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Catégorie : Histoire

L’histoire de l’or de la France en 39/45

La plus grande partie de l’or de la France stockée dans la Banque de France en 1940 se chiffrait à plusieurs centaines de tonnes d’or en lingots, barres et pièces de monnaies !

Entrée de la Banque de France à l’époque.

Le 15 juin 1940, l’armée du IIIe Reich était déjà dans Paris, une troupe allemande se présentait au siège de la Banque de France. A 30 mètres sous terre du bâtiment se trouvait le plus grand coffre bancaire du monde, appelé “la Souterraine”. Les officiers allemands descendaient avec une troupe dans le puits n° 11, celui qui était censé garder l’or de la France, mais aussi ceux de la Pologne et de la Belgique confiés à la France. Par surprise les Allemands avaient découvert l’immense Souterraine de 11 000 mètres carrés complètement vide.

La Souterraine de la Banque de France vidée de son or.

De 1923 à 1927, la Souterraine de la Banque de France fut construite dans le cœur même de Paris aux regards de toute la population, située à environ 30 mètres sous terre, le tout reposant sur 800 piliers. 1200 ouvriers avaient travaillé pendant plus de 4 années pour placer 10 000 tonnes d’acier et 70 000 tonnes de béton, puis évacuer 150 000 tonnes de terre et de remblais pour construire la salle du trésor de 11 000 mètres carrés. Les conditions de stockage permettaient tout de même de prévoir une évacuation rapide en cas de conflit surtout avec les lingots de un kilo et les barres d’une dizaine de kilos d’or chacune, il existe cependant aujourd’hui un plus gros lingot d’or de 250 kilos ! La Banque de France fut créée en 1800 par Napoléon 1er, elle était encore une institution privée pendant la deuxième guerre mondiale, son statut permettait de ne pas donner de droits aux actionnaires et à l’Etat français, ce qui favorisa considérablement toute démarche de sauvegarde de l’or pendant toute la durée de la guerre.
Hitler arriva au pouvoir en 1933, et dès 1932, la France voyant venir le pire, décida de faire déplacer d’abord 275 tonnes d’or des 148 banques situées aux frontières de l’est, jusqu’à la Banque de France. Ces 148 succursales étaient étendues sur presque un tiers du territoire français. Deux autres zones, une médiane intermédiaire et une autre proche des côtes maritimes et des ports militaires contenaient aussi beaucoup de tonnes d’or.
En 1934, avec la démonétisation, beaucoup de monnaies de Napoléon III en or furent fondues pour en fabriquer des lingots et des barres en or, afin d’en faciliter aussi le transport dans le cas d’un éventuel transfert urgent.
En 1938, la guerre était proche et inévitable malgré les accords de Munich, c’est à ce moment que le projet de faire évacuer tout l’or de France fut décidé. L’or prit donc une fonction d’achat d’armes et devint le nerf de la guerre. L’état-major des armées françaises demanda une somme de 9 millions de francs et avait réussi à en obtenir 14 millions pour la fabrique d’armement avec la coopération de diverses industries.
Les Etats-Unis se voient commander des milliers de moteurs d’avions, des carlingues et d’autres armements véhiculés pour augmenter la procédure de réarmement. Les 150 autres banques de tout le reste du territoire français acheminèrent par camions tout leur or vers les ports maritimes de Toulon et de Brest, et on prépara un premier convoi de 600 tonnes d’or à charger sur des navires de guerre.
La déclaration de guerre arriva le 3 septembre 1940, toute l’armée française fut mobilisée, il restait encore des tonnes d’or dans la Souterraine de la Banque de France à évacuer. Le tout représentait le plus grand stock d’or du monde après celui de tous les Etats-Unis.

Destokage de milliers de lingots et barres d’or.

En un mois, 35 convois de plus de 300 camions avaient transporté tout l’or de France aux ports de Brest et de Toulon, afin de le faire évacuer par voie maritime aux Etats-Unis, qui à l’époque étaient neutres vis-à-vis de la guerre. Suite à des accords avec des commandes d’armements massives, les Américains furent coopérants dans l’affaire. Toutefois le convoi n’aurait pas pu se faire sans l’initiative personnelle de Mr Lucien Lamoureux, ministre des finances à l’époque, car malgré le désaccord du conseil d’Etat au départ, il décida de sauver tout l’or de la France à temps en le faisant évacuer rapidement en mer. On approuva plus tard son opiniâtreté et son initiative lorsque les Allemands furent à deux doigts de mettre la main sur le pactole français à cause de l’avancée rapide de la Wehrmacht sur les côtes du territoire français.
Cinq grands banquiers de la Banque de France furent employés à superviser l’évacuation des centaines de tonnes d’or. Les marins de l’armée française avaient été employés à plein temps pour décharger les centaines de colis et de caisses d’or des camions jusqu’au chargement dans les bateaux. Des milliers de kilos d’or furent répartis en lingots et en barres dans chacun des navires de guerre. Auparavant il avait manqué des véhicules pour charger et répartir l’or des convois motorisés, alors on n’hésita pas à demander et faire perquisitionner 11 camions anglais en supplément.
Le convoi marin fut colossal, il était composé de deux paquebots, des cuirassés, des torpilleurs et plusieurs croiseurs escortés de contre-torpilleurs avec à leur bord des dizaines de tonnes d’or chacun, par précaution de la menace des redoutables sous-marins allemands.

Le croiseur Emile Bertin.

