MONNAIES ET DETECTIONS

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Monnaies et Détections

Catégorie : Numismatique

Une mule coins ou monnaie hybride, c’est une monnaie frappée avec des coins qui n’auraient jamais dû se croiser. C’est-à-dire une monnaie comportant un droit d’un type spécifique et un revers d’un autre type spécifique ou encore, un mélange de régnant, etc., les combinaisons sont multiples.

Ces monnaies sont issues le plus souvent d’erreurs commises par des ouvriers œuvrant dans les ateliers monétaires. Ces monnaies sont rares pour l’époque moderne, les contrôles qualité étant très stricts, en théorie ! La dernière mule coins connue est l’œuvre de la monnaie des Pays-Bas, sur son émission du ducat d’or de 2021, ayant croisé un coin de l’année 2020 ! (voir Monnaies & Détections n° 121, déc. 21- janvier 2022, page 25).
La monnaie ici présentée fut découverte en Belgique dans la collection d’un bijoutier montois. Cette collection fut acquise par un numismate très connu en Belgique, J. Druart, qui fit la découverte de cette mule coins non répertoriée dans les ouvrages numismatiques et qui semble être passée inaperçue pour l’ancien propriétaire de la collection !
Cette monnaie semble donc très rare pour n’être que découverte en ce XXIe siècle, la monnaie, une 20 mark or de Guillaume 1er, roi de Prusse et empereur d’Allemagne datée de 1889, sauf que Guillaume 1er était décédé le 9 mars 1888 à l’âge de quatre-vingt-onze ans.
Guillaume 1er, né à Berlin en 1797, roi de Prusse en 1861 et empereur d’Allemagne en 1861, succéda à son frère Frédéric Guillaume IV. Il se lance dans un grand projet, la reconstitution de l’armée de Prusse et il prit comme premier ministre Bismark, en 1864, il se ligue avec l’Autriche pour écraser le Danemark. La même année, l’hégémonie de la confédération germanique étant en jeu, Guillaume 1er se retourne contre son allié autrichien qu’il écrase à la bataille de Sadowa, en 1866. L’Autriche est exclue de la confédération germanique, et devient l’empire d’Autriche-Hongrie en 1867.
Guillaume 1er se tourne ensuite vers la France, qu’il rêve d’écraser à son tour. Son âme noire et damnée, Bismark, œuvre dans l’ombre et tend un piège à Napoléon III ; celui-ci ne prenant pas en compte les leçons reçues par le Danemark et surtout l’Autriche, fonce tête baissée dans le piège tendu, pensant à tort être en mesure de vaincre la Prusse. Grave erreur, la France après 5 mois de campagne est battue avec comme dessert pour la Prusse, Sedan et 80 000 prisonniers français et la capture de l’empereur. Viendra ensuite l’humiliant traité de Francfort et la perte de l’Alsace et une partie de la Lorraine. Et, comble de l’humiliation, Guillaume 1er fut couronné empereur d’Allemagne à Versailles ! La coupe est pleine, Bonaparte est destitué et prend la fuite en Angleterre.
Guillaume 1er restera l’homme aux 3 guerres et aux 3 victoires. Ces 3 guerres établirent l’unité allemande.

Guillaume 1er à Sadowan.

Guillaume 1er décède le 9 mars 1888, son fils Frédéric III lui succède mais décède lui aussi d’un cancer après 99 jours de règne. Le fils de ce dernier, Guillaume II lui succède le 15 juin de la même année.
Ainsi, l’année 1888 fut très particulière pour les ateliers monétaires de l’empire d’Allemagne qui virent trois empereurs se succéder et cela, en quelques mois seulement, d’où la probable confusion d’un ouvrier qui, changeant un coin cassé ou défectueux, commit l’erreur ayant donné cette mule coins.

Numismatique du vin

Puisque le vin est une culture, paraît-il, il nous a semblé opportun d’évoquer la numismatique de cette production sans laquelle, peut-être, nous n’aurions pas vaincu en 1918.

