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Catégorie : Histoire

La bataille de Pontlevoy

En début de cette année, je suis passé par la Touraine pour faire une visite à mon oncle et ma tante qui habitent un petit village (Thenay) entre Montrichard et Contre ; un village ou je vais depuis ma tendre enfance. Là-bas, je suis tombé sur un journal qui relatait la commémoration d’une bataille qui eut lieu à Pontlevoy le 6 juillet 1016, et qui opposa Foulques Nerra comte d’Anjou et Eudes II comte de Blois. Je fus surpris de cette information : depuis soixante ans que je viens dans cette région je n’en avais jamais entendu parler.

La stèle.

Vue d’une partie du champ de bataille.

Curieux je me suis mis en quête d’informations complémentaires, et je réussis à trouver sur une carte le lieu où fut érigée la stèle pour la commémoration du millénaire de cette bataille. Le lendemain dans la matinée, par une température de moins cinq degrés et un beau brouillard givrant, je me rendis sur les lieux pour découvrir cette fameuse stèle et ce champ de bataille, dont honnêtement je ne vis pas grand-chose, la visibilité étant limitée à une cinquantaine de mètres du fait du brouillard.

Situation

Pontlevoy est situé sur un vaste plateau, non loin des sources de l’Amasse qui coule vers Amboise, et sur la petite rivière des Aiguilleuses qui se jette dans le Cher entre Bourré (Benregius) et l’ancienne station romaine de Thésée, la Tassiaca de la carte de Peutinger. La grande route de Blois à Montrichard et à Loches traverse aujourd’hui Pontlevoy. Elle est la seule sur ce point.
Dans les temps anciens, deux voies, au contraire, occupaient cette partie de la contrée. L’une, à l’ouest : c’est la grande voie qui, de Blois, après avoir traversé le Beuvron, aux Montils, se dirigeait sur l’Aquitaine, par Montrichard, ou le point qu’il occupe, par Faverolles, Le Liége, Loches, Ligueil et La Haye. Cette voie avait une importance considérable ; l’autre, à l’est, se détachait de la première aux Montils, passait à Monthou-sur Bièvre et à Sambin, comme la grande route actuelle ; mais là elle inclinait à l’est, passait entre Pontlevoy et Thenay, peut-être à Thenay même (probablement à l’est de Thenay au lieu-dit Les Creusiaux où fût fouillée dans les années soixante, une villa gallo-romaine ; le lieu de la fouille servit plus tard de décharge publique, puis fût comblée) pour bifurquer un peu au-delà et tourner, au sud-est vers Bourré, et au sud-ouest vers Thésée. Ces tracés ne sont pas une hypothèse, ils sont facilement identifiables sur place.
L’existence de ces deux voies explique du reste, la position stratégique de Pontlevoy au Moyen Age. Ne pouvant commander, dans la stricte rigueur du mot, l’une de ces routes importantes sans négliger l’autre, on avait bâti un château fort entre les deux pour les surveiller (à cette époque un château fort se composait bien souvent d’une simple tour construite en bois). Ajoutons, car ces dispositions seront indispensables à connaître plus tard, que, placé ainsi entre deux routes, Pontlevoy avait dû s’en créer de nouvelles à son usage particulier. On retrouve encore, en effet, de ce bourg aux Montils, un vieux chemin connu sous le nom d’ancien chemin de Pontlevoy à Blois ; il continuait entre Pontlevoy et Montrichard ; mais dans cette partie, il a était absorbé par la grande route moderne. Dans la direction de Bourré, partait aussi de Pontlevoy, un embranchement qui allait se souder à la voie de l’est déterminée plus haut.
Il y avait donc sur cette partie du plateau, pour résumer, deux voies, et entre les deux, un chemin qui était indépendant et qui desservait directement le château soit du côté de Blois soit du côté de Montrichard ou de Bourré.

Situation de Pontlevoy.

Quant au rôle que ce château devait jouer dans les guerres qu’amenait la situation respective du comte de Blois et du comte d’Anjou, un coup d’œil sur la carte suffira pour comprendre.
De Pontlevoy, il était facile, en effet, de se jeter dans la vallée de l’Amasse pour aller inquiéter Amboise. Si l’on tentait quelque opération sérieuse sur cette forteresse, on pouvait être soutenu et ravitaillé par Blois, sans que l’ennemi eût le moyen de s’y opposer. Par Pontlevoy, en gagnant Bléré, on avait toujours une communication assurée entre Blois et Tours. Enfin, gardant la route par laquelle le comte d’Anjou aurait pu, de Loches, pousser une pointe sur le Blésois, en se faisant soutenir par les Ambasiens, Pontlevoy permettait d’aller, par cette même route, inquiéter Loches et ses environs. En outre se reliant, au moyen de la route de Thésée, à la grande voie de Tours à Bourges, il donnait facilement la main à Saint-Aignan, et dans le cas où la garnison d’Amboise venant à monter l’Amasse, aurait menacé le premier de ces châteaux, du second on venait à son aide.
Après un descriptif de l’environnement, voici un résumé des prémices et du déroulement de cette bataille, selon diverses sources d’archives et de travaux d’historiens.

Qui étaient les antagonistes ?