Le croiseur Emile Bertin, le plus rapide des navires de guerre surnommé « le lévrier des mers », pouvait atteindre la vitesse la plus rapide de 40 nœuds, soit 74 km/heure. Il prit donc une charge à lui tout seul de 254 tonnes d’or en direction des Etats-Unis à New-York, via Halifax au Canada, tandis que le paquebot Ville d’Oran transporta 212 tonnes d’or en direction de l’Afrique. Alors qu’un convoi sur le torpilleur la Bayonnaise transporta 8 grandes caisses de billets de banque, soit 2 milliards de francs !, afin d’alimenter les banques du Liban et de la Syrie qui étaient à l’époque sous mandat français.
D’autres navires furent employés pour contribuer au transport de l’or avec plusieurs dizaines de tonnes d’or à leur bord :
• Le paquebot le Pasteur.
• Les cuirassés croiseurs Jeanne d’Arc, Victor, Lorraine, Colbert, Béarn, Algérie, Schoelcher.
• Les croiseurs Jean de Vienne, Dunkerque, Tourville, Gloire, Marseillaise et Primanguet.
• Les torpilleurs Fortuné, Lion, Railleuse, Simoun et Bayonnaise.
• Les contre-torpilleurs Mogador, Volga, Valmy, Aigle, Vauban, Triomphant et Terrible.
• Les croiseurs auxiliaires El Mansour, El Kantara et le El Djézaïr.
• Le chalutier Clairevoyant.
Le banquier Félix Stiot avait dirigé plusieurs convois et ne revint en France que le 30 juillet 1940. Pour ce qui était du transfert des 750 tonnes d’or du fort Portzic jusqu’à Brest, ce fut un Lieutenant de Vaisseau Bigenwald de la « Défense contre Avion » (DCA), qui fut chargé d’entreprendre toute la logistique pour acheminer l’or du fort jusqu’au port de Brest.

… La suite de l’article dans Monnaies & Détections n° 94

Les canons de la Coubre

J’ai toujours aimé chiner les cartes postales anciennes, reflets figés aux couleurs sépia d’une époque révolue. Ces cartes postales font parfois ressurgir des histoires oubliées, et peuvent être le déclencheur de fabuleuses quêtes historiques.

En furetant dans les casiers de vieux papiers d’un bouquiniste, à la recherche de clichés d’anciens lieux de baignade, l’un de mes dadas de beachcomber, je découvre une carte postale offrant une scène improbable. Cinq canons de belle taille, couchés dans un écrin d’aiguilles de pins, sous le regard de deux hommes endimanchés. Et le descriptif sibyllin de la carte postale ne donnait pas beaucoup plus d’information : « Royan, forêt de la Coubre, canons ensablés restes d’un fort de Napoléon Ier ». Je connais le massif de la Coubre, à l’embouchure de la Gironde, cette belle forêt domaniale de près de 7 900 hectares, plantée essentiellement de pins maritimes. Une côte sauvage comme je les aime, ponctuée de centaines de naufrages… Mais je n’avais jamais entendu parler d’un quelconque fort Napoléon et encore moins de ses canons.
Cette carte postale doit vraisemblablement remonter aux années 1900-1920. En approfondissant mes recherches sur le net, je tombe sur d’autres vues des cinq beaux bébés qui semblent, pour l’époque des clichés, être devenus des attractions touristiques pour les promeneurs du dimanche. On aime poser à côté ou juché sur les canons, comme un chasseur aime poser à côté de sa proie encore chaude. Je me prends à rêver. Vu le poids probable de ces pièces d’artillerie de fer, il est fort à parier que leur déplacement sur un terrain sableux se révèle hautement laborieux. Et si les canons se trouvaient encore dans le sable de la Coubre, recouverts, plus d’une centaine d’années après les clichés, de sable et d’humus ? Voilà une belle quête qui ne devrait pas trop poser de difficultés au regard de la taille des ces canons… Mais avant de traverser la Gironde vers Royan et d’approcher les vestiges militaires, je préfère me plonger dans les archives pour tenter d’en apprendre un peu plus sur ce fameux fort Napoléon.

Il faut savoir que l’estuaire de la Gironde a, de toujours, été un lieu hautement stratégique. La défense de l’accès vers Bordeaux et l’entrée vers l’intérieur des terres demeuraient un point vulnérable lors des conflits notamment avec l’Angleterre au début du XIXe siècle. Des navires de la Marine Royale patrouillaient en permanence pour sécuriser l’embouchure et ralentir, voire stopper, toute intrusion ennemie par le fleuve. Mais cela ne semble pas suffisant, c’est ainsi que près de seize batteries de canons sont érigées sur les rives de la Gironde sous la veille de milices garde-côtes. La batterie de la Coubre est érigée à partir de 1808. Elle comprend un corps de garde, un magasin et une poudrière. Lors des Guerres napoléoniennes, le conflit s’enlise, les batteries de défenses côtières doivent s’armer de nouveaux canons afin de repousser une menace toujours plus forte. En 1811, ordre est donné par Napoléon Ier au ministre de la Marine de fournir vingt-deux pièces de 36 et onze pièces de 24 afin d’augmenter la puissance de feu des batteries de Maumusson, du fort Chapus, d’Arvert, de la Coubre, de Terre-Nègre, de Royan, de Susac et de la Pointe de Grave. L’enjeu devient vital pour la défense de la côte et de l’embouchure de la Gironde.
L’urgence se fait sentir, un courrier de l’Empereur, daté du 29 août 1811, enjoint au Ministre de la Guerre, le Général Clarke, de presser le mouvement : « Je vous ai fait connaître mes intentions pour l’armement du pertuis de Maumusson et de l’embouchure de la Gironde ; le besoin est urgent ; on doit profiter des marées d’équinoxe pour faire passer les frégates de la rade de l’île d’Aix dans la Gironde. Il est donc indispensable que, pour cette époque, les batteries soient armées. […] Le moindre retard peut nous mettre dans l’alternative de perdre la saison d’équinoxe ou d’exposer mes frégates à des dangers pressants ».
Toutefois, cette urgence défensive ne porte pas ses fruits dans la protection du territoire, la fin de la campagne de France se révèle un échec cinglant pour l’Empereur. Le 12 mars 1814, le Maire de Bordeaux, Jean-Baptiste Lynch, ouvre les portes de la ville aux Anglais. Ces derniers démantèlent les défenses côtières et notamment la batterie de la Coubre. L’Empereur abdique le 6 avril 1814…

