MONNAIES ET DETECTIONS

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Monnaies et Détections

Un article à charge

Le rédacteur en chef de cette revue ayant été cité dans un article figurant dans le supplément “science & médecine” du Monde du 22 avril, je l’ai lu avec un intérêt accru et j’ai pris sur moi d’en écrire ce petit commentaire, sans me concerter avec lui.

Comme toujours la parole reste aux institutionnels de la fouille et à leur bras armé qu’est la préfecture. D’ailleurs l’article ne leur donne pas seulement le dernier mot, il leur octroie aussi le premier avec un titre qui donne le “la” pour la suite : “le pillage archéologique, un fléau pour l’histoire (sic!)”1. La suite est à l’avenant avec dix sept paragraphes (et demi) stigmatisant les détectoristes (dans l’article ce terme est entre guillemets, par contre “pilleurs” ne l’est jamais) contre… un et demi laissant la parole aux dits détectoristes. Il y a même un petit paragraphe flottant pour signaler les “trafics illicites sur les fossiles”. À la suite de cet article à charge, signé de Mrs Herzberg et Morin, les mêmes ajoutent une rapide description de “cinq trésors retrouvés”, c’est le titre de ce second article. En réalité, ils auraient aussi bien pu écrire“cinq trésors saisis” puisque c’est le cas de chacun ou alors “cinq trésors saisis et quatre condamnations” puisque Mrs Herzberg et Morin décrivent complaisamment les condamnations d’un antiquaire et de quatre détectoristes. Bien entendu nous avons, nous lecteurs du Monde, droit à quatre belles illustrations, dont l’une, d’une plaque médiévale représentant un chevalier qui portait “de gueules aux dix besants d’or”, armoiries que je n’ai pas cherché à identifier mais que les auteurs, qui n’en ont certainement pas fait plus appellent “le chevalier breton”, sans doute simplement parce que la plaque a été déterrée sur Vannes. La cinquième illustration montre des archéologues occidentaux, habillés à la Indiana Jones bavardant devant un Égyptien – le chantier est à Saqqara – qui est habillé normalement, ce qui s’explique puisque, lui, travaille de ses mains. Mais revenons à leurs précédentes illustrations : quels beaux objets ! Lesquels nous n’aurions pas eu connaissance sans les détectoristes qui furent condamnés… Ou alors, lorsque nous serions devenus très âgés, le beau jour où un archéologue se sera sorti les mains des poches, aura obtenu un chiche crédit et aura, enfin, déclenché un chantier de fouilles. Mais la patience est la force des archéologues et pour tout résoudre il s’agirait de fliquer les détectoristes ; la solution proposée par D. Garcia, président de l’Inrap, est toute trouvée : il faudrait un fichier des possesseurs de détecteurs et un recensement des machines. La même chose que pour les armes à feu, en somme. Et puis les forces de l’ordre aiment tant faire des fichiers… C’est la pente naturelle d’un État de plus en plus bureaucrate et surveillant. Pour finir sur une note rigolote, tout de même, je mets en illustration celle qui prend presque une demi-page (dans le Monde, rendez-vous compte !) et qui montre une nuée de grands détectoristes encadrant de petits douaniers indignés. C’est beau comme du Disney ! Et tout aussi faux, car si l’on tient pour vraie l’estimation de 250 000 détectoristes donnée par la Fédération française de Détection des Métaux, cela signifie qu’il y a un peu plus de un “membre des forces de l’ordre” par détectoriste2. Note 2. Que Mrs Herzberg et Morin se rassurent donc, notre activité est bien sous contrôle ! Voilà j’en ai terminé avec ce petit coup de gueule, écrit de mon propre chef. Bonne détection à tous !

J-G DUFLOT

1. Il eût été opportun de mettre une majuscule à “histoire”. Ce qui marque la différence entre l’Histoire, science humaine, et l’histoire (plus ou moins drôle) qu’on raconte au comptoir

2. Il y a, en 2026, environ 300 000 personnels qui ont le droit de nous mettre à l’amende, dépendants de différents ministères. Cela va du garde-champêtre au douanier et du gendarme au surveillant pénitentiaire (si ça se passe mal).

