand j’ai trouvé dans ma boîte aux lettres un prospectus me proposant de racheter mon or, mon argent et tout un tas de choses, la curiosité m’a pris, et je me suis dit que je pouvais vous faire profiter de l’occasion.

Tout d’abord, le prospectus (dont j’ai caché le nom de la société) a été déposé dans les communes avoisinantes. Ensuite, la société loue un emplacement dans un village alentour et y envoie un employé chargé de recevoir les gens toute la journée, avec repas, hôtel et autres frais pris en charge. Je ne parle même pas de l’organisation en amont : repérage des bons emplacements par un secrétariat, réservations de salle, etc. Bref, le jour venu, je me rends dans le village, une bastide historique avec une place carrée bordée de restaurants n’accueillant des touristes qu’en été. Le lieu choisi est une gargote sous les arcades. De loin, je vois une file impressionnante. Je n’en reviens pas du succès du prospectus. En m’approchant, je me rends compte qu’il s’agit en réalité d’un groupe de personnes âgées écoutant un guide touristique. Heureusement, sinon la semaine suivante je changeais de métier…Je repère le restaurant, entre sur la place, et là, changement d’ambiance : un homme seul attend à une table encombrée de prospectus, de pierres de touche et de divers produits. Je suis censé ignorer la valeur de ce que j’apporte. J’ai choisi un échantillon varié : deux pièces d’or (50 F 1867 et 20 F Coq 1907), deux pièces d’argent (50 F Hercule et 5 F Semeuse), deux pièces de cuivre (5 centimes Napoléon et 2 kreuzers), et pour la collection, un “Barber Quarter” US (coté 40 €), une pièce allemande de Hambourg (2 Mark 1877, cotée à 30 € environ) et une monnaie féodale de Morlaàs, un denier de Centulle. J’ai aussi ajouté deux bagues en or et deux en argent. L’homme commence par les pièces d’argent françaises, les met de côté, puis passe aux étrangères. D’emblée, il les photographie pour chercher leur valeur sur Google… Manque de chance : en pleine campagne, le réseau est faible et le chargement très lent. Il abandonne après la Centulle. Il me rend toutes les pièces d’argent, en commençant par celle de Morlaàs, affirmant qu’elle est trop usée pour être vendable (c’est pourtant une TTB-SUP, mais clairement ce n’est pas un numismate, c’est un acheteur de métal). Il est honnête en me rendant la 50 F, il me dit sa valeur (30 €), idem pour la Semeuse (8 €), et il me rend les autres : l’allemande annoncée à 15 €, le quarter à 5 €. Les monnaies en argent et cuivre ne l’intéressent pas. C’est aussi une façon de rassurer le client en donnant un gage de transparence avant l’achat du métal or. Il passe aux bagues en argent : test à la pierre de touche, puis pesée. La balance affiche 19,9 g. Idem pour les bagues en or : 18 carats, 5,19 g. Cela confirme mes propres tests, car je suis équipé pour les bijoux. Enfin, le meilleur pour la fin : il pèse les deux pièces d’or pour en vérifier le poids. Tout est correct. J’attends sa proposition. Il fait ses calculs sur son calepin. Je regarde les mouches voler tout en gardant un œil sur mon stock. Il m’annonce le prix pour les deux bagues en argent, en y mettant les formes : 1 €. Oui, 1 € pour 19 g d’argent. Je m’attendais à mieux. (1. cours du kilo d’argent au 4 juin 2025 : 1 100 €.) Pour les deux pièces d’or et les 5 g de bagues, il m’annonce 1 200 €, net d’impôt, net de taxe (11,5 % à sa charge), frais de vente inclus. Je décline poliment la proposition et rentre chez moi. Passons au calcul ! Valeur du Napoléon ce jour : 555 €. Valeur de la 50 F or : 1 387 € (poids de l’or en collection ; mais en collection, elle se vend entre 1650 et 1 850 €). Valeur des bagues : 360 € (avec décote 18 K). Total : 2 277 €. Retrait des 11,5 % de taxe : – 261 € = 2 016 €. En enlevant une marge commerciale raisonnable de 30 % (soit environ 600 €), on obtient une offre attendue de 1 416 €. Le différentiel avec la proposition faite est donc de 216 €, soit une marge de plus de 40 %. C’est ce qu’il faut pour payer l’État vorace et survivre, mais cela reste au détriment du vendeur. Quelles alternatives si vous souhaitez transformer un peu d’or pour changer la tondeuse à gazon ? En premier lieu : les numismates professionnels, qui prennent une commission de 10 à 15 % sur vente. Inconvénient : ventes à long terme, donc l’herbe continuera de pousser. En second lieu : les sites spécialisés comme Catawiki. Sécurisés en principe, mais les escrocs ont souvent un coup d’avance. Marge du site : 8 %. Il reste des sites comme Le Bon Coin ou eBay, sans frais, mais avec un risque : toujours se renseigner sur l’acheteur. Beaucoup d’avis favorables ? C’est bon. Créé la veille ? Refusez. Enfin, certains spécialistes européens achètent l’or français dans leur pays, sans nécessiter de déplacement. Envois possibles. Les prospecteurs de plage connaissent bien cette option et profitent d’une fiscalité plus avantageuse qu’en France pour convertir leurs bijoux. Nos voisins belges, allemands ou anglais ont flairé la bonne affaire et ont mis au point des processus rassurants pour acheter votre or à distance. Et là, la différence entre la somme proposée par le professionnel rencontré et celle de ces autres options n’est plus anodine. Si j’avais accepté sa proposition, adieu la tondeuse… bonjour la débroussailleuse !