D’un côté se trouvent EUDES II, comte de Blois et son fidèle vassal, Gelduin, seigneur de Pontlevoy ; de l’autre FOULQUES III NERRA (dit FAUCON NOIR), comte d’Anjou et pour la circonstance, Herbert Eveille chien, comte du Maine.
Ces deux comtes ont usé de l’absence de l’un comme de l’autre, pour mener, chacun à son tour des razzias sur les terres ennemies, faisant payer un lourd tribut aux paysans qui subissent pillage et incendie de leurs récoltes.
Tout tend à se faire équilibre dans la marche de l’humanité comme dans le monde physique ; et dès qu’il y a excès quelque part, il y a bientôt réaction. La position des Tourangeaux et des Blésois dans la vallée du Cher et les environs, n’était plus tenable. Geldun de Saumur et Geoffroy de St-Aignan se plaignirent amèrement au comte de Blois du préjudice que leur portait le château de Montrichard, et demandèrent à grands cris qu’une expédition fut préparée pour s’en rendre maître. Geldun, surtout faisait valoir, non seulement qu’il avait à souffrir du voisinage de la nouvelle forteresse, mais encore qu’elle avait été à son égard un sujet de spoliation, et que son patrimoine s’en était considérablement diminué.
C’était Eudes II qui tenait alors le comté de Blois. Il était le second fils d’Eudes 1er et de Berthe, mariée, depuis au roi Robert, et il avait succédé, en 1004, à son frère aîné Thibault II. Eudes II avait des possessions immenses et une ambition à la même mesure. Mais ces ambitions étaient principalement tournées vers la Champagne, et la Brie, possédées par Etienne, son proche parent, vieux et sans lignée, dont il surveillait les intentions. La Bourgogne, sur laquelle il pouvait avoir des droits du chef de sa mère, ne le laissait pas non plus indifférent. Peut-être, dans son désir d’agrandissement, faisait-il d’autres rêves encore ? Comment avec de telles préoccupations aurait-il sérieusement songé à la Touraine ?
(À cette époque, le roi de France Robert II dit le pieux, qui a régné de 996 à 1031 avait un territoire très petit et qui était coincé entre les possessions du comte d’Anjou sur toute la façade ouest, et du comte de Blois qui avait des possessions au sud et en partie à l’est, et qui par héritage cherchait à prendre possession de la Champagne, de la Brie et de la Bourgogne ; ce qui aurait étouffé le royaume du roi de France. Le comte d’Anjou et le comte de Blois étaient de ce fait plus puissants que le roi de France).
Du reste, il venait de soutenir une guerre assez rude contre Richard II, duc de Normandie, et ses troupes avaient été fort maltraitées en 1006 devant le château de Tilliéres, où le comte du Mans, Hugues son allier, avait été contraint de prendre la fuite. Les circonstances étaient donc peu favorables. Aussi le comte de Blois n’écouta-t-il qu’à moitié les plaintes de ses vassaux, et, tout en formant le projet d’une nouvelle coalition contre Foulques-Nerra, mena-t-il cette affaire avec une extrême lenteur, n’opposant à son ennemi que les expéditions de ses vassaux, auxquelles il prêtait le secours de quelques troupes blésoises.
On ne sait combien de temps cet état de choses aurait duré, lorsqu’une nouvelle entreprise du comte d’Anjou vint tout-à-coup tirer Eudes de sa torpeur et appeler toute son attention sur la Touraine.
A une demie-lieu seulement de la ville de Tours, sur la rive droite de la Loire, vis-à-vis de l’ancien couvent de St-Côme, et au débouché de la vallée de la Choisille, s’élève comme un promontoire un monticule abrupt, relié d’un côté aux collines de la Choisille, de l’autre à celle de la Loire. Ce lieu se nomme aujourd’hui Bellevue. Au XIe siècle il avait un nom moins poétique ; il s’appelait Montboyau. La seule chose qui doive nous occuper c’est son ancienne valeur stratégique. Avec la ville de Tours pour objectif, elle était à nulle autre pareille. Aussi dès que Foulques-Nerra, revenu de Jérusalem, eût accompli tout ce qui regardait ses fondations pieuses il reprit la suite de ses plans en Touraine ; son premier acte fut de s’en emparer et de la fortifier.
Pourtant il fallait une audace d’autant plus grande pour prendre ainsi position à la porte de Tours, que la forteresse de Langeais, enlevée à Foulques en 995, était restée aux mains de ses ennemis. C’était donc entre deux places fortes, dont l’une était une ville importante, que le comte d’Anjou venait résolument se camper.
Eudes II sentit le danger de la situation. On était alors en 1015, et la grande querelle d’Eudes avec le duc de Normandie s’était apaisée, grâce à l’intervention du roi Robert qui avait craint de voir la guerre favoriser le séjour en France des rois de Suède et de Norvège, appelés au secours de l’armée normande. Le comte de Blois était donc libre de ses mouvements. Il en profita pour mettre une armée sur pied, et toutes les dispositions furent prises pour affranchir cette fois la Touraine de la domination envahissante du comte d’Anjou.
Eudes II veut en finir. Il comprend la menace que représente la construction méthodique en des points stratégiques de nombreuses tours fortifiées par Foulques-Nerra. Très confiant, il s’appuie sur un nombre d’hommes d’armes nettement supérieur à celui de son adversaire. C’est sans compter sur la ruse dont ce dernier est capable.
De son côté Foulques-Nerra ne reste pas inactif. Le comte du Mans, Hugues 1er, venait de mourir. Allié d’abord du comte de Blois, dans les querelles de ce comte avec le duc de Normandie, Hugues avait été fort mal traité, et n’avait regagné son comté qu’avec des difficultés sans nombre. Foulques-Nerra en avait profité pour le forcer de se reconnaître son vassal. C’était maintenant Herbert 1er, fils d’Hugues qui tenait le comté, et Foulques lui faisait la guerre, espérant profiter de sa jeunesse pour s’emparer de ses états. Mais Herbert se défendait vaillamment. Foulques se hâta de s’accommoder avec lui, et il eut l’art de s’en faire un allié fidèle, qui lui fournit des troupes contre Heudes II et il marcha de sa personne sous la bannière d’Anjou.

Les préparatifs

C’était donc les grands préparatifs de part et autres. Tout annonçait que le choc serait terrible, et la lutte persévérante. Le plan du comte de Blois était de se porter d’abord sur le château de Montrichard, de s’en emparer, et de reprendre ainsi possession de toute la vallée du Cher. Le château de Montbazon ayant été enlevé au comte d’Anjou, à une époque qu’on ignore, Eudes n’avait point à s’en occuper, et Montrichard pris, il se serait porté avec toutes ses forces sur Montboyau pour en faire le siège en règle ; car cette position ne pouvait en aucune façon être enlevée par un coup de main.
Foulques comprit le plan de son ennemi ; il rassembla ses troupes à Amboise, où vint le rejoindre le comte Herbert, et bientôt, informé de la marche du comte de Blois, remontant la vallée de l’Amasse, il se porta sur l’arête même du plateau, en avant et au nord de Pontlevoy. Là, il s’embusqua, sans doute sur la lisière, ou sous les premiers couverts d’un bois connu aujourd’hui sous le nom de « bois royal » mais dont les limites étaient alors beaucoup moins restreintes. Dans cette position qui le couvrait, Foulques était près de la grande voie que nous avons signalée à l’ouest, et n’avait que quelques pas à faire pour se porter au besoin, sur le chemin de Pontlevoy à Blois.
Le comte du Maine de son côté, gagna la vallée du Cher par la voie d’Amboise à Bléré, et, remontant cette vallée, vint poser son camp sur la rive droite de la rivière, un peu au-delà de Montrichard, près du bourg de Bourré.
Il est possible qu’en disposant ainsi ses troupes, Foulques gardat, en cas de succès, la secrète pensée de couper la retraite à son ennemi du côté de Blois, et de refouler sur la voie de Bourré, pour le prendre entre deux gros de troupes. Mais dans tous les cas, les dispositions prises étaient excellentes. En effet les troupes de Foulques gardaient les routes de Montrichard ; mais si par une habile manœuvre, le comte de Blois parvenait à dérober sa marche du côté de Bourré pour se jeter inopinément sur la forteresse du comte d’Anjou, il trouvait le passage gardé, avec la rive droite du Cher, et devait avant tout livrer une bataille. Deux corps d’armée s’appuyaient d’ailleurs mutuellement. Si celui d’herbert venait à faiblir, Foulques laissait quelques troupes dans la position qu’il occupait, pour maintenir la forteresse de Pontlevoy, et marchait avec le reste, au secours de son allié. Si au contraire, le corps de Foulques qui soutint la bataille et qu’il fût malmené, Herbert accourait à son aide. On voit que la tactique de Foulques était tout aussi sûre que sa stratégie, et bien lui en prit ; car la fortune des batailles fut, en ce moment décisif, sur le point de le trahir.

