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Les deux comtés de Hanau (suite)

Dans « Les deux comtés de Hanau » (M&D n° 102) nous avions tenté de montrer combien l’histoire des trois chevrons de Hanau est passionnante et saute du Rhin à l’Amazone. Ce blason se retrouve comme quartier des armoiries du grand-duché de Francfort.

5160 km2, 300 000 habitants, un grand-duc qui abdique le 28 octobre 1813 en faveur d’Eugène de Beauharnais et un contingent de 1300 hommes à fournir à la Grande Armée pour former le Régiment de Francfort. Comme tous les contingents germaniques, après la bataille de Leipzig perdue par Napoléon au soir du 19 octobre 1813, il se délitera. Cependant l’empereur va se voir couper la route à Hanau près de Francfort.
Ce 30 octobre, les Autrichiens, alliés aux Bavarois qui viennent de renverser leur alliance, coupent la route de l’armée française qui retraite depuis l’Est, depuis Leipzig, vers le Rhin.
Napoléon gagne et passe sur la route de Francfort. Il parvient à Mayence le 2 novembre.
La bataille de Hanau a donc sauvé les débris de la campagne d’Allemagne de 1813, pas tous cependant puisque, en 2015, il sera trouvé deux cents tombes de soldats français, sans doute des blessés de l’affrontement, morts dans les hôpitaux.
Son prédécesseur ayant abdiqué, depuis son refuge de Zürich, le 28, la bataille de Hanau ayant eu lieu deux jours après et les restes de l’armée française ayant quitté le grand-duché quatre jours après la renonciation, Eugène a donc formellement régné, sans gouverner puisqu’aux prises avec les Coalisés en Italie, sur le grand-duché de Francfort pendant quatre jours.
Evidemment, ce trop court règne n’a pas eu de conséquences numismatiques mais il permet sans conteste d’affirmer qu’Eugène de Beauharnais a eu sa couronne.

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L’une des pièces de monnaie françaises parmi les plus recherchées est la 5 francs 1871 A ayant un trident pour différent. Elle a été frappée pendant la Commune de Paris dont on commémore actuellement le 150e anniversaire. Le directeur de la monnaie de Paris était pendant cette courte période, qui va du 18 mars 1871 au 28 mai 1871, Zéphirin Camélinat, un ancien ouvrier du bronze.

La Commune de Paris

A la fin de 1870, la France connait la défaite de Sedan, Napoléon III est destitué, le Second empire laisse la place à un gouvernement républicain dont les armées n’arrivent pas à ralentir les troupes prussiennes. Autour de Paris la résistance tente de s’organiser et le peuple de la capitale se révolte contre ceux qui conduisent la France de défaite en défaite. Le 18 mars 1871 des ouvriers rejoints par les gardes nationaux de Paris proclament la Commune de Paris. Ces responsables choisissent le drapeau rouge pour symbole. Parallèlement, le gouvernement dit d’Union nationale dirigé par Adolphe Thiers s’installe à Versailles et poursuit des négociations de paix avec Guillaume II, le nouvel empereur d’Allemagne. Une lutte sans merci s’engage entre les responsables de la Commune, favorables à la mise en place de mesures sociales et qui refusent une capitulation où la France perdrait l’Alsace et la Loraine et devrait payer une énorme dette de guerre, et le très conservateur régime versaillais qui cèderait aux exigences de la Prusse. Ce conflit armé dure 100 jours et se termine par le massacre de dizaines de milliers de Communards dans les rues de Paris, la fusillade d’autres partisans de la Commune dans le cimetière du Père Lachaise devant un mur qui prendra le nom de Mur des Fédérés et de nombreuses déportations en Algérie et en Nouvelle-Calédonie mais aussi l’idée sociale comme l’école laïque. En 2021 cette courte expérience de la Commune de Paris est commémorée dans le monde entier comme la première tentative d’établissement d’un régime politique populaire et social.