… La suite de l’article dans Monnaies & Détections n° 93

Traces de la grande guerre et artisanat de tranchée

Dès le début de la guerre de 1914, une activité fut mise en pratique dans les tranchées en attendant les assauts contre l’ennemi. Les soldats eurent besoin de s’occuper l’esprit et commencèrent à travailler le métal des obus tirés pour y graver quelques motifs décoratifs et le souvenir de leur campagne. Le conflit se transforma assez vite en guerre de position, les poilus eurent le temps d’élaborer cette activité qui fût en fait, un moyen de se remonter le moral.

Les soldats fabriquèrent ainsi de très belles œuvres à partir de morceaux de métal, on pouvait avoir aussi bien des obus finement ciselés, ou des petits objets comme des coupes-papiers, des ustensiles de bureau comme des portes-plumes faits à partir de cartouches de fusils, des crayons ou des briquets, en passant par des tabatières, des encriers, des petites voitures, des avions, des boîtes à bijoux richement décorées de motifs floraux ou encore des bagues destinées aux épouses et fiancées. Beaucoup de ces objets portaient le nom et la date de la campagne, et le nom de celui qui avait réalisé l’œuvre y était parfois inscrit. On fabriquait des crucifix à partir de cartouches de fusils, et ils pouvaient contenir à l’intérieur des petits morceaux d’éclats d’obus d’un blessé en guise de piété et de protection. L’activité manuelle des œuvres obligeait l’esprit du poilu à se concentrer sur ce travail créatif permettant, non seulement de faire plaisir à un proche pour un cadeau valorisant, mais aussi d’en améliorer l’ordinaire par la vente des œuvres réalisées, et surtout à oublier l’anxiété provoquée par les dangers, le stress des combats et des blessés.

Bagues en aluminium.

Bague sertie de fleurs.

Coupes-papiers en cuivre.

Une lettre de décembre 1915 témoigne de la fabrication fréquente d’objets : « Je t’envoie un porte-plume que j’ai fait pendant mon séjour à l’infirmerie avec deux cartouches boches que j’ai soudées, et deux bagues, une pour toi, l’autre pour ma mère. J’en ai aussi deux autres pour mes nièces Lucie et Anne que je n’ai pas tout à fait finies ». Le travail effectué, permettait ainsi d’entretenir un lien affectif avec les membres de la famille. Selon une lettre de novembre 1914 d’un officier, la matière première était récupérée sur des munitions allemandes : « Mes hommes trouvent mille petits moyens ingénieux pour se distraire, actuellement la fabrique des bagues en aluminium fait fureur, ils les taillent dans les fusées d’obus, les boches fournissent la matière première à l’œil, certains soldats sont devenus très habiles et je porte moi-même une jolie bague parfaitement ciselée et gravée par un légionnaire ».
La récupération des obus nécessitait beaucoup de prudence car de nombreux soldats inconscients et pressés de récupérer la marchandise des boches, se contentaient de prendre des munitions non explosées. Une lettre d’un soldat de juillet 1915 en témoigne : « Il y a eu ce soir deux soldats morts et cinq blessés, c’étaient des soldats qui avaient touché un obus qui n’était pas explosé, pour avoir de l’aluminium afin de faire des bagues ».

Poilus au travail d’obus.

Cendrier en forme de képi de poilu.

Le travail de l’artisanat de tranchée était aussi pratiqué par des blessés en convalescence ou des prisonniers. L’origine de l’activité datait déjà du XIXe siècle. On pratiqua beaucoup cet artisanat qui évolua tout au long de la première guerre et perdura jusqu’à la deuxième guerre de 1940 et même après. Toutes ces œuvres sont aujourd’hui très recherchées par des collectionneurs et passionnés d’art et de militaria, elles sont regroupées sous la dénomination d’artisanat de tranchées. Les pièces les plus élaborées proviennent de France en Yser et de Grande-Bretagne. Ces deux pays recèlent les plus beaux exemplaires ouvragés et intéressants.

… La suite de l’article dans Monnaies & Détections n° 92

Ocracoke Island ou la mort de Barbe Noire

Chapelet d’îles 

Ocracoke Island est l’une des îles les plus éloignée des Outer Banks, ce chapelet d’îlots linéaires des côtes de Caroline du Nord. L’île elle-même est une longue bande de terre de quelques vingt-cinq km2, on peut y noter la présence d’un seul village, implanté au Nord-Ouest et tout naturellement appelé Ocracoke. Le village accueille un modeste port du nom de Silver Lake où accostent ferries et bateaux, seuls liens avec le continent. Par la voie des airs, l’île est accessible grâce à un petit aéroport situé au sud du village.
Un des points remarquables de Ocracoke Island est son célèbre phare blanc, un des plus anciens phares des Etats-Unis, en service depuis 1823.
Ce discret fief de pêcheurs de moins de huit cents âmes à l’année s’est transformé avec le temps en un haut lieu touristique, drainant à la haute saison des milliers de visiteurs attirés par une nature préservée, la pêche, ses plages magnifiques et un certain art de vivre.