Prosper Ecroit

Minéraline du Dr C.Baud

Chaque trouvaille fortuite n’est pas faite d’or ou d’argent. Le plus souvent les métaux dits vulgaires, peuvent nous apporter du plaisir à identifier et découvrir. Ainsi récemment, il m’a été donné de tomber sur un outil en fer dont le manche en bois avait disparu appelé serpette. Cette dernière disposait d’un double tranchant dont je ne comprenais pas l’utilité mais qui s’est avéré être utile pour les greffons. J’ai pu dater cet outil de la fin XVIIIe au début XIXe siècle. Vient ensuite cette découverte de couvercle en aluminium en plein champ isolé. Il y a un logo au centre et une inscription sur le pourtour que je déchiffre facilement : « Minéraline du Dr C. Baud ». Cela fait plus de quarante ans que je détecte et je n’ai pas souvenir d’avoir déjà trouvé cela ou vu chez un de mes collègues. Qu’à cela ne tienne, le Web nous permet une instruction rapide et facile, fini les Larousse volumineux et poussiéreux. Et voilà les informations que j’ai pu glaner. La Minéraline du Dr. C. Baud était un produit médical utilisé pour la protection et l’hygiène de la peau. Plus précisément, il s’agissait d’une poudre, souvent conditionnée dans des boîtes en métal, destinée à apaiser et protéger la peau, probablement contre les irritations ou les inflammations. Le produit était disponible dans les années 1940 et 1950 et était fabriqué à Gennevilliers, dans la Seine . Il s’agit plus précisément d’un talc pour les enfants. Les emballages de ce produit étaient dans des boites de fer blanc ou d’aluminium (le mien est en alu), et sont aujourd’hui considérés comme des objets de collection et peuvent être utilisés à des fins décoratives, en particulier dans des environnements évoquant le style des années 40-50. Je joins une photo de l’objet d’origine trouvé sur eBay à la vente pour la boite complète. Je me suis intéressé au docteur C. Baud, mais j’ai fait chou blanc. Il existe un Docteur Victor Baud connu du milieu spécialisé et dont la période est antérieure à celle de la minéraline. Mais peut-être qu’elle découle de ses travaux. Mais en lisant la biographie de ce monsieur je n’ai pas trouvé de référence à une quelconque commercialisation d’un talc. Alors il s’agit peut-être d’un prêtenom tout simplement. Voilà comment on peut positiver une prospection sans trouvaille notoire d’intérêt majeur en numismatique… Et puis mon imagination aidant, je me dis que mes grands-parents ont tenu cette boite dans leurs mains pour saupoudrer les fesses de mes géniteurs…

Gilles Cavaillé

source CollecOnline, Mille Trésors.

Cahiers de prospection, 2012 Epilogue

Suite des cahiers de prospection tenus après chaque sortie depuis 1993 par un fidèle abonné de la revue.

Alexandre

Lundi 16 avril 2012

Je me lève à 6h30 et je pars pour une ruine au-dessus d’Ax-les-Thermes. Il fait beau mais c’est tout mouillé. Heureusement j’ai pris les bottes. Je vais derrière les restes de murs, je laisse le sac dans les buis et je prospecte dans un grand endroit sans arbre avec une herbe très épaisse, sur un terreau noir avec d’énormes taupinières. (J’ai vu un isard sur la route avant d’arriver aux ruines). Il y a une plante bizarre comme une grosse tulipe qui pousse partout. A 9h30 je trouve ma première pièce : une belle médiévale en argent, totalement inconnue, en bon état. Toujours dans cet éboulis, je vais trouver un DTL, une obole en argent malheureusement avec un petit manque, un morceau de pièce, la moitié d’un denier de Toulouse, et une cartouche de 6 mm à broche, non tirée ! Mais aucun morceau de boucle. Il y a plein de trous de prospecteurs. Sous les buis par contre je ne trouve rien. Au moment où je remontais pour aller de l’autre côté je vois un gars et une fille sur le parking. Je vais donc faire plutôt le côté route en arrivant mais c’est plein de déchets. Je vais manger à la voiture puis je fais le soleilla dans les rochers mais là aussi c’est plein de papiers d’alu. Je trouve juste un DTL.

Jeudi 19 avril 2012

Je pars dans l’Ariège à 8 h malgré le temps maussade et couvert. A partir de Tarascon les montagnes plus loin sont carrément couvertes de neige. Je monte au village dont on voit la tour depuis la route nationale. Je me gare sur le petit parking à l’entrée. Deux employés municipaux viennent enlever les affiches des élections et mettre celles de Sarkosy et de Hollande. Je discute un moment avec eux de l’histoire du village. Je monte au château dont il ne reste que la tour, au sommet d’une grande butte. Il y a plein de poules en liberté sur la ruelle. La partie de la butte tournée vers le village est entretenue, l’herbe est coupée, mais de l’autre côté c’est plein de ronces, d’herbes hautes et d’orties, avec plusieurs passages… sur lesquels il y a des trous de prospection. Je descends de ce côté de façon à arriver sur le versant boisé qui est en face de la route, en contre-bas. Je commence à chercher et j’ai tout de suite des sons : je trouve d’abord une broche cassée avec des brillants, puis au-dessus une pièce d’un demifranc 1873 en argent. Toute la colline est coupée de murs de pierres non bâties qui ont retenu de petites terrasses très étroites, qui devaient être en jardins, certaines sont même entretenues en prairies. Je vais trouver uniquement du moderne, une bague en cuivre, un cloche de vache et deux DTL. Je m’aperçois que j’ai perdu le protège disque, mais je vais le retrouver un moment après. Il y a un vent terrible qui s’est levé, d’une force incroyable, il m’envoie des branches partout. Par contre il fait très bon. Je reviens dans les abords de la tour et je fais le pentu au raz des broussailles et du sommet : je vais trouver deux balles de golf, un décapsuleur, 10 centimes d’euro, un franc Pétain, une pièce trouée, et tout en bas contre un rocher une jolie contreplaque de boucle avec un X en émail bleu. Puis pendant que je remets le détecteur dans le sac une dame arrive avec deux enfants pour goûter au pied de la tour, nous parlons un peu de ce vent de fou et je m’en vais.