… La suite de l’article dans Monnaies & Détections n° 96

Iraty, la forêt aux mille trésors

A l’image de Janus, dieu bifrons de la mythologie romaine, les forêts de la planète peuvent revêtir deux visages. Le premier, ordonné par l’homme sous la forme de gigantesques exploitations de bois d’œuvre, laisse peu de part à l’imaginaire. Forêts plantées, tracées au cordeau, entretenues, pour être un jour « cueillies » à maturité. Le second visage laisse la part belle au rêve et au mystère. Forêts primaires, peu impactées par l’homme, elles sont devenues, au cours des siècles, des lieux difficiles d’accès, sauvages, pour ne pas dire hostiles. Pour les populations riveraines du passé, pénétrer une forêt mystérieuse relève de l’inconscience. L’inconnu fait peur et on entretient cet effroi par le biais des contes et légendes. Certains ne s’y sont pas trompés comme les brigands ; des lumières ou des bruits entendus nuitamment conditionnent cette répulsion pour les sylves sauvages et éloignent bien commodément les curieux. Une forêt crainte est un formidable lieu où l’on se cache, et où l’on cache des richesses acquises de manière illicite. Mais tout ne se révèle pas lié à l’activité humaine… Qu’en est-il des créatures étranges aperçues au détour d’un sentier, de ces formes spectrales à travers les ramures, de ces cris déchirants ou de ces lueurs célestes ?

Iraty entre hêtres et sapins.

A cheval sur deux pays, la France et l’Espagne, la forêt d’Iraty s’étend sur près de 17.300 hectares. Une des spécificités de cette sylve en fait l’une des plus grandes hêtraies d’Europe. Le tronc de cette essence d’arbre fut notamment utilisé pour confectionner les mâts des navires de la Marine royale. Cependant, l’exploitation de cette forêt a longtemps été conditionnée par son accessibilité, un relief encaissé et le manque de route en faisait un territoire particulièrement difficile. Il faudra attendre 1964 pour voir les premières routes tracées, suppléant ainsi aux antiques chemins muletiers. Aujourd’hui, Iraty est devenue un espace de sylvopastoralisme, hautement prisé du tourisme, trouvant en ces lieux la possibilité de parcourir sur des chemins de randonnées aménagés, une véritable forêt légendaire.
Les contes et légendes font la part belle à cet espace forestier impénétrable, on y aura placé les célèbres lutins du panthéon basque, les Laminak¹. Ces petites créatures ont une apparence pour le moins originale, les deux sexes arboreraient des pattes de poules, de canard ou de chèvre. Les mâles seraient particulièrement velus, portant fièrement une longue barbe qu’ils nouent autour de leur ceinture. La femme Lamina détiendrait la beauté que leurs hommes ne possèdent pas. Ce peuple impénétrable, comme Iraty, aime la proximité des sources et des fontaines et possède d’immenses trésors qu’il fait souvent briller au soleil. Ces trésors sont conservés la plupart du temps dans leurs abris souterrains, que l’homme n’a de cesse de vouloir pénétrer pour en ramener une part. Parfois, la fréquentation humano-lutine débouche sur une aide mutuelle, d’autres rencontres peuvent très mal se dérouler, alors, le courroux des Laminak est dévastateur.

1.« Laminak et autres gardiens de trésors basques », Monnaies et Détections, n° 39, avril-mai 2008.

… La suite de l’article dans Monnaies & Détections n° 96

Le feu dans l’Antiquité

Force est de constater qu’après des siècles pour arriver à apprivoiser la fabrication d’un simple feu, nous avons de nos jours perdu cette connaissance qui existait encore jusqu’au 19e siècle.

De nombreux objets souvent non identifiés par leurs découvreurs peuvent pourtant témoigner de cet ancien savoir.
Ces objets sont différents suivant la technique d’allumage :
Différentes techniques d’allumage de la mèche ont existé et coexisté : par friction et par percussion*.
Technique par friction de deux éléments en bois : l’échauffement du bois produit par friction embrase les fibres végétales.

Exemple avec l’utilisation d’un arc à feu. (Musée Lumina domestica, Bruges)

Exemple de percussion (Musée Lumina domestica, Bruges)

Technique par percussion de masse ferreuse (pyrite, marcassite…) sur silex au-dessus de fibres végétales et d’amadou (fibres d’un champignon). (Musée Lumina domestica, Bruges)
Cette technique datant de l’âge du fer s’améliorera par la suite, par l’invention du « briquet » en fer, qui remplacera les minerais ferreux, qui seront de la même façon percutés sur du silex pour produire une étincelle.

Les briquets

A époque antique les briquets étaient percutés avec leur partie en fer sur du silex pour produire une étincelle. (Voir : « Lampes antiques à travers les Ages-Le Corpus » page 14). Leur partie en fer était chauffée avant sur de la corne pour produire de l’acier (car le fer pur ne produit pas d’étincelle).
Certains briquets datés comme moyenâgeux sont probablement antérieurs à cette période.

Briquets d’époque gallo-Romaine et byzantine avec leur manche en bronze et leur percutoir en fer.

Briquet antique en bronze (fer manquant) en forme de lion. Probablement 4-5e siècle.

Briquet antique en bronze en forme de cheval stylisé. 6-7e siècle.

Briquet antique en bronze en forme de cheval (fer manquant) 5-6e siècle.

… La suite de l’article dans Monnaies & Détections n° 95

Île de la Réunion ou les ravines aux trésors

Beauté géographique

L’île de la Réunion est un territoire vaste à la géographie torturée typique des îles volcaniques. Elle étend ses plus de deux mille cinq cents kms2 dans des décors de rêves, cascades vertigineuses, chaos rocheux, ravines, cavernes et forêts à la végétation exubérante. Le Piton de la Fournaise, un de ses volcans aujourd’hui toujours actif, culmine à plus de trois mille soixante dix mètres d’altitude.
L’île de la Réunion au climat tropical tempéré, est implantée dans l’Océan Indien, sur la côte sud-ouest de l’Afrique et à quelques sept cents kilomètres à l’est de Madagascar. Une île comprise dans l’archipel des Mascareignes, sur l’ancienne route des Indes. Et très généralement, une île bordant les voies de communications maritimes, servait de base pour la piraterie et plus encore pour l’enfouissement de trésors dérobés sur les flottes marchandes.

