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Catégorie : Histoire

La légende du trésor de bijoux de Marie-Antoinette

Vendu le 14 novembre 2018 chez Sotheby’s à Genève pour plus de 31 000 000 euros, un fantastique collier en perles et diamants, ayant appartenu à la reine Marie-Antoinette. Voilà la somme impensable déboursée par un collectionneur pour acquérir cette pièce unique et légendaire. Oui, légendaire, car on a tout écrit sur le fameux trésor de la reine Marie-Antoinette, composé de fastueux bijoux en perles, diamants, rubis et tant d’autres merveilles. On ne compte plus les articles et ouvrages en tout genre parus sur le sujet. Un nombre incroyable d’auteurs ont émis des hypothèses plus loufoques les unes que les autres, car en réalité ce trésor en bijoux de la reine Marie-Antoinette n’a jamais existé…

Voici pourquoi ! Petit retour en arrière

En 1770, Marie-Antoinette a 14 ans lorsqu’elle épouse le dauphin Louis Auguste de France qui a juste un an de plus qu’elle. Ce mariage politique et diplomatique est le chef-d’œuvre de la mère de la mariée, l’impératrice Marie-Thérèse d’Autriche. Il vise à consolider l’alliance franco-autrichienne face aux ambitions prussiennes. Cette alliance est loin de faire l’unanimité à Versailles et l’on se méfie rapidement de la jeune dauphine, bientôt surnommée « L’Autrichienne ». Mince, souple et très jolie, la jeune dauphine a le teint frais et délicat, de beaux yeux bleus, une bouche mutine et des cheveux blonds et épais, une taille fine et une gorge voluptueuse. Mais ce que l’on remarque le plus, c’est sa grâce, sa légèreté lorsqu’elle se déplace et son adresse lorsqu’elle fait la révérence. Cette jeune femme deviendra la dernière grande reine de France… et sa destinée est tragique.
En 1774, à la mort de Louis XV, Marie-Antoinette devient reine de France. Aimant les fastes de la cour, elle n’hésitait pas à puiser dans les finances publiques pour satisfaire son goût du luxe. Son mari de roi, Louis XVI, dirigea le pays en prenant garde de ne pas froisser sa douce épouse. Pendant tout le règne de Louis XVI, Marie-Antoinette a disposé à titre privé d’un nombre considérable de bijoux, certains tirés du fond dit « des joyaux de la couronne », véritable trésor de la monarchie, dont Marie-Antoinette ne pouvait jouir pour son seul et unique bénéfice. Et pourtant, elle puisa largement dans ce fond en faisant extirper, démonter, retailler des pierres qu’elle faisait ensuite remonter pour la création de nouveaux bijoux dont elle devenait patrimonialement la seule propriétaire. Cette évaporation d’une grosse partie des joyaux de la couronne avait été parfaitement mise en évidence à l’occasion du dernier inventaire réalisé lors de la saisie au profit de la nation en 1792 et entreposée dans un garde-meuble à Paris. Le tout fut opportunément volé avant qu’un ultime inventaire soit réalisé.

Le fameux meuble.

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La médaille de Sainte-Hélène

Napoléon meurt le 5 mai 1821 après huit semaines d’agonie, sur l’île de Sainte-Hélène. Cette terre du bout du monde située à 1900 km à l’ouest de l’Afrique, en plein Atlantique sud, est une île volcanique escarpée, lugubre et battue par les vents. « Le diable a chié cette île ! », se serait exclamée l’épouse du général Bertrand, l’un des compagnons d’exil de l’empereur. A peine 24 heures plus tard, son médecin traitant, le chirurgien corse Francesco Antommarchi, qui est aussi un légiste expérimenté, va autopsier le corps de son auguste patient. Sept autres médecins sont présents.
Il est important de préciser que l’autopsie avait été demandée par Napoléon lui-même. Le médecin corse livre son compte-rendu en date du 8 mai. Ce dernier est concis. Les 16 points évoqués dans le document ainsi que le contenu des autres rapports sont reproduits.
L’examen a porté, conformément à la demande du défunt, sur la partie thoraco-abdominale. Le cœur et les poumons sont jugés sans particularités, le foie « engorgé et d’une grosseur plus que naturelle ». Au niveau gastrique, le médecin décrit de multiples anomalies. L’estomac est le siège d’un ulcère cancéreux fort étendu avec une perforation de 6 mm. Il est en outre rempli en partie d’une substance liquide noirâtre d’une odeur piquante et désagréable. Au lendemain de la mort du vaincu de Waterloo, c’est donc la thèse de la maladie de l’estomac qui l’emporte. Plus tard, la théorie de l’empoisonnement à l’arsenic fera surface mais bon, cela est une autre histoire…