Samedi 21 avril 2012

Après une quinzaine de pluie et surtout de froid, je décide malgré la météo mauvaise de partir dans l’Aude. Départ 7h30. Je suis là-haut à 9h30. Il fait un peu froid, vent et nuages. L’herbe est bien rase et tassée, l’hiver a été rude. Les ruisseaux sont tous gonflés et coulent de partout. Je vais directement sur le site, et oh surprise ! en plein milieu d’une sente de sauvagine, même pas enterrée, une belle drachme cubiste qui m’attendait pour me souhaiter la bienvenue ! Il est à peine 10h30. Ronces, fougères, buis, commencent à envahir sérieusement l’endroit… Je cherche jusqu’au coin où j’avais dormi sous le grand sapin. Rien. En redescendant je trouve un moyen bronze celtibère et un gros clou de bronze (j’ai cru un instant que c’était un coin monétaire) puis je reviens au sac de l’autre côté du chemin et je trouve un autre bronze. Je monte sur la colline où je pense avoir trouvé un fond de cabane et je vais y sortir un potin et deux autres petits bronzes. Puis je vais faire la bande au-dessus du chemin et je trouve une épaisse bague en bronze. Passent alors dans le chemin forestier une bonne dizaine de cyclistes qui font du VTT. Ils me demandent si ça marche ! Je vais ensuite dans la bande de terre plane qui domine tout l’endroit et je vais y trouver encore 2 bronzes, toujours des Celtibères. Mais à 17 h la pluie arrive, j’ai juste le temps de revenir au sac, mettre le poncho, tout emballer et commencer à descendre. J’arrive à la voiture le pantalon complètement trempé. Je suis à la maison à 19h30.