Une île déserte jusqu’au XVIIe siècle

Route des Indes donc, où croisent au large des bateaux chargés d’or, de pierres et d’épices à destination de la vieille Europe. C’est le Capitaine portugais, Pero de Mascarenha qui reconnaît pour la première fois cette île déserte dès 1500 ; elle portera désormais le nom de Santa Appolonia puis de Mascarenha sur les portulans.
L’île devient un lieu d’escale de choix pour les navigateurs anglais, hollandais et portugais qui y trouvent de l’eau fraîche, des fruits et de la viande, (porcs et chèvres laissés par les Portugais lors de leurs escales).
L’île se voit réellement colonisée en 1642 et devient en 1663 terre française. Cette terre hostile se peuple d’artisans, de cultivateurs et d’éleveurs venus de France. La vie est rude, les cases éparses deviennent des hameaux de maisons en pierres sèches, les colons se marient avec des femmes malgaches. Plus tard, ce sont des femmes du royaume de France qui sont embarquées pour devenir les épouses des colons. L’île Bourbon et son peuple rapporté se développe avec l’implantation de la Compagnie française des Indes, la culture et l’exportation du café, essor malheureusement lié à l’esclavage. L’île de la Réunion ne trouvera son nom définitif qu’en 1793.

Les pirates de l’île Bourbon

Il faut savoir que les premiers colons de l’île Bourbon entretenaient des rapports commerciaux et amicaux avec les flibustiers qui se ravitaillaient en produits frais, eau potable, bois, en échange des prises des forbans. C’est tout naturellement que la Réunion devint une des plaques tournantes des flibustiers de l’Océan Indien.
L’île est effectivement accueillante et quoi de plus logique pour les pirates que de cacher sur ses côtes le fruit de leurs pillages. Certaines zones au XVIIe et XVIIIe siècle sont d’un accès très difficile et ravines ou cavités peuvent se révéler d’excellentes caches.
Parmi les nombreux trésors enfouis dans l’île de la Réunion, on peut citer celui de Olivier Levasseur, surnommé « la Buse » pour son aptitude à fondre sur ses prises tel l’oiseau de proie. Mais la folie qui va entraîner des générations de chercheurs à la poursuite de son fabuleux butin débute paradoxalement lors de son exécution publique le 7 juillet 1730. Levasseur aurait jeté à la foule, juste avant sa pendaison, un parchemin aux caractères illisibles pour le commun des mortels. Un cryptogramme qu’il lance en criant à la foule : « Mon trésor à qui saura comprendre ! »
Ce calaisien d’origine embrasse très tôt la carrière de pirate. A bord de son navire, la « Reine des Indes », il écume tout d’abord les bateaux chargés de pèlerins se rendant à la Mecque. Puis, il croise régulièrement dans les eaux de l’Océan Indien. Il s’établit sur l’île Sainte-Marie qui touche Madagascar et rayonne à partir de ce refuge. En 1721, associé avec le pirate anglais John Taylor, sur son navire « Le Victorieux », il met la main sur un navire portugais de soixante-douze canons à la cargaison fabuleuse, la « Nostra Senhora do Cabo » ou la « Vierge du Cap ». Le trésor est énorme, il est estimé par les Historiens à plus de quatre millions et demi d’Euros. Barres d’or, pierres précieuses, diamants, perles et bijoux, soieries précieuses et une crosse d’or, sertie de rubis, le tout appartenant au vice-roi de Goa, son Excellence le Comte d’Ericeira…
Le pirate se retire sur l’île Sainte-Marie où il abandonne progressivement le métier à risque de pirate. Il faut dire que la répression des écumeurs des mers est sans pitié. Notre homme devient alors pilote dans la baie d’Antongil et tente de se racheter une conduite. Le Roi de France accorde la grâce aux anciens pirates qui acceptent une Charte de clémence ; en échange, ils se doivent de restituer le fruit de leur rapine. Levasseur hésite longuement puis restitue seulement une partie du trésor de la « Vierge du Cap ».
Il aurait pu continuer ainsi longtemps s’il n’avait pas été reconnu en 1729 par un Capitaine de La Compagnie des Indes, compagnie qu’il pillait allègrement dans un très proche passé. Levasseur est arrêté et conduit sur l’île Bourbon où il est jugé et condamné sans appel pour crime de piraterie.
On raconte que lors d’un passage sous bonne garde, à proximité de la Ravine à Malheur il aurait dit : « Avec ce que j’ai caché ici, je pourrais acheter toute l’île ».
Le pirate est pendu, le cryptogramme est sommairement déchiffré mais n’en reste pas moins obscur :
« Prenez une paire de pijon, virez les deux cœurs… tête de cheval… une kort fil winshient écu prenez une cuillère de mielle… outre vous en faites une ongat mettez sur le passage de la… Prenez deux liv cassé sur le chemin Il faut… toit à moitié couvé pour empêcher une femme… vous n’avez qu’à vous serrer la… pour veni… épingle… juillet… faire piter un chien turc un…qu’une femme qui veut se faire d’un… dans… dormir un homme… faut en rendre… qu’un diffur… »

La suite dans Monnaies & Détections n° 95

L’histoire de l’or de la France en 39/45

La plus grande partie de l’or de la France stockée dans la Banque de France en 1940 se chiffrait à plusieurs centaines de tonnes d’or en lingots, barres et pièces de monnaies !

Entrée de la Banque de France à l’époque.

Le 15 juin 1940, l’armée du IIIe Reich était déjà dans Paris, une troupe allemande se présentait au siège de la Banque de France. A 30 mètres sous terre du bâtiment se trouvait le plus grand coffre bancaire du monde, appelé “la Souterraine”. Les officiers allemands descendaient avec une troupe dans le puits n° 11, celui qui était censé garder l’or de la France, mais aussi ceux de la Pologne et de la Belgique confiés à la France. Par surprise les Allemands avaient découvert l’immense Souterraine de 11 000 mètres carrés complètement vide.

La Souterraine de la Banque de France vidée de son or.