Il est sûr que les quarts et autre bidons, couramment trouvés en fouille ont forcément contenu du pinard, ce vin de guerre titrant 9° dont la ration quotidienne passe de 1/4 l en 1914, à 1/2 en 1916 puis 3/4 l en 1918. Censé tromper l’ennui et réchauffer les cœurs, il est moins dangereux que l’eau boueuse des tranchées et des trous de marmites. Il passe souvent par des récipients non détectables ceux-là : seaux en toile (à l’arrière seulement), litrons de verre ou dames-jeanne recouvertes d’osier pour le transport final. Il est à noter que l’adversaire n’est pas ennemi du vin puisque dans le texte « Vie quotidienne du soldat allemand dans la Grande Guerre » de M. Landolt, 2014, il est noté que « La bouteille de vin de type rhénane est omniprésente dans les positions allemandes ». L’auteur parle des fouilles des poubelles de tranchées toujours riches d’artefacts. Il faut se rappeler que le vignoble d’Alsace-Moselle fait alors partie de l’Empire Allemand tandis que celui de Champagne est assez largement ravagé par les combats et les pillages.

L’armée française doit acheminer 15 millions d’hectolitres de vin aux Poilus, pour cela elle a ses wagons-foudres qui montent vers l’arrière du Front, mais aussi les départements d’Algérie dont la production viticole est à peu près la même que la demande de guerre.

Choisissons d’évoquer ce vignoble perdu à l’époque où il va l’être, en l’année 1962. Celle-ci ne va pas seulement constituer la fin d’une société de type colonial (exode d’un million de Pieds-Noirs, disparition de trois départements), la fin d’un conflit (500 000 soldats sur place les plus fortes années) mais aussi, cette année-là comme l’aurait chanté un rapatrié (d’Egypte celui-là) va aussi nous voir perdre quelques sources d’énergie : les hydrocarbures du Sahara et le vin des exploitations bientôt confisquées.

La France a été, jusqu’à il y a très peu de temps, le premier producteur mondial de vin et cela malgré la perte des départements 9A, 9B, 9C. A eux-seuls les départements d’Algérie constituaient le quatrième producteur mondial dans les années cinquante.

Un papier-monnaie éphémère pour Bacchus l’immortel.

Les rarissimes monnaies françaises émises à Tournai

Découvrir une monnaie non retrouvée et recherchée depuis plus de 300 ans constitue toujours un petit évènement dans le monde numismatique. Cela fut encore le cas en 2021 où fut retrouvé, enfin, l’écu d’or au soleil de Louis XII (1498-1515), frappé à Tournai le 25 avril 1498.

Tournai, de nos jours située en Belgique, cette cité deux fois millénaire, fut la première capitale du royaume franc et livra l’incroyable tombe du fils de Mérovée, Childéric (le puissant à la guerre), et Clovis naquit en cette cité !
Cette cité à l’histoire mouvementée fut ainsi romaine, mérovingienne, française, anglaise, espagnole, autrichienne, hollandaise, allemande, pour finir belge !
Cette cité fut intégrée au domaine royal français en 1187 par Philippe II Auguste. Hélas pour la cité, sa position géographique, excentrée du royaume et enclavée en territoire étranger entre la Flandre et le Hainaut, attira sur elle nombre de convoitises !
Du point de vue monétaire, la cité avait déjà battu monnaie sous les Mérovingiens et les Carolingiens. La cité adopta un monnayage épiscopal à la fin du IXe siècle suite à la cession par Charles-le-Simple, en 898, du droit de battre monnaie à l’évêque Heidilon. Ce droit passa aux mains de la monarchie française et la monnaie de Tournai devint royale en 1294, sous Philippe le Bel. Elle monnaya ensuite pour les 11 rois suivants jusqu’à la fermeture de l’atelier en 1507 durant le règne de Louis XII.
Les archives signalent que l’atelier, une fois royal, fabriqua du numéraire en quantité. A l’époque, Tournai figurait parmi les villes françaises les plus importantes et son atelier afficha parfois une production qui surpassait celles de toutes les autres officines du royaume.
Malgré un contexte géographique très compliqué pour la cité sous Charles VI (1380-1422) et Charles VII (1422-1461), l’atelier monétaire fut fort actif. Les comptes dressés durant cette période témoignent qu’il fut battu 1 377 600 écus d’or et de grandes quantités d’argent, de billon blanc et de billon noir.
Pendant les règnes de Louis XI (1461-1483) et Charles VIII (1488-1498), des monnaies en or, argent, billon furent encore fabriquées en très grande quantité !
La production de l’atelier finit par devenir très faible sous Louis XII, l’atelier frappa entre le 18 juin 1498 et le 27 mai 1501 :

  • 15 000 écus d’or au soleil ;
  • 241 200 grands blancs à la couronne ;
  • 13 680 petits blancs à la couronne ;
  • 28 080 deniers tournois.