Zéphirin Camélinat, directeur de la Monnaie de Paris pendant la Commune de Paris

Rémi Zéphirin Camélinat est né le 14 septembre 1840 à Mailly-la-Ville dans l’Yonne. Il est d’abord paysan-vigneron dans sa région natale puis en île de France. Ensuite il s’installe à Paris où il travaille comme ouvrier. Il suit des études professionnelles et apprend l’anglais. Rapidement il se spécialise dans le travail du bronze et ses camarades le choisissent comme représentant syndical. En 1864 Zéphirin Camélinat participe à la création de l’Association Internationale des Travailleurs. En 1867 il prend une part prépondérante dans la grande grève victorieuse des ouvriers du bronze. Jusqu’à sa mobilisation en 1870 il allie travail et formation politique. Dès septembre 1870, il s’engage politiquement pour la fin des combats entre Français et Allemands et la création d’un état fédéral entre les deux nations.

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Monnaies d’aubaine à La Réunion

Quitter le confort d’un cabinet d’avocat paternel pour s’engager dans l’Artillerie de Marine est le signe d’une personnalité forte. Le jeune Normand Decaen est né la même année que le jeune Corse Bonaparte. Ils ne seront jamais intimes. Toutefois, le Premier Consul saura la valeur de ce soldat dans l’âme qu’est Decaen.
Le natif de Caen (eh, oui !) va exploiter ses talents dans les domaines militaires et administratifs lorsqu’ils se retrouve à la tête des actuelles Réunion, Seychelles et Maurice.
En 1803, le général Decaen va devoir gérer des îles harcelées par la première flotte du Monde d’alors : la Navy (la vraie, pas l’américaine). Passons sur ses exploits contre la Perfide Albion car il est plus étonnant de le voir s’improviser maître de la Monnaie.
Il a la main sur les dizaines de corsaires français qui fraient dans l’Océan Indien et ceux-ci lui en annoncent une bien bonne : la prise de milliers de monnaies anglaises.
Le général Decaen ne va pas laisser perdre ces belles productions ennemies. La monnaie est nécessaire à la confiance de la population dans l’encaisse, l’estimation des produits et, en cas de coup dur, pour épargner. Alors Decaen, assiégé sous les palmiers, va convertir les monnaies de la “East India Company”. Les valeurs de 5, 10 et 20 cash vont trouver un cours légal à Maurice et à La Réunion au taux de 3 sous = 20 cash. La profusion des captures et la nécessité de petite monnaie ont incité le général Decaen à cette mesure pragmatique. Il n’y a pas de contremarques.
Si cette monnaie “magique”, puisque gratuite, n’a pas reçu la patte d’un artiste français, c’est bien un compatriote qui va graver une belle monnaie de dix livres en argent pour les îles.
Là encore c’est un hardi corsaire, Pierre Bouvet (1775-1860) qui capture le navire néerlandais “Ovidor” chargé de lingots d’argent. L’orfèvre local Aveline va en faire de magnifiques monnaies qui seront surnommées “piastres Decaen”. Une 40 livres en or était prévue mais Maurice (“île de France”) est subjuguée par les Anglais en 1810.

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117.18

Virginie officie dans le Doubs et se shoote à la prospection. Sa récente découverte l’a fait sourire et elle la partage avec nous. Une boite de pastilles au borate de soude et de cocaïne ! De 1860 à 1900 environ, la cocaïne était utilisée pour ses propriétés anesthésiques locales, d’où l’usage pour les maux de gorge (maintenant on utilise de la tetracaïne ou de la lidocaïne), ha la belle époque !

La médaille de la rue Bac

Les médailles religieuses sont légions et nous prospecteurs en rencontrons souvent lors de nos sorties. On en trouve partout !, dans les champs, les prairies, les forêts, les parcs et les jardins. Elles sont en cuivre, en aluminium, en argent et, parfois en or et cela, sous toutes formes ! Elles représentent divers Saints, la Vierge ou la Sainte Trinité, bref, la totalité du Panthéon chrétien.Il y a toutefois une médaille qui surclasse toutes les autres, la célèbre médaille miraculeuse de la Vierge, plus connue sous le nom de « médaille de la rue du Bac », située à Paris.