De 1923 à 1927, la Souterraine de la Banque de France fut construite dans le cœur même de Paris aux regards de toute la population, située à environ 30 mètres sous terre, le tout reposant sur 800 piliers. 1200 ouvriers avaient travaillé pendant plus de 4 années pour placer 10 000 tonnes d’acier et 70 000 tonnes de béton, puis évacuer 150 000 tonnes de terre et de remblais pour construire la salle du trésor de 11 000 mètres carrés. Les conditions de stockage permettaient tout de même de prévoir une évacuation rapide en cas de conflit surtout avec les lingots de un kilo et les barres d’une dizaine de kilos d’or chacune, il existe cependant aujourd’hui un plus gros lingot d’or de 250 kilos ! La Banque de France fut créée en 1800 par Napoléon 1er, elle était encore une institution privée pendant la deuxième guerre mondiale, son statut permettait de ne pas donner de droits aux actionnaires et à l’Etat français, ce qui favorisa considérablement toute démarche de sauvegarde de l’or pendant toute la durée de la guerre.
Hitler arriva au pouvoir en 1933, et dès 1932, la France voyant venir le pire, décida de faire déplacer d’abord 275 tonnes d’or des 148 banques situées aux frontières de l’est, jusqu’à la Banque de France. Ces 148 succursales étaient étendues sur presque un tiers du territoire français. Deux autres zones, une médiane intermédiaire et une autre proche des côtes maritimes et des ports militaires contenaient aussi beaucoup de tonnes d’or.
En 1934, avec la démonétisation, beaucoup de monnaies de Napoléon III en or furent fondues pour en fabriquer des lingots et des barres en or, afin d’en faciliter aussi le transport dans le cas d’un éventuel transfert urgent.
En 1938, la guerre était proche et inévitable malgré les accords de Munich, c’est à ce moment que le projet de faire évacuer tout l’or de France fut décidé. L’or prit donc une fonction d’achat d’armes et devint le nerf de la guerre. L’état-major des armées françaises demanda une somme de 9 millions de francs et avait réussi à en obtenir 14 millions pour la fabrique d’armement avec la coopération de diverses industries.
Les Etats-Unis se voient commander des milliers de moteurs d’avions, des carlingues et d’autres armements véhiculés pour augmenter la procédure de réarmement. Les 150 autres banques de tout le reste du territoire français acheminèrent par camions tout leur or vers les ports maritimes de Toulon et de Brest, et on prépara un premier convoi de 600 tonnes d’or à charger sur des navires de guerre.
La déclaration de guerre arriva le 3 septembre 1940, toute l’armée française fut mobilisée, il restait encore des tonnes d’or dans la Souterraine de la Banque de France à évacuer. Le tout représentait le plus grand stock d’or du monde après celui de tous les Etats-Unis.

Destokage de milliers de lingots et barres d’or.

En un mois, 35 convois de plus de 300 camions avaient transporté tout l’or de France aux ports de Brest et de Toulon, afin de le faire évacuer par voie maritime aux Etats-Unis, qui à l’époque étaient neutres vis-à-vis de la guerre. Suite à des accords avec des commandes d’armements massives, les Américains furent coopérants dans l’affaire. Toutefois le convoi n’aurait pas pu se faire sans l’initiative personnelle de Mr Lucien Lamoureux, ministre des finances à l’époque, car malgré le désaccord du conseil d’Etat au départ, il décida de sauver tout l’or de la France à temps en le faisant évacuer rapidement en mer. On approuva plus tard son opiniâtreté et son initiative lorsque les Allemands furent à deux doigts de mettre la main sur le pactole français à cause de l’avancée rapide de la Wehrmacht sur les côtes du territoire français.
Cinq grands banquiers de la Banque de France furent employés à superviser l’évacuation des centaines de tonnes d’or. Les marins de l’armée française avaient été employés à plein temps pour décharger les centaines de colis et de caisses d’or des camions jusqu’au chargement dans les bateaux. Des milliers de kilos d’or furent répartis en lingots et en barres dans chacun des navires de guerre. Auparavant il avait manqué des véhicules pour charger et répartir l’or des convois motorisés, alors on n’hésita pas à demander et faire perquisitionner 11 camions anglais en supplément.
Le convoi marin fut colossal, il était composé de deux paquebots, des cuirassés, des torpilleurs et plusieurs croiseurs escortés de contre-torpilleurs avec à leur bord des dizaines de tonnes d’or chacun, par précaution de la menace des redoutables sous-marins allemands.

Le croiseur Emile Bertin.

Le croiseur Emile Bertin, le plus rapide des navires de guerre surnommé « le lévrier des mers », pouvait atteindre la vitesse la plus rapide de 40 nœuds, soit 74 km/heure. Il prit donc une charge à lui tout seul de 254 tonnes d’or en direction des Etats-Unis à New-York, via Halifax au Canada, tandis que le paquebot Ville d’Oran transporta 212 tonnes d’or en direction de l’Afrique. Alors qu’un convoi sur le torpilleur la Bayonnaise transporta 8 grandes caisses de billets de banque, soit 2 milliards de francs !, afin d’alimenter les banques du Liban et de la Syrie qui étaient à l’époque sous mandat français.
D’autres navires furent employés pour contribuer au transport de l’or avec plusieurs dizaines de tonnes d’or à leur bord :
• Le paquebot le Pasteur.
• Les cuirassés croiseurs Jeanne d’Arc, Victor, Lorraine, Colbert, Béarn, Algérie, Schoelcher.
• Les croiseurs Jean de Vienne, Dunkerque, Tourville, Gloire, Marseillaise et Primanguet.
• Les torpilleurs Fortuné, Lion, Railleuse, Simoun et Bayonnaise.
• Les contre-torpilleurs Mogador, Volga, Valmy, Aigle, Vauban, Triomphant et Terrible.
• Les croiseurs auxiliaires El Mansour, El Kantara et le El Djézaïr.
• Le chalutier Clairevoyant.
Le banquier Félix Stiot avait dirigé plusieurs convois et ne revint en France que le 30 juillet 1940. Pour ce qui était du transfert des 750 tonnes d’or du fort Portzic jusqu’à Brest, ce fut un Lieutenant de Vaisseau Bigenwald de la « Défense contre Avion » (DCA), qui fut chargé d’entreprendre toute la logistique pour acheminer l’or du fort jusqu’au port de Brest.

… La suite de l’article dans Monnaies & Détections n° 94

Les canons de la Coubre

J’ai toujours aimé chiner les cartes postales anciennes, reflets figés aux couleurs sépia d’une époque révolue. Ces cartes postales font parfois ressurgir des histoires oubliées, et peuvent être le déclencheur de fabuleuses quêtes historiques.