… La suite de l’article dans Monnaies & Détections n° 106

Uniformes et drapeau du régiment ci-devant Agénois. Source : André Jouineau www.imagesdesoldats.fr

Le régiment ci-devant Agénois(1) est créé en mars 1776, à partir des 2e et 4e bataillons du régiment de Béarn. Depuis 1779, il porte le bouton jaune (en laiton) timbré du numéro 16, jusqu’au règlement de 1791 qui lui a ensuite attribué un bouton identique mais blanc (en étain)(2) .

Boutons du 16e régiment d’infanterie de ligne ci-devant Agénois trouvés ensemble dans le Nord. Ils furent perdus lors des campagnes du régiment en 1793 ou 1794. A gauche un grand module blanc incomplet (l’étain se désagrège) à double trait, décrit par l’ordonnance de 1791. A droite un petit module jaune antérieur à 1791 qui porte une belle patine sombre.

Il ne semble pas véritablement étonnant qu’un bouton jaune puisse être trouvé à côté d’un bouton blanc car les uniformes ont souvent été portés jusqu’à usure complète. La période révolutionnaire est bien connue pour les pénuries d’armement, d’équipements et d’uniformes dont les armées ont souffert.

1. Le 1er janvier 1791, tous les régiments prennent un nom composé du nom de leur arme, ici l’infanterie, avec un numéro d’ordre donné selon son ancienneté. Le régiment d’Agénois devient le 16e régiment d’infanterie de ligne ci-devant Agénois.
2. Louis Fallou, le bouton uniforme français, éditions du canonnier, pages 78 à 80.

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En août 1786 le Gouvernement anglais décide de créer une colonie pénitentiaire très éloignée des côtes britanniques et le capitaine Arthur Philipp est désigné comme commandant de la flotte qui emmène les relégués au bout du monde. L’objectif est d’atteindre une baie australienne appelée Botany Bay repérée en 1770 par le Capitaine Cook. La traversée est longue et incertaine.

Carte de la route de la Première Flotte.

La traversée et l’installation en Australie

Le 13 mai 1787, 11 navires, quittent le port de Portsmouth, situé sur les côtes sud de l’Angleterre pour un périple de 24000 kilomètres. Ils forment ce qui est appelée aujourd’hui la Première Flotte (the first fleet). Après un rude voyage, avec une première halte dans les Iles Canaries, puis une seconde à Rio de Janeiro et une troisième au passage du Cap de Bonne Espérance, la Première Flotte amène les premiers colons britanniques en Australie.
Pendant cette traversée quelques personnes sont débarquées et une quarantaine meurt. Il y a aussi une vingtaine de naissances. Après 252 jours, le capitaine Arthur Philipp débarque à Botany Bay mais trouve le lieu peu propice pour une installation durable. Il décide alors de chercher un emplacement plus adapté à l’installation d’un port et d’un village. A quelques kilomètres se trouve une baie à laquelle le capitaine Cook avait donné pour nom Port Jakson, lors d’un voyage précédent.
Cet emplacement semble idéal pour un débarquement et l’aménagement d’un village. Arthur Philipp donne l’ordre de jeter l’ancre. Nous sommes le 26 janvier 1788 et le 26 janvier devient le jour de la fête nationale australienne (Australia Day).

Le capitaine Arthur Philipp peint par Francis Wheatley en 1786.

Des années difficiles

Port Jackson est rapidement rebaptisé baie Sydney et la ville qui s’y construit prend le nom de Sydney. Environ 250 soldats, quelques officiers quelques administrateurs civils, 300 marins et 800 bagnards s’y installent, soit une colonie d’approximativement 1400 personnes. Les premières années sont très difficiles car tout manque, en particulier la nourriture. Pour maintenir l’ordre, le capitaine Arthur Philipp, gouverneur de Sydney, doit faire preuve d’autorité mais aussi de diplomatie avec les diverses composantes de la population anglaise et avec la population autochtone. Après deux ans et demi, de nouveaux navires arrivent enfin d’Angleterre. Ils amènent une population supplémentaire de relégués et apportent des vivres tant attendus. La situation s’améliore et la population globale s’accroit pour atteindre 2000 habitants. D’autres navires suivent, ainsi au départ d’Arthur Philipp qui quitte l’Australie en 1794 pour rentrer en Angleterre, la population atteint 4000 habitants.