Editorial 148

Depuis plusieurs mois, on assiste à une multiplication d’articles sensationnalistes parlant de “pillage du patrimoine” ou de “milliers d’objets archéologiques saisis”, alors que les photographies publiées montrent souvent de simples monnaies communes, fragments métalliques ou objets sans valeur scientifique majeure. Cette communication entretient volontairement une confusion entre trafic organisé d’antiquités et pratique de loisir exercée par des milliers de particuliers. L’affaire du trésor des Atrébates, où l’inventeur relaxé attend toujours sa part tandis que l’État conserve l’or, illustre parfaitement ce climat devenu délétère. En France, la notion “d’objet archéologique” est désormais si large qu’elle peut englober n’importe quelle rondelle de bronze sortie d’un champ. Beaucoup de prospecteurs ont aujourd’hui le sentiment d’être désignés comme des ennemis du patrimoine, alors même que l’immense majorité de leurs découvertes n’intéresse ni les musées ni les services archéologiques. Cette dramatisation médiatique finit par apparaître moins comme de l’information que comme une tentative de marginalisation culturelle et administrative d’un loisir populaire.

Bonne lecture, Gilles Cavaillé

Sommaire 148

Actualités
4 Un article à charge
5 Au sujet de l’article de valeurs.actuelles.com du 30 avril 2026
6 Le Trésor des Atrébates
8 Plus de 3000 monnaies d’argent sorties de terre grâce à deux détectoristes
10 Détection de métaux le faux procès des “pilleurs”
Vécu
13 La médaille de sauvetage
15 Brèves
Artéfacts
25 Un très rare quadrant astronomique médiéval
26 « Apposer sa marque » : les matrices et empreintes de sceaux
30 Les rarissimes crochets serpentiformes militaires romains, Ier-IIe siècles
32 Un splendide manche de spatule gallo-romain
33 Les rares pendentifs d’épingles à cheuveux du bas-empire romain
34 Les bagues romaines de type Brancaster
Histoire
38 Les français ont des étoiles plein les yeux
Trouvailles
40 Monnaies/objets
Numismatique
48 Des monnaies romaines… au coeur de fer ?
50 Les monnaies et le plomb
54 De l’or sur l’estran, troisième partie
55 Les florins grecs du Puy
56 La Galice et ses monnaies
58 Vieilles connaissances
60 Les symboles Païens sur la numismatique médiévale européenne
62 Salade niçoise
63 Courrier
64 Agenda
66 Librairie
67 La photo insolite !

Le LiDAR change la prospection pour toujours.

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Article L542-1

« Nul ne peut utiliser du matériel permettant la détection d’objets métalliques, à l’effet de recherches de monuments et d’objets pouvant intéresser la préhistoire, l’histoire, l’art ou l’archéologie, sans avoir, au préalable, obtenu une autorisation administrative délivrée en fonction de la qualification du demandeur ainsi que de la nature et des modalités de la recherche.

Trouvaille 147.30

Bonjour, Voici un objet qui semble être une clochette de 28 mm de diamètre, trouvée dans un labour de Vendée. Je ne sais pas si elle est en bronze ou en étain. Il y a des traces de rouille à l’intérieur, serait-ce le reste du battant ? Merci pour votre aide. Zapinapo.

Non, il ne s’agit pas d’une clochette, mais d’un élément décoratif terminal qui venait coiffer un autre objet, probablement en bois. Le reste de fer à l’intérieur devait être le clou de fixation. La forme ne correspond pas à une clochette et, enfin, si clochette ce fut, il y aurait dû y avoir un anneau de fixation, ce qui n’est pas le cas. Enfin, la paroi épaisse ne joue pas non plus en faveur de cette hypothèse.

Trouvaille 147.29

Bonjour à la rédaction, insigne trouvé en détection (Lot), peutêtre un pays de l’Est, insigne militaire, civil ? Dimension : 30 mm x 33 mm. Si vous avez plus d’infos, merci. Bob.

Il s’agit d’un insigne tchécoslovaque de société de tir, daté 1932, et non d’un insigne militaire soviétique. L’inscription correspond à une “Střelecká jednota” (société de tir) de la localité de Stránčice, en Tchécoslovaquie. Le revers mentionne le fabricant Karnet-Kyselý, à Prague, avec un numéro de brevet (Patent 59 283), ce qui confirme une production civile de l’entre-deux-guerres. C’est donc un insigne associatif sportif (tir), commémoratif d’un événement ou d’une compétition en 1932. Objet intéressant historiquement, mais de nature civile.