Petit intermède sur cet endroit

Il y a donc, dans la forêt, aux confins de l’Aude et de l’Ariège, un minuscule plateau serti entre de petites buttes et dominé à gauche et à droite par de hautes falaises de roches. En 2003, invité un dimanche chez des amis qui avaient une résidence secondaire près de Luchon, j’entends leur voisin nous raconter que son père, maquisard, lui avait demandé de venir l’aider à déposer dans une grotte une caisse d’armes allemandes, un an ou deux après la fin de la dernière guerre… Il avait douze ou treize ans… Ils habitaient alors près de Chalabre, et quelques semaines après, son père a trouvé du travail à Toulouse et ils ont déménagé… Il n’a plus jamais entendu parler ni de la caisse ni de la grotte… Je me procure la carte IGN du secteur, je repère une grotte pas très loin d’une route, et en octobre 2003 je pars avec mon frère en exploration. Nous laissons la voiture sur une aire de débardage et nous montons en direction des falaises par un chemin de terre. Après avoir grimpé plusieurs raidillons nous traversons un petit plateau et je remarque depuis le chemin, sous les plantations de grands sapins, plusieurs tas de pierres, hauts d’un mètre environ. Je me dis en moi-même : « tiens, on dirait des cabanes gauloises écroulées » (on n’a pas idée d’avoir des idées pareilles !). Nous finissons par arriver à la grotte, beaucoup plus loin, en sachant très bien que ce n’est pas la bonne, vu la distance pour y parvenir, plus d’un kilomètre de chemin forestier non carrossable. Il n’y aura pas d’autre tentative pour trouver la vraie. Fin février 2004, pensant toujours à ces « pierriers », je décide d’y revenir en compagnie d’un Adventis, le premier détecteur de XP, Décembre – Janvier 2024 le génial fabricant toulousain. Il fait un froid de loup, et quand j’arrive sur le plateau, il reste quelques larges flaques de neige. Mais toutes les herbes et les fougères ont été tassées et écrasées, et dès que je lâche l’Adventis, il commence à chercher sous les sapins. Et voilà-t-il pas qu’il me sort une, deux, trois pièces en bronze, avec des têtes d’un côté et des cavaliers de l’autre, et des lettres bizarres, pas chrétiennes… Je n’en ai jamais trouvé de pareilles et je me demande bien ce que c’est… Je n’apprendrai que dans la semaine que ce sont des celtibères… Je décide de m’écarter du chemin et d’aller autour des tas de pierres, sur le plat. Il y a plein de noi noisetiers, et pour les éviter, je traverse une sorte de chemin creux parallèle au sentier actuel, très profond (peut-être l’ancien chemin, raviné, creusé par la traine des grumes) et j’arrive sur une zone à peu près propre, terre noire et petites roches, au pied d’une énorme souche de sapin. L’Adventis, qui avait continué à chercher sans rien trouver, se remet en chasse aussitôt. Ah, un son… presque en surface, un petit morceau d’argent, même pas rond, assez épais, plein de terre, mais c’est une drachme gauloise des Tectosages ! Mais ce coquin d’Adventis ne me laisse pas le temps de la nettoyer, il m’en trouve une autre, puis une autre, et une quatrième à quelques centimètres les unes des autres. Bon, là, ça suffit, j’ai compris, je lui dis d’arrêter, je pose le sac sur la souche de sapin. Il est à peine 10h30. La grosse souche est au bord de la pente très raide qui dévale sur le versant plein de grosses roches, aussi je guide l’Adventis, impatient, vers le haut à peu près plat. Et ça sonne de partout… à midi, j’ai ramassé deux bonnes dizaines de pièces, je les pose au fur et à mesure sur la souche de sapin. Toutes des drachmes des Volques Tectosages, noires et terreuses. Je casse la croûte vite fait et je reprends aussitôt pour finir le coin partout où je peux passer entre les pieds de ronces et de buis. J’en sors une dizaine de plus et vers 15 h je reprends le sac car la nuit tombe vite et je ne connais pas trop le chemin pour descendre. L’Adventis com commence à râler, il veut chercher encore (ce n’est pas lui qui porte le sac et qui creuse), je le fourre dans le sac à dos et on commence à descendre. A moitié pente, je fais partir un cerf magnifique. Il commence à faire sombre quand j’arrive à la voiture, cette dégringolade des pentes raides et boueuses, dans un silence total, loin de tout habitat, au milieu des pins immenses, sous un ciel bas et noir, a quelque chose de lugubre, malgré toutes les pièces qui cliquètent dans ma poche. J’arrive à la maison vers 19 h et je mets tout de suite les pièces à tremper pour les nettoyer. Cédant aux injonctions pressantes de l’Adventis (puis, après sa retraite, à celles de ses cousins, Gmaxx, Goldmax Power et Deus) je vais remonter là-haut de 2004 à 2021 des dizaines et des dizaines de fois, passant sur place plusieurs fois une ou deux nuits à la belle étoile. Je vais trouver plusieurs centaines de drachmes volques des Tectosages, quelques-unes des Arécomiques (« têtes de nègres » et des Bouclés du Caussé. Mais aussi des balles de frondes, des pièces celtibères, des bagues, des anneaux, des rouelles de bronze, un poignard de fer, des DTL, quelques petits bronzes romains, un briquet de cuivre à capuchon, mèche de coton et réservoir d’essence (sans plomb ou diésel ?), une tige de bronze, plate, décorée et travaillée aux deux bouts, sûrement un instrument de soins corporels. Des jours et des jours de balayages, de marches incessantes pour élargir toujours plus le périmètre de recherche. Au bout d’un an je cesse de passer par le chemin forestier, trop long, pour monter tout droit par les ornières creusées par les troncs de sapins descendus tirés par des chaines dont je vais trouver plusieurs morceaux avec de gros anneaux de fer. C’est presque de l’escalade, il faut souvent se tenir aux branches, de petits ruisseaux descendent partout, mais je suis en haut en une demi-heure au lieu de plus du double par le chemin.

Epilogue :