Durant les premières années de son règne, Louis XII continua le système monétaire de son prédécesseur. Il finit néanmoins par remplacer son écu d’or au soleil par un écu dit « aux porcs-épics », non fabriqué à Tournai, l’atelier étant fermé à cette date.
Ainsi, l’écu d’or au soleil de Louis XII semble être, non seulement, la seule pièce d’or que ce souverain fit frapper à Tournai mais aussi la dernière monnaie d’or française qui y fut émise !
La monnaie ici présentée constitue de facto l’unique exemplaire connu à ce jour (janvier 2022).
Cette monnaie fut découverte lors d’une vente en 2021 (V. Gadoury). Son état de conservation est excellent et proche de l’état de frappe. Cette monnaie a donc très peu circulé, et, encore une fois, on ignore tout contexte de la découverte ! Provient-elle d’un trésor ?, d’une boursée ?, une découverte isolée ?, où fut-elle découverte ?, en Belgique, en France, ailleurs ? Bref, le mystère plane, la loi de 2016 en France étant peut-être la raison de ce mystère. L’inventeur et/ou le propriétaire de cette petite merveille ayant tout intérêt à garder un maximum de discrétion et tout le monde le comprend, du moins nous autres prospecteurs ! (1)

Au pays du cochon à dents

Par trois fois les électeurs néo-calédoniens viennent de s’exprimer pour que leur territoire reste français. Le Caillou (plein de nickel) a des voisins. L’un d’eux a connu une situation quelque peu comparable et est devenu souverain. Il s’agit des anciennes Nouvelles-Hébrides, le lecteur nous pardonnera cette vilaine phrase car elle reflète une réalité.
De 1887 à 1980, cet archipel d’Océanie a été géré par un condominium franco-britannique. Cette situation est comparable à celle, présente, du condominium franco-néerlandais de Saint-Martin aux Antilles.
Qui dit Océanie, dit cocotiers et la noix de ces arbres apporte le coprah après intervention humaine. Aussi les Nouvelles-Hébrides se couvrirent de plantations de coprah, principalement détenues par des Français avec 90 contre seulement 10 britanniques en 1960. Il y avait d’autres productions, plus marginales comme le cacao, le maïs ou l’exploitation du bois de kauri. A cet égard, il convient de signaler la Aneytum Logging Company, une société forestière de Hagen et fils qui fit faillite dans les années 1950, après avoir exporté des grumes pendant 30 ans vers l’Australie. Lorsque les liquidateurs voulurent trouver quelque argent, ils s’aperçurent que la société forestière n’avait jamais été enregistrée. Tant pis pour les ouvriers au chômage et les fournisseurs et parfaite illustration du génie de l’administration qui ne vérifie que ce qu’on lui fournit sans se donner la peine d’investiguer.
Certaines plantations ont émis des jetons pour pallier le manque de petit numéraire mais surtout, comme dans toute entreprise à forte main d’œuvre, pour garder une clientèle captive dans ses propres magasins, buvettes et cantines. Une manière pour le patron de récupérer une partie du salaire donné à l’ouvrier.
La plus connue d’entre elles, pour plusieurs raisons que nous allons évoquer dans l’ordre, est celle de la famille Naturel. Cette plantation de Valesdir a fait fabriquer des jetons-monnaies en zinc étamé pour des valeurs allant de 3 pence à 1 shilling. Ils ne sont pas très jolis mais, au moins, n’ont pas la prétention artistique, à notre avis usurpée, des monnaies en francs du graveur Joly ayant cours officiel depuis les années 60 jusqu’à l’indépendance. Nous présentons en illustration l’une d’elles, pour une valeur de 20 Fr, fabriquée en nickel de Nouvelle-Calédonie.