Trouvaille 147.28

Trouvée dans le sud Charente par Patrick, cette boucle festonnée et son ardillon, certainement en fer pris dans sa gangue de rouille. Datation probable fin de l’Empire romain au VIe siècle.

Trouvaille 147.27

Inconnu nous envoie en SMS, sans infos (important de donner poids, dimensions et commune de trouvaille), ce statère. La tribu des Vénètes, établie en Bretagne, frappait des monnaies au deuxième siècle avant Jésus-Christ. Leurs premiers statères étaient des imitations de la célèbre monnaie d’Alexandre. Sur l’avers, un profil à droite avec une chevelure constituée de mèches arrondies, et deux cordons perlés sont disposés de l’avant à l’arrière de la tête. Le revers est caractérisé par un cheval androcéphale conduit par un aurige. Il y a sous les pattes du cheval, habituellement, un personnage ailé ou un sanglier. Sur cette monnaie usée, on peut affirmer qu’il n’y a rien sous les pattes du cheval ; en revanche, devant, peut-être les restes d’un vexillum. Il doit s’agir d’un quart de statère, car le flan semble petit et ne présente pas tous les détails que peut offrir un statère. Ref : Delestrée 2128-30. Monnaie en état TB++ : 700 €.

Trouvaille 147.26

Bonjour, juste pour le plaisir et le partage… Et aussi pour en savoir un peu plus sur cette fibule… Merci d’avance et bonne journée. Pierre en Bretagne.

Voici une obole carolingienne de Louis le Pieux pour Melle. Son diamètre est de 14 mm, le poids n’est pas indiqué. Avers : En deux lignes : LVDO/ VVIC. Revers : + METALLVM. Croix. D.613 (28 ex.). L’état de la monnaie est un beau TTB, c’est une monnaie qui peut monter à 300 €. Reste de fibule à couvre-ressort, en bronze ; l’arc est orné de quatre nodosités parallèles et identiques.

Trouvaille 147.25

Bonjour, Je vous transmets quelques-unes de mes trouvailles faites dans le 44, à savoir quelques “objets mystères” et monnaies que j’aimerais faire identifier/estimer. Merci à vous et au plaisir de vous lire, Hugo.

On commence par un joli passe-guide gallo-romain de huit centimètres de diamètre environ, au vu de la pièce de dix centimes d’euro posée à côté. On peut aussi lui donner le nom d’anneau de joug. L’anneau est orné de cinq boutons répartis de façon homogène sur celui-ci. La partie basse est constituée d’une plaque de fixation sur le joug et d’un triangle perpendiculaire orné de boutons à chaque angle. Une photo supplémentaire de la partie fixation eût été intéressante pour la compréhension de la fixation de l’anneau sur le bois. Datation probable Ier siècle. La monnaie présentée a connu des jours meilleurs : c’est un quatre sols aux deux L de Louis XIV pour l’année 1693. Les outils agricoles ne lui ont pas fait de cadeau et sa valeur de collection est nulle. Ref : DY.1519, Droulers 393.

Trouvaille 147.24

Bonjour à tous, j’ai le plaisir de partager avec vous ces deux poids monétaires. Il y en a un que je pense avoir identifié comme le poids pour l’écu d’or à la chaise. Je précise qu’ils n’ont pas été trouvés au même endroit : un en forêt, l’autre en champ. Celui qui pèse 5,28 g, je n’arrive pas à l’identifier, je compte donc sur vous. Toujours fidèle abonné de ce chouette magazine. Bonnes trouvailles à tous. À bientôt. Jeje77detection.

Pour le premier, il s’agit d’un poids pour l’écu à la chaise de Philippe VI de Valois, portant le motif suivant : le roi assis sur son trône (chaise royale) tenant son sceptre de la main gauche. Ce type de poids pèse entre 4,04 et 4,53 g ; le vôtre pèse 4,52 g. Le suivant nous pose problème, nous n’avons pas pu l’identifier. Ce mystère sera résolu dans le prochain numéro par un lecteur plus renseigné sur ce poids : il pèse 5,28 g sur la balance, le revers est lisse et le roi semble assis sur une chaise (écu à la chaise ?), mais le poids ne correspond pas, ainsi que la légende en partie visible : POIS DE – DASE ? Il se rapproche du poids pour le royal d’or à la légende POIS D ROAOL, mais le poids est décidément rédhibitoire pour l’attribuer à cette monnaie. Votre avis nous sera précieux !MO**