En janvier-février 2023 je commence à avoir quelques problèmes de santé : difficultés à marcher (les talons « tapent » quand je marche) problèmes respiratoires… Mon toubib me fait passer plein d’examens (scanner, radios, IRM, prises de sang, etc…). On ne trouve rien. Ce n’est qu’au bout d’un an, en janvier 2024, qu’on me dit à l’hôpital que j’ai la maladie de Charcot : pas de traitement, pas de guérison, vous allez finir sur un fauteuil roulant… Aussi le vendredi 14 juin 2024 après avoir moult réfléchi vu mon état, je décide d’amener mon alter ego de détection, le grand Domi en l’occurrence, pour lui révéler ce site avant qu’il ne soit trop tard… Je suis fermement décidé à le lui faire connaitre pour qu’il prenne le relais puisque je ne pourrai plus y aller… Je suis sûr qu’avec ses qualités de « détecto détectoriste hors pair », il trouvera même où je suis déjà passé et repassé… Je l’ai bien vu plusieurs fois sur ce champ qui a été ensemencé il y a 2500 ans en minuscules oboles de Marseille, faute de lentilles. Nous y allons régulièrement tous les deux, car la graine ne s’est pas perdue et quelques-unes repoussent. Et souvent je ne trouve rien, alors que Domi à quelques mètres derrière sur mes traces, réussit à en sortir de belles… Et n’a-t-il pas trouvé plusieurs monnaies à la croix des Volques sur un labour sans la moindre trace de galets, ni de briques ni de poteries ? Je le conduis au pied de l’endroit, je me gare à l’endroit habituel, nous prenons les sacs et nous commençons à monter. Il est dix heures du matin. Je marche très lentement en m’aidant de deux bâtons. De la route au départ du sentier, il y a deux ou trois cents mètres de chemin carrossable, j’arrive à avancer, quoiqu’en m’arrêtant souvent pour reprendre souffle. Mais quand nous attaquons le sentier, très raide, traversé par plusieurs petits ruisseaux, plein d’herbes, tapissé de traces de sauvagine, je suis obligé de m’arrêter tous les dix mètres. Je sais tout le chemin qui reste à gravir et je commence à me demander si je vais pouvoir arriver au bout. Mais Domi est très patient, il ne dit rien, s’arrête avec moi, m’encourage même à m’arrêter et à me reposer. Nous finissons par arriver à la première route forestière, puis la seconde un peu plus haut, et nous attaquons la dernière pente, la plus raide. Je dois souvent m’accrocher aux branches des sapins pour ne pas tomber. Je suis tellement épuisé que je ne reconnais que tardivement les derniers lacets du sentier et je dois envoyer Domi en exploration. Dix mètres par dix mètres, nous finissons par arriver sur le plateau. Il est plus de midi : nous avons mis plus de 2 heures pour monter, alors qu’avant il me fallait à peine une demi-heure. Nous posons les sacs sur une souche et nous cas cassons la croûte. Vers 13 h nous montons les Deus et j’amène péniblement Domi sur quelques endroits intéressants. Je suis déçu de constater que depuis mes dernières venues en 2021, la végétation a tout envahi. Epuisé, incapable de détecter, je laisse Domi chercher tout seul et je retourne aux sacs en lui demandant de me rejoindre vers 14h30-15 h. Je me repose et effectivement à 14h30 il revient (pas de trouvaille), nous remballons les Deus et nous commençons à descendre… Et c’est tout de suite l’horreur… Habitué des randonnées en altitude, Domi m’avait bien dit que la descente était souvent plus pénible que la montée, mais je ne m’attendais pas à un tel calvaire. Dans cette pente raide, encombrée de roches qui roulent sous le pied, de racines, de grosses branches mortes qu’il faut enjamber, ce n’est plus tous les dix mètres que je dois m’arrêter, mais tous les deux ou trois mètres. Chères lectrices, chers lecteurs de Monnaies, Cet article est le dernier… la maladie, de plus en plus invalidante, m’oblige à arrêter de raconter toutes mes sorties… ce que je faisais depuis plus de vingt ans… je ne vous ennuierai plus avec mes aventures ! Je vous souhaite à toutes et à tous de faire de belles trouvailles, de découvrir des sites prometteurs, de vous éclater en déterrant une belle monnaie ou quelque artefact ancien ! Je souhaite surtout que les stupides lois françaises ostracisant la Détection soient remplacées par une coopération Archéologues-Prospecteurs, comme en Angleterre, pour le plus grand bien de l’Archéologie… Je termine par un petit sonnet bien connu dans lequel vous vous reconnaitrez ! Ma jambe droite ne m’obéit plus, elle se plie en arrière et je m’assois dessus en tombant plusieurs fois. Pas moyen de me relever, Domi est obligé de me remettre debout… Il essaie de m’aider à marcher sans tomber en me tenant par le sac à dos ou la ceinture mais en pure perte. Il commence à me dire que je n’arriverai pas en bas et qu’il va aller chercher du secours… Après plusieurs arrêts et plein de chutes, nous finissons par parvenir à la première route forestière, puis la seconde. Mais là, je n’en peux plus, je ne me vois pas descendre la partie la plus longue et la plus raide… je ne peux plus avancer… Domi est d’accord : il laisse son sac, qui pèse une tonne, je lui donne la clé de ma voiture, il va descendre rapidement et aller au village se faire ouvrir la route forestière et venir me chercher… Je lui demande en cas de problème de prévenir les pompiers… Il est 15h30, il me dit qu’il sera là dans une heure… Dès qu’il est parti je me couche sur le bord du fossé et j’attends Réussira-t-il à trouver quelqu’un, à dire où je suis, à retrouver l’endroit ? Et à peine trois quarts d’heure après, je vois arriver ma voiture par la gauche de la route forestière… Elle s’arrête à ma hauteur, Domi et son passager descendent et viennent m’aider à me relever et à m’installer sur le siège arrière, Domi charge les sacs et va faire demi-tour un peu plus haut… Et en roulant sur les 5 ou 6 km de route forestière pleine de cahots, il me raconte que sans le sac il a pu redescendre très vite, prendre la voiture, aller au hameau où il n’a vu personne, mais qu’en passant il a vu derrière un portail un coffre de voiture ouvert et qu’il a sonné… Il est tombé sur le bon samaritain : le gars lui a proposé de venir avec lui pour lui montrer le départ de la route forestière (non fermée mais réservée à l’ONF ou aux ayants droits). Je me voyais déjà passer la nuit au bord du fossé en faisant partir sangliers et renards à coups de piochons… Merci Domi !

Nous rejoignons la route nationale, nous rame-nons le gars chez lui en lui adressant force remerciements, et nous rentrons. Nous sommes à la maison vers 18h30…

Chères lectrices, chers lecteurs de Monnaies, Cet article est le dernier…

la maladie, de plus en plus invalidante, m’oblige à arrêter de raconter toutes mes sorties… ce que je faisais depuis plus de vingt ans… je ne vous ennuierai plus avec mes aventures ! Je vous souhaite à toutes et à tous de faire de belles trouvailles, de découvrir des sites prometteurs, de vous éclater en déterrant une belle monnaie ou quelque artefact ancien ! Je souhaite surtout que les stupides lois françaises ostracisant la Détection soient remplacées par une coopération Archéologues-Prospecteurs, comme en Angleterre, pour le plus grand bien de l’Archéologie… Je termine par un petit sonnet bien connu dans lequel vous vous reconnaitrez !

Demain dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne

Je détecterai, écu, je sais que tu m’attends

j’irai par la forêt, j’irai par la montagne

Je ne puis demeurer sans chercher plus longtemps.