Un shilling en zinc
de Valesdir.

Carausius, commandant, pirate et empereur du Nord !

Marcus Aurélius Mausaeus Valérius Carausius, digne nom latin à rallonge, masque en réalité l’origine ménapienne de l’individu né dans la région des Flandres actuelle de la Belgique.

A ses débuts, Carausius est pirate sur le Rhin. Il s’engage ensuite dans l’armée romaine, gagne du galon et grimpe dans l’estime de ses chefs, et se distingue lors de la campagne du co-empereur Maximien Hercule contre les Bagaudes. Lors de ces opérations, il est confronté à Gennebaud, un chef franc lorgnant sur les possessions romaines sur la rive gauche du Rhin.
En 285, en reconnaissance de ses états de services et surtout de son expérience et loyauté, Carausius est nommé commandant de la « flotte britannique », la flotte romaine de la Manche stationnée à Gesoriacum (Boulogne). Il est chargé d’éliminer les pillards et autres pirates, mais, plutôt que de les combattre, Carausius laisse Gennebaud et ses pirates écumer les mers et les eaux intérieures, à condition de prélever un gros pourcentage du butin. Il amasse ainsi un immense pactole qui lui permet d’acheter la fidélité de ses hommes. Cependant à Rome, Maximien, excédé par les manigances de son protégé, envoie quelqu’un pour le tuer. L’attentat échoue et Carausius se rebelle ouvertement. Avec le soutien de sa puissante flotte et celle des pirates francs de Gennebaud, il réussit à soulever les légions britanniques et gauloises de la Gaule Belgique, et se déclare empereur du Nord !
Le nouvel empereur auto proclamé fait tout pour obtenir la reconnaissance de ses « co-empereurs » à Rome, c’est-à-dire Maximien et Diocletien. Carausius fait même battre une monnaie aux trois bustes des « co-empereurs » mais en vain. A Rome, ils savent que l’unique co-empereur de Carausius c’est Gennebaud, « le roi des pirates francs sur les rives de l’océan ».

Aurélianus aux trois bustes, Carausius, Maximien et Dioclétien, et légende « Carausius et ses frères » !

Entre Rome et Carausius commence un bras de fer. Fin stratège, Carausius ouvre les hostilités et invite Gennebaud à s’établir sur l’île de Bataves et le pays de l’Escaut que les Francs pillent à tout va ! L’empereur du Nord fait ainsi coup double, il donne du fil à retordre à Maximien et bloque aussi l’embouchure du Rhin par où une flotte romaine pourrait venir le menacer.
Carausius lance aussi une invitation aux Saxons et aux Hérules qui déstabilise encore un peu plus la région en 287.
Maximien, privé de flottes et harcelé par les Barbares est contraint de tempérer. Il bât les Saxons et Herules, obtient la soumission des Francs, comme peuple fédéré, soumission très théorique comme le montre la suite des évènements ! Enfin, il fait construire une flotte et forme des marins sur le Rhin. En 289, il appareille triomphalement dans l’idée de mater le félon. L’expédition échoue pour cause de mauvais temps. Selon les sources romaines, en réalité, la flotte de Maximien, composée de novices, a essuyé une cuisante défaite face à Carausius et ses galères, et aussi face aux pirates francs de Gennebaud !

Les galères, symbole de la puissance de Carausius.

Trésors gothiques

Si les Ostrogoths concernent le sud-est de la France d’aujourd’hui, puisque ils ont régné quelques temps sur un territoire couvrant les Alpes-Maritimes, leurs cousins Wisigoths ont fait beaucoup plus long et vaste en Aquitaine. Cependant leur héritage est si oublié que l’écrivain J. Raspail ironisait sur une amérindienne visiblement blanche aussi éloignée d’après lui de ses ancêtres peaux-rouges que lui l’était de ses aïeux wisigoths…

Trémissis du roi wisigoth Léovigild au VIe siècle.