 

Une histoire indienne

Les différents îlots des Outer Banks étaient à l’origine peuplés par des natifs amérindiens du peuple algonquin. C’est un navigateur italien, Giovanni da Verrazzano, qui découvre le territoire le 20 mars 1524 pensant à tort atteindre les côtes de la Chine. Il rencontre alors les peuples autochtones résidents des îles dont il donne une description des plus surprenantes : « Ces gens vont entièrement nus, sauf aux parties honteuses où ils portent des peaux de petits animaux du genre des martres et une étroite ceinture végétale tissée des queues d’autres bêtes. [...] Ils sont noirs de peau et assez semblables aux Éthiopiens. Leurs cheveux sont noirs aussi épais, mais de médiocre longueur ». Un historien américain pense que le nom d’Ocracoke aurait une racine indienne, Wokokon transformé par la suite en Okok puis Ocrcok pour finalement devenir Ocracoke aujourd’hui.
Après plusieurs tentatives ratées de colonisation anglaise, les îlots des Outer Banks sont peuplés par les Européens au tout début du XVIIe siècle.
La gestion de l’île d’Ocracoke est confiée en 1719 à John Lovick, secrétaire de la colonie de Caroline du Nord qui développe sur ses terres l’élevage de moutons et de bovins.
Son emplacement particulier fait de l’île un endroit recherché par les pilotes de navires, pirates et boucaniers qui y trouvent un refuge provisoire et un lieu de mouillage privilégié, dont un certain Edward Teach plus connu sous le sobriquet de Barbe Noire.
L’Histoire de l’île est agitée, un fort est érigé par les confédérés durant la guerre civile américaine. Après une attaque navale en règle, il termine rasé par l’Union en 1861. Durant la seconde guerre mondiale, des navires britanniques sont torpillés dans les eaux d’Ocracoke par des U-Boat allemands. Les dépouilles des marins anglais sont enterrées dans un petit cimetière de l’île.
Mais reprenons notre machine à remonter le temps et revenons en ce début du XVIIIe siècle, l’âge d’or de la piraterie, à la rencontre du célèbre Barbe Noire.

Terreur des mers

Avec une apparence censée provoquer la frayeur, son image est devenue aujourd’hui l’archétype du pirate sanguinaire. Une barbe d’ébène tressée et enflammée, un large tricorne maintenant deux mèches de chanvre allumées, deux cartouchières croisées sur son torse où pendent plusieurs couteaux, sabres et six pistolets, voilà le portait d’Edward Drummond ou Edward Teach, mieux connu sous le nom de Barbe Noire.
Notre homme serait né sur les terres anglaises, en 1680 à Bristol mais peu de traces subsistent sur le début de sa vie et son entrée en piraterie. Embarqué sur un navire britannique corsaire de 1702 jusqu’en 1714, le futur diable des mers débute sa carrière au service de la reine Anne, durant la guerre de succession d’Espagne. A la fin de la guerre, désœuvré, il rejoindra l’équipage du pirate Benjamin Hornigold.

… La suite de l’article dans Monnaies & Détections n° 92

L’histoire des reliquaires, croix et autres amulettes

Croix templière en bronze.

L’origine des reliques, du latin « reliquiae » signifiant « reste », tient son origine depuis la plus haute antiquité sous le nom de « Palladium » qui était un genre de statuette représentant Pallas Athéna, étant tombée du ciel et découverte par le fondateur mythique de la ville de Troie. Ensuite, sous la période romaine cette statuette relique fut conservée dans le temple des Vesta à Rome. A l’époque des Mérovingiens, les guerriers francs utilisaient des reliques chrétiennes comme talismans, ils les portaient au cou, le plus souvent en os. On faisait même ingérer aux malades de la poussière d’os récupérée dans les tombeaux. Des morceaux de vêtements de saints étaient appliqués sur la peau au niveau de l’épaule qui au XXe siècle s’appelaient encore « scapulaire ».
Au VIIIe siècle les Musulmans infidèles voulaient piller et détruire toutes les reliques du saint protecteur de la Gaule conservées dans la Basilique Saint-Martin-de-tour. Sous Charlemagne, Roland possédait une épée au pommeau en or contenant à l’intérieur une dent de saint Pierre, du sang de saint Denis et un morceau du voile de sainte Marie.

L’enkolpia, un des premiers reliquaires

Enkolpia.

A l’origine, on donnait le nom « Enkolpia » à des petites custodes destinées à recevoir soit des reliques, soit des textes du livre de l’Evangile, pour être suspendus au cou des fidèles. L’usage de ces reliquaires portatifs remonte à la plus haute antiquité. Saint Chrysostome le mentionne en divers endroits de ses œuvres, et en particulier dans sa dix-neuvième homélie « De statuis ». Saint Nicéphore, patriarche de Constantinople, réfutant les iconoclastes, assure que de son temps la chrétienté était pleine d’encolpias sur lesquels étaient figurés la passion de Jésus-Christ, ses miracles, sa glorieuse résurrection ; et il en parle comme d’objets fabriqués depuis longtemps.

Enkolpia médiéval.