L’histoire débute en 1830 avec une jeune nonne de 24 ans, Catherine Labouré. Celle-ci se prépare à prononcer ses vœux au noviciat des Filles de la Charité, fondation ayant pour vocation d’assister les pauvres et aussi de recueillir les enfants abandonnés.
Catherine Labouré est d’origine paysanne bourguignonne et totalement illettrée. Le 18 juillet 1830, à la nuit tombée, la jeune nonne est en train de prier dans sa cellule quand, soudain, un enfant totalement inconnu d’elle lui rend visite et lui annonce que la Vierge l’attend !
Il la conduit ainsi dans la chapelle qui est illuminée d’une multitude de cierges, et, soudain, un bruit se fait entendre et la jeune nonne voit la Vierge Marie assise à ses côtés. Cette vision se reproduira le 27 novembre 1830. Mais cette fois-ci, la Vierge Marie est debout, les bras écartés et ses mains irradient les rayons d’une lumière céleste et la Vierge lui demande alors de faire frapper une médaille. Elle lui explique que ces rayons sont le symbole des grâces qu’elle obtient pour les hommes. La vision est entourée de l’invocation suivante : « Ô Marie conçue sans pêché, priez pour nous qui avons recours à vous ».
Puis, soudain, la Vierge s’estompe et fait place à la lettre M avec la petite croix et les deux cœurs (celui du Christ et celui de la Vierge).
En décembre 1830, Catherine voit pour la dernière fois la Vierge Marie ! Les autorités religieuses du diocèse de Paris au courant de ces apparitions donnent leur accord à la frappe de la médaille en mars 1832. L’abbé Aladel, confesseur de la jeune nonne, commande les premières médailles au bijoutier Vachette situé 54 quai des Orfèvres à Paris, et cela en mai 1832.
Le 30 juin, les premières 1 500 exemplaires sortent des ateliers et la première distribution concerne les Filles de la Charité, puis les personnes atteintes du choléra.
Les miracles, guérisons et conversions suivent immédiatement cette divulgation. A un point tel que dès février 1834, la médaille est qualifiée de « miraculeuse ». Le 10 juin 1834, sa diffusion a déjà atteint Constantinople, puis le monde entier ! En 1834, la diffusion atteindra des chiffres impressionnants, 62 664 exemplaires, en 1835, plus d’un million, sans parler des copies qui ne respectent pas les critères fixés par la Vierge. La demande ne cesse d’être grandissante. En 1839, 10 millions d’exemplaires originaux sont ainsi vendus de par le monde. En 1876, à la mort de Catherine Labouré, plus d’un milliard de médailles circulent de par le monde, la « médaille miraculeuse » est universellement connue !

Le premier tirage

Ces premiers tirages sont reconnaissables par la présence au revers de deux petites barres horizontales sous le M et, plus bas, d’un trèfle situé entre les 2 cœurs, le poinçon de la société Vachette. Les 12 étoiles qui figurent autour de la tête de la Vierge lors de l’apparition sont placées sur le pourtour. Sur l’avers, la légende sur le pourtour est inscrite sur deux lignes.

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L’île sans trésor

Dans sa magnifique Histoire des pirates, J.-P. Moreau fait la part de la réalité et du rêve et parvient à ne pas briser ce dernier. Il est pourtant amoché, notre imaginaire du flibustier, par le chapitre intitulé « Le trésor des pirates » ; le résumé que nous essaierons d’en faire ici va décevoir les fans de Barbe-Noire, du capitaine Kidd et des messages abscons de La Buse…