Chassés par les Francs de Clovis, les Wisigoths continuèrent de régner dans la Péninsule Ibérique, nous y reviendrons.
Comme de nombreuses peuplades barbares, les Goths (futurs Wisi- et Ostro-) ont été des auxiliaires militaires de l’Empire Romain décadent. Ils ont joué un rôle dans l’importante bataille contre les Huns qui accompagne le départ du Fléau de Dieu, Attila.
Souvent appelée “bataille des Champs Catalauniques” elle a eu lieu en 451. De l’année nous sommes sûrs mais les historiens ont rejeté le lieu et il conviendrait désormais de l’appeler “Bataille des Champs Mauriaques”.
Il subsiste dix-sept textes contemporains, ou quasiment, de cet affrontement dont neuf la situent. Ils ont trois auteurs gothiques, quatre francs ou burgondes et deux romains : Jordanès et le Continuateur de Prosper d’Aquitaine. Si Jordanès est le seul à citer les deux noms, Catalauniques et Mauriaques, c’est pour indiquer qu’ils désignent le même champ de bataille. Le Continuateur, lui, indique la direction par rapport à Troyes (Civitas Tricassium) et la distance en milles romains. Bingo ! Car à 7,5 km de Troyes dans la direction d’Orléans et près de l’ancienne voie romaine il existe une «contrée d’une étendue mal définie».
Elle s’appelle “Les Maures ”… Sur la carte d’état-major compulsée par M. Girard avant de rédiger son Campus Mauriacus en 1885, les Maures ont un lieu-dit, au centre, nommé le Château. L’auteur a enquêté et appris qu’une quarantaine d’années plus tôt, c’est-à-dire au milieu du XIXe siècle, on y avait trouvé des restes de murailles. Tout proche se trouve le village de Montgueux soit le Mont des Goths.La boucle est bouclée. Une fortification, des fédérés barbares, une toponymie révélatrice, un texte contemporain, tout converge vers les Maures comme lieu d’une bataille qui prolongea l’Empire Romain en Occident. Il ne manque que les pointes de flèches typiques des Huns, malheureusement il semblerait que les Champs Mauriaques n’aient jamais été investigués par les archéologues officiels…
Pas plus qu’ils n’ont découvert, ce qui est évident puisque l’archéologie institutionnelle n’avait pas été créée encore, le trésor de Pouan.
En 1842, un ouvrier agricole nommé Buttat trouve, à 80 cm de profondeur, des ossements et des objets en or. Il creuse derechef et, une fois ramassé ce qui lui semble avoir quelque valeur il le revend à un bijoutier de Troyes. Le commerçant est patient et il a raison car le nouvel empereur, féru d’archéologie, Napoléon III va tout racheter et il ne négocie pas les prix, lui. Nous sommes en 1858 quand Napoléon III fait don de la totalité de son récent achat au musée local qui s’était manifesté pour lui en racheter une fraction. La classe ! C’est pourquoi nous pouvons admirer un torque d’or de 84 g, un bracelet de 141 g, deux épées, un grenat cerclé d’or et une bague en or (40 g) portant le nom “Heva”. C’est un nom goth. Cette riche sépulture est donc gothe car nous ne pouvons pas suivre Mr Kazanski qui, dans son texte de 1982 (“Deux riches tombes de l’époque des grandes invasions dans le Nord de la Gaule”), estime que l’on doit conserver un doute : peut-être le défunt aurait porté une bague récupérée… Ceci heurte l’élémentaire bon sens, quel seigneur guerrier fréquentant des lettrés aurait emmené dans la tombe le nom d’un inconnu ?
A ce propos, Heva aurait été plus qu’un seigneur car dans “Sur le trésor barbare de Pouan” les auteurs, Mrs Solin et France-Lanord, assènent que l’« on peut affirmer qu’il s’agit d’un ensemble porté par un roi barbare, très vraisemblablement un Goth inhumé vers l’an 450. Il s’agit bien d’un roi car, à cette époque, une pareille richesse exige la qualité royale. »
Il est à signaler que sur le même site, en 1843, un autre terrassier a sorti un vase long et deux vases culinaires (sortes de marmites collectives en usage dans l’armée romaine).