Le premier regard du Capitaine Arthur Philipp sur Port Jakson.

… La suite de l’article dans Monnaies & Détections n° 102

Les deux comtés de Hanau

Hanau-Lichtenberg est un comté indépendant au XVIIIe siècle. Un atelier monétaire fonctionne à Bouxwiller et émet les monnaies des comtes, parfois nommés Jean-René.
Or, le troisième de ce nom a marié sa fille, Charlotte, à un Hessois. Ils ont un fils qui doit hériter des deux côtés. Jean-René III meurt en 1736 et, mécaniquement, Louis de Hesse-Darmstadt devient comte de Hanau. Ou plutôt de Hanau-Lichtenberg car une bonne part vient des seigneurs de Lichtenberg, dont les gendres (Hanau et Bitche) héritent en 1480 d’une forteresse si bien conçue qu’elle servira jusqu’en août 1870 lorsque les Wurtembergeois s’en emparent, au prix de nombreuses pertes qui nourrissent la rumeur de fosses communes sur place. Entretemps, elle a été fortifiée par Specklin et Vauban.
Le château dresse toujours ses ruines, protégées par une association, mais le pays qu’il défendait a disparu parce que Louis IX accède au trône de Hesse-Darmstadt en 1768. Il est déjà comte de Hanau depuis le décès du grand-père Jean-René et il va intégrer son comté dans la Hesse paternelle.
Jean-René III, décédé à 71 ans, avait transféré ses bataillons à Pirmasens (Allemagne actuelle) pour s’éloigner des Français. Il était le neveu de Frédéric-Casimir qui tenta de bâtir les Indes Hanauviennes mais échoua par manque de fonds (1669-1672). D’ailleurs sa famille n’aimait pas ce rêveur qui achetait le Suriname. Maître d’un comté de 1500 km2, il fondait un empire de 100 000 km2…
Bouxwiller continua de fabriquer les monnaies d’argent et de cuivre, ces dernières ornées de l’initiale du jeune comte qui fait rénover les bornes-frontières du comté maternel, enclavé dans des territoires devenus français avec l’annexion de la Lorraine.

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Les omphalos, pierres du domaine des dieux

Omphalos, nombril (c’est-à-dire le centre du monde) chez les Grecs.

En effet, la mythologie grecque nous raconte que pour déterminer le centre du monde (l’omphalos, le nombril) Zeus lâcha deux aigles des extrémités de celui-ci. Ils se rencontrèrent au-dessus de Delphes où il laissa tomber une pierre qui marquait ainsi le centre, le nombril du monde. Mais pas n’importe quelle pierre, celle substituée à Zeus nouveau-né et avalée par Cronos. Ayant appris qu’un jour un de ses fils le détrônerait, Cronos exigeait que sa Rhéa lui remette chaque nouveau-né qu’il dévorait aussitôt. Rhéa put lui soustraire Zeus en le remplaçant par une pierre emmaillotée. Une fois adulte, Zeus détrôna son père Cronos et lui fit régurgiter la pierre qui est en fait un bétyle, se confond avec la notion qu’elle symbolise et est appelé omphalos. Non seulement ce terme signifie ombilic mais désigne aussi tout ce qui existe. L’omphalos représentait donc essentiellement le centre du monde, c’est-à-dire tout ce qui existe. L’omphalos de Delphes était accompagné de deux aigles en or et placé dans le temple d’Apollon Pythien, dans la fosse oraculaire, l’adyton. L’oracle de Delphes, la Pythie se tenaient près de l’omphalos.
L’omphalos de Delphes n’est pas unique.

L’omphalos derphique surmonté de deux aigles.

D’autres furent érigés durant l’Antiquité sur le pourtour méditerranéen.Plusieurs monnaies antiques portent un omphalos au revers, tantôt associé à Apollon, tantôt à un serpent, attribut d’Asklepios (esculape en latin), dieu gréco-romain de la médecine.

Phocide – Delphes ; statère ou didrachme (336-335 AC). Revers : Appolon assis sur l’omphalos de Delphes.
Réf. : Hoover, vol. 4, 1140.

L’omphalos apparaît aussi pour la toute première fois sur un denier de la République romaine, à l’époque où une épidémie dévastatrice de peste sévissait à Rome en 87 avant J.C.