Je marcherai les yeux fixés sur mon Deus

Sans rien voir au-dehors, sans entendre aucun bruit

Crevé, fourbu, les bras cassés, pas d’aureus

Le jour sera pour moi trop court jusqu’à la nuit.

Je ne regarderai ni l’écran du portable

Ni les traces de bêtes en piétinant les fleurs

Et quand je rentrerai je mettrai sur la table

Un paquet de trouvailles et d’heures de bonheur.

Vive la Prospection !

Longue vie à Monnaies et Détections !

Jacques C

La plage aux bagues

En attendant que la marée descende, je décide de détecter un peu sur le sable sec du haut
de plage. C’est le mois d’octobre, les monnaies ont déjà été ratissées par de nombreuses
autres personnes mais le hasard des parcours et le travail des vagues font qu’on retrouve
toujours quelques objets sympas. Effectivement, je ne trouve que des pièces en francs,
ce qui est plutôt une bonne nouvelle car cela veut dire que les couches de sable ont été
remuées par la mer.

Tiens, voilà un autre prospecteur qui vient à ma rencontre : c’est Marco que je n’avais jamais ren- contré, mais nous fréquentons le même forum. La discussion s’engage sur notre loisir, le matériel, nos trouvailles de plage, de terre et de vacances… Nous décidons de continuer notre sortie ensemble et nous voilà partis à l’assaut de l’estran qui s’agrandit de minute en minute. Nous sommes confiants car depuis quelques jours il y a du gros temps avec du vent et les vagues sont fortes. Nous balayons encore et encore mais plus le temps passe et plus nous désespérons car très peu de sons s’offrent à nous et ce ne sont que des déchets. Au bout d’une heure de recherche presque vaine, Marco me dit : « On va aller au bout de ce rocher qui découvre là-bas, car j’y trouve souvent des bagues en argent. » Je trouve l’offre enthou- siasmante et j’apprécie ce partage de la connaissance qu’il a de la plage ; nous nous y dirigeons. Rien à faire, aujourd’hui pas de bijoux à mettre dans notre poche, tout juste quelques pièces, des morceaux d’accastillage de voile, et des plombs de pêche récents. Marco étend le bras et me dit ensuite : « Cet espace sous la maison rouge, c’est souvent très bon. » Nous balayons, ratissons, marchons, mais toujours rien. Bon, maintenant que la mer remonte et que je commence à en avoir assez de cette plage, je prends congé de Marco en le remerciant pour cette sortie commune. Je lui indique que je suis stationné juste à l’aplomb de notre position actuelle et je remonte tout droit vers ma voiture en continuant à détecter quand même. A peine trente mètres de parcourus qu’un bon son bien rond me remplit le casque. Je me retourne et je vois mon copain s’immobiliser et me regarder. Un coup de pelle et je sors une belle alliance bien épaisse. Aus- sitôt Marco vient me rejoindre et nous discutons à propos de cette zone favorable. Nous sommes remotivés par cette trouvaille et nous voilà repartis à détecter de plus belle. Il ne m’aura fallu que dix mètres et quelques minutes pour qu’un nouveau son me cloue sur place. Marco devine ce qui arrive et avant que je creuse, il me dit : « Mais non, c’est pas possible ! » Deux coups de pelle, je fouille le tas et je mets au jour une magnifique chevalière avec des armoiries. Nous sommes tous les deux sous le coup de l’émotion de ces deux bagues successives et nous sommes bien conscients de l’étrangeté de la situation. Nous profitons du temps que la marée montante nous laisse pour quadriller le secteur mais nous ne trouvons rien de plus. Avant de se quitter Marco me dit : « Quand une plage t’offre ce genre de cadeau, tu reviens sans arrêt sur le spot. » Par la suite, j’ai appris que Marco est revenu le lendemain et a ratissé méthodiquement l’endroit sans trouver de bijoux. Personnellement je suis souvent revenu sur cette plage dans mois et les années suivantes et j’ai sorti d’autres anneaux dorés, d’ailleurs je l’ai nom- mée la plage aux bagues !

Nicolas Gueret



Recyclage de vos déchets découverts

« Cela fait de nombreuses années que je prospecte. Et pourtant, il y a peu de mois que j’ai décidé de recycler chez le ferrailleur toutes les trouvailles en fer (et souvent de grandes tailles) que j’ai déterrées ou simplement trouvées à l’œil nu dans nos campagnes.

Je me suis installé il y a quelques années dans un coin paumé loin des grandes villes. Si je veux du pain, j’ai six bornes à faire, si je veux un produit qui n’est pas de consommation courante, c’est quarante kilomètres minimum. Temu et Amazon ont encore de beaux jours devant eux… Ça c’est pour le côté contrainte, mais quel bonheur pour le reste ! Je peux sortir à pied de chez moi et me mettre à détecter. Équipé de ma moto électrique trial, je passe partout et je découvre tout un pan de l’histoire locale rien qu’en observant autour de moi. Là où je vis, c’est très pauvre, une terre aride et rocailleuse qui n’a jamais eu l’honneur de plaire aux Gallo-Romains. Les habitations sont rares. Pour vous donner une idée, ma commune fait quatorze kilomètres carrés et possède 218 habitants, soit quinze habitants au kilomètre carré. Le village concentre la majeure partie et le reste est disséminé. La plupart des maisons établies hors village sont des résidences secondaires habitées temporairement par les Belges et les Hollandais. Les Anglais, quant à eux, s’installent plus durablement. Bref, je prospecte sereinement en pleine journée à la seule vue des chevreuils et des renards.