On trouva en 1571, deux de ces reliquaires en or dans des tombeaux du cimetière antique du Vatican : ils étaient de forme carrée, munis de boucles dénotant leur usage, et ornés sur une face du monogramme du Christ accosté de l’Alpha et de l’Oméga. Messieurs Bosio, Aringhi, Ciampini et Bottari ont donné à cet objet la datation du IVe siècle.
La croix pectorale des évêques fut aussi appelée : encolpium, encolpia, ou encolpion, parce qu’elle contenait des reliques et dont le mot grec signifie « contenir dans son sein ». Toutefois une autre définition est attribuée à l’encolpion signifiant « autour du cou » (sur la poitrine).
Une des plus anciennes et plus remarquables pièces de ce genre qui existe encore aujourd’hui, si nous ne nous abusons, est une croix pectorale qui fut trouvée naguère sur la poitrine d’un cadavre dans les déblais qui se sont pratiqués dans la Basilique Constantinienne de Saint-Laurent hors des murs. Elle est reproduite ci-dessous d’après la description précise de M. Rossi en 1863.

Croquis de la rare croix ancienne.

Descriptif de la croix en croquis :
Sur une face elle porte l’inscription : Emmanovha (Emmanuel), et en latin : Nobiscum Deus. Sur l’autre face, on lit : Crux est vita mihi / Mors inimice Tibi : « la croix est ma vie, à toi ennemi, elle est la mort ». Cette phrase s’adresse au démon ennemi du genre humain. La croix est munie d’une vis fermant une cavité où était placée une relique et probablement une parcelle de la vraie croix, comme il s’en répandit dans l’univers entier aussitôt après la découverte de ce bois sacré par sainte Hélène.

Des reliquaires en or

Staurothèque byzantine du début XIe siècle contenant un fragment de la Sainte Croix.

D’autres reliquaires où l’on renfermait ces précieux fragments de croix étaient des petites boîtes en or. Saint Paulin en possédait une qui était renfermée dans un petit tube du même métal. C’est saint Grégoire le Grand qui le premier fait mention de la forme de la croix donnée à ces reliquaires. Il en avait envoyé une à la Reine Théodelinde avec un fragment assez considérable du bois sacré. Le prévôt de l’antique église de Monza s’en servait encore quand il officiait pontificalement.
Le célèbre trésor de Monza possédait aussi deux phylactères donnés à cette princesse pour ses enfants par le même Pontife, et qui contenaient, l’un une parcelle de la vraie croix, l’autre un fragment de l’évangile. P. Monzzoni a publié ces reliquaires dans le septième volume de ses ouvrages « Tavole Cron.della stor.eccl ». On trouvera aussi dans le même volume d’autres reliquaires du plus haut intérêt.

Croix médiévale byzantine décorée d’ocelles et d’une pâte de verre bleue, Xe siècle.

Un illustre personnage de Gaule nommé Dinamius avait reçu lui aussi du même Pontife une petite croix en or contenant une pareille relique d’après la lecture d’archive suivante : « Transmissimus autem B.Petri apostoli benedictionem crucem parvulam cui de catenis ejus beneficia sunt inserta ».

Revers de la croix vaticane.

Le moyen-âge offre sur cette question des richesses immenses et des monuments en nombre infini ; mais nous ne devons pas anticiper sur son domaine.

… La suite de l’article dans Monnaies & Détections n° 91

Les fontaines

Les fontaines sont des courants d’eau souterraine qui se font jour soit au pied d’une montagne, soit dans les plaines ou les bois ou même au fond d’un puits. C’est l’eau des pluies qui pénètre dans la terre et descend jusqu’à ce qu’elle rencontre un banc d’argile ou de quelque autre substance imperméable à l’eau, de là elle change de direction prend celle du banc, et quand elle rencontre la surface du sol, elle sort sous forme de source. Si cette source se trouve dans un enfoncement, cernée par les hauteurs, l’eau reste là et produit ce qu’on appelle une fontaine.

Fontaine de la Bourlande avec son toit de lauzes et son petit lavoir, fin XVe- XVIe siècle.

Les fontaines périodiques tarissent pendant un certain temps après lequel elles recommencent à couler pour tarir de nouveau, et ainsi de suite. Les fontaines intercalaires donnent constamment de l’eau, mais en moindre quantité pendant un certain espace de temps puis coulent ensuite avec plus d’abondance pendant un autre espace de temps. Les fontaines jaillissantes sont des jets d’eau naturelle qui ont lieu quand le conduit est contourné en forme de siphon renversé en U et que l’orifice par lequel l’eau s’échappe à l’extérieur est plus bas que le réservoir qui la fournit. Les puits artésiens peuvent être regardés comme des fontaines jaillissantes.
Il existe aussi des fontaines salées dont les eaux traversent des bancs de sel gemmes. Des fontaines lumineuses, des fontaines ardentes, des fontaines de places publiques qui sont destinées à embellir le site par leur aménagement, elles peuvent être en grotte, en buffet, à portique, adossées, en pyramide, en niche, etc…

Fontaine avec arcade et toiture en pierre, XVIIe siècle.

La fontaine symbolise la fécondité mais aussi la guérison, puis paradoxalement la malédiction, car quelques-unes d’origine païenne étaient réputées maléfiques. Certaines au contraire avaient des vertus curatives ou guérisseuses, d’autres faisaient l’objet de dépôts d’ex-voto par les pèlerins, qui remplissaient ensuite leurs fioles d’un peu d’eau sacrée. Dans le département 88, au sanctuaire de Grand, il existe une fontaine jaillissante qui était réputée pour guérir des maladies ; le site dédié jadis à Apollon eut même la visite de l’empereur romain Caracalla pour une guérison. Ces fontaines aux vertus sacrées furent depuis l’Antiquité mises sous la protection des nymphes et dédiées à un Dieu ou une Déesse. La fontaine de « Sainte Montaine» qui a pour origine le nom d’une jeune fille, est réputée pour un miracle sur cette enfant adultérine qui fut en réalité abandonnée par son père, qui n’était autre que le roi de France Pépin le Bref.