Mysie – Pergame ; Æ22 ; (133-116 AC).
Avers : tête laurée d’Asklepios. Revers : serpent enroulé sur un omphalos. (Source : www.forumancientcoins.com/moonmoth/coins/pergamon_004.html).

Un autre denier en argent de l’empereur romain Vespasien (70-79, ap. J.C), un omphalos du domaine des dieux est représenté.

Îles de Carie – Rhodes ; drachme. Au revers, dans le champ en bas à gauche, omphalos sur lequel est enroulé un serpent. (Source : http://www.ancient-wisdom.com/earthnavels.htm)

… La suite de l’article dans Monnaies & Détections n° 102

Les trésors perdus de l’amiral Zheng He

Le Chinois Zheng He vint au monde en l’an 1371 et après avoir mené sept grandes explorations qui feront de lui une légende, il trouvera la mort en 1433. Né dans une famille musulmane de la région du Yunnan, il porte d’abord le nom de Ma He. De bonne famille, son père est l’équivalent du gouverneur du Yunnan. En 1384 la province du Yunnan entre en conflit avec l’empire Chinois. Le père et une grande partie de la famille de Zheng He sont exécutés, lui sera capturé, il a 13 ans et est confié à la cour impériale où, malheureusement pour lui, il sera castré pour devenir eunuque à la cour impériale. Un sort réservé à la plupart des fils des ennemis importants de l’empire…
Ma He, qui va prendre le surnom de Zheng He, va devenir un des protégés de l’empereur Yongle qui va accéder au trône en 1402 et régner sur l’empire de Chine, sous la dynastie Ming, jusqu’en 1424.
Zheng He qui a appris à naviguer et à commander un navire et qui fait preuve de courage lors d’une grande bataille, se voit confier une flotte par l’empereur Yongle. Il a alors 31 ans et c’est le début de sa carrière de marin et d’explorateur qui va faire de lui une légende, bien au-delà des frontières de l’empire de Chine.
Lors de ses premières campagnes, Zheng He longe les côtes, s’aventurant de plus en plus loin (1). Il longe la Malaisie et l’actuelle Indonésie, une stèle de pierre gravée de trois langues, le chinois, le tamils et le persan, sera découverte sur l’île de Ceylan en 1911, elle y fut laissée par Zheng He en 1404 ! L’original et une copie où le texte a été rendu plus lisible sont exposés au musée de Colombo. (2)

Il visite aussi sûrement l’Australie, alors seulement peuplée d’Aborigènes, il faudra attendre 1770 pour que le Royaume-Uni en réclame la moitié orientale.
A chaque campagne, il ramène des trésors, de la soie, des bijoux, des épices dont certaines sont inconnues, des animaux exotiques, des esclaves… et bien sûr de l’or, le tout étant acquis soit par le négoce soit par les armes ! On attribue à Zheng He d’avoir ramené en Chine la première girafe ! (3)

… La suite de l’article dans Monnaies & Détections n° 101

 

La chanson de Roland

Parmi les premières productions narratives en langue romane figurent les épopées des chansons de geste. Ces dernières sont des poèmes relatant des exploits guerriers associés, dans la plupart des cas, à une légende plus au moins fondée en rapport avec l’histoire de la France royale ou féodale. Un des textes les plus célèbres de cette matière épique est « La chanson de Roland ».

La chanson de geste, un récit idéologique

La chanson de Roland dans la version du manuscrit d’Oxford, est attribuée au poète Turolde et datée de la fin du XIIe siècle. Celle-ci relate le massacre, survenu 3 siècles plus tôt, d’une douzaine de barons de Charlemagne dont le célèbre Roland et de 20 000 de leurs chevaliers par quelques 100 000 Sarrasins. Si la chanson de geste, du latin gesta, signifiant exploit, apparaît à la fin du XIe siècle, elle glorifie le royaume et les hauts faits historiques des Carolingiens. Elle offre souvent une vision réaliste, parfois démesurée, des conflits qui agitent la société autour de l’an mil. L’émergence de ces poèmes épiques chantés va surtout servir une nouvelle idéologie, celle du chevalier et de ses vertus. La chanson de Roland montre ainsi comment, par orgueil, Roland préfère mourir plutôt que de sonner du cor pour appeler Charlemagne à la rescousse.