Du coup, les trouvailles ne sont pas franchement fantastiques, quelques sempiternels doubles tournois, petits objets et de la ferraille dans les champs : pièces agricoles et autres. Mon côté nature m’obligeait à ranger dans mon sac de détection toutes les ferrailles détectées et les jeter ensuite à la maison dans une poubelle spéciale. Dans le même temps, je tombais régulièrement sur des dépôts sauvages des années soixante et début soixante-dix. Ça me fait tout le temps raler de voir des cuisinières en fonte, de vieilles casseroles, d’anciennes canalisations en cuivre qui équipaient des maisons, jetées pêle-mêle dans le premier trou venu dans le bois. En cuivre ? Vérifions ! Eh oui, sous la couche de peinture, c’est du cuivre. Ben tiens, en rentrant à la maison, je regarderai le prix du cuivre. Cela fait quelques décennies qu’il est là, il ne va pas s’envoler… entre six et sept euros le kilo selon le type de cuivre. Il y en a bien six à sept kilos, je retournerai les chercher. Ça me paiera l’essence de ma moto électrique et les piles de mon Deus…

J’ai vidé ma poubelle de prospection, il y avait bien une soixantaine de kilos de ferrailles. C’est décidé, j’irai pour la première fois de ma vie chez un ferrailleur. Sans faire jouer la concurrence, je suis allé au plus près pour me renseigner et je suis tombé sur une femme charmante qui connaissait bien son truc. Elle m’a expliqué les conditions : fournir une pièce d’identité (la première fois uniquement), avoir trié les métaux que vous apportez par catégorie de métal. Si vous avez un doute, tout ce qui est aimantable, c’est bon pour la ferraille. Ensuite, c’est posé sur la balance, on note le poids et ça va dans le conteneur spécifique. Si vous avez un objet qui contient plusieurs métaux, ça part au poids de la ferraille. Je pensais qu’ils ne prendraient pas les objets en fer que j’ai détectés et qui sont archi-rouillés. En fait, cela ne leur pose aucun problème, tout va à la fonte. Elle m’a spécifié aussi qu’il n’y avait pas de minimum de poids requis pour faire la transaction, mais bon, il est inutile d’aller perdre son temps et le leur pour dix kilos de fer (+ ou – 1.6€). Attendez d’en avoir plus.

 Je suis donc retourné la bas et pour avoir un spectre large de gamme de métaux j’ai fouillé dans mon stock de trouvailles rangé au garage, j’ai sorti des douilles de balle en cuivre pour voir s’ils allaient les prendre, du plomb, (il m’arrive de détecter en plage ou rivière…) mais j’ai gardé mes balles napoléoniennes, de l’alu, mais le papier d’alu de détection va directement dans la poubelle. Cependant, j’avais ramené d’un dépôt ancien un gros tube en alu de vingt centimètres sur cinq mètres et du zinc provenant d’un autre. Enfin, elle m’avait précisé qu’ils ne reprenaient pas l’or et l’argent, ça tombe bien, je n’en ai pas !

 Au jour J je me présente au centre de récupération, j’avais bien retenu la leçon et préparé mon stock par catégorie de métal.  La dame a tiqué sur mes douilles de balles en cuivre, mais je l’ai rassuré en disant qu’il ne s’agit que des douilles tirées et qu’il n’y avait absolument pas de balles avec poudre dans le tas.  Pour les tuyaux en cuivre, elle passe tout simplement un aimant dessus, et si il y a la moindre accroche magnétique, elle élimine sans sourciller l’intrus,  c’est ainsi que de mes tuyaux, elle en a viré deux ! Pour mes plombs c’est passé crème, Pour l’aluminium pas de problème non plus, Je ne me souviens plus  par contre d’où elle a sorti mes trois kilos de laiton qui m’ont rapporté 10€. Je pensais avoir ramené 15 kilo de zinc, j’avais bien vu que c’était très légèrement aimantable mais pour moi ce n’était pas en fer mais le cerbère l’a reclassé en ferraille. Elle l’avait dit lors de ma prise de contact, si c’est aimantable, c’est bon pour la ferraille !  Quant aux moteurs électriques,  ce sont des gros condensateurs (grosses télé a iode et autres outils morts et jetés , mon piochon Eastwing s’amusait à faire sauter les rivets qui les retenait à la plaque en deux ou trois coups) que j’ai trouvé dans les mini décharges sauvages des années 60 et 70 dans les combes ou je passe à moto. Leur particularité c’est qu’elles sont invisibles à dix mètres de distances. Le paysan local sait ou jeter ses déchets sans que cela ne se voit !  Il connait le terrain.

 Pour la ferraille, je me suis dit que tant qu’à faire le déplacement, autant nettoyer autours de chez moi, je connaissais une cuisinière en fonte, trop lourde pour être ramenée en sac à dos et en moto. A coup de masse j’ai pété les plaques de fontes pour monter au total du poids de ferraille à 260 kg

Voici la facture que m’a fourni le centre de récupération, le montant de 124.30€ n’est pas mirobolant pour l’effort fourni. Mais j’ai la satisfaction de savoir que le chemin sud que j’emprunte pour partir en moto a travers bois est dégagé de la pollution visuelle que représentait cette gazinière. De plus, elle m’économise un forfait mensuel en salle de sport à utiliser des appareils de muscu sous tension électrique. Je préfère suer à nettoyer un coin de campagne qu’en salle de sport. C’est meilleur pour la planète !