Bade trip

Dans le n° 119 de Monnaies et Détection, j’ai essayé de rapporter fidèlement la découverte d’un tunnel dans lequel étaient ensevelis plusieurs dizaines de soldats badois. Fruit du labeur persévérant de Mrs Malinowski et fils, elle rappelait combien l’empreinte de la Grande Guerre marquait encore le sol picard. Accessoirement, elle rappelait que le grand-duché de Bade avait beaucoup d’interactions avec la France puisque limitrophe de l’Alsace-Moselle récupérée par les Français en 1918.

Bernard de Bade, margrave et saint patron de l’armée badoise.

A cette occasion j’avais également rappelé que quelques communes françaises d’aujourd’hui étaient d’anciennes paroisses badoises ayant changé de maîtres après le grand chambardement de la Révolution Française et de ses conquêtes à l’étranger.
La lecture du roman à clés de feu J-F Deniau,” Un héros très discret”, révèle que quelques commandos “Choc” qui occupèrent (avant les Américains) la capitale, Karlsruhe, en 1945, ne se sont pas gênés pour piller le musée d’Art des anciens grands-ducs. Ainsi, il est probable que de belles antiquités grecques meublent encore les salons des descendants d’officiers de ce prestigieux régiment français.

Casque d’officier supérieur badois.

Il convient de rapporter que la visite du château de Karlsruhe est à conseiller pour les amateurs d’architecture et de jardins. Bon, il manque peut-être quelques pièces de collection, m’enfin, “vae victis” comme l’aurait dit Brennus…
Car les Badois ont été des ennemis fidèles et dans les numéros 24 et 26 de Monnaies et Détection, Y. Mouchet nous avait livré un très intéressant mode opératoire de détection des “souvenirs en métal noble” des divisions badoises de 14-18. Après nous avoir conseillé de prendre une carte IGN des villages concernés par les cantonnements des 28 et 29e divisions d’infanterie (badoises) il avait écrit cette phrase propre à enthousiasmer chaque détectoriste : “Ne désespérez pas, il reste encore du matos (sic!) bien caché.” Je ne déflorerai pas, ici, le reste de ces articles qui m’ont, en leur temps, passionné.

En bas au centre, les armoiries de Rodemack.

Si le grand-duché de Bade a fourni environ 40 000 fantassins à la mobilisation de l’Empire Allemand en 1914, 10 000 à la Confédération Germanique avant 1870, il en avait donné 5 000 au sein du 9e corps de la Grande Armée qui s’illustre à la bataille de la Bérézina en 1812.
Trois régiments d’infanterie légère et des Hussards de Bade (dont l’uniforme vert et rouge était plutôt laid) décimés dans la Retraite de Russie.

La suite dans Monnaies & Détections n° 122

La monnaie ça rapporte !

Quels avantages matériels peut-on tirer, si l’on est un pouvoir local avant l’époque contemporaine (celle-ci débutant après 1789) de fabriquer sa propre monnaie ?

Monnaie royale.

Les voici, et nous les développerons dans l’ordre :
La redevance, il s’agit d’une taxe perçue par atelier sur chaque frappe de monnaie.
La confiance : ainsi, même aux époques où le pouvoir libératoire de la monnaie, son pouvoir d’achat en tant qu’objet, reposait en grande partie sur le métal dont elle était constituée, il y a toujours eu un bénéfice, pour l’émetteur, par rapport au poids de métal fin. Le seigneur n’était pas fou, il donnait à chaque type une valeur supérieure à son poids précieux. Ceci avec une marge suffisante pour être sûr de faire un bénéfice malgré les fluctuations du cours du fin. Cette sécurité pouvait se transformer en une arnaque lorsque, par exemple, le titre d’argent s’écroulait au point de passer du beau denier de départ à une monnaie “noire”, censée avoir le même pouvoir libératoire mais non garantie par sa matière première. Jouer sur le titre de “fin”, autre bénéfice pour le seigneur, méthode qu’il partage avec son suzerain car les rois de France ont abusé du procédé au cours des siècles.

Monnaie princière des Dombes, inspirée de la précédente.

