Je suis parti tôt ce matin, le détecteur en bandoulière, le sac chargé d’espoir plus que d’outils. Le ciel était bas, la lumière tamisée, et le petit bois que j’avais repéré la veille semblait m’appeler. Il s’étendait sur une pente un peu raide et traîtresse, couverte de feuilles mortes et de ronces discrètes. Un lieu oublié, loin des sentiers battus, où je m’imaginais déjà exhumer quelques vestiges enfouis depuis des siècles. La première heure a été très calme, juste deux cartouches à broches et quelques sons de petits ferreux que j’ai ignorés. Le mouvement répétitif du disque sur le sol, ce frottement sur le sol humide, le bruissement de mes pas dans la végétation était quasiment le seul bruit que mes oreilles captaient. Je balayais méthodiquement, ligne après ligne, comme un scribe cherchant des mots dans la terre. Rien. Pas même un double tournois ou un Napoléon 5 centimes… Le détecteur restait muet, indifférent à mes efforts. Je m’arrêtais parfois, essuyant mon front, écoutant le vent qui venait de se lever dans les branches. Il y avait une beauté étrange dans cette absence de résultat. Une forme de méditation. Le monde moderne semblait loin, et moi, là, seul avec mon détecteur, je devenais une sorte de pèlerin, cherchant non pas un trésor, mais une réponse. Et la réponse est venue, non pas, amis prospecteurs comme une belle trouvaille à vous faire devenir vert de jalousie mais comme une scène figée dans le passé que j’ai pu reconstituer. M’étant arrêté pour satisfaire un besoin naturel que ma prostate fatiguée me fait renouveler régulièrement. J’avisais, sur l’arbre sur lequel j’urinais, un goulot de bouteille attaché au bout d’une ficelle à mi-hauteur d’homme. Elle était quasiment invisible, de la même couleur que toute la végétation et la corde fine et noire. Pourquoi est-elle attachée ? Et je remonte ainsi les fils de ma pensée et de la bouteille et je découvre que le fil est attaché au tronc et que l’autre extrémité pendouille vers le sol, je tire dessus et j’extrais des feuilles mortes un autre goulot attaché. Je crois avoir compris assez rapidement quand j’ai également trouvé la même ficelle nouée à un autre tronc éloigné de quelques mètres avec un autre goulot de bouteille accroché. Je suis tombé sur un stand de tir, occasionnel avec des bouteilles attachées à une ficelle entre deux troncs. Vu que le petit bois était avare de trouvailles sympathiques, je me suis focalisé sur ma découverte, et pensé qu’il ou ils avaient dû se mettre en contrebas pour que les balles se perdent en terre et je me suis dit que j’allais trouver les douilles et repérer ainsi d’où ils avaient tiré. Ça n’a pas traîné, j’ai trouvé des douilles de 7.65 mm1. Je suis allé plus loin dans mon délire, j’ai visualisé la ligne de tir et ou devaient se perdre les balles en terre et j’y ai passé mon disque qui n’a pas tardé à me livrer les balles enfouies. Ce petit intermède m’a bien pris une demi-heure. Et pourtant, je n’ai pas regretté. Ce bois, ce silence, cette obstination… c’était une rencontre dans le temps ou simplement un moment à moi, hors du temps. Je suis reparti bredouille, mais pas vide. Le bois m’avait parlé.
Larry Yégeois
1. Sur le culot après un nettoyage poussé et sous loupe j’ai lu : 7.65 B et plus loin 12 S & B.


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Jan.15,2026
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Trésor de Xaintray
Nous avons reçu, en plein mois d’août, un courrier de Stéphan
nous relatant cette histoire :
Bonjour l’équipe, Pour info, une petite histoire sympathique… et qui finit bien pour les propriétaires ! C’est rare ! Merci pour votre travail et continuez de nous régaler. Stéphan.
Nous avons remercié Stéphane et lui avons répondu : Bonjour et merci, Pour info, ils restent propriétaires de la totalité, car le trésor a été trouvé sans détecteur, sur leur propre terrain, acquis avant 2016. Un seul de ces facteurs leur aurait fait perdre la propriété du trésor… Résumé de l’affaire Un couple des Deux-Sèvres a découvert un trésor médiéval exceptionnel dans son jardin. Alors qu’ils réaménageaient leur terrain, ils ont mis au jour 2 000 pièces d’argent datant de la Guerre de Cent Ans, enfouies à seulement 5 cm de profondeur dans une poterie vernissée rouge. Les monnaies, frappées entre 1266 et 1352, constituent le plus important ensemble connu en Deux-Sèvres pour les XIIIe et XIVe siècles. Actuellement conservé sous surveillance, le trésor fera l’objet d’une présentation publique et d’une valorisation patrimoniale. Selon la loi, le couple en est propriétaire intégral, ayant respecté toutes les démarches légales : information à la mairie et à la DRAC. Nos recherches En creusant un peu, nous avons trouvé deux articles relatant cette découverte faite en 2022 mais rendue publique par les articles suivants en Août 2025 : Modes et Travaux – Deux-Sèvres : ce couple pensait simplement jardiner… Cet article rappelle l’article 716 du Code civil : si un trésor est découvert par une personne sur son propre terrain, il lui appartient intégralement. Le couple de Xaintray, propriétaires et inventeurs, a donc conservé l’intégralité du dépôt après déclaration à la mairie et à la DRAC. Les démarches ont été exemplaires et l’expertise lancée rapidement. France Bleu – Un couple des Deux-Sèvres a découvert un trésor du Moyen Âge dans sa maison Ici, l’expert numismate Arnaud Clairand précise : Loi de 1941 : si la découverte est fortuite (sans détecteur), l’inventeur obtient la moitié du trésor, l’autre moitié revenant au propriétaire du terrain. Loi de 2016 : pour tout terrain acquis après juillet 2016, un trésor présentant un intérêt scientifique est présumé appartenir à l’État, sans aucun droit pour l’inventeur ou le propriétaire. Conclusion Le premier article ne mentionne que la loi de 1941, laissant croire qu’un trésor trouvé chez soi appartient toujours au propriétaire. C’est trompeur pour le citoyen de bonne foi qui, pensant agir correctement, pourrait se retrouver dépossédé après déclaration. Le second article, grâce à Arnaud Clairand, précise les conditions réelles et ajoute la loi de 2016. Ce n’est pas anodin : on peut y voir une manière subtile d’exprimer un désaccord face à cette loi du patrimoine qui prive nombre de passionnés et de chercheurs d’espace de travail dans leur domaine. Moralité : pour les néophytes, il est vital de bien se renseigner avant toute déclaration. Quant à nos lecteurs, ils savent déjà… et, vu la pauvreté des déclarations aujourd’hui, beaucoup ont choisi de garder le silence.
Gilles Cavaillé