En furetant dans les casiers de vieux papiers d’un bouquiniste, à la recherche de clichés d’anciens lieux de baignade, l’un de mes dadas de beachcomber, je découvre une carte postale offrant une scène improbable. Cinq canons de belle taille, couchés dans un écrin d’aiguilles de pins, sous le regard de deux hommes endimanchés. Et le descriptif sibyllin de la carte postale ne donnait pas beaucoup plus d’information : « Royan, forêt de la Coubre, canons ensablés restes d’un fort de Napoléon Ier ». Je connais le massif de la Coubre, à l’embouchure de la Gironde, cette belle forêt domaniale de près de 7 900 hectares, plantée essentiellement de pins maritimes. Une côte sauvage comme je les aime, ponctuée de centaines de naufrages… Mais je n’avais jamais entendu parler d’un quelconque fort Napoléon et encore moins de ses canons.
Cette carte postale doit vraisemblablement remonter aux années 1900-1920. En approfondissant mes recherches sur le net, je tombe sur d’autres vues des cinq beaux bébés qui semblent, pour l’époque des clichés, être devenus des attractions touristiques pour les promeneurs du dimanche. On aime poser à côté ou juché sur les canons, comme un chasseur aime poser à côté de sa proie encore chaude. Je me prends à rêver. Vu le poids probable de ces pièces d’artillerie de fer, il est fort à parier que leur déplacement sur un terrain sableux se révèle hautement laborieux. Et si les canons se trouvaient encore dans le sable de la Coubre, recouverts, plus d’une centaine d’années après les clichés, de sable et d’humus ? Voilà une belle quête qui ne devrait pas trop poser de difficultés au regard de la taille des ces canons… Mais avant de traverser la Gironde vers Royan et d’approcher les vestiges militaires, je préfère me plonger dans les archives pour tenter d’en apprendre un peu plus sur ce fameux fort Napoléon.

Il faut savoir que l’estuaire de la Gironde a, de toujours, été un lieu hautement stratégique. La défense de l’accès vers Bordeaux et l’entrée vers l’intérieur des terres demeuraient un point vulnérable lors des conflits notamment avec l’Angleterre au début du XIXe siècle. Des navires de la Marine Royale patrouillaient en permanence pour sécuriser l’embouchure et ralentir, voire stopper, toute intrusion ennemie par le fleuve. Mais cela ne semble pas suffisant, c’est ainsi que près de seize batteries de canons sont érigées sur les rives de la Gironde sous la veille de milices garde-côtes. La batterie de la Coubre est érigée à partir de 1808. Elle comprend un corps de garde, un magasin et une poudrière. Lors des Guerres napoléoniennes, le conflit s’enlise, les batteries de défenses côtières doivent s’armer de nouveaux canons afin de repousser une menace toujours plus forte. En 1811, ordre est donné par Napoléon Ier au ministre de la Marine de fournir vingt-deux pièces de 36 et onze pièces de 24 afin d’augmenter la puissance de feu des batteries de Maumusson, du fort Chapus, d’Arvert, de la Coubre, de Terre-Nègre, de Royan, de Susac et de la Pointe de Grave. L’enjeu devient vital pour la défense de la côte et de l’embouchure de la Gironde.
L’urgence se fait sentir, un courrier de l’Empereur, daté du 29 août 1811, enjoint au Ministre de la Guerre, le Général Clarke, de presser le mouvement : « Je vous ai fait connaître mes intentions pour l’armement du pertuis de Maumusson et de l’embouchure de la Gironde ; le besoin est urgent ; on doit profiter des marées d’équinoxe pour faire passer les frégates de la rade de l’île d’Aix dans la Gironde. Il est donc indispensable que, pour cette époque, les batteries soient armées. […] Le moindre retard peut nous mettre dans l’alternative de perdre la saison d’équinoxe ou d’exposer mes frégates à des dangers pressants ».
Toutefois, cette urgence défensive ne porte pas ses fruits dans la protection du territoire, la fin de la campagne de France se révèle un échec cinglant pour l’Empereur. Le 12 mars 1814, le Maire de Bordeaux, Jean-Baptiste Lynch, ouvre les portes de la ville aux Anglais. Ces derniers démantèlent les défenses côtières et notamment la batterie de la Coubre. L’Empereur abdique le 6 avril 1814…

… La suite de l’article dans Monnaies & Détections n° 93

Traces de la grande guerre et artisanat de tranchée

Dès le début de la guerre de 1914, une activité fut mise en pratique dans les tranchées en attendant les assauts contre l’ennemi. Les soldats eurent besoin de s’occuper l’esprit et commencèrent à travailler le métal des obus tirés pour y graver quelques motifs décoratifs et le souvenir de leur campagne. Le conflit se transforma assez vite en guerre de position, les poilus eurent le temps d’élaborer cette activité qui fût en fait, un moyen de se remonter le moral.

Les soldats fabriquèrent ainsi de très belles œuvres à partir de morceaux de métal, on pouvait avoir aussi bien des obus finement ciselés, ou des petits objets comme des coupes-papiers, des ustensiles de bureau comme des portes-plumes faits à partir de cartouches de fusils, des crayons ou des briquets, en passant par des tabatières, des encriers, des petites voitures, des avions, des boîtes à bijoux richement décorées de motifs floraux ou encore des bagues destinées aux épouses et fiancées. Beaucoup de ces objets portaient le nom et la date de la campagne, et le nom de celui qui avait réalisé l’œuvre y était parfois inscrit. On fabriquait des crucifix à partir de cartouches de fusils, et ils pouvaient contenir à l’intérieur des petits morceaux d’éclats d’obus d’un blessé en guise de piété et de protection. L’activité manuelle des œuvres obligeait l’esprit du poilu à se concentrer sur ce travail créatif permettant, non seulement de faire plaisir à un proche pour un cadeau valorisant, mais aussi d’en améliorer l’ordinaire par la vente des œuvres réalisées, et surtout à oublier l’anxiété provoquée par les dangers, le stress des combats et des blessés.

Bagues en aluminium.

Bague sertie de fleurs.

Coupes-papiers en cuivre.

Une lettre de décembre 1915 témoigne de la fabrication fréquente d’objets : « Je t’envoie un porte-plume que j’ai fait pendant mon séjour à l’infirmerie avec deux cartouches boches que j’ai soudées, et deux bagues, une pour toi, l’autre pour ma mère. J’en ai aussi deux autres pour mes nièces Lucie et Anne que je n’ai pas tout à fait finies ». Le travail effectué, permettait ainsi d’entretenir un lien affectif avec les membres de la famille. Selon une lettre de novembre 1914 d’un officier, la matière première était récupérée sur des munitions allemandes : « Mes hommes trouvent mille petits moyens ingénieux pour se distraire, actuellement la fabrique des bagues en aluminium fait fureur, ils les taillent dans les fusées d’obus, les boches fournissent la matière première à l’œil, certains soldats sont devenus très habiles et je porte moi-même une jolie bague parfaitement ciselée et gravée par un légionnaire ».
La récupération des obus nécessitait beaucoup de prudence car de nombreux soldats inconscients et pressés de récupérer la marchandise des boches, se contentaient de prendre des munitions non explosées. Une lettre d’un soldat de juillet 1915 en témoigne : « Il y a eu ce soir deux soldats morts et cinq blessés, c’étaient des soldats qui avaient touché un obus qui n’était pas explosé, pour avoir de l’aluminium afin de faire des bagues ».