Chanson de geste, scène de combat livré par l’armée de Charlemagne. Miniature tirée du manuscrit « Entrée d’Espagne », XIIe siècle.

Une belle légende

15 août 778 : dans la gorge de Roncevaux, l’arrière-garde de l’armée de Charlemagne défile en rangs serrés. Victorieuse, elle retourne en Gaule, après une expédition militaire contre les Sarrasins d’Espagne. Le gros de la troupe a déjà franchi le dangereux défilé et les sentinelles, postées sur le versant opposé, abandonnent imprudemment leur surveillance. C’est ce moment propice qu’attendent en grand nombre les Sarrasins pour faire rouler d’énormes blocs de roches sur les pentes abruptes et fermer le passage. Puis dévalant dans l’étroite gorge, ils tombent sur le dos des soldats chrétiens. En peu de temps, des milliers de Francs sont tués. Leur héroïsme et leur courage ne peuvent résister à ces ennemis qui fondent sur eux en si grand nombre et de deux côtés à la fois.
Le paladin (1) Roland, neveu de Charlemagne, se bat avec une énergie farouche, et son invincible épée « Durandal » tranche et massacre parmi les infidèles. Olivier, ami de Roland, lui conseille vivement de sonner de l’olifant, cor d’ivoire dont le son puissant peut traverser les espaces et faire accourir le roi Charles ; mais, orgueilleusement, Roland refuse, il ne veut demander le secours de personne, ni surtout déranger son roi.
Peu à peu, la féroce mêlée voit tomber tous les Francs ; alors seulement, devant les corps de ses compagnons morts, Roland saisit l’olifant et sonne avec l’énergie du désarroi, à tel point que les veines de ses tempes éclatent et que le sang jaillit de ses oreilles. Ce n’est d’ailleurs pas pour appeler à l’aide que Roland sonne au soir de cette sanglante journée mais pour annoncer à son roi que le sacrifice est accompli.
Cependant les Sarrasins sont partis et les cadavres jonchent le sol. Le paladin parcourt le champ de bataille et demande à l’archevêque Turpin, agonisant lui aussi, de bénir ses soldats. Puis, il essaie de briser sa vaillante Durandal, mais l’épée résiste et c’est la roche qui se fend. Le héros se couche alors sous un pin, le visage tourné vers l’Espagne. Il salue son roi et se rend enfin mais à Dieu seul, en lui tendant le gant de sa main droite.
C’est ainsi que « la chanson de Roland » écrite trois siècles plus tard magnifie les exploits, en partie légendaires, du preux Roland.

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Le trésor mérovingien de Gourdon

Le dimanche 23 mars 1845, le jour de Pâques, une jeune bergère nommée Louise Forest fit une découverte surprenante à proximité du village de Gourdon en Saône-et-Loire. Caché sous une tuile romaine gravée d’une croix, un trésor mérovingien fut découvert.

Au total, c’est une bonne centaine de monnaies d’or burgondes, ainsi qu’un calice en or et une patène en or du VIe siècle qui furent retrouvés. Son propriétaire était un moine burgonde, car à Gourdon on connaissait l’existence d’une ancienne église avec un ancien monastère d’après le “monastorium Gartonensis” (la charte du monastère), mentionné par Grégoire de Tours. Suite à la conquête des Francs sur la Bourgogne, un moine burgonde avait donc caché ces biens précieux avant de prendre la fuite, puis le trésor ne fut jamais récupéré.
L’enfouissement datait de l’an 520 à 530. Les monnaies d’or dataient des empereurs romains bizantins de l’an 457 à 474 pour la plus ancienne, à l’effigie et sous le régne de Léon Ier de 457 à 474, ensuite celle de Zénon de 474 à 491, celle d’Anastase Ier de 491 à 518 et les plus tardives de 518 à 527, sous Justin Ier.

La patène : c’est une sorte de petit plateau eucharistique sur lequel on faisait reposer le pain ou l’hostie de la communion durant les messes. C’était un accessoire religieux indispensable qu’un prêtre ou un moine sacristain pouvait avoir à utiliser pour la préparation de la messe. Celui retrouvé dans le trésor de Gourdon mesurait 19,5 cm de long sur 12,5 cm de large, borduré de grenats sertis dans l’or, ainsi que des pierres turquoises à chaque coin du plateau. La croix centrale chrétienne était généralement apposée par adoption dès que le roi Clovis fut reconverti en 497.