… La suite de l’article dans Monnaies & Détections n° 90

Le trésor de Charonne

En feuilletant de vieux ouvrages ou d’antiques manuscrits, la chance permet de temps à autre, de lever le voile sur une histoire de trésor, depuis longtemps tombée dans l’oubli. Le trésor de Charonne est l’une de ces chroniques poussiéreuses à jamais irrésolue.

Le quartier de Charonne, aujourd’hui situé dans le XXe arrondissement de Paris, fut, jusqu’en 1859, un simple village rural. Le 16 juin 1859, une loi, promulguée sous le règne de Napoléon III, rattache quelques villages satellites à la capitale. Une partie de Charonne devient officiellement, en novembre 1859, un nouveau quartier de Paris. Une autre portion du village se voit rattachée à la ville de Bagnolet.
Mais notre histoire se déroule bien plus tôt, dans la seconde moitié du XVIIIe siècle où il y est question d’un « trésor considérable caché dans une partie du jardin du parc de Bagnolet ».
Le parc au trésor fait partie du domaine du château de Bagnolet, embelli, siècle après siècle, par ses propriétaires successifs. Le parc, lui-même redessiné par le jardinier du Roi Louis XIV, Claude Desgots, devient l’archétype des jardins à la française : « Les jardins se composent d’un grand parterre renforcé en boulingrin, entouré de marronniers et terminé par un bassin avec gerbe d’eau ; de chaque côté, de grandes allées avec palissades, boulingrins et bouillons d’eau. Plus loin un bois avec allées en étoile, ruisseau, cascade, labyrinthe et terrasse avec vue sur Vincennes et les environs. Au fond du parc, sur la droite, un belvédère galant : l’Ermitage ». L’Ermitage… Nous allons y revenir.
En 1719, la duchesse d’Orléans, fille naturelle de Louis XIV et de la marquise de Montespan, fait l’acquisition du château et de son domaine. C’est la duchesse qui commandite le pavillon de l’Ermitage, vers 1720, à l’architecte Serin. Le bâtiment n’est pas du goût de tout le monde. Jean-Aimar Piganiol de la Force, historiographe royal en donne cette esquisse : « C’est un salon dans le goût de celui des Bois, pour le grandeur, mais dont le plan et l’architecture sont bizarres et de très mauvais goût ». Légué à son fils à sa mort en 1749, le domaine est morcelé puis vendu en 1769. Finalement, le château se retrouve démantelé en 1771.
De cet immense domaine à cheval sur deux communes, Charonne et Bagnolet, ne restent plus aujourd’hui que le pavillon de l’Ermitage et le parc attenant.

Un trésor à l’Ermitage ?

Fin 1774, Claude-Théodore Mérelle de Joigny, Prévôt de la seigneurie de Charonne et propriétaire du domaine depuis 1772, reçoit par pli une étrange sollicitation. Un boulanger de Versailles, du nom de Jean Maillard, lui demande l’autorisation d’effectuer des fouilles – à ses propres frais – dans le parc de l’Ermitage, afin de mettre au jour un trésor. Ce trésor, s’il venait à être découvert, Mérelle de Joigny pourra en revendiquer un tiers. Ce dernier accepte la demande et les fouilles débutent officiellement le 20 octobre 1774. Le chantier, sous les ordres de Jean Maillard, est toutefois surveillé par le seigneur de Charonne, un procureur fiscal et un commis-greffier. Le compte-rendu de ces fouilles est loin de l’enthousiasme du résultat attendu : « Et après avoir fouillé jusqu’à l’heure de midy, voyant que c’étoit une peine inutile puisque ayant fouillé à la profondeur de trois pieds, ne pouvant continuer qu’à force de pioche, et qu’il étoit presque impossible de pouvoir fouiller plus avant sans faire une dépense immense, M. Thoré, seigneur de Charonne, étant présent, le dit sieur Jean Maillard a résolu de ne pas en aller plus avant vu l’impossibilité et les frais inutiles que causeroit une pareille dépense, a ordonné avec le conseil de mon dit sieur Thoré, de faire remplir la fouille par les mêmes ouvriers qui étoient présents en leur payant leurs salaires ainsi qu’ils étaient convenus ensemble et après avoir payé au sieur Richoux, jardinier de M. Mérelle de Joigny, en la maison ou a été faite la dite fouille, une somme de six livres pour dédommagement. »

… La suite de l’article dans Monnaies & Détections n° 90

Charles VII

Portrait du roi

Charles VII par Jean Fouquet, vers 1445 ou 1450.

Né à Paris le 22 février 1403 à Paris, il est le deuxième fils de Charles VI et d’Isabeau de Bavière, il devient Dauphin et Duc de Touraine en 1417 ; puis Comte de Ponthieu. Il régna en tant que roi de 1422 à 1461. Il est le cinquième roi de la branche des Valois de la dynastie des Capétiens. On le surnomma « le victorieux », « le bien servi », « le roi des merveilles » ou « le roi fontaine de justice ». Charles fut d’abord déshérité par son père Charles VI, au traité de Troie en 1420 au profit du roi d’Angleterre Henri V et Henri VI. Charles était dépourvu de caractère. En pleine guerre civile entre les Armagnacs et les Bourguignons, les menaces touchèrent le royaume, Charles quitta Paris et se refugia à Bourges où il fut surnommé le « petit roi de Bourges » par la population afin de se moquer de lui, voyant un Dauphin qui n’était pas à la hauteur d’un futur roi de France. En tant que Dauphin, Charles avait reçu par son oncle le château de Guenappe et une pension annuelle de
36 000 livres.