Poilus au travail d’obus.

Cendrier en forme de képi de poilu.

Le travail de l’artisanat de tranchée était aussi pratiqué par des blessés en convalescence ou des prisonniers. L’origine de l’activité datait déjà du XIXe siècle. On pratiqua beaucoup cet artisanat qui évolua tout au long de la première guerre et perdura jusqu’à la deuxième guerre de 1940 et même après. Toutes ces œuvres sont aujourd’hui très recherchées par des collectionneurs et passionnés d’art et de militaria, elles sont regroupées sous la dénomination d’artisanat de tranchées. Les pièces les plus élaborées proviennent de France en Yser et de Grande-Bretagne. Ces deux pays recèlent les plus beaux exemplaires ouvragés et intéressants.

… La suite de l’article dans Monnaies & Détections n° 92

Ocracoke Island ou la mort de Barbe Noire

Chapelet d’îles 

Ocracoke Island est l’une des îles les plus éloignée des Outer Banks, ce chapelet d’îlots linéaires des côtes de Caroline du Nord. L’île elle-même est une longue bande de terre de quelques vingt-cinq km2, on peut y noter la présence d’un seul village, implanté au Nord-Ouest et tout naturellement appelé Ocracoke. Le village accueille un modeste port du nom de Silver Lake où accostent ferries et bateaux, seuls liens avec le continent. Par la voie des airs, l’île est accessible grâce à un petit aéroport situé au sud du village.
Un des points remarquables de Ocracoke Island est son célèbre phare blanc, un des plus anciens phares des Etats-Unis, en service depuis 1823.
Ce discret fief de pêcheurs de moins de huit cents âmes à l’année s’est transformé avec le temps en un haut lieu touristique, drainant à la haute saison des milliers de visiteurs attirés par une nature préservée, la pêche, ses plages magnifiques et un certain art de vivre.

 

Une histoire indienne

Les différents îlots des Outer Banks étaient à l’origine peuplés par des natifs amérindiens du peuple algonquin. C’est un navigateur italien, Giovanni da Verrazzano, qui découvre le territoire le 20 mars 1524 pensant à tort atteindre les côtes de la Chine. Il rencontre alors les peuples autochtones résidents des îles dont il donne une description des plus surprenantes : « Ces gens vont entièrement nus, sauf aux parties honteuses où ils portent des peaux de petits animaux du genre des martres et une étroite ceinture végétale tissée des queues d’autres bêtes. [...] Ils sont noirs de peau et assez semblables aux Éthiopiens. Leurs cheveux sont noirs aussi épais, mais de médiocre longueur ». Un historien américain pense que le nom d’Ocracoke aurait une racine indienne, Wokokon transformé par la suite en Okok puis Ocrcok pour finalement devenir Ocracoke aujourd’hui.
Après plusieurs tentatives ratées de colonisation anglaise, les îlots des Outer Banks sont peuplés par les Européens au tout début du XVIIe siècle.
La gestion de l’île d’Ocracoke est confiée en 1719 à John Lovick, secrétaire de la colonie de Caroline du Nord qui développe sur ses terres l’élevage de moutons et de bovins.
Son emplacement particulier fait de l’île un endroit recherché par les pilotes de navires, pirates et boucaniers qui y trouvent un refuge provisoire et un lieu de mouillage privilégié, dont un certain Edward Teach plus connu sous le sobriquet de Barbe Noire.
L’Histoire de l’île est agitée, un fort est érigé par les confédérés durant la guerre civile américaine. Après une attaque navale en règle, il termine rasé par l’Union en 1861. Durant la seconde guerre mondiale, des navires britanniques sont torpillés dans les eaux d’Ocracoke par des U-Boat allemands. Les dépouilles des marins anglais sont enterrées dans un petit cimetière de l’île.
Mais reprenons notre machine à remonter le temps et revenons en ce début du XVIIIe siècle, l’âge d’or de la piraterie, à la rencontre du célèbre Barbe Noire.

Terreur des mers

Avec une apparence censée provoquer la frayeur, son image est devenue aujourd’hui l’archétype du pirate sanguinaire. Une barbe d’ébène tressée et enflammée, un large tricorne maintenant deux mèches de chanvre allumées, deux cartouchières croisées sur son torse où pendent plusieurs couteaux, sabres et six pistolets, voilà le portait d’Edward Drummond ou Edward Teach, mieux connu sous le nom de Barbe Noire.
Notre homme serait né sur les terres anglaises, en 1680 à Bristol mais peu de traces subsistent sur le début de sa vie et son entrée en piraterie. Embarqué sur un navire britannique corsaire de 1702 jusqu’en 1714, le futur diable des mers débute sa carrière au service de la reine Anne, durant la guerre de succession d’Espagne. A la fin de la guerre, désœuvré, il rejoindra l’équipage du pirate Benjamin Hornigold.

… La suite de l’article dans Monnaies & Détections n° 92

L’histoire des reliquaires, croix et autres amulettes

Croix templière en bronze.

L’origine des reliques, du latin « reliquiae » signifiant « reste », tient son origine depuis la plus haute antiquité sous le nom de « Palladium » qui était un genre de statuette représentant Pallas Athéna, étant tombée du ciel et découverte par le fondateur mythique de la ville de Troie. Ensuite, sous la période romaine cette statuette relique fut conservée dans le temple des Vesta à Rome. A l’époque des Mérovingiens, les guerriers francs utilisaient des reliques chrétiennes comme talismans, ils les portaient au cou, le plus souvent en os. On faisait même ingérer aux malades de la poussière d’os récupérée dans les tombeaux. Des morceaux de vêtements de saints étaient appliqués sur la peau au niveau de l’épaule qui au XXe siècle s’appelaient encore « scapulaire ».
Au VIIIe siècle les Musulmans infidèles voulaient piller et détruire toutes les reliques du saint protecteur de la Gaule conservées dans la Basilique Saint-Martin-de-tour. Sous Charlemagne, Roland possédait une épée au pommeau en or contenant à l’intérieur une dent de saint Pierre, du sang de saint Denis et un morceau du voile de sainte Marie.

L’enkolpia, un des premiers reliquaires

Enkolpia.