Le calice : c’était une petite coupe dans laquelle on déposait le vin et l’eau à boire après l’eucharistie du prêtre pendant les messes. Celui de Gourdon, de petite taille et en or massif, était pourvu de deux anses en forme de griffon, animal symbolisant le Christ, mentionné dans l’exegèse de certains pères de l’église. Les grenats remplacent les yeux des deux griffons. La coupe, cloisonnée de pierres semi-précieuses, est incontestablement un ouvrage d’orfévrerie barbare. La technique de travail des pierres serties avec force dans des cloisonnements d’or ainsi que l’iconographie représentée, proviennent comme de nombreuses œuvres d’art, de fabrications wisigothes ou lombardes.


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L’Île de la Tortue ou la capitale de la flibuste

Voici donc une ultime balade à travers les îles aux trésors qui me sont chères et plus particulièrement celle de la Tortue. En guise de clap de fin, j’aurais cette citation de Jean-Baptiste Blanchard à vous offrir : « Il en est d’un secret comme d’un trésor : il est à demi découvert, quand on sait qu’il est caché (1772) ». Et je reste persuadé que vous en connaissez des secrets, à la pelle !

L’île carapace

L’île baigne dans la Mer des Caraïbes, à quelques encablures au nord-ouest d’Haïti, dont elle dépend. L’île de la Tortue est un bout de terre étiré en longueur, de trente-sept kilomètres de long pour sept de large. Elle présente un visage escarpé sur sa partie nord, une côte rocheuse et des falaises battues par les vagues qui n’offre pas un accès aisé aux navires. Cependant sa côte sud-est est bien plus accueillante, un port y sera même édifié, le port de Basse-Terre qui permettait aux XVIIe et XVIIIe siècles d’accueillir dans une anse abritée, une dizaine de vaisseaux de ligne. Le nom de l’île, pour le moins original « Tortuga de mar » lui aurait été attribué par Christophe Colomb en 1492 lorsqu’il aborde pour la première fois Hispaniola (ancien nom d’Haïti). En effet, l’île rocheuse présente sur l’horizon la forme arrondie de la carapace d’une tortue. L’île semble prometteuse aux espagnols, ses ressources naturelles abondantes, figuiers, bananiers, citronniers, orangers, ponctuent sa surface, on y croise une faune riche, bœufs sauvages, sangliers, crabes, pigeons ramiers… Un petit paradis que les Espagnols ne tarderont pas à exploiter, d’autant plus que les tribus indiennes, les Arawaks, peuplant l’île, sont doux et accueillants. Malheureusement pour les tribus natives, une ressource cachée de l’île va entraîner leur disparition progressive : l’or. Plusieurs mines du métal précieux sont exploitées par les nouveaux arrivants, les Indiens servent de main d’œuvre corvéable à merci et meurent d’épuisement dans les tunnels humides de la Tortue. Christophe Colomb écrira : « Ce qu’il y a de mieux, c’est l’or. Avec l’or on constitue des trésors et celui qui les possède fait ce qu’il veut ». La Tortue, devenue l’objet de tous les désirs, vivra depuis lors des déchirements sur de nombreuses décennies.

Une lutte de possession

L’île n’est pas fortement peuplée par les colons espagnols qui se trouvent en majorité sur l’île d’Hispaniola. Les colons installent un premier village, Basse-Terre et développent la culture du tabac dans ses terres fertiles. Les Français expulsent les Espagnols de la Tortue en 1629 et s’installent dans le bourg côtier. Ils y seront rejoints par des Anglais et des Hollandais. L’île très riche en gibier permet le développement de la chasse pour assurer la subsistance des nouveaux colons. Il y aura donc les « chasseurs » habiles au tir au fusil et les « boucaniers » chargés de fumer la viande des bœufs sauvages ou des sangliers, sur des boucans ou grils, afin d’en assurer la conservation. Les boucaniers sont des hommes aux mœurs rudes, proches des coureurs de bois. Les descriptions de l’époque les représentent comme vêtus de haut-de-chausse en toile, d’une chemise épaisse, à leur ceinture pend un sabre et une calebasse à poudre. Ils sont coiffés d’un bonnet de feutre à visière et leurs pieds sont enveloppés dans des chaussures sans coutures, de peau de porc séché. Ils arborent une barbe épaisse et n’hésitent pas à manger la viande crue… Ceux qui ne chassent pas sont appelés, les « habitants », ils cultivent les terres de la Tortue et vivent dans de petites maisons sommaires.

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