De la redevance et de la fiduciarité naissent le “seigneuriage”, soit le bénéfice que l’on retire sur chaque émission. Par exemple : une monnaie de 2 € en coûte 0,17. Le seigneuriage sera de 1,83 €, CQFD. Mais un seigneur ou un potentat local a d’autres moyens de rentabiliser son droit (réel ou autoproclamé) à battre monnaie. Les voici :
La “contrefaçon”. Le terme est un peu outré car il s’agit plutôt, pour le pouvoir local, de se rattacher à une monnaie forte, c’est-à-dire connue, reconnue et acceptée partout en cherchant la ressemblance avec icelle.
Le “change”. Jouer sur les taux de change est un exercice très pratiqué encore dans les pays dont l’économie souffre de la guerre, de la dictature ou d’autres calamités. Son actualité n’empêche pas son ancienneté car pour les principautés frontalières, il était extrêmement tentant d’introduire une parité avec l’espèce forte du pays voisin.
Commençons par la redevance. Le seigneur désireux de faire de la monnaie concédait à un atelier, contre redevance, sa fabrication. La possession des coins pouvait être considérée comme un fief, pour lequel le maître de monnaie rendait un hommage. Ce lien féodal, plutôt rare, était concrétisé par un tribut annuel, en général faible (un saumon/an par exemple). Le profit du seigneur se faisait plus couramment sur la redevance par pièce produite. Là-encore les seigneurs étaient raisonnables, ainsi les papes règnant en Avignon ne prélevaient rien sur le bronze ou le billon, garantissant ainsi le nécessaire approvisionnement en petites espèces. Ils n’hésitaient pas à faire condamner certains de leurs cardinaux-légats qui prélevaient des pots de vin sur ces métaux exemptés.

La suite dans Monnaies & Détections n° 122

La pièce de huit, un monument numismatique

La pièce de huit réaux, plus connue sous l’appellation « pièce de huit » représente à elle seule le symbole de puissance de l’Espagne et de ces colonies d’Amériques. Cette pièce de monnaie fut convoitée par tous !, et en particulier par les pirates, corsaires, flibustiers et autres boucaniers et par la suite des chercheurs d’épaves et autres chercheurs des plages. Bref, cette monnaie est un monument de l’histoire monétaire mondiale.

L’histoire commence ainsi : en 1525, Charles-Quint accorde un privilège permettant aux comtes de continuer à battre une monnaie lourde en argent, le très fameux Joachimtaler d’un poids de 28,5 g à 0,900. Cette monnaie aura une énorme aire d’influence, à tel point que c’est à celle-ci que revient la palme du « dollar » d’argent car il ne faut pas oublier non plus que par le truchement de la « dolera » espagnole, le vrai dollar dérive du thaler. Cette décision capitale de Charles-Quint va avoir des conséquences énormes sur le plan monétaire international.
En 1452, Colomb découvre « l’Amérique », des colons hollandais, belges, anglais, espagnols et portugais vont s’établir sur la côte est américaine. Ils seront à la base de la création de 13 colonies américaines. La plupart a quitté son pays sans emploi et sans argent ! Elle a très peu de numéraire en poche. Charles-Quint semble avoir prévu cette difficulté, il envoie, dès 1523, quantité de réaux outre-Atlantique, de quoi largement faire démarrer les colonies !
En 1535, il autorise le gouverneur Mendosa à créer un atelier monétaire à Mexico. Les premières pièces d’un réal seront ainsi frappées en 1536 sur le continent américain. Plus tard, sous Philippe II (1555-98), les toutes premières pièces de 8 réaux seront frappées à Mexico dès 1570 (27,42 g-0,9305). Par la suite, sous Philippe III (1598-1621), le poids diminue à 26,78 g-0,9305, au XVIIe siècle, Philippe V (1621-1665) augmente de nouveau le poids qui passe à 27, 52 g-0,9305 et va même faire circuler cette monnaie dans les Pays-Bas méridionaux, contremarquée de la toison d’or et aura une équivalence au patagon (28,10 g-0,875) en circulation.