A l’origine, on donnait le nom « Enkolpia » à des petites custodes destinées à recevoir soit des reliques, soit des textes du livre de l’Evangile, pour être suspendus au cou des fidèles. L’usage de ces reliquaires portatifs remonte à la plus haute antiquité. Saint Chrysostome le mentionne en divers endroits de ses œuvres, et en particulier dans sa dix-neuvième homélie « De statuis ». Saint Nicéphore, patriarche de Constantinople, réfutant les iconoclastes, assure que de son temps la chrétienté était pleine d’encolpias sur lesquels étaient figurés la passion de Jésus-Christ, ses miracles, sa glorieuse résurrection ; et il en parle comme d’objets fabriqués depuis longtemps.

Enkolpia médiéval.

On trouva en 1571, deux de ces reliquaires en or dans des tombeaux du cimetière antique du Vatican : ils étaient de forme carrée, munis de boucles dénotant leur usage, et ornés sur une face du monogramme du Christ accosté de l’Alpha et de l’Oméga. Messieurs Bosio, Aringhi, Ciampini et Bottari ont donné à cet objet la datation du IVe siècle.
La croix pectorale des évêques fut aussi appelée : encolpium, encolpia, ou encolpion, parce qu’elle contenait des reliques et dont le mot grec signifie « contenir dans son sein ». Toutefois une autre définition est attribuée à l’encolpion signifiant « autour du cou » (sur la poitrine).
Une des plus anciennes et plus remarquables pièces de ce genre qui existe encore aujourd’hui, si nous ne nous abusons, est une croix pectorale qui fut trouvée naguère sur la poitrine d’un cadavre dans les déblais qui se sont pratiqués dans la Basilique Constantinienne de Saint-Laurent hors des murs. Elle est reproduite ci-dessous d’après la description précise de M. Rossi en 1863.

Croquis de la rare croix ancienne.

Descriptif de la croix en croquis :
Sur une face elle porte l’inscription : Emmanovha (Emmanuel), et en latin : Nobiscum Deus. Sur l’autre face, on lit : Crux est vita mihi / Mors inimice Tibi : « la croix est ma vie, à toi ennemi, elle est la mort ». Cette phrase s’adresse au démon ennemi du genre humain. La croix est munie d’une vis fermant une cavité où était placée une relique et probablement une parcelle de la vraie croix, comme il s’en répandit dans l’univers entier aussitôt après la découverte de ce bois sacré par sainte Hélène.

Des reliquaires en or

Staurothèque byzantine du début XIe siècle contenant un fragment de la Sainte Croix.

D’autres reliquaires où l’on renfermait ces précieux fragments de croix étaient des petites boîtes en or. Saint Paulin en possédait une qui était renfermée dans un petit tube du même métal. C’est saint Grégoire le Grand qui le premier fait mention de la forme de la croix donnée à ces reliquaires. Il en avait envoyé une à la Reine Théodelinde avec un fragment assez considérable du bois sacré. Le prévôt de l’antique église de Monza s’en servait encore quand il officiait pontificalement.
Le célèbre trésor de Monza possédait aussi deux phylactères donnés à cette princesse pour ses enfants par le même Pontife, et qui contenaient, l’un une parcelle de la vraie croix, l’autre un fragment de l’évangile. P. Monzzoni a publié ces reliquaires dans le septième volume de ses ouvrages « Tavole Cron.della stor.eccl ». On trouvera aussi dans le même volume d’autres reliquaires du plus haut intérêt.

Croix médiévale byzantine décorée d’ocelles et d’une pâte de verre bleue, Xe siècle.

Un illustre personnage de Gaule nommé Dinamius avait reçu lui aussi du même Pontife une petite croix en or contenant une pareille relique d’après la lecture d’archive suivante : « Transmissimus autem B.Petri apostoli benedictionem crucem parvulam cui de catenis ejus beneficia sunt inserta ».

Revers de la croix vaticane.

Le moyen-âge offre sur cette question des richesses immenses et des monuments en nombre infini ; mais nous ne devons pas anticiper sur son domaine.

… La suite de l’article dans Monnaies & Détections n° 91

Les fontaines

Les fontaines sont des courants d’eau souterraine qui se font jour soit au pied d’une montagne, soit dans les plaines ou les bois ou même au fond d’un puits. C’est l’eau des pluies qui pénètre dans la terre et descend jusqu’à ce qu’elle rencontre un banc d’argile ou de quelque autre substance imperméable à l’eau, de là elle change de direction prend celle du banc, et quand elle rencontre la surface du sol, elle sort sous forme de source. Si cette source se trouve dans un enfoncement, cernée par les hauteurs, l’eau reste là et produit ce qu’on appelle une fontaine.

Fontaine de la Bourlande avec son toit de lauzes et son petit lavoir, fin XVe- XVIe siècle.

Les fontaines périodiques tarissent pendant un certain temps après lequel elles recommencent à couler pour tarir de nouveau, et ainsi de suite. Les fontaines intercalaires donnent constamment de l’eau, mais en moindre quantité pendant un certain espace de temps puis coulent ensuite avec plus d’abondance pendant un autre espace de temps. Les fontaines jaillissantes sont des jets d’eau naturelle qui ont lieu quand le conduit est contourné en forme de siphon renversé en U et que l’orifice par lequel l’eau s’échappe à l’extérieur est plus bas que le réservoir qui la fournit. Les puits artésiens peuvent être regardés comme des fontaines jaillissantes.
Il existe aussi des fontaines salées dont les eaux traversent des bancs de sel gemmes. Des fontaines lumineuses, des fontaines ardentes, des fontaines de places publiques qui sont destinées à embellir le site par leur aménagement, elles peuvent être en grotte, en buffet, à portique, adossées, en pyramide, en niche, etc…

Fontaine avec arcade et toiture en pierre, XVIIe siècle.

La fontaine symbolise la fécondité mais aussi la guérison, puis paradoxalement la malédiction, car quelques-unes d’origine païenne étaient réputées maléfiques. Certaines au contraire avaient des vertus curatives ou guérisseuses, d’autres faisaient l’objet de dépôts d’ex-voto par les pèlerins, qui remplissaient ensuite leurs fioles d’un peu d’eau sacrée. Dans le département 88, au sanctuaire de Grand, il existe une fontaine jaillissante qui était réputée pour guérir des maladies ; le site dédié jadis à Apollon eut même la visite de l’empereur romain Caracalla pour une guérison. Ces fontaines aux vertus sacrées furent depuis l’Antiquité mises sous la protection des nymphes et dédiées à un Dieu ou une Déesse. La fontaine de « Sainte Montaine» qui a pour origine le nom d’une jeune fille, est réputée pour un miracle sur cette enfant adultérine qui fut en réalité abandonnée par son père, qui n’était autre que le roi de France Pépin le Bref.

… La suite de l’article dans Monnaies & Détections n° 90