Jeanne d’Arc.

Mais le tournant de son destin arriva lorsqu’il rencontra Jeanne d’Arc à Chinon le 25 février 1429. Cette jeune pucelle réussit à convaincre Charles d’avoir entendu des voix pour la placer à la tête d’une armée afin de prendre Orléans ; lui ouvrant ainsi la route vers le sacre à Reims. Jeanne d’Arc mit le siège à Orléans le 8 mai 1429. De cette victoire Charles prit confiance en elle. Il réorganisa son armée et resserra les liens avec les Bretons. Il reprit la Normandie aux Anglais en 1450 puis la Guyenne en 1453. Jeanne avait auparavant fait frapper des jetons de propagande qui furent distribués à la population pour soulever leur ferveur. D’un côté des jetons on pouvait lire son cri de guerre et de l’autre sa devise. Ces pièces de cuivre servirent d’amulettes pour ceux qui en possédaient.
Après la reprise aux Anglais des territoires du nord, le traité d’Arras en 1436 fait retrouver la paix avec Philippe le Bon, Duc et chef des bourguignons jusqu’alors allié aux Anglais.
Charles se proposa de racheter les Châtellennies de Péronne, Roye, Mondidier, Bar-sur-Seine, les villes de la vallée de la Somme et le comté de Ponthieu pour la somme de
400 000 écus d’or.

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Jeton de Jeanne avec sa devise en légende (son gré soit fait ici…). Christogramme au centre.

Jeton de propagande de Jeanne d’Arc avec en légende son cri de guerre (Jésus Maria).

 

Les méreaux des fêtes folles

Méreau à la femme qui boit.

L’origine du mot «méreau» vient du latin « merare », signifiant : partager, distribuer. Il était coutume dans le domaine ecclésiastique de donner en récompense cette sorte de piécette aux ecclésiastiques et aux chanoines qui assistaient à l’office ou à quelques délibérations, ainsi qu’à d’autres cérémonies, sans oublier les fêtes folles de l’évêque dont il est question dans cet article. Les méreaux servaient à fixer les droits sur chacun, aux distributions, et avaient une valeur pécuniaire invariable contrairement aux monnaies. On pouvait aussi les échanger contre des vivres, vêtements, ou même de la monnaie.

Historique des fêtes folles
Les fêtes saturnales ecclésiastiques que l’on célébrait à la fin du Moyen-âge jusqu’au XVIIIe siècle découlaient des fêtes romaines dites « des calendes » situées entre le solstice du 25 décembre et l’épiphanie du 6 janvier. Ces festivités étaient connues pour leurs débordements excessifs.
D’après certains historiens, l’origine de ces fêtes remonte à Salomon et aux premiers siècles de notre ère ; d’après la Bible au 32e chapitre de l’Ecclésiaste faisant allusion à la coutume de nommer un roi du festin ou de couronner un président du banquet, probablement empruntée par les Israélites aux Egyptiens, ou encore aux Ascodroupites et aux Ascites, sortes d’hérétiques qui, vers l’an 373, voulurent renouveler parmi les chrétiens les dissolutions des bacchanales, qui étaient célébrées en l’honneur du Dieu romain Bacchus. Ces fêtes prirent naissance en Egypte, d’où elles passèrent en Grèce où on les nommait Dionysies, et de là, en Italie. Elles se célébraient pendant la nuit avec des transports délirants au bruit des tympanons et des cymbales phrygiennes.
Les femmes seulement avaient le droit d’y prendre part ; plus tard, les hommes y furent admis, et avec eux l’enivrement des festins, les désordres et les scandales.
Enfin, le sénat de Rome, usant d’une sévérité salutaire, les abolit en l’an 566.
Cependant elles furent encore reprises sous quelques empereurs avides de débauche, et la licence y fut portée à son comble. On voit donc dans ces mascarades et dans les joies désordonnées du carnaval un reste des saturnales se traînant à travers les siècles, comme pour attester l’incroyable attachement des hommes au passé, par le côté qu’ils auraient dû oublier.
On sait que sous une autre forme, les fêtes dureront jusqu’au Moyen-âge pour être finalement supprimées au XVIIIe siècle.

A l’époque médiévale, elles étaient appelées fêtes des fous, fêtes des innocents, fêtes de l’évêque, fêtes des connards, fête du pape des fous, fêtes du prince des sots ou fêtes de l’âne…
D’après le décret de la faculté de théologie de Paris en l’an 1444, un témoignage sous forme de peinture représente les désordres de ce carnaval. On retrouve aussi des lettres patentes du roi Charles VII du 17 avril 1445, adressées aux baillis et prévôts de la ville de Troyes, témoignant d’une demande de suppression des festivités. Mais les fêtes reprirent peu à peu. Plus tard, les chapitres pour le conseil de l’évêque ne se bornaient pas à tolérer les fêtes folles, mais parfois ils participaient à la dépense. Par un acte du 5 décembre 1533, le chapitre de la cathédrale d’Amiens permit de célébrer la fête des innocents et accorda la somme de soixante sous à tous les vicaires. On retrouve un acte identique pour la ville de Reims de l’an 1479. Dans les registres du chapitre de l’église de Laon de 1284 à 1397, il est mentionné la fête des innocents où l’on voit des enfants de chœur faisant une cavalcade dans toute la ville.
On est aussi surpris qu’à Senlis, en 1523 lors des fêtes, les chanoines changeaient de place au chœur, revêtus de tenues vestimentaires les plus délirantes de manière à exciter la risée et la raillerie des assistants pendant la messe. Concernant la « fête de l’âne », l’historien Pierre Louvet nous décrit avec détails les cérémonies qui se pratiquaient : la prose de l’âne qu’on y chantait, sur le cri semblable au braiment de l’animal qui remplaçait l’Amen, et qui était répété par tous les fidèles présents ! Auparavant une femme et un enfant étaient entrés dans l’église sur le dos d’un âne, pour représenter la vierge Marie et l’enfant Jésus. Et tous les fidèles étaient déguisés avec un bonnet d’âne pour ridiculiser le clergé.
Au XVIe siècle, pendant les fêtes, certains jeux étaient pratiqués dans les cimetières. L’occasion de boire jusqu’à l’ivresse était une opportunité, car le vin coulait à flots.