Au XVIIIe, la situation évolue. La pièce de huit réaux circule largement sur tout le continent américain. Dès 1774, des billets sont émis, libellés à la fois en dollar et en shilling et pence, notamment dans le Maryland. Les Etats-Unis proclament leur indépendance en 1776.
La pièce de 8 réaux circule déjà dans le monde entier et soutient entre autre le commerce avec la Chine. Ceci va avoir une conséquence en Europe, une forme d’alignements de certaines pièces des pays motivés par le commerce international. A la pièce de huit réaux frappée à Mexico par Charles III (27,07 g-0,9166) on trouvera comme « concurrentes » entre autres :
– En Angleterre, sous George III, la couronne (28,2759 g-0925)
– Au Danemark, sous Chrétien VII, le riesdaler (28,89 g-0,875)
– En Russie, sous Pierre-le-Grand, le rouble (28,4 g-0,729)
– En France, sous Louis XV, l’écu (29,40 g-0,917)
– En Autriche, sous Marie-Thérèse, le thaler (28,05 g-0,833)
– Aux Pays-Bas, sous Charles III, le patagon (28,10 g-0,875)
– Etc., etc.

Par ailleurs, il faut signaler un autre évènement majeur. Le 6 juillet 1785, le mot dollar est adopté officiellement comme standard unitaire pour les Etats-Unis. Cette dénomination couvre ce que l’on a appelé jusqu’alors « Spanish Milled Dollar », « Piece of Eight », ou encore « Pillar Dollar ». L’Angleterre qui manque de numéraire à la fin de XVIIIe siècle, fait circuler sur son territoire la pièce de 8 réaux contremarquée de la tête de George III. Il en est de même des premières pièces d’un dollar émises en1794 et 1795 !

La suite dans Monnaies & Détections n° 121

Les cinq familles

Lorsque le Luxembourg est devenu grand (duché) il a, en fait, considérablement réduit. Des deux tiers… C’est pourquoi il existe après ce découpage frontalier né de la défaite de Napoléon I, un Luxembourg belge,un Luxembourg prussien et un Luxembourg français. Ce dernier est annexé un peu plus tôt que le belge puisque Louis XIV, ce grand amateur des terres voisines, avait raflé les paroisses luxembourgeoises, comme la cité de Thionville et leurs 60 000 habitants dont les descendants forment aujourd’hui le Luxembourg français. En 1815, l’est est laissé aux Prussiens tandis qu’en 1839 le royaume des Belges annexe formellement tout l’ouest.
Désormais largement amputé, ce territoire avait été donné au roi des Pays-Bas pour compenser la perte de quatre principautés allemandes (Siegen, Dillenbourg, Nassau-Dietz et Hadamar), de ses ancêtres, données à la Prusse dans la grande redistribution. Le titre de “grand-duc” lui permet d’être au-dessus de la plupart des autres membres de la Confédération Germanique, à laquelle le Luxembourg appartient désormais.

Le roi devient grand-duc du Luxembourg à titre personnel. C’est pourquoi la règle familiale s’applique et que son cousin à la énième génération devient grand-duc en 1890, tandis que le royaume se transmettra par les femmes.
Donc en 1815, le Luxembourg est confié à une nouvelle dynastie. C’était déjà arrivé lorsque la famille éponyme avait revendu ses droits à un Bourgogne. D’ailleurs ces “Luxembourg” du XVe siècle étaient en fait des “Limbourg” (un duché plus au nord, à l’histoire fascinante également).
Il y aurait donc cinq dynasties différentes régnant au Luxembourg depuis la fondation de cet Etat, au Xe siècle, par Sigefroid : Luxembourg, Limbourg, Bourgogne, Habsbourg, Nassau.

En réalité toutes descendent de ce chevalier-comte mort en 998 (ou 987, les historiens divergent).
La jeune héritière Luxembourg épouse un Limbourg et leur fils devient comte de Luxembourg en ce XIIIe siècle. La veuve “Limbourg-Luxembourg” rembourse une dette à son cousin Bourgogne qui devient duc (eh, oui le statut a augmenté en 1353) de Luxembourg en ce XVe siècle. La fille de Charles le Téméraire, quelques décennies plus tard, épouse un Habsbourg. Leurs descendants règnent jusqu’à l’occupation française en 1795.

Des prétendants français au titre.

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