Réflexion sur une bague

Nous sommes nombreux aux quatre coins de la France à avoir découvert une bague avec ce chaton
mystérieux. Pour moi c’était il y a une quinzaine d’année et depuis différentes lectures ont été
proposées sur les forums et magasines : « M pour Marie », fleur de lys, « V surmonté d’un cœur »,
symboles méro … Mais aucune de ces hypothèses ne m’a jamais convaincu … Pourquoi ces traits
pour accompagner ces différents symboles qui se suffisent à eux- mêmes ?
Je pense aujourd’hui qu’il s’agit d’une représentation stylisée d’un oiseau, les traits symbolisant le
déplacement dans l’air et/ou la vitesse en vol. Certains modèles portent des traits à 45° au niveau de
la « tête ».
L’oiseau en vol, un symbole très usité par les voyageurs, les messagers, les célibataires ou encore les
libertins.
Un rapace ? Aigle, faucon ou épervier sont comme vous le savez, des oiseaux appréciés pour leurs
qualités dès l’antiquité. Bague de légionnaire, de chevalier ou de fauconnier ?
Il est difficile de dater cette bague, je vote pour ma part pour la période XVI /XVIIIème mais le motif a
eu du succès à son époque car les trouvailles sont relativement nombreuses.
Les exemplaires que j’ai vu passer étaient tous en cuivre, si vous possédez un exemplaire en or ou en
argent, merci de nous les faire partager pour le plaisir des yeux tout d’abords mais aussi si vous
possédez des modèles avec une gravure plus fine et aboutie qui permettront peut- être d’affirmer
mes dires.
Au plaisir de vous lire,

Le coffre fort

Le coffre-fort

Je suis parti pour aller faire une sortie de détection que je qualifie d’habituelle. Lorsqu’il y a de grandes marées et que je ne travaille pas, j’aime bien me rendre sur cette plage sans trop chercher un spot particulier. En fait ce sont plus des sorties de détente et un bon prétexte pour prendre un grand bol d’air frais. C’est mon moment de loisir personnel quand tout le bricolage de la maison et les obligations familiales sont remplies.

Sur la côte que je fréquente, les heures de marée basse des grandes marées sont toujours l’après-midi, donc je déjeune de bonne heure et je pars aussitôt pour 40 minutes de route.

J’ai mes habitudes ; je me gare toujours à la même place et je descends d’abord voir le bord de mer avant de sortir le matériel. En ce début d’après-midi du mois de décembre, le vent fort de secteur Est me cisaille dès la sortie de la voiture, c’est glacial !  Je regarde le bord de mer et très vite je remarque une anomalie : juste à trente mètres de moi, dans le haut de plage, la mer à gratté une petite zone. Ce n’est pas très grand, environ cinquante mètres de long sur quatre mètres de large, mais assez profond. Il y a bien un mètre de profondeur et je vois des blocs de granit apparaitre ainsi que de la grosse ferraille. Je m’équipe très vite de bons vêtements chauds et de tout le matériel nécessaire, tout excité par la perspective d’aller fouiller cette zone.

Dès mon arrivée sur le site, je trouve des monnaies et je remonte le temps : euros, francs récents puis plus anciens et même des pièces de l’époque de Napoléon III. Très vite je trouve une chevalière en or avec des initiales gravées sur une plaque en or blanc. Après quelques bagues de pacotille, suivra une autre chevalière en or pouvant servir de sceau, avec les initiales gravées à l’envers. Je creuse et je creuse sans arrêt sans vraiment changer de place ; les plombs de pêche de tous les modèles qui ont pu exister me passent dans les mains, entrecoupés de bijoux et de pièces, c’est vraiment incroyable ! Arrive ensuite une alliance en or de 1914, puis des morceaux de jouets en plomb, un pendentif en argent et un crucifix en cuivre. Je trouve aussi un morceau de plomb plié en deux, qui enserre une pierre de silex : c’est le percuteur d’un fusil à silex. Le seul souci provient des gros morceaux de ferrailles présents et collés dans la tangue grise du fond de la fosse. Ils font « couper » mon détecteur et peuvent cacher de bonnes cibles. Je fais ce que je peux, je les contourne, je les arrache et je ne perds pas trop de temps car les journées sont les plus courtes à cette période de l’hiver. Les heures s’écoulent très vite sans que je me rende compte du froid car l’exercice physique me réchauffe. Lorsque la nuit noire et la marée montante m’obligent à arrêter, cela fait 5 heures que je creuse sans arrêt et je suis rincé.

A mon retour à la maison, je fais le compte de mes trouvailles : j’ai sorti 57 pièces de monnaie, 3 bagues en or, 3 bagues de pacotille, 2 pendentifs, des morceaux de jouets en plomb, 25 plombs de pêche très blanc, le plomb de fusil à silex et très peu de vrais déchets. Ce qui fait plus de 100 trous en 5 heures, donc une trouvaille sortie toute les 3 minutes. Bien que conscient de la rareté de la situation, je ne peux pas retourner sur le site avant 48 heures pour des raisons familiales et professionnelles. Dès mon retour sur place, deux jours plus tard, je constate une plage de

la suite de l’article dans la revue N°136: https://www.monnaiesdetections.com/?product=monnaies-detections-n136