En effet l’île del Coco, au large du Costa Rica, semble avoir révélé un trésor à un certain Keating en 1844 (il faut dire qu’il avait bénéficié des indications de l’un de ceux qui l’ont enterré) et si comme on l’affirme, il s’agit des richesses de la ville de Lima, nul doute que la somme devait être faramineuse une fois les biens réalisés.
Ce trésor enfoui en 1821 par des mutins s’étant emparé du navire affrété par José de la Serna, dernier vice-roi du Pérou, pour empêcher que l’or du Pérou ne tombe aux mains des indépendantistes est donc le seul à s’être concrétisé. L’île del Coco étant réputé pour trois trésors célèbres : celui évoqué plus haut, celui du pirate Davis englouti dans la baie au XVIIe siècle et, le dernier, celui de Graham non retrouvé depuis le XIXe siècle, elle est, d’après J-P Moreau la plus célèbre des îles au trésor. Un seul trésor retrouvé sur trois, avouons tout de même que la légende semble plus riche d’or que le sable sous les cocotiers…
D’autant qu’un peu plus loin, l’auteur doute de la véracité de l’or trouvé par Keating en 1844, en fait il estime invraisemblable l’existence même du bateau chargé des richesses du Pérou et confié à un capitaine étranger. Etranger et incompétent, pourrait-on ajouter, puisqu’une fois en mer son second se mutine et le navire est dérouté. Aïe ! Le mythe de l’île del Coco est sérieusement mis à mal ! Quand on pense qu’un chercheur y résida vingt ans, ce Robinson détectoriste nous émeut. Buvons le calice jusqu’à la lie et enchaînons avec les fouilles sous-marines.
“Aucun (navire coulé) jusqu’à présent (2006) n’a révélé de fabuleux trésor monétaire”. Les navires des boucaniers semblent être les témoins d’une vie aventureuse, certes, mais misérable.
J.-P. Moreau relève deux chantiers qui ne furent pas complètement vains, tout de même : la fouille du Speaker, navire du capitaine Bowen englouti au large de Maurice en 1702 et celle du Whydah du capitaine Bellamy qui opérait à la même époque mais dans les parages des Bahamas, cette fois. De l’épave du Speaker ont été remontées six pièces d’or mais aussi quelques superbes instruments de marine et l’on sait la valeur marchande que peuvent atteindre ces antiquités. De l’épave du Whydah, ce sont huit mille pièces de Huit, en argent donc, qui furent remontées. Mais comme l’expédition avait coûté à ses mécènes six millions de dollars, il n’est pas douteux que les seuls qui ont fait finalement un profit sont les fouilleurs rétribués…

La fameuse pièce de huit.

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L’arme de Bayonne

Baïonnette : N. F (de Bayonne où cette arme fut mise au point au XVIe siècle), sorte de petite épée pouvant se fixer au bout d’un fusil.

Voilà la définition donnée par le Petit Larousse du mot baïonnette. Petit retour historique sur l’origine de cette arme peu commune qui fit des ravages sur tous les champs de bataille du monde, pour atteindre son paroxysme lors de la guerre de 1914-1918. Bayonne, capitale du Pays Basque français, entre la peste, les guerres de religion et la prise de la ville par Charles Quint, Bayonne a vécu quelques heures mouvementées au XVIe siècle. L’arme la plus courante est le mousqueton. C’est une arme à feu assez rudimentaire que l’on charge avec de la poudre noire.
On raconte qu’un jour des paysans de Bayonne livrent un combat pour on ne sait quoi, tombent à court de poudre noire et de projectiles. Leur mousquet devient donc inutile. Que faire ?, se rendre ?, se battre à mains nues ? C’est alors que l’un des paysans a l’idée d’utiliser le couteau qu’il porte toujours en poche. Il plante le manche du couteau dans le canon de son mousquet et c’est ainsi dit-on que naît la baïonnette. En réalité, il est possible et même probable que d’autres aient eu l’idée auparavant, à commencer par les mousquetaires, ces militaires armés d’un mousquet, mais c’est l’épisode de Bayonne qui va imposer l’appellation « baïonnette ».
En 1655, le médecin personnel de Louis XIV note : « On fait à Bayonne des dagues qu’on appelle bayonettes ». A la même époque, Furetière fait entrer le terme dans son dictionnaire, précisant lui aussi qu’il est venu originairement de Bayonne.
Au départ, la baïonnette n’est qu’un système D pour transformer une arme à feu en arme blanche à défaut de pouvoir faire mieux, mais ce système D ne tarde pas à intéresser l’armée. En effet, le mousquet a ses limites…, il ne permet guère plus d’un tir par minute. C’est très long lorsque l’ennemi est juste en face ! Si les mousquets sont équipés de baïonnettes, cela va permettre soit de tenir l’ennemi à distance, soit s’il approche, de l’embrocher. A la fin du règne de Louis XIV, le fusil à silex s’impose à la place du mousquet à mèche, la baïonnette à douille, innovation de Vauban en 1687 reste en place en autorisant le tir.

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