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Les créatures dans la numismatique

Chimère et créature sur un frontispice d’église.

Au Moyen-Age les croyances populaires, l’imagination des esprits et la superstition font apparaître quelques créatures étranges sous forme de monstres ou d’animaux étranges dans le monde de tous les jours qui sont en réalité des transformations du diable, faisant partie intégrante de chaque individu, du simple vilain gueux farouche, au bigot roi de France. Le monde médiéval craint le démon à un point qu’il rend fou certains individus. Plus tard l’Inquisition en fut un exemple.

Humain étrange sculpté sur un mur d’église.

Double tête diable et pape sur une médaille protestante du XVIe siècle.

A l’origine les anges déchus deviennent des démons, leur chute est mentionnée dans le livre d’Enoch que l’on date du IIe siècle avant Jésus-Christ. C’est à partir du XIe siècle dans la religion chrétienne, que le diable devient petit à petit une composante de la vie religieuse. Le personnage satanique est créé à partir des textes bibliques par des théologiens. Progressivement, les multiples personnages que le diable représente ont des prénoms attribués dont les plus connus sont : Lucifer, Belzébuth, Asmodée ou encore Sémiasas, Cocatrix, Mastéma, Astaroth, Gavial, Azazel, et bien d’autres. Le personnage maléfique est alors considéré en théologie comme le chef des esprits célestes précipités en enfer à cause de son orgueil. L’ange déchu connu sous le nom de Lucifer, croyait, grâce à sa beauté, pouvoir rivaliser avec Dieu, puis il devint donc le prince des ténèbres et son apparition en tant que personnage infernal se situe vers le début du XIe siècle. Suivi de Satan au XIIe siècle étant lui aussi un ange déchu dont le nom désigne « l’adversaire de Dieu ».

Diable ailé semant des billes dans un escalier pour faire chuter un religieux.

Au XIe siècle, on reconnait d’après des textes six variétés de démons : les terrestres, les aquatiques, les souterrains, les aériens, les infernaux et les ignés (feu). Ils sont rencontrés sous diverses formes humaines ou animales souvent déformées et terrifiantes comme le serpent, le dragon, le crocodile, la chat noir qui en sont les incarnations les plus représentatives. Sur de nombreuses cathédrales les têtes grimaçantes sont le témoignage de l’imaginatif de la vision du mâlin que les sculpteurs ont admirablement représenté par des faces cornues et grimaçantes aux longues oreilles ou encore par des reptiles sortant des bouches ou des têtes de chats.
L’époque post-médiévale représente le diable par un bouc ou parfois par un tronc d’arbre au visage d’homme affreux sans membre, ou encore vêtu de noir au visage rouge feu avec une voix cassée.
Dans toute la France, ayant perduré jusqu’à nos jours, on retrouve des légendes qu’incarnent les représentations de créatures étranges, dont certaines font encore frissonner les touristes ou les habitants des villages.
Le dragon reste l’image la plus significative du diable dont l’origine de cet animal fabuleux a suscité de la part de l’imagination des poètes une puissance physique qui représente à elle seule les facultés des autres animaux : les griffes du lion signe de royauté, les ailes de l’aigle pouvant voler très haut, la queue du serpent permettant de ramper en silence. Le jet de flamme du dragon sortant de sa gueule lui permet de brûler ce qu’il veut, et la fascination de son regard rassemble tous les éléments de la séduction.

Dragon tenant la toison d’or sur un jeton des Pays-Bas daté de 1683.

Dans l’Antiquité le dragon est consacré à la déesse Minerve pour indiquer que la véritable sagesse ne dort jamais. Puis à Bacchus pour lui exprimer les fureurs de l’ivresse. Le dragon était aussi l’objet d’un culte en Orient ; l’Antiquité grecque en fit le gardien du jardin des Hespérides afin qu’il garde, grâce à ses multiples têtes, toutes les pommes d’or, mais celui-ci fut tué par Hercule.
Les Grecs, les Romains et les Chinois l’adoptèrent pour enseigne de guerre. Le christianisme personnifia en lui les puissances du démon et le plaça ainsi dans ses légendes. Le Moyen-Age le mit dans ses féeries et la chevalerie le prit comme type symbolique du vrai courage et on le retrouve dans les blasons du temps. On connait la légende de saint Georges terrassant le dragon ; l’histoire du chevalier Gozon de l’ordre de Malte luttant contre un dragon formidable ; l’Archange saint Michel écrasant le dragon infernal étant l’ennemi du genre humain ; et quelques fois c’est la Vierge-mère aplatissant sous son pied suivant les prophéties, la tête du dragon, qui n’est autre que le serpent de la Genèse.

Dragon d’un frontispice d’église.

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